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François Ier : biographie, rançon de Pavie et finances du roi chevalier

Roi de France de 1515 à 1547, rival de Charles Quint et mécène de la Renaissance, François Ier dut racheter ses fils deux millions d’écus et inventa, pour financer ses guerres, la dette en rentes garantie par Paris.

François Ier : Le roi chevalier qui paya sa défaite en écus d’or

Qui était François Ier ?

François Ier (1494-1547) est un roi de France de la dynastie des Valois, qui régna de 1515 à 1547, mena contre Charles Quint une longue série de guerres pour l’Italie et la prépondérance en Europe, et fit de sa cour un foyer de la Renaissance artistique. Il fut fait prisonnier à la bataille de Pavie en 1525 et libéré contre ses deux fils, puis contre une rançon.

On connaît le roi de Marignan, de Chambord et de Léonard de Vinci. On connaît moins le roi des comptes : celui qui finança une élection impériale perdue, emprunta à des taux de plus en plus élevés, fit pendre son principal financier, inventa une dette publique placée auprès des Parisiens et dut rassembler, en 1530, plus d’un million d’écus d’or pour récupérer ses enfants. Le règne du roi chevalier est aussi un chapitre de l’histoire des finances publiques.

François Ier en résumé

Héritier inattendu de Louis XII, son cousin et beau-père, François monte sur le trône à vingt ans. Il remporte Marignan, négocie avec le pape le concordat de Bologne, échoue à se faire élire empereur, perd l’Italie à Pavie, signe à Madrid un traité qu’il renie, puis paie à Cambrai le prix de la paix. La seconde moitié du règne alterne guerres, trêves et alliances inattendues, jusqu’à sa mort à Rambouillet en 1547.

  • Époque : La Renaissance et les grandes découvertes
  • Naissance : 12 septembre 1494, Cognac
  • Mort : 31 mars 1547, Rambouillet
  • Pays : royaume de France
  • Fonctions : comte puis duc d’Angoulême, roi de France (1er janvier 1515 – 31 mars 1547)
  • Œuvre principale : le concordat de Bologne (1516), le Trésor de l’Épargne (1523), l’ordonnance de Villers-Cotterêts (1539), les châteaux de Chambord et de Fontainebleau
  • À retenir : la rançon fixée en 1529 était de deux millions d’écus d’or ; 1,2 million furent remis comptant le 1er juillet 1530 sur la Bidassoa

La vie de François Ier : le roi chevalier aux comptes difficiles

François d’Angoulême naît à Cognac le 12 septembre 1494, fils de Charles d’Orléans, comte d’Angoulême, et de Louise de Savoie, qui l’élève avec une ambition méthodique. Louis XII n’ayant pas de fils, il devient l’héritier présomptif et épouse en 1514 sa fille Claude, duchesse de Bretagne. Roi le 1er janvier 1515, il franchit les Alpes l’été suivant et bat les Suisses à Marignan les 13 et 14 septembre 1515. Le duché de Milan est à lui. L’année suivante, le concordat de Bologne, conclu avec le pape Léon X, donne au roi la nomination des évêques et des abbés du royaume.

En 1519, à la mort de l’empereur Maximilien, il se porte candidat à l’Empire contre Charles, roi d’Espagne. L’élection, achetée de part et d’autre, tourne à l’avantage de Charles, élu le 28 juin 1519 grâce au crédit de la maison Fugger : le détail en est donné dans la fiche de Jakob Fugger. L’année suivante, au camp du Drap d’or, près de Calais, François rivalise de faste avec Henri VIII sans obtenir son alliance. La guerre contre Charles commence en 1521. En avril 1522, l’armée française, mal payée, est battue à la Bicoque et le Milanais perdu.

