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Histoire de Saudi Aramco : du désert concédé aux Californiens à la première compagnie pétrolière du monde

Histoire de Saudi Aramco

Saudi Aramco est la compagnie pétrolière nationale de l’Arabie saoudite, premier exportateur de brut au monde, détenue à plus de 97 % par l’État et son fonds souverain. Son histoire est celle d’une concession accordée faute de mieux à une compagnie californienne, devenue en un demi-siècle l’instrument de puissance d’un royaume, sans confiscation : l’État l’a rachetée morceau par morceau.

Saudi Aramco en bref

  • Fondation : 29 mai 1933, signature à Djeddah de la concession accordée à la Standard Oil of California, qui la confie en novembre à sa filiale, la California Arabian Standard Oil Company ; rebaptisée Arabian American Oil Company (Aramco) en 1944, la société devient la Saudi Arabian Oil Company par décret royal en novembre 1988.
  • Siège : Dhahran, dans la province orientale de l’Arabie saoudite.
  • Dirigeants : Amin Nasser, président et directeur général depuis 2015 ; Yasir Al-Rumayyan, président du conseil d’administration depuis 2019, qui dirige aussi le fonds souverain.
  • Activités : pétrole et gaz, raffinage, chimie, négoce, carburants.
  • Actifs principaux : les gisements de Ghawar et de Safaniya, l’oléoduc Est-Ouest, le réseau de gaz du royaume, 70 % du chimiste Sabic.
  • Effectifs : plus de 76 000 salariés, selon la compagnie.
  • Cotation : Bourse saoudienne (Tadawul, code 2222) depuis le 11 décembre 2019 ; 2,5 % seulement du capital y circule.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 445,7 milliards de dollars.

Histoire de Saudi Aramco

1933-1938 : une concession signée faute d’argent, six puits pour rien

Au début des années 1930, le roi Abdelaziz Al Saoud, qui vient d’unifier son royaume, manque cruellement d’argent. Henry St. John Philby, explorateur britannique et familier du souverain, l’engage à faire appel à des étrangers ; en 1931, l’ingénieur américain Karl Twitchell parcourt le pays et juge les perspectives pétrolières prometteuses. En 1932, la Standard Oil of California, ancêtre de Chevron, en trouve à Bahreïn, en face de la côte saoudienne. Son juriste Lloyd Hamilton débarque à Djeddah le 15 février 1933 et négocie trois mois avec le ministre des Finances, Abdallah Al-Sulaiman, face à une offre concurrente de l’Iraq Petroleum Company.

La concession est signée le 29 mai 1933. Elle vaut pour soixante ans et couvre tout l’est du royaume. La compagnie consent une avance en or, sous forme de prêt sans intérêt, par égard pour l’interdiction de l’usure. Le Trésor américain refusant d’exporter de l’or en pleine crise, Hamilton fait expédier de Londres 35 000 souverains d’or vers Djeddah. En novembre, la concession passe à une filiale, la California Arabian Standard Oil Company. En 1936, faute de débouchés, la Californienne cède la moitié de l’affaire à la Texas Company, future Texaco.

Le forage de Dammam n° 1 commence le 30 avril 1935, sur le dôme de Dammam, près de l’actuelle Dhahran. Les six premiers puits déçoivent : traces d’huile, débits éphémères, un puits sec. À San Francisco, on envisage de quitter l’Arabie. Le géologue Max Steineke plaide pour descendre plus profond. Début mars 1938 (le 3 ou le 4, selon les récits de la compagnie), Dammam n° 7, commencé en décembre 1936, débite 1 585 barils par jour, puis plus de 3 000. Le 16 octobre 1938, la compagnie annonce au roi la découverte commerciale. Le puits produira jusqu’en 1982.

1939-1972 : Aramco, compagnie américaine en terre saoudienne

Le premier pétrolier charge à Ras Tanura en 1939. La guerre interrompt presque tout. Le 31 janvier 1944, la société prend le nom d’Arabian American Oil Company, Aramco. Il lui faut des débouchés : la Standard Oil of New Jersey, future Exxon, et Socony-Vacuum, future Mobil, entrent au capital fin 1948, une fois levées les entraves de l’accord dit de la Ligne rouge qui les liait à leurs partenaires de l’Iraq Petroleum. Socony prend 10 %, les trois autres 30 % chacune. Le roi voulait une compagnie américaine, pour tenir les Britanniques à distance.

