DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Excès de confiance : définition, expériences et exemples en Bourse

L’excès de confiance est la tendance à surestimer ses capacités, à se croire meilleur que les autres et à tenir ses prévisions pour plus précises qu’elles ne sont.

Excès de confiance : Meilleur que la moyenne, plus précis que le hasard, et plus actif

Qu’est-ce que l’excès de confiance ?

L’excès de confiance est la tendance à surestimer ses propres capacités, sa place par rapport aux autres et la précision de ce que l’on croit savoir. Ce n’est pas un trait de caractère réservé aux vantards : c’est une erreur de mesure, que commettent aussi les gens modestes, et qui se loge dans la façon dont chacun évalue ses chances.

Le terme recouvre en réalité trois erreurs distinctes, que les chercheurs ont longtemps mélangées. On peut se croire meilleur qu’on ne l’est, se croire meilleur que les autres, ou se croire plus sûr de ses prévisions qu’on ne devrait. Sur les marchés, la troisième est la plus coûteuse, parce qu’elle se mesure en points d’indice et qu’elle ne prévient pas.

L’excès de confiance en résumé

Le biais est l’un des plus anciennement documentés de la psychologie du jugement, et l’un des mieux établis en finance comportementale. Il explique une partie du volume de transactions que les modèles rationnels n’arrivent pas à justifier, et il prospère là où le retour d’information est lent, bruité et facile à réinterpréter.

  • Famille : la confiance en soi
  • Mis en évidence par : les chercheurs du calibrage des probabilités (Sarah Lichtenstein, Baruch Fischhoff), Ola Svenson, puis Terrance Odean et Brad Barber pour les marchés
  • Date : années 1970 pour le calibrage, 1981 pour Svenson, 1998-2001 pour la finance
  • Expérience de référence : 161 étudiants américains et suédois se comparent au conducteur moyen (Svenson, 1981)
  • Proche de : l’effet Dunning-Kruger, l’illusion de contrôle, le biais d’autocomplaisance
  • Sur les marchés : trop de transactions, des intervalles de prévision trop étroits, des positions trop grosses pour l’information réellement détenue

Quelles expériences l’ont mis en évidence ?

Au tournant des années 1980, Ola Svenson, psychologue à l’université de Stockholm, pose une question simple à 161 étudiants titulaires du permis de conduire. Quatre-vingt-un sont recrutés par une annonce dans le journal étudiant de l’université de l’Oregon, quatre-vingts parmi les étudiants en psychologie de Stockholm. Chacun doit se situer, sur une échelle en dix tranches de 10 %, par rapport aux autres conducteurs du groupe : une moitié juge son habileté, l’autre sa prudence.

Le résultat, publié en 1981 dans Acta Psychologica, a fait le tour des manuels. Dans l’échantillon américain, 93 % des étudiants se jugent plus habiles que le conducteur médian, et 88 % plus prudents. Les Suédois sont moins sûrs d’eux, mais pas raisonnables pour autant : 69 % se jugent plus habiles que la médiane, 77 % plus prudents. Par construction, la moitié seulement d’un groupe peut se trouver au-dessus de sa médiane. Une petite précision, que les citations oublient : le fameux 93 % repose sur 41 personnes.

La seconde famille d’expériences est plus discrète et plus inquiétante. Depuis les années 1970, les chercheurs du calibrage, Sarah Lichtenstein et Baruch Fischhoff en tête, demandent à des volontaires de répondre à des questions de culture générale puis d’indiquer leur degré de certitude, ou de donner une fourchette qui a 90 % de chances de contenir la bonne réponse. Les fourchettes sont presque toujours trop étroites et les certitudes trop hautes : ce que l’on annonce sûr à 90 % se révèle juste bien moins souvent. Leur synthèse de 1982, dans le recueil Judgment under Uncertainty, fait encore autorité.

En 2008, Don Moore et Paul Healy mettent de l’ordre dans ce paysage dans la Psychological Review. Ils distinguent la surestimation (je crois avoir eu 8 bonnes réponses sur 10, j’en ai eu 5), le surclassement (je me crois meilleur que les autres) et la surprécision (mes fourchettes sont trop étroites). Ces trois formes ne vont pas toujours ensemble, et la surprécision est la plus persistante des trois.

Comment fonctionne-t-il ?

