Thérapie de choc : stratégie de redressement économique

Qu’est-ce que la thérapie de choc ?
Pour faire repartir une économie, il faut faire des sacrifices.
Cette théorie est appliquée en cas de crise économique dans un pays. Il s’agit pour un pays de prendre des décisions importantes et tranchantes qui auront certes des conséquences négatives à court terme mais qui seront bénéfiques sur le long terme.
Prenons un exemple : Si un pays souffre de pénurie de type alimentaire et que l’économie est contrôlée par l’État, la meilleure solution pour ce pays est de changer de gouvernement immédiatement. Certes, c’est une décision difficile à prendre mais pour le bien du pays et de ses citoyens cela aura des effets positifs sur le long terme.
De plus, les pays qui utilisent la thérapie de choc ont tendance à se libéraliser. Les frontières s’ouvrent ce qui augmente les échanges internationaux et ouvre le pays à des perspectives et un avenir plus radieux.
Cette théorie a été mise en place pour la première fois en Allemagne en 1948 quand le gouvernement a arrêté le contrôle des prix et les subventions. Ce fut certes un réel succès en Allemagne mais certains pays, tels que la Russie, ont échoué à mettre en place une thérapie de choc et la corruption a pris possession de l’économie.

Comment analyser la théorie de la thérapie de choc ?
Cette théorie a connu des succès comme des échecs. Il est difficile de passer d’une économie gérée par l’État à une économie ouverte et libéralisée sans passer par des étapes et des grades d’avancement.
Une économie a besoin d’encadrements, de structures, de lois et de règles afin de fonctionner le mieux possible.
Sans ce cadre de règles et de lois, la Russie a sombré vers la kleptocratie qui est un système politique où une ou des personnes à la tête d’un État pratiquent à une très grande échelle la corruption comme le blanchiment d’argent.
Citation sur la thérapie de choc
« L’inflation est comme un tigre et vous n’avez qu’une balle ; si vous ne l’atteignez pas d’un seul tir, c’est lui qui vous tue. »
Gonzalo Sánchez de Lozada
La thérapie de choc en résumé
La thérapie de choc désigne un ensemble de réformes économiques radicales appliquées d’un coup plutôt que par étapes : libération des prix, fin des subventions, rigueur budgétaire et monétaire, ouverture au commerce extérieur, puis privatisations. Elle a surtout servi à briser une hyperinflation ou à faire passer une économie planifiée à l’économie de marché. Ces recettes recoupent largement celles du consensus de Washington. Son nom est associé à l’économiste américain Jeffrey Sachs, lié aux programmes de la Bolivie et de la Pologne, même s’il dit ne pas avoir choisi l’expression.
Quelle est la logique du choc ?
Les partisans du choc avancent trois arguments. D’abord la crédibilité : une inflation très forte ne cède que si chacun est convaincu que la création monétaire s’arrête vraiment, ce qu’une réforme progressive ne garantit pas. Ensuite la cohérence : libérer certains prix et pas d’autres crée de nouvelles distorsions et des occasions de spéculation. Enfin la politique : juste après une crise ou un changement de régime, la population accepte des sacrifices qu’elle refuserait quelques années plus tard. La citation de Gonzalo Sánchez de Lozada, l’un des architectes du plan bolivien de 1985 et plus tard président de la Bolivie, résume cette logique : il dit dans un entretien que son équipe avait forgé la formule de l’inflation comparée à un tigre contre lequel on n’a qu’une balle.
Les partisans du gradualisme répondent que les marchés ne fonctionnent pas sans institutions (tribunaux, droit de la faillite, contrôle des banques, fiscalité) et que celles-ci ne se créent pas en un jour. C’est l’argument du texte ci-dessus, qui insiste sur le besoin d’encadrement et de règles.
Quels épisodes illustrent la thérapie de choc ?
Allemagne, 1948. Le 20 juin 1948, dans les zones occidentales occupées, le Deutsche Mark remplace le Reichsmark. Le même jour, Ludwig Erhard, directeur de l’économie de l’administration commune aux zones américaine et britannique, annonce la fin du rationnement et du contrôle de la plupart des prix, en dépassant ses pouvoirs et malgré les réserves des Alliés. Les loyers et certains produits de base restent encadrés. Les marchandises réapparaissent presque du jour au lendemain dans les magasins, mais les prix montent alors que les salaires restent bloqués, et une vague de grèves suit. Erhard devient ensuite ministre de l’Économie de la République fédérale (1949-1963), puis chancelier.
Bolivie, 1985. Le président Víctor Paz Estenssoro prend ses fonctions le 6 août 1985, alors que l’inflation a approché 25 000 % sur un an selon Gonzalo Sánchez de Lozada. Le décret suprême 21060 du 29 août 1985 laisse flotter la monnaie, supprime le contrôle des prix et les subventions, instaure un droit de douane uniforme de 20 % et réduit des deux tiers les effectifs des sociétés publiques du pétrole et de l’étain. L’hyperinflation est brisée ; le coût social est lourd, notamment pour les mineurs.
