Histoire de la Société Générale : de Napoléon III à BoursoBank

La Société Générale est une banque française cotée au CAC 40 : banque de détail en France et en ligne avec BoursoBank, banque de grande clientèle et de marchés, location de véhicules avec Ayvens. Son histoire est celle d’une banque d’affaires du Second Empire devenue banque de guichets, nationalisée, privatisée, convoitée, puis ébranlée par l’une des plus grosses pertes de marché de l’histoire bancaire, avant de se recentrer.
La Société Générale en bref
- Fondation : 4 mai 1864, à Paris, par décret de Napoléon III ; fondateurs : l’industriel Eugène Schneider, Paulin Talabot, bâtisseur de chemins de fer, et le banquier anglais Edward Blount.
- Siège : tours Société Générale, à La Défense, depuis 1995 ; siège historique au 29, boulevard Haussmann, à Paris.
- Dirigeants : Slawomir Krupa, directeur général depuis mai 2023 ; William Connelly, président du conseil d’administration depuis le 27 mai 2026.
- Activités : banque de détail en France, banque privée et assurances ; banque de grande clientèle et solutions investisseurs ; mobilité, banque de détail et services financiers à l’international.
- Marques principales : SG, BoursoBank, Ayvens, Komerční banka, BRD.
- Effectifs : près de 110 000 collaborateurs, selon le groupe en mai 2026.
- Cotation : Euronext Paris (code GLE), membre du CAC 40.
- Produit net bancaire 2025 : 27,3 milliards d’euros, pour un résultat net part du groupe de 6 milliards.
Quelle est l’histoire de la Société Générale ?
1864-1914 : une banque pour l’industrie du Second Empire
Le 4 mai 1864, Napoléon III signe le décret qui autorise la « Société Générale pour favoriser le développement du commerce et de l’industrie en France ». Le nom dit le programme : le Second Empire construit des chemins de fer, des ports, des usines, et il lui faut des capitaux.
Les fondateurs sont des hommes du fer et du rail. Eugène Schneider, maître des forges du Creusot, est le premier président. Paulin Talabot a créé les mines de la Grand-Combe, contribué à la naissance du PLM, la compagnie du Paris-Lyon-Méditerranée, et fondé les Docks de Marseille ; il administre la banque de 1865 à 1885. Edward Blount, banquier anglais établi à Paris, préside la Société Générale de 1886 à 1901.
Pour financer l’industrie, elle collecte l’épargne : 47 guichets en 1870, 148 en 1889. Au printemps 1871, au lendemain de la défaite, Blount ouvre une agence à Londres, dans la City : premier pas hors de France. En 1912, la banque s’installe au 29, boulevard Haussmann.
1914-1986 : la banque de guichets, puis la banque d’État
Dans les années 1920, la Société Générale devient la première banque française par la taille de son réseau : plus de 1 400 guichets en 1933, en comptant ceux de sa filiale alsacienne, la Sogénal.
La loi du 2 décembre 1945 la nationalise, avec trois autres grandes banques de dépôts. L’État en restera propriétaire plus de quarante ans. Elle accompagne les Trente Glorieuses et s’étend à l’étranger, notamment en Afrique.
1987-1999 : privatisation, raid et bataille des banques
Le gouvernement de Jacques Chirac, revenu au pouvoir en 1986, décide de privatiser. L’opération est lancée en février 1987 ; en juin, 20 millions d’actions sont offertes au public, et la privatisation est achevée fin juillet 1987. Pour la protéger d’une prise de contrôle, le ministère des Finances lui compose un « noyau stable » d’actionnaires amis, dont huit assureurs.
En 1988, après le retour de la gauche au pouvoir, le financier Georges Pébereau réunit un consortium qui ramasse environ 10 % du capital en Bourse et tente de prendre le contrôle du conseil. Il échoue en 1989. L’affaire laisse une trace judiciaire : George Soros, qui avait acheté des actions en connaissant le projet, est condamné pour délit d’initié le 20 décembre 2002 à 2,2 millions d’euros d’amende ; la Cour de cassation confirme la culpabilité le 14 juin 2006, mais demande de revoir le montant de l’amende ; Samir Traboulsi et Jean-Charles Naouri sont relaxés, et Georges Pébereau n’est pas poursuivi. Dans cette « affaire de la Société Générale », la banque était la cible, non l’accusée.
Sous Marc Viénot, président de 1986 à 1997, puis Daniel Bouton, la banque grandit. Elle rachète le Crédit du Nord en 1997, entre au capital de la BRD en Roumanie à la fin des années 1990, puis en Bulgarie. En 1999, elle dispute Paribas à la BNP, qui l’emporte : la Société Générale reste seule.