La production passe de 20 000 barils par jour en 1944 à 500 000 en 1949. En 1948, le forage d’Ain Dar trouve du pétrole ; en 1949, celui de Haradh, 185 kilomètres plus au sud. Il faudra plusieurs années pour comprendre qu’il s’agit d’un seul et même gisement, baptisé Ghawar du nom d’un pâturage bédouin : environ 280 kilomètres de long, le plus grand champ terrestre jamais découvert. En 1951 s’y ajoute Safaniya, le plus grand gisement en mer.

Le royaume réclame sa part. Le 30 décembre 1950, sur le modèle vénézuélien, il obtient la moitié des bénéfices ; Washington laisse les actionnaires d’Aramco déduire cet impôt de leur impôt américain : le contribuable américain paie en partie la facture. En 1953, 13 000 ouvriers saoudiens d’Aramco se mettent en grève, la première grande grève du pays. En août 1960, la Jersey baisse seule son prix affiché sans consulter le conseil d’Aramco. Abdallah Tariki, directeur saoudien du pétrole et administrateur d’Aramco, contribue alors à fonder l’OPEP (Organisation des pays exportateurs de pétrole), créée la même année.

1973-1988 : l’État rachète sa compagnie

Le royaume ne nationalise pas : il négocie une « participation ». L’accord d’octobre 1972 prévoit 25 % au 1er janvier 1973 et 51 % en 1982. La guerre du Kippour, en octobre 1973, précipite tout : l’État monte à 60 % en 1974, puis s’entend avec les quatre actionnaires sur un rachat total, conclu en 1980 avec effet rétroactif au 1er janvier 1976. Les Américains restent opérateurs, rémunérés de 18 à 19 cents par baril.

La décennie suivante est moins glorieuse. Pour défendre les prix, le royaume laisse sa production tomber de 9,9 millions de barils par jour en 1980 à 2,2 millions à l’été 1985, puis, en septembre, change de cap et ouvre les vannes : en 1986, certains bruts se vendent moins de 10 dollars le baril, et le ministre Ahmed Zaki Yamani perd son poste. Aramco passe de 57 000 à 43 000 salariés entre 1982 et 1989. En 1984, Ali Al-Naimi en devient le premier président saoudien. Le 13 novembre 1988, un décret royal crée la Saudi Arabian Oil Company, Saudi Aramco, qui reprend les actifs ; Ali Al-Naimi en est le premier président-directeur général.

1988-2015 : du puits à la station-service

La compagnie nationale veut ses propres clients. Avec Texaco, elle signe en novembre 1988 l’accord créant Star Enterprise, qui exploite trois raffineries et 11 400 stations-service aux États-Unis ; elle prend 35 % du sud-coréen SsangYong Oil, futur S-Oil, en 1991, et 40 % du philippin Petron en 1994. En 1990, après l’invasion du Koweït, elle remet en service les puits mis en sommeil et passe de 5,4 à 8,5 millions de barils par jour en cinq mois. En 1993, elle absorbe Samarec, le raffineur public. L’association américaine, devenue Motiva en 1998, lui laisse en 2017 la raffinerie de Port Arthur, au Texas.

Le 15 août 2012, le virus Shamoon efface environ 30 000 postes de travail, sans toucher la production.

Depuis 2016 : la Bourse, Sabic et les drones

En janvier 2016, le vice-prince héritier Mohammed ben Salmane annonce qu’une partie du capital pourrait être vendue en Bourse pour financer le fonds souverain, le Public Investment Fund (PIF). Le 14 septembre 2019, des drones et des missiles frappent l’usine de traitement d’Abqaiq et le champ de Khurais : 5,7 millions de barils par jour sont arrêtés, plus de 5 % de l’offre mondiale. Les houthis du Yémen revendiquent ; Washington et Riyad accusent l’Iran, qui dément. Le ministère de l’Énergie promet un retour à pleine capacité avant la fin du mois.

L’introduction suit malgré tout. Le 11 décembre 2019, l’action entre à la Bourse de Riyad, placée à 32 riyals. Avec l’option de surallocation, l’opération lève 29,4 milliards de dollars, record mondial. Les étrangers n’en ont pris, selon l’AFP, qu’environ 23 %. Le 17 juin 2020, Aramco achète au fonds souverain 70 % du chimiste Sabic pour 69,1 milliards de dollars : l’argent de la Bourse est revenu à l’État, et la compagnie est devenue chimiste.

