Histoire de SpaceX : de trois fusées perdues à la plus grosse introduction en Bourse de l’histoire

SpaceX est un groupe américain qui lance des fusées, transporte les astronautes de la NASA, vend internet par satellite avec Starlink et, depuis 2026, développe l’intelligence artificielle de xAI. Son histoire est celle d’une entreprise qui a perdu ses trois premières fusées, a failli disparaître en 2008, puis a fait de la réutilisation des lanceurs, longtemps tenue pour une lubie, un modèle économique.
SpaceX en bref
- Fondation : 14 mars 2002, à El Segundo, en Californie, par Elon Musk, sous le nom de Space Exploration Technologies Corp. ; société du Delaware devenue texane le 14 février 2024.
- Siège : Starbase, au Texas, depuis 2024 ; l’usine historique de Hawthorne, près de Los Angeles, fabrique toujours les Falcon.
- Dirigeants : Elon Musk, fondateur, président du conseil, directeur général et directeur technique ; Gwynne Shotwell, présidente et directrice des opérations ; Bret Johnsen, directeur financier.
- Activités : trois métiers, l’espace (lancements, vols habités, Starship), la connectivité (Starlink) et l’intelligence artificielle (xAI, l’assistant Grok, le réseau social X).
- Produits principaux : les fusées Falcon 9 et Falcon Heavy, la capsule Dragon, le système Starship, la constellation Starlink.
- Effectifs : plus de 22 000 salariés au 31 mars 2026, d’après la société.
- Cotation : Nasdaq (code SPCX) depuis le 12 juin 2026, membre du Nasdaq 100 depuis le 7 juillet 2026.
- Chiffre d’affaires 2025 (xAI et X compris) : 18,7 milliards de dollars, pour une perte nette de 4,9 milliards.
Histoire de SpaceX
2001-2002 : Mars, des missiles russes et un entrepôt
Fin 2000, Elon Musk, 29 ans, est écarté de la direction de la société qui deviendra PayPal. Riche et désœuvré, il imagine en 2001 un coup d’éclat, « Mars Oasis » : faire pousser une plante sur la planète rouge pour réveiller l’intérêt du public. Encore faut-il un lanceur. En octobre 2001, puis en février 2002, il se rend en Russie pour acheter d’anciens missiles intercontinentaux reconvertis ; on lui en demande 8 millions de dollars pièce, et les négociations tournent court.
Il en conclut que le prix d’une fusée tient surtout à la manière de la fabriquer. Space Exploration Technologies est immatriculée le 14 mars 2002 et s’installe dans un entrepôt d’El Segundo, au sud de Los Angeles. Musk y engage, dit-on, une centaine de millions de dollars tirés de PayPal. Le premier salarié est Tom Mueller, motoriste ; Gwynne Shotwell est embauchée dans l’année pour vendre des lancements qui n’existent pas encore. Premier projet : le Falcon 1, une petite fusée.
2006-2008 : trois échecs et une dernière chance
Faute d’autorisation à Vandenberg, en Californie, SpaceX tire depuis l’îlot d’Omelek, dans les îles Marshall. Le premier Falcon 1 décolle le 24 mars 2006 et s’abîme au bout d’une trentaine de secondes : une fuite de carburant a provoqué un incendie. Le deuxième, le 21 mars 2007, atteint l’espace mais pas l’orbite : le second étage s’éteint trop tôt. Le troisième, le 3 août 2008, emporte un satellite du ministère américain de la Défense et deux petits engins de la NASA ; après la séparation, le premier étage, mû par une poussée résiduelle, heurte le second.
L’été 2008 est le plus sombre. Tesla, que Musk finance aussi, manque d’argent au même moment, et il partage ce qui lui reste entre les deux sociétés ; le 4 août, le fonds Founders Fund apporte 20 millions de dollars. Musk dira que le quatrième vol était financé avec « le dernier argent que nous avions pour le Falcon 1 », et que, sans succès, « c’en aurait été fini de SpaceX ». Le 28 septembre 2008, le Falcon 1 atteint l’orbite avec une simple masse de 165 kilos : première fusée à ergols liquides développée par une entreprise privée à y parvenir.
La délivrance vient trois mois plus tard. Le 23 décembre 2008, la NASA attribue à SpaceX un contrat de ravitaillement de la Station spatiale internationale d’une valeur de 1,6 milliard de dollars, pour douze vols, pour une fusée et une capsule qui n’ont jamais volé. L’agence avait déjà engagé en 2006 près de 400 millions de dollars pour aider à leur développement. Le même mois, Gwynne Shotwell devient présidente de la société. Le Falcon 1 ne volera plus qu’une fois, en juillet 2009.
2010-2014 : Falcon 9 et Dragon, le transporteur de la NASA
Le Falcon 9, plus puissant, réussit son premier vol le 4 juin 2010 ; le 8 décembre suivant, il place en orbite une capsule Dragon, récupérée intacte. Le 25 mai 2012, Dragon s’amarre à la Station spatiale internationale : pour la première fois, un vaisseau construit par une entreprise privée y livre du fret.