En 1523, le connétable de Bourbon, premier seigneur du royaume, passe à l’empereur. François repasse les Alpes en 1524 et assiège Pavie. Le 24 février 1525, son armée est écrasée et il est fait prisonnier. Transféré en Espagne, il signe à Madrid, le 14 janvier 1526, un traité par lequel il cède la Bourgogne, après avoir fait constater en secret qu’il le signait sous la contrainte. Libéré le 17 mars 1526 sur la Bidassoa, il laisse en otage ses deux fils aînés, François et Henri, âgés de huit et six ans. Rentré, il refuse de céder la Bourgogne et forme avec le pape, Venise, Florence et Milan, sous le patronage de l’Angleterre, la ligue de Cognac.

La guerre reprend, sans issue décisive. En août 1529, sa mère Louise de Savoie et Marguerite d’Autriche, tante de Charles Quint, négocient à Cambrai la paix des Dames : la France garde la Bourgogne, renonce à l’Italie, à la Flandre et à l’Artois, et rachète les princes. Le 1er juillet 1530, ils sont échangés contre la rançon ; François épouse peu après Éléonore, sœur de l’empereur, veuve du roi de Portugal.

Les années 1530 et 1540 voient une politique d’alliances qui scandalise : avec les princes protestants allemands et avec le sultan Soliman le Magnifique. À l’intérieur, le roi durcit la répression contre les « mal sentants de la foi » après l’affaire des Placards de 1534, et laisse massacrer les vaudois du Luberon en 1545. Il fonde en 1530 les lecteurs royaux, impose le français dans les actes de justice par l’ordonnance de Villers-Cotterêts en 1539, fait bâtir Chambord et transformer Fontainebleau. Malade, il meurt à Rambouillet le 31 mars 1547 ; son fils Henri II lui succède.

Qu’a accompli François Ier, et que reste-t-il de son œuvre ?

Ses guerres n’ont rien rapporté de durable en Italie : Milan, conquis en 1515, est perdu en 1522, et le roi y renonce en 1529. Mais il a tenu tête à un empire qui encerclait la France, et le royaume sort de son règne intact, Bourgogne comprise. Le concordat de Bologne, resté en vigueur jusqu’à la Révolution, a donné aux rois de France la main sur les grands bénéfices ecclésiastiques, un instrument de pouvoir et de récompense considérable.

Il reste surtout un État plus centralisé et une culture. Le Trésor de l’Épargne, la vénalité des offices organisée, les rentes de l’Hôtel de Ville, la division du royaume en recettes générales en 1542 sont les cadres des finances royales pour deux siècles. Chambord, Fontainebleau, la collection de tableaux italiens qui forme le premier noyau du Louvre, la Joconde, le futur Collège de France se rattachent à lui, même si la légende a grossi sa part.

Comment François Ier a-t-il financé son pouvoir ?

Les ressources ordinaires du roi reposent sur la taille, impôt direct payé par les roturiers, sur les aides, impôts indirects sur les boissons et les marchandises, sur la gabelle du sel et sur le domaine. La guerre perpétuelle les dépasse sans cesse. La taille augmente fortement au cours du règne, la gabelle aussi, au point de provoquer en 1542 la révolte de La Rochelle. Le clergé paie, avec l’accord du pape, des « décimes » de plus en plus réguliers. Faute de mieux, le roi emprunte aux banquiers, souvent florentins, réunis aux foires de Lyon, à des taux élevés, et vend des charges : le bureau des parties casuelles, chargé d’encaisser le prix des offices vendus, apparaît en 1522-1523.

L’élection impériale de 1519 a montré les limites de ce système. Selon l’historien Richard Ehrenberg, Gênes refuse de prêter à François, Lyon ne suit pas, Fugger décline une traite de 300 000 écus et la Ligue souabe interdit aux marchands d’Augsbourg d’accepter ses lettres : il ne dispose guère que des fonds de sa mère. Ses promesses ne valent pas, pour les électeurs, les lettres de change des maisons allemandes. Trois ans plus tard, la défaite de la Bicoque, attribuée à une solde non versée, ouvre une crise de confiance au sommet. Le surintendant Jacques de Beaune, baron de Semblançay, aurait affirmé avoir remis à Louise de Savoie les fonds destinés à l’armée ; une commission nommée en 1524 constate qu’il est lui-même créancier de la couronne pour près d’un million de livres. Il est néanmoins condamné et pendu au gibet de Montfaucon le 12 août 1527. Le message est clair : prêter au roi est un métier risqué.

