Histoire de Vinci : de l’entreprise Girolou au géant mondial des concessions et des travaux

Vinci est un groupe français coté au CAC 40, qui construit des routes, des bâtiments et des réseaux électriques, et exploite des autoroutes et des aéroports. Son histoire est celle d’une entreprise de travaux publics fondée en 1899 par deux polytechniciens, passée pendant plus de trente ans de main en main entre grands conglomérats, avant de prendre son indépendance en 2000 sous un nom emprunté à la Renaissance.
Vinci en bref
- Fondation : 1899, par Alexandre Giros et Louis Loucheur, sous le nom de Giros et Loucheur ; devenue Société générale d’entreprises (SGE) en 1908, puis Vinci en 2000.
- Siège : Nanterre (Hauts-de-Seine), boulevard de la Défense, depuis 2022.
- Dirigeants : Pierre Anjolras, directeur général depuis le 1er mai 2025 ; Xavier Huillard, président du conseil d’administration, reconduit en avril 2026.
- Activités : concessions (autoroutes, aéroports), énergie (Vinci Energies, Cobra IS), construction (Vinci Construction), promotion immobilière.
- Métiers et marques : Vinci Autoroutes (ASF, Escota, Cofiroute, Arcour), Vinci Airports, Actemium, Axians, Omexom, Freyssinet, Soletanche Bachy, Eurovia.
- Effectifs : environ 294 000 collaborateurs, selon le groupe (février 2026).
- Cotation : Euronext Paris (code DG), membre du CAC 40 et de l’Euro Stoxx 50.
- Chiffre d’affaires 2025 : 74,6 milliards d’euros, dont 41 % en France.
Quelle est l’histoire de Vinci ?
1899-1945 : Girolou, du béton armé au ministère de l’Armement
En 1899, deux anciens élèves de l’École polytechnique, Alexandre Giros et Louis Loucheur, s’associent pour fonder Giros et Loucheur. Leur premier chantier n’a rien de glorieux : un réseau d’égouts à Commercy, dans la Meuse. La société, vite appelée Girolou, de son nom télégraphique, se spécialise dans le béton armé, puis dans les installations électriques. C’est de Girolou que naît en 1908 la Société générale d’entreprises, la SGE. Dès 1910, selon le groupe, elle est le deuxième groupe français de travaux publics, derrière un rival plus ancien, les Grands Travaux de Marseille, GTM, qu’elle finira par absorber quatre-vingt-dix ans plus tard.
Loucheur ne reste pas longtemps entrepreneur à plein temps. En décembre 1916, en pleine crise de l’artillerie lourde, il entre au gouvernement comme sous-secrétaire d’État aux Munitions ; ministre de l’Armement en 1917, conseiller économique de Clemenceau à la conférence de la paix, il sera ministre du Travail en 1928, l’année de la loi Loucheur sur le logement social.
1945-1989 : la SGE passe de main en main
Après la guerre, sous la présidence de Jean Matheron, de 1947 à 1971, la SGE participe à l’équipement hydroélectrique du pays ; elle achève en 1955 le barrage du Chastang, sur la Dordogne. Ses activités électriques attirent un grand voisin : en 1966, la Compagnie générale d’électricité (CGE), future Alcatel, prend le contrôle de la SGE. En 1970, elle lui confie ses propres travaux publics et reprend son activité électrique.
C’est sous la CGE que la SGE pose la première pierre de sa future fortune. À la fin des années 1960, elle participe à la création de Cofiroute, société privée à qui l’État concède des autoroutes, dont l’A10 entre Paris et Poitiers et l’A11 vers Le Mans. Encaisser des péages pendant des décennies sur un ouvrage qu’on a construit deviendra le cœur du modèle Vinci. Au début des années 1980, la SGE fusionne avec une autre filiale de la CGE, Sainrapt et Brice.
Viennent ensuite les années de chaises musicales. En 1984, Saint-Gobain devient l’actionnaire majoritaire de la SGE ; en 1988-1989, c’est la Compagnie générale des eaux, future Vivendi, qui en prend le contrôle et y verse ses propres entreprises de travaux, Campenon Bernard et Freyssinet en tête. Aucun actionnaire n’est resté ; chacun a laissé des entreprises.
1989-2000 : de la Générale des eaux à l’indépendance
Sous la Générale des eaux, la SGE grandit en Europe : elle achète Norwest Holst au Royaume-Uni à partir de 1989, des entreprises de travaux dans l’ex-Allemagne de l’Est après la réunification. Elle bâtit le pont de Normandie, achevé en 1995, le pont Vasco de Gama à Lisbonne, et participe au Stade de France, livré pour la Coupe du monde de 1998. La présidence revient alors aux patrons de la maison mère, Guy Dejouany de 1990 à 1996, puis Jean-Marie Messier de 1996 à 1997, avant que celui-ci ne la cède à Antoine Zacharias.