La pandémie ampute de près de 45 % le bénéfice de 2020 ; la flambée des prix offre en 2022 un bénéfice record de 161,1 milliards de dollars. L’État verse ensuite des actions au PIF : 4 % en 2022, 4 % à sa filiale Sanabil en 2023, 8 % en mars 2024. En juin 2024, il revend 0,64 % du capital à 27,25 riyals, pour 11,2 milliards de dollars, cette fois avec une majorité d’étrangers.

L’année 2026 renoue avec la guerre : drone iranien sur la raffinerie de Ras Tanura le 2 mars, frappes sur l’oléoduc Est-Ouest et sur des raffineries, puis arrêt de cet oléoduc en septembre après une attaque attribuée à des milices irakiennes. Le prix du brut s’envole, les bénéfices aussi. L’analyse SWOT en détaille les effets.

Ce que fait Saudi Aramco aujourd’hui

Aramco exploite les gisements du royaume pour le compte de l’État et dit gérer 247,2 milliards de barils de réserves de pétrole. En 2025, elle a réalisé 445,7 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 93,4 milliards de bénéfice net. Ses métiers :

  • Amont : pétrole brut, condensats et gaz du royaume ; capacité maximale soutenable de 12 millions de barils par jour.
  • Aval : raffineries en Arabie saoudite et à l’étranger (Port Arthur aux États-Unis, S-Oil en Corée du Sud, participations en Chine), chimie avec Sabic, négoce, lubrifiants, stations-service.

Le groupe est présent dans plus de cinquante pays.

Les dirigeants de Saudi Aramco

  • Fred A. Davies (élu en 1940) : président de la California Arabian Standard Oil pendant la guerre.
  • Ali Al-Naimi (1984-1995) : premier président saoudien en 1984, président-directeur général de Saudi Aramco de 1988 à 1995, puis ministre du Pétrole.
  • Abdallah Jumah (1995-2008) : président-directeur général.
  • Khalid Al-Falih (2009-2015) : président-directeur général, puis président du conseil de 2015 à 2019.
  • Amin Nasser (depuis 2015) : président-directeur général, par intérim en mai, confirmé le 17 septembre 2015.
  • Yasir Al-Rumayyan (depuis 2019) : président du conseil d’administration et gouverneur du fonds souverain.

Saudi Aramco en Bourse

L’action est cotée à la Bourse saoudienne depuis le 11 décembre 2019, sous le code 2222. Elle a gagné 10 % le premier jour, à 35,2 riyals : Aramco devenait la première capitalisation mondiale. Apple l’a dépassée en juillet 2020 ; Aramco a repris la première place le 11 mai 2022. En mars 2026, la compagnie a lancé son premier programme de rachat d’actions, jusqu’à 3 milliards de dollars sur dix-huit mois.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Chiffre d’affaires Résultat net Cash-flow libre
2021 400,5 110,0 107,5
2022 604,4 161,1 148,5
2023 495,0 121,3 101,2
2024 480,4 106,2 85,3
2025 445,7 93,4 85,4

En milliards de dollars, comptes publiés par Aramco (exercices clos le 31 décembre). Le chiffre d’affaires correspond aux revenus et autres produits liés aux ventes ; pour 2021 à 2023, il est tiré du résumé sur cinq ans du rapport annuel 2025, publié en riyals, et converti au taux fixe de 3,75 riyals par dollar retenu par la compagnie (le riyal est arrimé au dollar). Le cash-flow libre est un indicateur non normalisé calculé par la compagnie.

Questions fréquentes sur Saudi Aramco

Qui a fondé Saudi Aramco ?

La compagnie est née de la concession accordée le 29 mai 1933 par le roi Abdelaziz Al Saoud à la Standard Oil of California, l’actuel Chevron. La Saudi Arabian Oil Company date, elle, du décret royal de novembre 1988.

D’où vient le nom Aramco ?

Aramco est l’abréviation d’Arabian American Oil Company, « compagnie pétrolière arabo-américaine », nom adopté le 31 janvier 1944. « Saudi » s’y ajoute en 1988.

Qui dirige Saudi Aramco ?

Amin Nasser, ingénieur pétrolier, en est le président-directeur général depuis 2015. Yasir Al-Rumayyan, gouverneur du fonds souverain, préside le conseil depuis 2019.

À qui appartient Saudi Aramco ?

L’État saoudien détient directement environ 81,5 % du capital et le fonds souverain, avec ses filiales, 16 % ; le reste, environ 2,5 %, est coté à Riyad.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Saudi Aramco.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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