Le mécanisme tient d’abord à l’information dont chacun dispose. On connaît ses propres intentions, ses efforts et ses réussites dans le détail ; on ne voit des autres que des résultats. On se juge donc sur ce qu’on voulait faire, et les autres sur ce qu’ils ont fait. À cela s’ajoute la difficulté d’imaginer ce que l’on ignore : une fourchette de prévision se construit à partir des scénarios qui viennent à l’esprit, jamais à partir de ceux qui ne viennent pas.

Le biais est amplifié par la difficulté de la tâche. Moore et Healy montrent que sur les tâches difficiles, on surestime sa performance absolue ; sur les tâches faciles, on la sous-estime parfois. Prévoir le cours d’une action à un mois est une tâche difficile, où le retour d’information arrive tard, mêlé de chance, et se prête à toutes les relectures. Le succès renforce le biais : quand le gain vient, on y lit sa compétence, et c’est l’affaire du biais d’autocomplaisance.

Il est atténué par trois choses : un retour d’information rapide et non ambigu, l’obligation d’écrire ses prévisions chiffrées avant de connaître le résultat, et la question posée en fréquences plutôt qu’en probabilités, comme l’a montré Gerd Gigerenzer. Demandez à quelqu’un combien de questions sur 50 il pense avoir réussies, et il se trompe beaucoup moins que si vous lui demandez, à chaque question, s’il est sûr de lui.

Que fait-il sur les marchés ?

Le cas de référence est un fichier de courtier. Brad Barber et Terrance Odean, alors à l’université de Californie à Davis, obtiennent d’un grand courtier à prix réduit les positions et transactions de 66 465 foyers américains entre 1991 et 1996. Leur article de 2000 dans le Journal of Finance porte un titre qui résume tout : Trading Is Hazardous to Your Wealth. Le foyer moyen fait tourner chaque année 75 % de son portefeuille d’actions. Avant frais, il fait un peu mieux que le marché (18,7 % contre 17,9 % par an) ; après commissions et écarts de cotation, il tombe à 16,4 %. Et le cinquième des foyers qui traitent le plus finit à 11,4 % par an : plus de six points sous l’indice, en moyenne annuelle sur six ans.

Le lien avec l’excès de confiance est testé l’année suivante, dans le Quarterly Journal of Economics. La psychologie ayant montré que les hommes sont en moyenne plus sûrs d’eux que les femmes dans les domaines comme la finance, Barber et Odean séparent les comptes de plus de 35 000 foyers selon le sexe du titulaire, de février 1991 à janvier 1997. Les hommes traitent 45 % de plus que les femmes. Le trading réduit leur rendement net de 2,65 points par an, contre 1,72 point pour les femmes. Chez les célibataires, l’écart de volume monte à 67 %. L’article s’intitule, sobrement, Boys Will Be Boys.

La surprécision a son propre cas chiffré, et il ne concerne pas des amateurs. Pendant une dizaine d’années, l’enquête trimestrielle de l’université Duke demande à des directeurs financiers de grandes entreprises américaines de prévoir le rendement du S&P 500 à un an, avec une fourchette qui a 80 % de chances de contenir le résultat. Itzhak Ben-David, John Graham et Campbell Harvey ont dépouillé plus de 13 300 de ces prévisions. Le rendement réalisé tombe dans la fourchette à 80 % seulement 36 % du temps. Les entreprises dont les dirigeants sont les plus mal calibrés investissent davantage et s’endettent plus.

Le coût de l’excès de confiance se voit rarement sur une seule opération. Il se voit dans la somme : des allers-retours qui, chacun, paraissaient justifiés, et dont la moyenne enrichit surtout le courtier. C’est l’un des arguments les plus solides du débat sur la gestion active, et l’une des explications du biais d’action.

Comment le reconnaître chez soi ?

L’excès de confiance ne se sent pas de l’intérieur : il ressemble à de la lucidité. Ses signes sont donc à chercher dans les chiffres plutôt que dans les impressions.

  • Vous ne connaissez pas votre taux de réussite exact, mais vous êtes sûr qu’il est bon.
  • Vos objectifs de cours sont des points précis, rarement des fourchettes, et vous ne notez jamais avec quelle probabilité vous y croyez.
  • Votre rotation de portefeuille augmente après une série de gains.
  • Vous augmentez la taille de vos positions quand vous êtes « sûr », sans que cette certitude ait jamais été mesurée.
  • Vous comparez votre performance à vos pertes évitées plutôt qu’à un indice.