2000-2008 : l’Europe de l’Est, puis le choc Kerviel
Faute de grande fusion en France, la banque cherche sa croissance à l’Est. En 2001, elle acquiert 60 % de Komerční banka, en République tchèque, pour 1,186 milliard d’euros, et la slovène SKB Banka. En 2006, elle entre au capital de Rosbank, en Russie, dont elle prend ensuite le contrôle. En France, elle contrôle le courtier en ligne Boursorama, dont elle rachète les minoritaires en 2014, à l’exception de La Caixa.
C’est dans sa propre salle des marchés que le sol se dérobe. Le 18 janvier 2008, des alertes conduisent la banque à interroger un de ses traders, Jérôme Kerviel. En quelques jours, elle découvre un gain caché de 1,4 milliard d’euros sur 2007 et des positions non autorisées d’environ 50 milliards d’euros. Elle les solde du lundi 21 au mercredi 23 janvier, dans des marchés en chute, et annonce le 24 une perte nette de 4,9 milliards d’euros. La banque affirme que son trader a agi seul et dissimulé ses positions ; Jérôme Kerviel soutient que sa hiérarchie le laissait faire tant qu’il gagnait.
La justice a tranché en plusieurs temps. Au pénal, Jérôme Kerviel est condamné le 5 octobre 2010 pour abus de confiance, faux et introduction frauduleuse de données informatiques, à cinq ans de prison, dont trois ferme, et à 4,9 milliards d’euros de dommages et intérêts. La cour d’appel de Paris confirme le 24 octobre 2012. Le 19 mars 2014, la Cour de cassation maintient la condamnation pénale mais casse les dommages et intérêts : la faute de la victime doit pouvoir réduire sa réparation. Le 23 septembre 2016, la cour d’appel de Versailles les ramène à un million d’euros, en retenant que les défaillances des contrôles de la banque ont contribué au dommage. Ses plaintes contre la banque aboutissent à un non-lieu le 25 juillet 2017, et sa demande de révision est rejetée le 20 septembre 2018. Aux prud’hommes, il avait obtenu le 7 juin 2016 environ 450 000 euros, dont un bonus de 300 000 euros, pour licenciement sans cause réelle et sérieuse ; la cour d’appel de Paris infirme ce jugement le 19 décembre 2018 et retient la faute grave, et la Cour de cassation rejette son pourvoi le 17 mars 2021. Reste la déduction fiscale de la perte : en novembre 2016, Les Échos évoquent un redressement de 2,2 milliards d’euros, que ni Bercy, tenu au secret fiscal, ni la banque n’ont alors confirmé.
La crise financière suit. Frédéric Oudéa, directeur général depuis 2008, succède à Daniel Bouton à la présidence en 2009.
2008-2023 : les années Oudéa, entre amendes et recentrage
Dans le dossier dit du « Sentier II », un trafic de chèques entre la France et Israël, la banque et Daniel Bouton étaient poursuivis pour blanchiment ; le tribunal correctionnel de Paris les relaxe le 11 décembre 2008. Aux États-Unis, en revanche, la banque paie. Le 4 juin 2018, elle conclut avec la justice américaine et le Parquet national financier des accords d’environ 1,3 milliard de dollars, pour manipulation de taux interbancaires et pour corruption liée à des investissements libyens ; le volet français, de 250 millions d’euros, n’emporte pas reconnaissance de culpabilité. Le 19 novembre 2018, elle accepte 1,34 milliard de dollars de pénalités pour violation des sanctions américaines visant l’Iran, le Soudan et Cuba.
L’économiste italien Lorenzo Bini Smaghi devient président en 2015, Frédéric Oudéa restant directeur général. Le 11 avril 2022, après l’invasion de l’Ukraine, la banque annonce sa sortie de Russie et la cession de Rosbank ; elle y inscrit une perte comptable de 3,3 milliards d’euros. Le 1er janvier 2023, la Société Générale et le Crédit du Nord fusionnent leurs réseaux sous la marque SG.
Depuis 2023 : Slawomir Krupa et la cure de minceur
Slawomir Krupa devient directeur général en mai 2023. Il hérite du rachat du néerlandais LeasePlan par sa filiale ALD, annoncé en janvier 2022 pour 4,9 milliards d’euros, d’où naît Ayvens. Il vend des filiales africaines, le Maroc compris, le financement d’équipements à BPCE pour 1,1 milliard d’euros et la banque privée suisse et britannique à l’Union bancaire privée, deux cessions annoncées en 2024. Boursorama devient BoursoBank. En 2025, la banque publie un bénéfice record de 6 milliards d’euros. Le 27 mai 2026, William Connelly succède à Lorenzo Bini Smaghi à la présidence.