En septembre 2014, la NASA retient SpaceX, aux côtés de Boeing, pour ramener des astronautes américains en orbite depuis leur propre sol, ce que les États-Unis ne savent plus faire depuis l’arrêt de la navette en 2011 ; la part de SpaceX s’élève à 2,6 milliards de dollars. En janvier 2015, Google et Fidelity investissent 1 milliard de dollars, pour une valorisation d’environ 12 milliards.
2015-2018 : faire revenir les fusées
Fin juin 2015, un Falcon 9 chargé de fret pour la Station se désintègre deux minutes après le décollage : une pièce retenant une bouteille d’hélium a cédé. Le retour en vol, le 21 décembre 2015 à Cap Canaveral, s’accompagne d’une première : le premier étage revient se poser à la verticale sur la terre ferme. Le 8 avril 2016, un autre se pose sur une barge en mer ; le 30 mars 2017, un premier étage déjà utilisé repart, et revient.
Les revers continuent pourtant. Début septembre 2016, un Falcon 9 explose sur son pas de tir pendant la préparation d’un essai et détruit le satellite Amos-6, évalué à 200 millions de dollars. Le 6 février 2018, le premier Falcon Heavy envoie autour du Soleil la Tesla Roadster personnelle de Musk.
2015-2022 : Starlink, ou l’argent du ciel
En janvier 2015, Musk ouvre à Redmond, près de Seattle, un centre chargé de concevoir une constellation de satellites pour fournir internet partout sur Terre. L’atout de SpaceX : son propre lanceur, réutilisable, qui met ses satellites en orbite à prix coûtant. Les soixante premiers partent en mai 2019 ; le service s’ouvre au public en 2020 et dépasse le million d’abonnés fin 2022.
La guerre en Ukraine fait de Starlink un objet géopolitique. Activé à la demande de Kiev après l’invasion russe, le service devient vital pour l’armée ukrainienne. En septembre 2022, Musk refuse pourtant d’activer la couverture près de la Crimée occupée, où Kiev prépare une attaque de drones navals ; la question demeure : une infrastructure militaire peut-elle dépendre d’un seul homme ? En décembre 2022 naît Starshield, déclinaison militaire de Starlink.
2020-2025 : des astronautes, puis Starship
Le 30 mai 2020, Doug Hurley et Bob Behnken décollent de Floride à bord d’une capsule Crew Dragon : c’est le premier vol habité lancé du sol américain depuis 2011, et le premier à bord d’un vaisseau privé. Le 16 avril 2021, la NASA choisit Starship comme module d’atterrissage pour ramener des astronautes sur la Lune dans le cadre du programme Artemis.
Starship, fusée géante entièrement réutilisable, est développée à Starbase, au sud du Texas. Le premier vol, le 20 avril 2023, s’achève par une explosion au-dessus du golfe du Mexique ; le 13 octobre 2024, le premier étage, Super Heavy, est rattrapé au vol par les bras de sa tour de lancement. L’année 2025 accumule les déboires, dont deux engins perdus en vol en janvier et en mars et une explosion au sol le 18 juin, avant deux vols réussis en août et en octobre. En 2024, le siège quitte la Californie, jugée trop hostile, pour Starbase.
2026 : xAI, puis la Bourse
Le 2 février 2026, SpaceX absorbe xAI, la société d’intelligence artificielle fondée par Musk en 2023, qui possédait elle-même depuis mars 2025 le réseau social X, l’ancien Twitter. L’opération est payée en actions : selon Bloomberg, SpaceX est valorisé 1 000 milliards de dollars, xAI 250 milliards. Musk assure que le calcul de l’intelligence artificielle coûtera d’ici deux ou trois ans moins cher dans l’espace qu’au sol. En attendant, la fusée finance des centres de données.
Le 20 mai 2026, SpaceX dépose son prospectus d’introduction en Bourse et publie, pour la première fois, ses comptes. Le 11 juin, la société place 555,6 millions d’actions à 135 dollars, soit 75 milliards de dollars, plus de deux fois et demie le précédent record, celui de Saudi Aramco en 2019 ; avec l’option des banques, la société encaisse environ 85,7 milliards nets. Au soir de sa première séance, l’entreprise qui jouait sa survie sur une quatrième fusée en 2008 vaut plus de 2 000 milliards de dollars.
Ce que fait SpaceX aujourd’hui
SpaceX fabrique l’essentiel de ce qu’il fait voler. En 2025, son chiffre d’affaires de 18,7 milliards de dollars se répartissait en trois métiers :
- Connectivité (11,4 milliards de dollars, environ 61 % du total) : Starlink, Starshield pour les gouvernements, liaison directe avec les téléphones ; 8,9 millions d’abonnés fin 2025.
- Espace (4,1 milliards de dollars) : lancements Falcon, vols habités Dragon, Starship.
- Intelligence artificielle (3,2 milliards de dollars) : Grok, le réseau social X, la location de capacité de calcul.
Starlink est vendu dans plus de 160 marchés ; l’État américain pèse environ un cinquième du chiffre d’affaires.
