Les limites de la croissance économique : une analyse

Quelles sont les limites de la croissance ?
La thèse des limites de la croissance affirme qu’une croissance continue de la population et de la production finit par se heurter à la quantité finie de ressources de la planète et à sa capacité à absorber la pollution.
La croissance économique est accompagnée de l’augmentation de la population mondiale. Mais cette croissance a une limite, fixée par la planète qui ne pourra pas répondre aux besoins des hommes.
En 1798, Thomas Malthus fait déjà le lien entre la rareté des ressources et la croissance de la population mondiale. Il fait remarquer que cela n’aboutirait qu’à la mort de certaines populations, privées de ressources. Ses affirmations viennent du fait qu’il constate que l’augmentation de la population mondiale est plus rapide que l’augmentation de la production de ressources alimentaires. En effet, plus la population est importante, plus elle se reproduit. C’est donc une augmentation exponentielle.
Pour ce qui est de la croissance des ressources, elle suit une augmentation linéaire, du fait de la limite des ressources et matières premières disponibles sur la terre.

Quelles sont les conséquences des limites de la croissance selon Malthus ?
Selon Malthus, cette divergence entre la croissance démographique mondiale et la quantité de ressources disponibles devait amener à une augmentation des famines, des épidémies et des guerres. Ces prédictions ne se sont pas réalisées, mais certaines régions de la planète commencent à montrer des similitudes.
Comment contourner les limites de la croissance ?
Dans les années 1970, des économistes, des scientifiques et des politiciens ont commencé à aborder à nouveau le sujet des limites de la croissance. Au delà des ressources naturelles nécessaires pour vivre, il est maintenant aussi question de l’impact écologique des Hommes sur la planète. De plus, l’économie repose sur des matières premières finies comme le pétrole. Cela pousse donc les hommes à réduire et à modifier leur consommation de matières premières afin d’éviter que les prévisions de Malthus ne se réalisent.
De nos jours, certaines personnalités publiques soutiennent la thèse de la décroissance, notamment en France. La décroissance repose sur une réduction de la production, de la consommation afin de réduire l’impact de l’Homme sur la Terre.
Le marché peut-il repousser les limites de la croissance ?
Les économistes libéraux pensent que le marché a la faculté de réguler la consommation en fonction de la rareté via la fluctuation des prix. Plus un bien est rare, plus il est cher, donc moins il est consommé à grande échelle. Ce processus fonctionne globalement. Par exemple, quand le prix du pétrole augmente, on tend à réduire notre utilisation et à trouver de nouvelles énergies, notamment dans l’automobile. Néanmoins, ce processus ne fonctionne pas toujours, notamment avec les produits de la mer, pour lesquels la réglementation n’est pas assez pointue. En effet, les zones de contrôle de l’océan ne sont pas assez réfléchies, et on assiste à un épuisement des fonds marins. On assiste parfois à un début de réglementation, notamment avec le droit à polluer. Ces mises en place de mesures réglementaires sont nécessaires afin de réguler, ce que le marché ne peut pas réguler lui-même.
Malthus lui-même ne proposait pas de politique de limitation des naissances : il était hostile à la contraception et comptait, à partir de 1803, sur la « contrainte morale », c’est-à-dire le mariage tardif.
Citation de Malthus
« Le pouvoir de multiplication de la population est indéfiniment plus grand que le pouvoir qu’a la terre de produire la subsistance de l’homme. »
Thomas Malthus, Essai sur le principe de population, 1798, chapitre 1
Les limites de la croissance en résumé
La thèse des limites de la croissance affirme qu’une croissance continue de la population et de la production finit par se heurter à la quantité finie de ressources de la planète et à sa capacité à absorber la pollution. Elle a deux textes fondateurs : l’Essai sur le principe de population de Thomas Malthus (1798) et le rapport The Limits to Growth, publié en 1972 pour le Club de Rome.
Le débat oppose depuis deux siècles ceux qui voient dans la rareté une limite physique et ceux qui comptent sur les prix, l’innovation et la substitution pour la repousser.
Que dit l’Essai de Malthus ?
Thomas Robert Malthus publie la première édition de son Essai en 1798, sans nom d’auteur ; il en donnera six éditions jusqu’en 1826. Il y pose que la population, si rien ne la freine, double tous les vingt-cinq ans (progression géométrique), alors que la production de subsistances ne peut augmenter, au mieux, que d’une même quantité par période (progression arithmétique). Il en tire lui-même l’illustration : en partant d’un milliard d’hommes, la population serait aux subsistances comme 512 à 10 au bout de deux siècles et quart, et comme 4 096 à 13 au bout de trois siècles.
L’écart est comblé par deux types de freins : les freins « positifs », qui augmentent la mortalité (famines, épidémies, guerres), et les freins « préventifs », qui réduisent les naissances. À partir de la deuxième édition (1803), Malthus insiste sur la « contrainte morale » : retarder le mariage et rester chaste. Il était en revanche hostile à la contraception, que ses disciples néo-malthusiens, comme Francis Place, ont été les premiers à défendre.
Que dit le rapport du Club de Rome de 1972 ?
Le Club de Rome, cercle de réflexion fondé en 1968 par l’industriel italien Aurelio Peccei et le scientifique britannique Alexander King, commande une étude à une équipe du MIT. Le rapport, signé par Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers et William Behrens III, paraît en 1972. Il repose sur un modèle informatique, World3, qui simule ensemble cinq grandeurs : la population, la production alimentaire, l’industrialisation, la pollution et la consommation de ressources non renouvelables.
Dans le scénario où les tendances se poursuivent, le modèle aboutit à un « dépassement suivi d’un effondrement » de la production et de la population au cours du XXIe siècle. Un autre scénario, avec une stabilisation volontaire, évite l’effondrement. Le rapport s’est vendu à des millions d’exemplaires et a été mis à jour en 1992 (Beyond the Limits) et en 2004 (The 30-Year Update).
Que montrent les faits sur les limites de la croissance ?
Malthus a eu tort sur un point décisif : la population mondiale, qui atteignait un milliard vers 1804, a dépassé les huit milliards en novembre 2022 selon l’ONU, sans que les famines généralisées qu’il annonçait se produisent. La révolution industrielle, les engrais et la sélection des semences ont fait croître la production agricole bien plus vite qu’une progression arithmétique, et la fécondité a fortement baissé dans les pays devenus riches.
Le rapport de 1972 a été attaqué dès sa sortie. En 1973, des chercheurs de l’université du Sussex lui reprochent dans Models of Doom des hypothèses trop pessimistes, notamment sur le progrès technique. En 1981, l’économiste Julian Simon publie The Ultimate Resource : pour lui, l’ingéniosité humaine est la ressource ultime, et la rareté, en faisant monter les prix, suscite les innovations qui la font reculer. Il gagne en 1990 un pari célèbre contre le biologiste Paul Ehrlich : cinq métaux choisis par Ehrlich (cuivre, chrome, nickel, étain, tungstène) ont baissé en prix corrigé de l’inflation entre 1980 et 1990. Des études ultérieures ont montré que sur d’autres décennies, Ehrlich aurait souvent gagné : le résultat dépend fortement de la période choisie.