Jean-Marie Messier veut faire de la Générale des eaux, rebaptisée Vivendi, un groupe de médias ; le béton n’y a plus sa place. En février 2000, Vivendi vend environ un tiers du capital de la SGE et n’en garde que 17 % ; à la fin de l’année, il est presque entièrement sorti. Le 20 avril 2000, le conseil propose de rebaptiser le groupe Vinci, en « référence à un personnage historique passé à la postérité » ; l’assemblée générale du 25 mai l’adopte. Le choix de Léonard, ingénieur autant que peintre, se comprend ; un latiniste fera seulement remarquer que vinci est l’infinitif passif de vincere : « être vaincu ».
Le nouveau Vinci ne l’est pas. En juillet 2000, il lance une offre en actions sur le Groupe GTM, filiale du groupe Suez, né du rapprochement de GTM et de Dumez ; l’accord est scellé en octobre. Le vieux rival de 1910 rejoint ainsi la SGE. L’ensemble devient le premier groupe mondial de construction, devant Bouygues.
2000-2010 : les autoroutes du Sud et la querelle des chefs
La décennie se joue sur les autoroutes. En 2005, le gouvernement de Dominique de Villepin privatise les sociétés d’autoroutes, cédées pour 14,8 milliards d’euros à trois groupes : Vinci, Eiffage et l’espagnol Abertis. Vinci, déjà actionnaire d’Autoroutes du Sud de la France (ASF), en prend le contrôle le 9 mars 2006, avec Escota, et crée Vinci Autoroutes. L’opération sera reprochée à l’État pendant vingt ans, par la droite comme par la gauche : les péages se sont révélés plus rentables que prévu.
En 2006, le groupe se déchire au sommet. Antoine Zacharias, président, réclame la tête de son directeur général, Xavier Huillard, qui a critiqué publiquement sa rémunération. Le conseil choisit Huillard : le 1er juin 2006, Zacharias est contraint à la démission, avec une indemnité de départ de 12,8 millions d’euros. Il réclame ensuite 81 millions d’euros à Vinci pour des stock-options perdues, et il est débouté. Poursuivi pour abus de biens sociaux, il est relaxé en mars 2010 à Nanterre par un tribunal qui refuse d’être « le juge de la gouvernance des entreprises » ; en mai 2011, la cour d’appel de Versailles le condamne à 375 000 euros d’amende, et il se pourvoit en cassation. Yves-Thibault de Silguy prend la présidence jusqu’en 2010, date à laquelle Xavier Huillard devient président-directeur général.
2010-2025 : les aéroports et l’énergie
Xavier Huillard fait des aéroports le deuxième pilier des concessions. Fin 2012, Vinci emporte pour 3,08 milliards d’euros ANA, qui exploite les dix aéroports du Portugal, et en prend possession en 2013 ; le 15 décembre 2015, il signe avec le japonais Orix la concession des deux aéroports d’Osaka, Kansai-International et Itami, pour quarante-quatre ans à partir d’avril 2016. En décembre 2018, il annonce l’achat de 50,01 % de Londres-Gatwick, conclu en mai 2019. Il cède en 2014 puis en 2016 ses parkings, devenus Indigo.
Tout n’aboutit pas. Vinci, actionnaire majoritaire de la société concessionnaire Aéroports du Grand Ouest, devait construire le nouvel aéroport de Notre-Dame-des-Landes, près de Nantes ; contesté pendant des années, localement et nationalement, le projet est abandonné par le Premier ministre le 17 janvier 2018, et la résiliation du contrat ouvre droit à une indemnité pour Vinci. Le groupe se renforce en revanche dans l’énergie : annoncé en octobre 2020 à 5,2 milliards d’euros, renégocié à 4,9 milliards en avril 2021, le rachat des activités énergétiques de l’espagnol ACS, rebaptisées Cobra IS, est finalisé le 31 décembre 2021. En mars 2022, le siège quitte Rueil-Malmaison pour Nanterre.
Depuis 2025 : la succession de Xavier Huillard
Atteint par la limite d’âge de 70 ans en juin 2024, Xavier Huillard doit lâcher la direction exécutive. Pierre Anjolras est nommé directeur général opérationnel au printemps 2024, puis directeur général le 1er mai 2025, après la séparation des fonctions votée le 17 avril. Huillard reste président ; le 14 avril 2026, les actionnaires renouvellent son mandat d’administrateur à 91,91 %, et le conseil le reconduit pour quatre ans.
Que fait Vinci aujourd’hui ?
Vinci a réalisé 74,6 milliards d’euros de chiffre d’affaires en 2025, réparti entre trois grands métiers :
- Concessions : Vinci Autoroutes (6,7 milliards d’euros), qui exploite en France les réseaux d’ASF, d’Escota, de Cofiroute et d’Arcour ; Vinci Airports (4,8 milliards), présent notamment au Portugal, au Japon et au Royaume-Uni ; Vinci Highways (0,5 milliard), autoroutes hors de France.