Pologne, 1990. Le plan préparé par le ministre des Finances Leszek Balcerowicz, avec Jeffrey Sachs dans son groupe d’experts, entre en vigueur en janvier 1990. Le PIB recule d’environ 10 % en 1990 et de 7 % en 1991, et le chômage passe de 0,3 % à 6,5 % de la population active au cours de 1990. Le pays retrouve son niveau de production de 1989 en 1996, puis connaît une croissance soutenue.
Russie, 1992. Le gouvernement de Boris Eltsine, où Egor Gaïdar pilote l’économie, libère les prix le 2 janvier 1992. Ils augmentent d’environ 250 % dès le mois de janvier (ils sont multipliés par près de 3,5), et l’inflation dépasse 2 000 % sur l’année. La banque centrale continue de prêter aux entreprises d’État endettées, contre l’avis de Gaïdar, et la privatisation, par coupons à partir de 1992 puis par les « prêts contre actions » de 1995, concentre une large part des grandes entreprises entre les mains de quelques banquiers proches du pouvoir. C’est le terrain de la kleptocratie évoquée plus haut.
| Pays | Départ | Situation | Suites |
|---|---|---|---|
| Allemagne de l’Ouest | 20 juin 1948 | Prix bloqués, rationnement, marché noir | Retour des marchandises, forte croissance ensuite |
| Bolivie | 29 août 1985 | Hyperinflation | Inflation brisée, chômage dans les mines et le pétrole publics |
| Pologne | 1er janvier 1990 | Sortie du communisme, inflation élevée | Récession en 1990 et 1991, niveau de 1989 retrouvé en 1996 |
| Russie | 2 janvier 1992 | Effondrement de l’URSS, pénuries | Inflation de plus de 2 000 % en 1992, explosion de la pauvreté |
Quelles critiques vise la thérapie de choc ?
Joseph Stiglitz, ancien économiste en chef de la Banque mondiale, est le critique le plus connu. Dans La Grande Désillusion (2002), il soutient que la thérapie de choc a aggravé inutilement les crises et les souffrances sociales, et il oppose la transition progressive de la Chine à celle de la Russie. La journaliste Naomi Klein, dans La Stratégie du choc (2007), va plus loin : selon elle, les crises sont utilisées pour imposer des réformes que les populations refuseraient en temps normal.
Les défenseurs de la thérapie de choc répondent que la Russie n’a pas souffert d’un excès de réformes mais de réformes inachevées : la banque centrale a continué à financer les pertes, et l’État de droit manquait pour encadrer les privatisations. Ils citent la Pologne et les pays baltes, qui ont réformé plus vite et plus complètement, et dont la croissance a été ensuite plus forte. La comparaison avec la Chine est elle-même discutée, car la Chine partait d’une économie surtout agricole, très différente de l’industrie soviétique. Le débat porte aujourd’hui moins sur le choix entre choc et gradualisme que sur l’ordre des réformes : stabiliser la monnaie vite, mais bâtir les institutions avant de privatiser.
Que change la thérapie de choc pour un investisseur ?
Un programme de choc commence souvent par une dévaluation et une forte inflation de correction : les actifs libellés dans la monnaie locale perdent d’abord de leur valeur. L’exemple récent est l’Argentine : Javier Milei prend ses fonctions le 10 décembre 2023 et, deux jours plus tard, son ministre de l’Économie Luis Caputo annonce des mesures d’urgence qui font passer le cours officiel du dollar d’environ 400 à 800 pesos. L’inflation mensuelle, de 25,5 % en décembre 2023, descend à 8,8 % en avril 2024 puis à 2,4 % en février 2025. Pour un investisseur, la question clé est la crédibilité : si la banque centrale cesse vraiment de financer l’État, l’inflation reflue et les taux peuvent baisser ; si le programme est abandonné à mi-chemin, la volatilité de la devise et des obligations peut reprendre de plus belle.
Questions fréquentes
Qui a inventé la thérapie de choc ?
Personne ne l’a inventée seul. Le nom est associé à Jeffrey Sachs, lié aux programmes de la Bolivie (1985) et de la Pologne (1990), mais il dit ne pas avoir choisi l’expression. Le mot a été popularisé par ses critiques, notamment Naomi Klein.
Thérapie de choc ou gradualisme : quelle différence ?
La thérapie de choc applique toutes les réformes en même temps et le plus vite possible. Le gradualisme les échelonne, en commençant souvent par les institutions et les secteurs les plus faciles à libéraliser, comme l’a fait la Chine à partir de 1978.
La thérapie de choc a-t-elle réussi en Pologne ?
Le coût a été lourd au début, avec deux années de récession et une forte hausse du chômage, mais le pays a retrouvé son niveau de production de 1989 dès 1996 et a ensuite connu l’une des croissances les plus fortes d’Europe.
Pourquoi a-t-elle échoué en Russie ?
Les explications divergent : pour ses critiques, la méthode elle-même était trop brutale ; pour ses défenseurs, les réformes sont restées inachevées, avec une banque centrale qui continuait à financer les pertes et des privatisations sans cadre juridique solide.
Pour aller plus loin
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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