Qu’est-ce qu’un choc pétrolier ? Causes et conséquences

Qu’est-ce qu’un choc pétrolier ?
Un choc pétrolier correspond à une hausse massive et rapide du prix du pétrole qui déclenche généralement une crise pour les pays n’en produisant pas, ou pas assez et qui sont dépendants de l’importation.
Les variations du prix de « l’or noir » ont une incidence directe sur l’économie en général. En effet, le pétrole est utilisé dans un grand nombre de productions industrielles et dans la grande majorité des moyens de transports. A ce jour, il n’existe pas d’alternative énergétique pouvant répondre aussi rapidement que le pétrole aux besoins de la planète.
Quelques pays industrialisés ont cherché d’autres biens de substitution tels que l’énergie nucléaire ou l’électricité mais il s’avère que le pétrole reste l’énergie la plus répandue au monde, dont la demande ne cesse de croître.

Quel est un exemple concret de choc pétrolier ?
Selon les économistes et les spécialistes de la question, nous avons connu deux chocs pétroliers :
- Le premier en 1973 suite à l’augmentation des prix du pétrole et la réduction de la production par les pays de l’OPEP, en réaction au soutien de nombreux pays occidentaux envers Israël lors de la guerre du Kippour. Les prix sont multipliés par quatre passant d’environ 3 à près de 12 $ le baril.
- Le second en 1979, après la chute du Shah en Iran, puis la guerre entre Irak et Iran qui a précipité la crise de 1980. Les troubles dans ces importants pays producteurs et la décision de l’Arabie Saoudite de réduire son offre, fait exploser les prix du pétrole et plonge les pays occidentaux dans une crise économique. Les prix sont multipliés par deux et demi environ, passant d’environ 14 à 37 $ le baril en moyenne annuelle entre 1978 et 1980.
De plus en plus de journalistes et économistes s’accordent à penser qu’un troisième choc pétrolier a eu lieu en 2008. Différent des deux précédents chocs, celui de 2008 est étalé dans le temps et a démarré entre 2003 et 2005 pour aboutir à une forte augmentation des cours en 2008.
Pourquoi un choc pétrolier ?
Les chocs pétroliers sont dus à différentes raisons à la fois économiques et politiques. En effet, la hausse des prix peut survenir d’une forte demande mal anticipée qui provoque un déséquilibre sur le marché et permet aux pays producteurs d’imposer des prix élevés.
Ces pays producteurs, qui sont en grande majorité des pays du Moyen-Orient, possèdent un véritable pouvoir sur les pays importateurs de pétrole. Ils peuvent décider de réduire leur production et d’augmenter le prix du baril en signe de protestation contre des actions militaires envers des pays arabes et notamment contre les États-Unis, premiers consommateurs de pétrole au monde.
Le choc pétrolier en résumé
Un choc pétrolier est une hausse brutale et durable du prix du pétrole, le plus souvent provoquée par une baisse soudaine de l’offre, qui frappe les pays importateurs : flambée des prix de l’énergie et des transports, inflation, transfert de richesse vers les pays producteurs, puis ralentissement économique. Les deux chocs de référence sont ceux de 1973-1974, lié à la guerre du Kippour, et de 1979-1980, lié à la révolution iranienne puis à la guerre entre l’Irak et l’Iran.
Pourquoi le prix du pétrole peut-il exploser ?
À court terme, la demande de pétrole réagit très peu au prix : on ne change pas de voiture, de chaudière ou de procédé industriel en quelques semaines. Quand l’offre baisse, même de quelques pour cent, il faut donc une très forte hausse du prix pour ramener la demande au niveau de l’offre disponible. C’est la loi de l’offre et de la demande sur un marché où l’une des deux courbes est presque verticale. Lors de la révolution iranienne, la baisse de l’offre mondiale n’a été que d’environ 4 % ; le prix a pourtant plus que doublé.
Quels ont été les deux grands chocs pétroliers ?
1973-1974. Le 16 octobre 1973, en pleine guerre du Kippour, les pays du Golfe membres de l’OPEP relèvent le prix affiché du brut de 3,01 à 5,12 dollars le baril. Le lendemain, les pays arabes exportateurs décident de réduire leur production, et un embargo vise les États-Unis à partir du 19 octobre. Fin décembre 1973, l’OPEP porte le prix à 11,65 dollars. L’embargo est levé en mars 1974, mais le prix ne redescend pas : il a été multiplié par près de quatre en moins de trois mois.