Les dirigeants de SpaceX
- Elon Musk (depuis 2002) : fondateur, directeur général et directeur technique, président du conseil ; le seul patron qu’ait connu l’entreprise.
- Tom Mueller (2002-2020) : premier salarié, ingénieur motoriste, puis directeur technique chargé de la propulsion jusqu’à son départ en retraite, fin 2020.
- Gwynne Shotwell (depuis 2002) : chargée des ventes à son arrivée, présidente depuis décembre 2008, aujourd’hui présidente et directrice des opérations.
- Bret Johnsen (depuis 2011) : directeur financier, qui a mené l’introduction en Bourse.
SpaceX en Bourse
L’action SpaceX est cotée au Nasdaq depuis le 12 juin 2026, sous le code SPCX, au terme de la plus grosse introduction en Bourse jamais réalisée. Le premier jour, le titre a clôturé à 160,95 dollars, 19 % au-dessus du prix d’introduction ; il est entré dans le Nasdaq 100 le 7 juillet. Grâce à des actions à dix voix, Elon Musk garde la majorité des droits de vote avec moins de la moitié du capital.
Chiffres clés depuis 2023
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat net | Abonnés Starlink (millions, en fin de période) |
|---|---|---|---|
| 2023 | 10,39 | -4,63 | 2,3 |
| 2024 | 14,02 | 0,79 | 4,4 |
| 2025 | 18,67 | -4,94 | 8,9 |
| 1er semestre 2026 | 12,51 | -4,82 | 12 |
En milliards de dollars. SpaceX n’a publié aucun compte avant son prospectus de mai 2026, qui remonte à 2023 : le tableau ne reprend que ces données publiées, d’où trois exercices et un semestre. Les années 2023 et 2024 et les abonnés sont ceux du prospectus, cités par la presse et les analystes ; le semestre vient du communiqué du 4 août. Les chiffres sont retraités pour inclure xAI et X sur toute la période ; les pertes viennent surtout de l’intelligence artificielle.
Questions fréquentes sur SpaceX
Qui a fondé SpaceX ?
Elon Musk a fondé SpaceX le 14 mars 2002 à El Segundo, en Californie, avec une partie de la fortune tirée de la vente de PayPal. Il la contrôle toujours.
Que signifie le nom SpaceX ?
SpaceX est la contraction de Space Exploration Technologies Corp., « technologies d’exploration spatiale », sa raison sociale. Ses fusées Falcon tiendraient leur nom, selon le récit le plus souvent rapporté, du Faucon Millenium, le vaisseau de Han Solo dans La Guerre des étoiles.
Qui dirige SpaceX ?
Elon Musk, directeur général, directeur technique et président du conseil. Gwynne Shotwell en est la présidente depuis décembre 2008 et la directrice des opérations.
SpaceX est-il coté en Bourse ?
Oui, depuis le 12 juin 2026, au Nasdaq, sous le code SPCX. L’introduction, à 135 dollars l’action, a levé 75 milliards de dollars, puis environ 85,7 milliards nets avec l’option des banques, un record mondial.
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Sources
- SpaceX, prospectus d’introduction en Bourse, formulaire S-1 (20 mai 2026)
- SpaceX, résultats du deuxième trimestre 2026, formulaire 8-K (4 août 2026)
- Dave Manuel, « SpaceX S-1 Analysis : What’s In The IPO Filing » (20 mai 2026)
- Beancount, comptes 2023 à 2025 de SpaceX d’après le prospectus (12 juillet 2026)
- Via Satellite, « SpaceX’s IPO Filing Gives First Look Into Company’s Financials » (20 mai 2026)
- Tomasz Tunguz, analyse du prospectus de SpaceX (mai 2026)
- The New York Times via The Boston Globe, les comptes de SpaceX dévoilés (20 mai 2026)
- Broadband Breakfast, abonnés Starlink 2023-2024 d’après le prospectus (22 mai 2026)
- The Independent via Yahoo Finance, « SpaceX unveils biggest IPO in history, despite billions in losses » (21 mai 2026)
- Dow Jones (WSJ), « SpaceX Employs 22,000 » (20 mai 2026)
- Renaissance Capital, « SpaceX prices record-setting $75 billion IPO at $135 » (11 juin 2026)
- The Motley Fool, « SpaceX Opened at $150 » (17 juin 2026)
- CFO Dive, la rémunération du directeur financier Bret Johnsen (15 juin 2026)
- Taipei Times (Bloomberg), fusion de SpaceX et xAI (4 février 2026)
- Spaceflight Now, la NASA attribue les contrats de ravitaillement de la Station (23 décembre 2008)
- Wikipédia, Falcon 1 (consulté le 10 octobre 2026)
- Wikipédia, History of SpaceX (consulté le 10 octobre 2026)
- Wikipédia, SpaceX (consulté le 10 octobre 2026)
- Wikipédia, Starlink (consulté le 10 octobre 2026)
- Wikipédia, Tom Mueller (consulté le 10 octobre 2026)
- Wikipédia, Gwynne Shotwell (consulté le 10 octobre 2026)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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