À l’inverse, Graham Turner, chercheur australien, a comparé en 2008 les données réelles de 1970 à 2000 avec les scénarios de 1972 et les a trouvées proches du scénario « on continue comme avant ». Une étude de Gaya Herrington, très commentée en 2021, aboutit à une conclusion voisine. Le débat porte aujourd’hui moins sur l’épuisement des matières premières que sur le climat, la biodiversité et les ressources renouvelables mal protégées, comme les stocks de poissons évoqués plus haut.
Faut-il choisir la croissance verte ou la décroissance ?
Deux réponses s’opposent. La première mise sur le découplage : produire davantage en consommant moins de matières et d’énergie, en donnant un prix à la pollution. Le marché européen des quotas d’émission, lancé en 2005, en est l’exemple : un plafond d’émissions est fixé, et les entreprises s’échangent des droits d’émettre une tonne de CO2. La seconde, la décroissance, juge ce découplage insuffisant. Elle s’appuie sur les travaux de l’économiste Nicholas Georgescu-Roegen, qui applique dès 1971 les lois de la thermodynamique à l’économie ; en France, le mot est employé par André Gorz dès 1972, puis popularisé par Serge Latouche.
Qu’est-ce que les limites de la croissance changent pour un investisseur ?
La rareté se lit d’abord dans les prix des matières premières. Les épisodes de forte hausse, comme les chocs pétroliers des années 1970, ont chaque fois relancé les thèses malthusiennes ; ils ont aussi stimulé les économies d’énergie et les nouvelles sources d’approvisionnement, ce qui a ensuite fait baisser les prix. Pour un trader, la question n’est pas de trancher le débat, mais de savoir si une hausse reflète une rareté durable ou un déséquilibre que l’offre corrigera. Les quotas carbone, devenus un marché à part entière, montrent aussi comment une limite fixée par la réglementation se transforme en prix.
Questions fréquentes sur les limites de la croissance
Qui a écrit « Les limites de la croissance » ?
Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers et William Behrens III, chercheurs du MIT, à la demande du Club de Rome. Le rapport, publié en 1972, est souvent appelé « rapport Meadows ».
Malthus avait-il raison ?
Pas sur ses prévisions : la production agricole a suivi, puis dépassé, la croissance de la population. Mais son idée centrale, une croissance qui bute sur des ressources finies, reste au cœur des débats sur l’environnement.
Qu’est-ce que le malthusianisme ?
Par extension, toute doctrine qui prône de limiter la population, ou la production, pour l’adapter à des ressources jugées limitées. Malthus lui-même ne prônait pas la contraception, mais le mariage tardif.
Quelle différence entre décroissance et récession ?
Une récession est une baisse de la production subie et temporaire. La décroissance, telle que la défendent ses partisans, est une réduction choisie et organisée de la production et de la consommation.
Qu’est-ce que le modèle World3 ?
Le modèle informatique du rapport de 1972 pour le Club de Rome : il simule ensemble cinq grandeurs : la population, la production alimentaire, l’industrialisation, la pollution et la consommation de ressources non renouvelables.
Qu’a répondu Julian Simon aux thèses du Club de Rome ?
Dans The Ultimate Resource (1981), il soutient que l’ingéniosité humaine est la ressource ultime : la rareté, en faisant monter les prix, suscite les innovations qui la font reculer. En 1990, il gagne un pari célèbre contre le biologiste Paul Ehrlich : les cinq métaux choisis par Ehrlich ont baissé en prix corrigé de l’inflation entre 1980 et 1990.
Sources de référence utilisées
5
- Thomas Robert Malthus, An Essay on the Principle of Population, 1798 (2e édition, 1803).
- Donella Meadows, Dennis Meadows, Jørgen Randers et William Behrens III, The Limits to Growth, Universe Books, 1972.
- Julian Simon, The Ultimate Resource, Princeton University Press, 1981.
- Graham Turner, « A comparison of The Limits to Growth with 30 years of reality », Global Environmental Change, 2008.
- Banque mondiale, population mondiale (SP.POP.TOTL) : données de la Banque mondiale.
Pour aller plus loin
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Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il dispense un enseignement d'élite dans son école de trading à travers une masterclass de trading. Dans la rubrique Grands économistes et débats, il présente les grandes écoles de pensée économique, ce qu'elles ont vu juste et leurs angles morts.
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