1979-1980. Fin 1978, les grèves dans le secteur pétrolier iranien font chuter la production du pays de 6 millions à environ 1,5 million de barils par jour. Le Shah quitte l’Iran le 16 janvier 1979. Puis l’Irak envahit l’Iran le 22 septembre 1980, ce qui réduit encore la production des deux pays. Le brut, qui valait en moyenne autour de 14 dollars en 1978, en vaut près de 37 en moyenne en 1980, avec des pics proches de 40 dollars.
| Épisode | Déclencheur | Prix avant | Prix après |
|---|---|---|---|
| 1973-1974 | Guerre du Kippour, embargo arabe | 3,01 $ | 11,65 $ |
| 1979-1980 | Révolution iranienne, guerre Irak-Iran | 14 $ (moy. 1978) | 37 $ (moy. 1980) |
| 2008 | Forte demande, offre tendue | — | 147 $ (11 juillet) |
Prix de 1973-1974 : prix affiché du brut de référence de l’OPEP ; 1978-1980 : moyennes annuelles du Brent ; 2008 : record intrajournalier.
Quelles sont les conséquences économiques d’un choc pétrolier ?
Les chocs des années 1970 ont mis fin à la croissance rapide de l’après-guerre en Europe et provoqué un phénomène que les économistes croyaient improbable : la stagflation, mélange de hausse des prix et de chômage. Les pays importateurs ont vu leur facture énergétique s’envoler et leur balance des paiements se dégrader, tandis que les pays producteurs accumulaient des excédents, les « pétrodollars », recyclés dans le système bancaire international.
Les réponses ont été durables. Les pays de l’OCDE ont créé l’Agence internationale de l’énergie, dont l’accord fondateur est signé le 18 novembre 1974, pour coordonner leurs stocks et leur réaction aux ruptures d’approvisionnement. La France a lancé en mars 1974 le plan Messmer, qui engage la construction d’un vaste parc de centrales nucléaires. Partout, les économies d’énergie et la diversification des sources ont réduit la dépendance au pétrole par unité de production.
Après 1980 : un troisième choc ?
La hausse des années 2000 diffère des précédentes : elle vient surtout de la demande, portée par la croissance des pays émergents, face à une offre qui suit mal. Le baril atteint son record le 11 juillet 2008, à 147,27 dollars pour le WTI et 147,50 dollars pour le Brent, avant de s’effondrer vers 36 dollars en décembre 2008 avec la crise financière. En mars 2022, après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le Brent monte jusqu’à 139,13 dollars. L’inverse existe aussi : un contre-choc, comme la chute sous 50 dollars au début de 2015 ou le passage du WTI en territoire négatif pendant la pandémie de 2020.
Quels débats entourent le choc pétrolier ?
Le rôle exact des chocs pétroliers dans l’inflation des années 1970 reste discuté. Pour certains économistes, ils en sont la cause principale : un choc d’offre massif, impossible à absorber sans hausse des prix. Pour d’autres, notamment dans la tradition monétariste, l’inflation avait commencé avant 1973 et tenait d’abord à des politiques monétaires trop accommodantes ; le pétrole aurait surtout aggravé un mouvement déjà engagé. Le fait que les hausses de 2008 et de 2022 n’aient pas produit une décennie de stagflation comparable nourrit ce débat : économies moins dépendantes du pétrole, banques centrales plus crédibles, marchés du travail moins indexés.
Qu’est-ce qu’un choc pétrolier change pour un investisseur ou un trader ?
Le prix du pétrole agit sur presque tous les marchés. Il pèse sur l’inflation et donc sur les anticipations de taux des banques centrales ; il favorise les monnaies des pays exportateurs et pénalise celles des importateurs ; il oppose en Bourse les compagnies pétrolières aux transporteurs aériens, à la chimie ou à la distribution. Suivre les réunions de l’OPEP et de ses alliés, les stocks publiés chaque semaine aux États-Unis et les tensions géopolitiques au Moyen-Orient fait partie de la lecture quotidienne des matières premières.
Questions fréquentes
Combien y a-t-il eu de chocs pétroliers ?
Deux sont reconnus sans discussion, en 1973-1974 et en 1979-1980. Beaucoup d’auteurs parlent d’un troisième choc pour la hausse des années 2003-2008, d’une nature différente puisqu’elle vient de la demande.
Quel était le prix du baril en 1973 ?
Le prix affiché du brut de référence est passé de 3,01 dollars avant le 16 octobre 1973 à 11,65 dollars fin décembre 1973.
Qu’est-ce qu’un contre-choc pétrolier ?
C’est l’inverse : une chute brutale du prix du pétrole, qui profite aux pays importateurs et met en difficulté les producteurs.
Quel lien entre choc pétrolier et stagflation ?
Un choc pétrolier fait monter les prix tout en freinant l’activité. Il peut donc produire en même temps inflation et chômage, la combinaison appelée stagflation.
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Trader depuis 1994, je commente l’actualité comme je la vis devant mes écrans : par ce qu’elle change, ou ne change pas, sur les marchés. Historien de formation, je cherche dans le passé la mesure de ce qui arrive, pour distinguer l’événement du bruit.
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