Que peut-on y faire ?

On ne supprime pas l’excès de confiance, on lui retire de la marge. La parade la plus efficace est comptable : écrire chaque prévision avant l’entrée en position, avec un niveau, une échéance et une probabilité, puis compter au bout de cinquante ou cent trades combien de prévisions données à 70 % se sont réalisées.

Viennent ensuite les règles qui ne dépendent pas de l’humeur du jour : une taille de position fixée par le risque accepté et non par le degré de conviction, un nombre maximal d’opérations par séance ou par semaine, et une comparaison régulière avec un indice de référence, frais compris. Élargir volontairement ses fourchettes de prévision est un exercice ingrat qui fonctionne : si vos intervalles à 80 % ne contiennent le résultat qu’une fois sur deux, doublez-les.

Ce qui marche mal : la simple connaissance du biais. Daniel Kahneman le dit sans détour à ses lecteurs, dans l’essai qu’il tire en 2011 de Système 1 / Système 2 : la confiance qu’ils éprouveront dans leurs prochains jugements ne baissera pas d’un cran après l’avoir lu, même s’ils en croient chaque mot.

Que lui objecte-t-on ?

La première objection est de méthode. Gerd Gigerenzer a soutenu dès 1991 qu’une partie de la surconfiance mesurée en laboratoire tient au choix des questions, souvent piégeuses, et au format en probabilités ; avec des questions tirées au hasard et un format en fréquences, l’effet diminue nettement. Moore et Healy ajoutent que sur les tâches difficiles, beaucoup de gens se classent au-dessous de la moyenne : le « tout le monde se croit meilleur que les autres » est donc une généralisation abusive. La surprécision, elle, résiste à ces critiques.

La deuxième porte sur l’interprétation des données de marché. Barber et Odean utilisent le sexe comme indicateur indirect de la confiance, sans la mesurer ; d’autres facteurs peuvent pousser à trader, comme le goût des sensations, que Mark Grinblatt et Matti Keloharju ont étudié sur données finlandaises en parallèle de l’excès de confiance. Le lien entre volume et confiance est solide, mais il n’est pas exclusif.

La troisième est la plus intéressante : l’excès de confiance n’est peut-être pas un défaut de fabrication. Dominic Johnson et James Fowler ont montré en 2011 dans Nature, par un modèle évolutionniste, qu’une confiance un peu supérieure à la réalité peut être avantageuse quand les gains d’une victoire dépassent nettement le coût d’un affrontement. Les marchés, où le coût d’une erreur se paie en capital et où l’adversaire est anonyme, ne sont précisément pas ce cas.

Questions fréquentes

Quelle différence entre excès de confiance et effet Dunning-Kruger ?

L’excès de confiance concerne tout le monde, compétents compris, et touche surtout la précision des prévisions. L’effet Dunning-Kruger décrit un cas particulier : les moins performants sur une tâche sont ceux qui surestiment le plus leur rang, faute de savoir reconnaître leurs erreurs. Le second est plus discuté que le premier.

Les femmes investissent-elles mieux que les hommes ?

Dans les données de Barber et Odean (1991-1997), les hommes traitent 45 % de plus que les femmes, qui perdent donc moins de rendement en frais et en mauvais allers-retours. Leur sélection de titres n’est pas meilleure ; c’est leur moindre activité qui fait la différence. Le résultat porte sur une période et un courtier américains précis.

L’excès de confiance est-il toujours néfaste ?

Non. Il aide à entreprendre, à persévérer et, selon certains modèles, à l’emporter dans des compétitions où le gain dépasse le coût de l’affrontement. Il devient coûteux quand chaque décision a un prix et que le résultat dépend surtout du hasard, ce qui décrit assez bien une séance de Bourse.

Comment mesurer son propre excès de confiance ?

En notant chaque prévision avec une probabilité avant de connaître le résultat, puis en comparant, sur un grand nombre de cas, la fréquence réelle de réussite à la probabilité annoncée. Si vos prévisions « à 80 % » ne se réalisent qu’une fois sur deux, l’écart est la mesure de votre biais.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.