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corn laws

Qu’est-ce que les corn laws ?

Les Corn Laws sont un ensemble de textes de lois, surtout connus pour la période 1815-1846, qui visent à réglementer le commerce des céréales entre le Royaume-Uni et l’étranger. Ces lois protectionnistes bannissent l’importation de céréales dès lors que les cours sont inférieurs à un seuil donné.

Les libéraux qui prônent le libre-échange sont opposés à ces lois qu’ils jugent nocives pour l’économie britannique en grevant le marché intérieur du pays et en empêchant le développement industriel.

Ces lois sont critiquées et remises en cause au point qu’une ligue l’anti Corn Law League est créée par Richard Cobden pour faire pression sur le gouvernement. Le mouvement de l’anti Corn Law League prend une ampleur considérable qui marque l’opinion publique.

Les Corn Laws ont été abolies en 1846 avec l’aide du Premier ministre Robert Peel.

Au final, ces lois ont donné lieu à des affrontements entre aristocrates, grands propriétaires fonciers agricoles à qui les Corn Laws profitaient et bourgeois manufacturiers urbains qui considéraient l’agriculture comme n’importe quelle industrie, qui doit être ouverte au libre échange.

Les Corn Laws en résumé

Les Corn Laws (« lois sur le blé », corn désignant en anglais britannique les céréales en général) sont les lois protectionnistes qui ont encadré le commerce des grains au Royaume-Uni, et en particulier celles appliquées de 1815 à 1846 : elles taxaient ou interdisaient les importations de céréales pour maintenir des prix élevés au profit des propriétaires terriens. Leur abrogation en 1846, sous le Premier ministre Robert Peel, est le moment où la Grande-Bretagne bascule vers le libre-échange.

Des lois anciennes, un tournant en 1815

Le Parlement britannique encadrait le commerce des grains depuis longtemps. La loi votée en 1773 (et entrée en vigueur en 1774) n’autorisait par exemple les importations qu’au-dessus d’un prix intérieur de 48 shillings le quarter, l’unité de mesure des grains. Mais c’est la loi de 1815 qui donne aux Corn Laws leur réputation. Pendant les guerres napoléoniennes, le blocus a fait grimper les prix et enrichi l’agriculture britannique ; la paix revenue, les propriétaires craignent l’arrivée du blé étranger bon marché. La loi de 1815 interdit alors toute importation tant que le prix intérieur reste sous 80 shillings le quarter. Son vote provoque de graves émeutes à Londres.

Le système est assoupli à plusieurs reprises. La loi de 1828 instaure une échelle mobile : le droit de douane baisse à mesure que le prix intérieur monte, de 34 shillings 8 pence quand le blé anglais vaut 52 shillings ou moins, jusqu’à 1 shilling quand il atteint 73 shillings. Le principe reste le même : protéger le revenu de la terre.

Le grand débat : Malthus contre Ricardo

Les Corn Laws ont nourri l’un des débats fondateurs de l’économie politique. Thomas Malthus les défend : un prix de 80 shillings lui paraît juste, et il juge dangereux pour un pays de dépendre de l’étranger pour sa nourriture. David Ricardo les combat. Pour lui, le blé cher oblige à cultiver des terres de moins en moins fertiles, ce qui gonfle la rente des propriétaires, renchérit le coût de la vie des ouvriers, donc les salaires, et réduit les profits qui financent l’industrie : c’est sa théorie des rendements décroissants. Il en tire aussi l’argument de l’avantage comparatif : le pays gagne à importer son blé et à exporter ses produits manufacturés.

La ligue et l’abrogation de 1846

L’Anti-Corn Law League naît à Manchester en 1838, dans le milieu des industriels du textile. Richard Cobden et John Bright en sont les figures de proue. Par les brochures, les meetings et la pression électorale, la Ligue fait de l’abolition une cause populaire : le pain moins cher pour les ouvriers, des débouchés pour l’industrie.

Le Premier ministre conservateur Robert Peel s’était longtemps opposé à l’abrogation. La grande famine irlandaise, à partir de 1845, le fait changer d’avis. Contre la majorité de son propre parti, il fait voter l’abrogation : 327 voix contre 229 aux Communes le 15 mai 1846, puis adoption par les Lords le 25 juin. Le droit doit être réduit progressivement jusqu’à un shilling par quarter à partir de février 1849. Peel est renversé dans la foulée sur un autre texte, et le Parti conservateur se divise entre ses fidèles, les « peelites », et les protectionnistes.

Les effets et le bilan

L’abrogation ouvre l’ère du libre-échange britannique, qui durera plusieurs décennies. Son effet immédiat sur les prix est discuté : selon l’historien Llewellyn Woodward, le droit comptait peu, car les mauvaises récoltes frappaient aussi les pays exportateurs. L’effet de long terme est plus net : selon l’historien Robert Ensor, à la fin des années 1870, l’afflux de blé américain bon marché ruine une partie de l’agriculture britannique et affaiblit l’aristocratie foncière. Une étude de Douglas Irwin et Maksym Chepeliev, publiée en 2021, estime que l’abrogation a profité aux 90 % des ménages aux revenus les plus modestes et réduit le revenu des 10 % les plus aisés, essentiellement les propriétaires terriens.

Les défenseurs de la protection rappellent de leur côté que la sécurité alimentaire n’est pas un argument absurde : la plupart des pays riches, y compris en Europe, continuent de soutenir leur agriculture, au nom de l’indépendance et de l’aménagement du territoire. Le débat entre protectionnisme et libre-échange agricole n’a jamais disparu.

Ce que ça change pour un investisseur ou un trader

L’histoire des Corn Laws montre qu’un tarif douanier n’est jamais neutre : il transfère du revenu d’un groupe à un autre, ici des consommateurs et des industriels vers les propriétaires fonciers. C’est la grille de lecture utile face aux guerres commerciales actuelles : identifier qui gagne et qui perd, quels secteurs, quelles devises, quels prix de matières premières agricoles seront touchés. Elle montre aussi qu’un groupe concentré et bien organisé peut maintenir longtemps une protection coûteuse pour tous, ce que les économistes appellent la recherche de rente.

Questions fréquentes

Que veut dire « Corn Laws » ?

« Lois sur les grains ». En anglais britannique, corn désigne les céréales en général, surtout le blé, et non le maïs comme en anglais américain.

Quand les Corn Laws ont-elles été abolies ?

En 1846, sous le gouvernement de Robert Peel, avec une suppression progressive des droits achevée en 1849, où ne subsiste qu’un droit symbolique d’un shilling.

Pourquoi Ricardo s’opposait-il aux Corn Laws ?

Parce que le blé cher augmentait la rente des propriétaires et les salaires nécessaires aux ouvriers, au détriment des profits qui financent l’investissement et la croissance.

Qui a fondé l’Anti-Corn Law League ?

Elle est née à Manchester en 1838, dans les milieux industriels ; Richard Cobden et John Bright en ont été les principaux dirigeants.

Pour aller plus loin

Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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