Que fait la Société Générale aujourd’hui ?
La Société Générale revendique 27 millions de clients dans 58 pays. En 2025, son produit net bancaire, l’équivalent du chiffre d’affaires pour une banque, a atteint 27,3 milliards d’euros. Elle s’organise en trois pôles :
- Banque de détail en France, banque privée et assurances : le réseau SG, BoursoBank, la banque privée et l’assurance.
- Banque de grande clientèle et solutions investisseurs : activités de marché, notamment sur les actions, financement et conseil aux entreprises.
- Mobilité et international : Ayvens, Komerční banka en République tchèque, BRD en Roumanie et les filiales africaines restantes.
Qui sont les dirigeants de la Société Générale ?
- Eugène Schneider (1864-1869) : premier président.
- Edward Blount (1886-1901) : président, artisan de l’ouverture de Londres en 1871.
- Marc Viénot (1986-1997) : président de la privatisation et du raid de 1988.
- Daniel Bouton (1997-2009) : président-directeur général, puis président à partir de 2008.
- Frédéric Oudéa (2008-2023) : directeur général, président-directeur général de 2009 à 2015.
- Lorenzo Bini Smaghi (2015-2026) : président du conseil d’administration.
- Slawomir Krupa (depuis 2023) : directeur général.
- William Connelly (depuis 2026) : président du conseil d’administration.
Comment la Société Générale a-t-elle évolué en Bourse ?
À l’issue de la privatisation, la totalité du capital est cotée en Bourse le 27 juin 1987. L’action est aujourd’hui cotée sur Euronext Paris, sous le code GLE, et fait partie du CAC 40. Deux épisodes résument son histoire : le raid de 1988, qui a montré la fragilité des noyaux stables, et la longue glissade ouverte en 2007, interrompue en 2025, année où le titre a gagné 153 % sans retrouver ses cours d’avant la crise.
Quels sont les chiffres clés de la Société Générale depuis 2021 ?
| Exercice | Produit net bancaire | Résultat net part du groupe | Capitaux propres part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2021 | 25,80 | 5,64 | 65,1 |
| 2022 | 28,06 | 2,02 | 66,5 |
| 2023 | 25,10 | 2,49 | 66,0 |
| 2024 | 26,79 | 4,20 | 70,3 |
| 2025 | 27,25 | 6,00 | 70,1 |
En milliards d’euros, comptes publiés par la Société Générale, capitaux propres au 31 décembre. Le résultat de 2022 est amputé par la sortie de Russie.
Questions fréquentes sur la Société Générale
Qui a fondé la Société Générale ?
Eugène Schneider, maître des forges du Creusot et premier président, Paulin Talabot et Edward Blount. La banque a été autorisée par décret de Napoléon III le 4 mai 1864.
La Société Générale est-elle une banque publique ?
Non. Nationalisée en 1945, elle a été privatisée en 1987. L’État n’est plus actionnaire.
Qui dirige la Société Générale ?
Slawomir Krupa est directeur général depuis mai 2023. William Connelly préside le conseil d’administration depuis le 27 mai 2026, après Lorenzo Bini Smaghi.
Combien la Société Générale a-t-elle perdu dans l’affaire Kerviel ?
4,9 milliards d’euros, en janvier 2008. Jérôme Kerviel a été condamné au pénal, mais la justice a jugé en 2016 que les failles des contrôles de la banque avaient contribué à la perte, et ramené ses dommages et intérêts à un million d’euros. Son licenciement pour faute grave a été validé en 2018.
Qu’est-ce que BoursoBank ?
C’est l’ancienne Boursorama, la banque en ligne du groupe Société Générale. Elle compte plus de 9 millions de clients.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Société Générale Private Banking, « The origins of Societe Generale » (2024)
- Société Générale, page d’histoire sur la privatisation de 1987 (consultée le 9 octobre 2026)
- Société Générale, accords avec le DOJ, la CFTC et le PNF sur les dossiers IBOR et Libye (4 juin 2018)
- BFM Bourse, « Le chapitre des sanctions américaines enfin clos pour la Société Générale » (20 novembre 2018)
- Société Générale, résultats annuels 2021 (10 février 2022)
- Société Générale, résultats annuels 2022 (8 février 2023)
- Société Générale, présentation des résultats annuels 2025 (6 février 2026)
- Société Générale, communiqué après l’assemblée générale (27 mai 2026)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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