Hernán Cortés : biographie, conquête du Mexique et or aztèque
Conquistador parti de Cuba en rebelle, Hernán Cortés renversa l’Empire aztèque en 1521 grâce à ses alliés indigènes et à la variole, et passa le reste de sa vie à disputer l’or de la conquête.

Qui était Hernán Cortés ?
Hernán Cortés (1485-1547) est un conquistador espagnol qui, à la tête d’une expédition partie de Cuba en 1519, renversa l’Empire aztèque et prit Tenochtitlan, sa capitale, en 1521, avec l’appui décisif de peuples indigènes alliés. Il fut le premier gouverneur de la Nouvelle-Espagne, l’actuel Mexique.
Sa conquête se raconte d’ordinaire comme une épopée militaire. Elle est aussi une affaire d’argent, du début à la fin : une expédition armée à crédit par son chef, un rebelle qui se légitime en envoyant de l’or au roi, un butin fondu, pesé et partagé dans la colère, un trésor perdu dans la nuit, un autre capturé par des corsaires français, et un vainqueur qui finit sa vie à réclamer au Trésor royal ce qu’il estimait lui être dû.
Hernán Cortés en résumé
Petit noble d’Estrémadure parti aux Indes à dix-neuf ans, Cortés devient notable à Cuba, prend en 1519 le commandement d’une expédition vers le continent et la transforme en conquête. En deux ans et demi, avec ses alliés tlaxcaltèques, il abat l’Empire mexica. Couvert d’honneurs mais écarté du pouvoir, il meurt en Andalousie en 1547, endetté et en procès.
- Époque : La Renaissance et les grandes découvertes
- Naissance : 1485, Medellín (Estrémadure, Castille)
- Mort : 2 décembre 1547, Castilleja de la Cuesta, près de Séville
- Pays : Couronne de Castille (Espagne), Nouvelle-Espagne (Mexique)
- Fonctions : gouverneur et capitaine général de la Nouvelle-Espagne (1522-1526), marquis de la Vallée d’Oaxaca (1529), capitaine général (1529-1547)
- Œuvre principale : la conquête de l’Empire aztèque (1519-1521) ; ses cinq lettres de relation à Charles Quint
- À retenir : le trésor de Moctezuma fondu en 1520 valait environ 162 000 pesos d’or selon Cortés, dont 32 400 pour le cinquième royal ; un simple soldat en reçut une centaine
La vie d’Hernán Cortés : l’homme d’affaires devenu conquérant
Hernán Cortés naît en 1485 à Medellín, en Estrémadure, dans une famille d’hidalgos modestes. Envoyé à quatorze ans à Salamanque étudier le latin auprès d’un parent, il n’achève pas d’études universitaires, contrairement à une tradition tenace. En 1504, à dix-neuf ans, il s’embarque pour Hispaniola. En 1511, il participe à la conquête de Cuba sous Diego Velázquez, qui devient gouverneur de l’île. Cortés y est d’abord commis du trésorier, chargé de veiller à la perception du cinquième royal sur les profits. Il reçoit des Indiens en encomienda, c’est-à-dire le droit d’exiger leur travail ou leur tribut, élève du bétail, exploite des lavages d’or et devient alcalde de Santiago de Cuba.
Velázquez a envoyé deux expéditions reconnaître les côtes du Yucatán et du golfe du Mexique. En 1518, il confie la troisième à Cortés, puis se ravise. Cortés part quand même, le 18 février 1519, avec environ onze navires, quelque 500 soldats, une centaine de marins et seize chevaux. Il recueille à Cozumel un naufragé espagnol qui parle maya, Jerónimo de Aguilar, bat les Mayas du Tabasco et reçoit d’eux vingt femmes, dont une Nahua, Malintzin, baptisée Marina, qui devient son interprète et sa conseillère.
Sur la côte, il fonde Villa Rica de la Vera Cruz. Le conseil municipal qu’il a lui-même nommé le désigne capitaine général et magistrat suprême, relevant directement du roi : un rebelle se fait ainsi un statut légal. Il fait échouer ses navires pour couper la retraite aux partisans de Velázquez, s’allie à Cempoala, puis, après de durs combats, à Tlaxcala, ennemie héréditaire des Mexicas. En octobre 1519, à Cholula, il fait massacrer plusieurs milliers d’habitants. Le 8 novembre 1519, il entre à Tenochtitlan, ville de plus de 200 000 habitants selon les estimations les plus courantes, reçu par l’empereur Moctezuma, qu’il fait prisonnier quelques jours plus tard.