- Énergie : Vinci Energies (21,6 milliards), avec ses marques Actemium pour l’industrie, Axians pour le numérique, Omexom pour les réseaux électriques ; Cobra IS (8,0 milliards), fort en Espagne et en Amérique latine.
- Construction : Vinci Construction (32,1 milliards), qui regroupe le bâtiment, les travaux routiers et le génie civil spécialisé, avec Freyssinet et Soletanche Bachy ; Vinci Immobilier (1,1 milliard).
Qui sont les dirigeants de Vinci ?
- Alexandre Giros et Louis Loucheur (1899-1908) : fondateurs de Giros et Loucheur ; Giros préside ensuite la SGE de 1932 à 1937.
- Amédée Alby (1908-1932) : premier président de la SGE.
- Jean Matheron (1947-1971) : président de l’après-guerre et de l’équipement hydroélectrique.
- Guy Dejouany (1990-1996) et Jean-Marie Messier (1996-1997) : patrons de la Générale des eaux, présidents de leur filiale.
- Antoine Zacharias (1997-2006) : artisan de l’indépendance, du nom Vinci, du rachat de GTM et de l’entrée dans ASF ; poussé à la démission en 2006.
- Yves-Thibault de Silguy (2006-2010) : président du conseil d’administration.
- Xavier Huillard (depuis 2006) : directeur général, puis président-directeur général de 2010 à 2025, président depuis.
- Pierre Anjolras (depuis 2025) : directeur général.
Quel est le parcours de Vinci en Bourse ?
La SGE était déjà cotée à la Bourse de Paris en 2000, quand Vivendi a cédé l’essentiel de sa participation ; c’est cette sortie qui a fait d’elle une société indépendante. L’action Vinci, code DG, est entrée au CAC 40 en 2002 et fait aussi partie de l’Euro Stoxx 50. La querelle de 2006 a montré ce que la Bourse en pensait : le 2 juin, au lendemain de la démission forcée d’Antoine Zacharias, le titre gagnait 4,3 % en milieu de séance, dans un marché en hausse de 1,3 %.
Quels sont les chiffres clés de Vinci depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat opérationnel sur activité | Résultat net part du groupe |
|---|---|---|---|
| 2021 | 49,40 | 4,72 | 2,60 |
| 2022 | 61,68 | 6,82 | 4,26 |
| 2023 | 68,84 | 8,36 | 4,70 |
| 2024 | 71,62 | 9,00 | 4,86 |
| 2025 | 74,60 | 9,56 | 4,90 |
En milliards d’euros, comptes publiés par Vinci, chiffre d’affaires hors travaux confiés à des tiers par les filiales concessionnaires. Le saut de 2022 tient à l’intégration de Cobra IS et au retour du trafic aérien après la pandémie ; le résultat net 2025 est amputé de 449 millions d’euros par la surtaxe d’impôt sur les sociétés.
Questions fréquentes sur Vinci
Qui a fondé Vinci ?
Deux polytechniciens, Alexandre Giros et Louis Loucheur, qui fondent en 1899 l’entreprise Giros et Loucheur, devenue la Société générale d’entreprises en 1908. Loucheur fut ensuite ministre de l’Armement.
D’où vient le nom Vinci ?
Adopté en mai 2000, quand la SGE s’affranchit de Vivendi. Le groupe l’a présenté comme une « référence à un personnage historique passé à la postérité » : Léonard de Vinci, ingénieur autant qu’artiste.
Qui dirige Vinci ?
Pierre Anjolras est directeur général depuis le 1er mai 2025. Xavier Huillard, qui a dirigé le groupe de 2006 à 2025, préside le conseil d’administration.
Vinci est-il propriétaire des autoroutes ?
Non. Vinci est concessionnaire : il exploite et entretient ces autoroutes et en perçoit les péages pour une durée fixée par contrat, puis les réseaux reviennent à l’État.
Quels aéroports appartiennent à Vinci ?
Vinci Airports exploite notamment les aéroports du Portugal, ceux d’Osaka avec Orix, et détient 50,01 % de Londres-Gatwick.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Vinci, « Our history » (page d’histoire du groupe et liste des présidents, consultée le 9 octobre 2026)
- SGE, communiqué sur le projet de changement de nom en Vinci (20 avril 2000)
- Vinci, résultats annuels 2025 (5 février 2026)
- Vinci, résultats annuels 2023 (7 février 2024)
- Vinci, résultats annuels 2022 (9 février 2023)
- Vinci, rapport annuel 2010 (dépôt AMF, mai 2011)
- Reuters (Tradingsat), « Relaxe pour l’ancien patron de Vinci poursuivi pour ses gains » (26 mars 2010)
- Vinci, « Vinci Airports finalises the acquisition of the two Kansai airports in Japan » (1er avril 2016)
- Assemblée nationale, question écrite n° 4779 et réponse du gouvernement sur l’abandon de Notre-Dame-des-Landes (2018)
- Public Sénat, « Montebourg souhaite renationaliser les autoroutes, mais à quel coût et de quelle manière ? » (septembre 2021)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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