Au printemps 1520, Velázquez envoie Pánfilo de Narváez l’arrêter avec une armée plus forte que la sienne. Cortés le bat par surprise en mai et enrôle ses hommes. Pendant son absence, son lieutenant Pedro de Alvarado a massacré la noblesse mexica lors de la fête de Toxcatl ; la ville se soulève. Moctezuma meurt fin juin, dans des circonstances discutées. Dans la nuit du 30 juin au 1er juillet 1520, la « Noche Triste », les Espagnols fuient la ville en perdant des centaines des leurs, des milliers d’alliés et la plus grande partie de l’or. Ils survivent à Otumba et se replient à Tlaxcala.
Une épidémie de variole, apportée d’Europe, ravage alors Tenochtitlan et tue l’empereur Cuitláhuac. Cortés fait construire treize brigantins, rassemble des dizaines de milliers d’alliés indigènes et met le siège à la ville en mai 1521. Le 13 août 1521, le dernier empereur, Cuauhtémoc, est capturé ; la cité est en ruine. Nommé gouverneur et capitaine général de la Nouvelle-Espagne en octobre 1522, Cortés reconstruit Mexico sur les décombres. En 1524, il part réprimer la rébellion d’un lieutenant au Honduras, une expédition désastreuse au cours de laquelle il fait pendre Cuauhtémoc en 1525.
À son retour, il est suspendu par une enquête royale. Il rentre en Espagne en 1528, est reçu par Charles Quint et fait marquis de la Vallée d’Oaxaca en 1529, mais sans gouvernement : en 1535, un vice-roi, Antonio de Mendoza, prend la tête de la Nouvelle-Espagne. Cortés finance des expéditions vers le Pacifique et explore la Basse-Californie. Revenu en Espagne en 1540, il participe à l’expédition manquée d’Alger en 1541, réclame en vain au Trésor ses avances, et meurt à Castilleja de la Cuesta le 2 décembre 1547.
Qu’a accompli Hernán Cortés, et que reste-t-il de son œuvre ?
Cortés a substitué à l’Empire mexica la Nouvelle-Espagne, qui devient la plus riche des possessions espagnoles avec le Pérou. Sa victoire tient à une coalition : sans les Tlaxcaltèques, les Totonaques de Cempoala, puis d’autres cités lasses de la domination mexica, quelques centaines d’Espagnols n’auraient pas pris une ville de cette taille. La variole a fait le reste. Mexico, bâtie sur Tenochtitlan, devient la capitale d’un vice-royaume qui durera jusqu’en 1821.
Le prix humain est l’un des plus élevés de l’histoire. La population du centre du Mexique, estimée en 1519 entre quelques millions et vingt-cinq millions d’habitants selon les méthodes, l’estimation haute étant celle de Cook et Borah, tombe à environ un million au début du XVIIe siècle, sous l’effet des épidémies surtout, mais aussi de la guerre, du travail forcé et de la désorganisation des sociétés. Il reste de Cortés ses Lettres de relation, des documents politiques autant que des récits, un palais à Cuernavaca, l’hôpital de Jésus qu’il fonda à Mexico, où reposent ses restes, et une mémoire qui, au Mexique, est restée celle d’un envahisseur.
Comment Hernán Cortés a-t-il financé son pouvoir ?
L’expédition de 1519 est une entreprise privée. Velázquez fournit une partie des navires, Cortés engage tout ce qu’il possède, emprunte à des marchands de Cuba et vend à crédit à ses hommes armes et équipement : chacun part avec une dette et l’espoir d’un butin. Le partage obéit à la loi des Indes : un cinquième pour la Couronne, le quinto, puis la part du chef et le remboursement des frais, le reste aux soldats selon leur rang, les cavaliers recevant plus que les fantassins.
L’or sert d’abord à la politique. En juillet 1519, Cortés envoie en Espagne, avec ses procureurs, tous les objets précieux reçus de Moctezuma, et non le seul cinquième, pour obtenir du roi qu’il légalise sa rébellion contre Velázquez. Ce premier présent, exposé à Bruxelles en 1520, émerveille Albrecht Dürer, qui note dans son journal n’avoir jamais rien vu qui lui réjouisse autant le cœur. À Tenochtitlan, à la fin de 1519, les Espagnols découvrent le trésor de l’ancien souverain Axayácatl. Cortés le fait fondre en barres. Dans sa deuxième lettre à Charles Quint, il évalue le cinquième royal à 32 400 pesos d’or, soit environ 162 000 pesos pour le tout, sans compter les bijoux non fondus et quelque 500 marcs d’argent. Bernal Díaz del Castillo, soldat de l’expédition, donne un chiffre bien plus élevé.
Le partage provoque la colère : une fois déduits le quinto, la part de Cortés, les frais de l’expédition et les gratifications des capitaines, il ne reste, selon Bernal Díaz, qu’une centaine de pesos par soldat, que certains refusent. Lors de la Noche Triste, une grande partie de cet or est perdue dans les canaux, parfois avec ceux qui le portaient. Après la chute de la ville, le butin déçoit encore ; sous la pression du trésorier royal, Cortés laisse torturer Cuauhtémoc, dont on brûle les pieds pour lui faire dire où est caché l’or. Le convoi parti de Veracruz en mai 1522 pour porter en Espagne le cinquième royal et des présents pour l’empereur est en grande partie capturé, après une longue escale aux Açores, entre l’archipel et le cap Saint-Vincent, par le corsaire dieppois Jean Fleury, au service de l’armateur Jean Ango ; les auteurs datent la prise de 1522 ou de 1523. Une partie du trésor aztèque passe ainsi en France, chez les armateurs normands et à la cour de François Ier, en pleine guerre contre Charles Quint.
La fortune durable de Cortés vient ensuite de la terre et des mines. Le marquisat de 1529 lui donne une immense seigneurie, avec des dizaines de milliers de tributaires indiens. Il possède des sucreries, des troupeaux, des chantiers navals sur le Pacifique et, au début des années 1540, des dizaines de mines d’argent à Sultepec, Taxco et Zacualpan. Mais il réinvestit tout dans des expéditions qui ne rapportent rien, et ses procès se multiplient. En 1544, il adresse au Trésor royal une réclamation qui reste sans réponse : le conquérant finit créancier d’un roi qui ne paie pas.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire d’Hernán Cortés ?
La plus célèbre légende veut que Cortés ait « brûlé ses vaisseaux » pour interdire tout retour. Les sources, dont Bernal Díaz, disent qu’il les fit échouer et démanteler après en avoir récupéré le gréement et les ferrures, qui servirent plus tard aux brigantins du siège. L’image de l’incendie s’est fixée ensuite, au point de devenir une expression.
La deuxième concerne Moctezuma, qui aurait pris Cortés pour le dieu Quetzalcóatl revenu d’exil. L’idée apparaît dans des textes postérieurs à la conquête, écrits par des Espagnols et par des nobles indigènes christianisés. Les historiens Matthew Restall et Camilla Townsend y voient une construction : elle expliquait la défaite par la crédulité des vaincus et passait sous silence les alliances indigènes et la variole.
La troisième est une réplique : Cortés, revenu en Espagne et ignoré, aurait arrêté le carrosse de l’empereur en se présentant comme l’homme qui lui avait donné plus de provinces que ses ancêtres ne lui avaient laissé de villes. L’anecdote circule sans source d’époque ; Voltaire l’a popularisée dans son Essai sur les mœurs. Enfin, la figure de Malintzin, la « Malinche », a été chargée au Mexique, depuis le XIXe siècle, du rôle de traîtresse, alors que les historiens voient en elle une captive devenue intermédiaire indispensable.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
La grande synthèse moderne est celle de Hugh Thomas, La Conquête du Mexique (1993, traduction française 2011), qui croise toutes les sources espagnoles et indigènes. En France, Bartolomé Bennassar, dans Cortés, le conquérant de l’impossible (2001), et Christian Duverger, dans Cortés (2001), ont proposé deux portraits différents, le second insistant sur un Cortés bâtisseur d’une société métisse. Duverger a ensuite soutenu, dans Cortés et son double (2013), que Cortés serait l’auteur réel de la chronique de Bernal Díaz ; la thèse a été vivement contestée par la plupart des spécialistes.
Le débat le plus vif porte sur le rôle des acteurs indigènes. Matthew Restall, dans Seven Myths of the Spanish Conquest (2003) puis When Montezuma Met Cortés (2018), et Camilla Townsend, dans Le Cinquième Soleil, ont rendu leur place aux alliés tlaxcaltèques, aux choix politiques de Moctezuma et aux sources en nahuatl. Les chiffres démographiques, enfin, restent l’objet d’un désaccord de fond entre les estimations hautes de l’école de Berkeley et des estimations bien plus basses.
Que peut apprendre d’Hernán Cortés celui qui décide ?
Cortés a réussi en transformant chaque faiblesse en levier : un statut illégal en mandat municipal, une infériorité numérique en coalition, un trésor en argument auprès du roi. Il a aussi montré les limites de la méthode : on ne gouverne pas longtemps ce qu’on a pris par surprise, et un souverain récompense rarement celui qui l’a mis devant le fait accompli.
- Le financement d’une entreprise détermine ses conflits : des soldats endettés exigent un butin, et leur déception devient une menace.
- Payer d’avance l’autorité dont on dépend, ici le roi, achète une légitimité que le droit refusait.
- Une victoire attribuée à un homme est souvent celle d’une coalition : sans Tlaxcala, la conquête n’aurait pas eu lieu.
- Un actif transporté n’est pas un actif encaissé : la Noche Triste et le corsaire Fleury en firent la démonstration.
- Celui qui a pris un risque pour un souverain n’a pas de créance exigible sur lui : Cortés est mort en réclamant.
Quels livres lire sur Hernán Cortés ?
- Hernán Cortés, La Conquête du Mexique, traduction de Désiré Charnay, introduction et notes de Bernard Grunberg, La Découverte, 1991 : les lettres de relation à Charles Quint.
- Bernal Díaz del Castillo, Histoire véridique de la conquête de la Nouvelle-Espagne, traduction de D. Jourdanet, choix des textes par Bernard Grunberg, La Découverte, 1991 : le récit d’un soldat de l’expédition (extraits).
- Hugh Thomas, La Conquête du Mexique, traduit par Guillaume Villeneuve, Robert Laffont, 2011 : la synthèse de référence.
- Bartolomé Bennassar, Cortés, le conquérant de l’impossible, Payot, 2001 : une biographie d’historien de l’Espagne.
- Christian Duverger, Cortés, Fayard, 2001 : une lecture originale, à compléter par la critique de ses thèses.
- Camilla Townsend, Le Cinquième Soleil. Une autre histoire des Aztèques, traduit par Sylvie Taussig, Albin Michel, 2024 : la conquête vue du côté nahua.
Questions fréquentes sur Hernán Cortés
Comment si peu d’Espagnols ont-ils vaincu les Aztèques ?
Ils n’étaient pas seuls : des dizaines de milliers de guerriers tlaxcaltèques et d’autres peuples soumis aux Mexicas ont combattu à leurs côtés. Les armes d’acier, les chevaux et surtout l’épidémie de variole de 1520, qui décima Tenochtitlan, ont fait le reste.
Combien d’or Cortés a-t-il pris aux Aztèques ?
Selon sa propre lettre, le trésor fondu à Tenochtitlan en 1520 valait environ 162 000 pesos d’or, dont 32 400 pour le roi. Une grande partie fut perdue pendant la Noche Triste, et le butin de 1521 fut décevant. Bernal Díaz donne des chiffres plus élevés, que les historiens jugent exagérés.
Cortés a-t-il vraiment brûlé ses navires ?
Non. Il les fit échouer et démonter après en avoir récupéré l’équipement, pour empêcher les partisans de Velázquez de rentrer à Cuba. L’image de l’incendie est un embellissement postérieur.
Moctezuma croyait-il que Cortés était un dieu ?
Rien ne le prouve dans les sources contemporaines. Le récit d’un Moctezuma voyant en Cortés le dieu Quetzalcóatl apparaît après la conquête, et les historiens actuels y voient une explication rétrospective de la défaite.
Pour aller plus loin
- Le marché de l’or, pour l’histoire longue du métal que cherchaient les conquistadors
- L’excès de confiance, pour une lecture psychologique des paris de 1519
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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