Deux réformes naissent de cette crise. Par lettres patentes du 18 mars 1523, le roi crée le Trésor de l’Épargne, caisse centrale où doivent aboutir les recettes et d’où partent les dépenses, pour reprendre la main sur des financiers qui étaient à la fois comptables et prêteurs. Et en 1522, il invente une nouvelle forme d’emprunt : les rentes sur l’Hôtel de Ville de Paris. Le roi cède à la ville le produit de certains impôts parisiens ; la ville vend aux bourgeois des rentes perpétuelles, au denier douze, soit un peu plus de 8 % par an, payées sur ces recettes. Juridiquement, ce n’est pas un prêt à intérêt, condamné par l’Église, mais la vente d’un revenu ; politiquement, c’est la signature de la municipalité qui rassure les prêteurs, mieux que celle du roi. L’instrument durera jusqu’à la Révolution.

La rançon de Pavie est la facture finale. La paix de Cambrai fixe le prix de la libération des princes à deux millions d’écus d’or au soleil, dont 1,2 million payables comptant à la remise des enfants. Le reste, selon l’ouvrage collectif La Paix des Dames. 1529 (2021), comprend 290 000 écus d’une dette des Habsbourg envers Henri VIII, que la France reprend, et 510 000 écus payables sur des terres de nobles français aux Pays-Bas, dont celles de Marie de Luxembourg. Pour réunir la somme, le roi sollicite toutes les composantes du royaume : clergé, villes, noblesse, pays d’états, chacun selon des contributions négociées, que l’historien Philippe Hamon a étudiées dans L’Argent du roi. Le 1er juillet 1530, sur un ponton dressé au milieu de la Bidassoa, une barque emporte vers l’Espagne les 1,2 million d’écus, pendant qu’une autre ramène les deux princes et la future reine, Éléonore. Les corsaires dieppois avaient d’ailleurs déjà prélevé leur part sur l’or des Habsbourg : en 1522 ou en 1523 selon les auteurs, Jean Fleury, au service de l’armateur Jean Ango, avait capturé une partie du trésor envoyé du Mexique par Hernán Cortés.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de François Ier ?

« Tout est perdu, fors l’honneur » n’a jamais été écrit sous cette forme. Après Pavie, le roi écrit à sa mère une lettre plus longue et plus simple, où il dit que de toutes choses il ne lui est demeuré que l’honneur et la vie, qui est sauve. La formule frappée est une condensation postérieure. De même, l’adoubement du roi par Bayard sur le champ de bataille de Marignan apparaît dans des récits des années 1525, au moment où il fallait faire oublier que le connétable de Bourbon, qui l’avait réellement adoubé au sacre, était passé à l’ennemi ; Didier Le Fur en a fait l’analyse.

La mort de Léonard de Vinci dans les bras du roi, peinte par Ingres, vient de Vasari. Or un acte royal daté du 1er mai 1519, la veille de la mort de Léonard au Clos Lucé, situe la cour à Saint-Germain-en-Laye, loin d’Amboise. Le « Souvent femme varie » qu’il aurait gravé sur une vitre de Chambord est rapporté par Brantôme, sans autre garant. Cédric Michon a dressé la liste de ces images : le vainqueur unique de Marignan, le fondateur du Collège de France, le père de la langue française, l’habitant de Chambord, où il dormit en réalité très peu.

Enfin le surnom de « roi épicier », qu’il aurait donné à Manuel Ier de Portugal enrichi par le poivre des Indes, et la phrase sur le « testament d’Adam » qui l’exclurait du partage du monde entre Espagnols et Portugais, lui sont attribués sans source sûre. Ils résument pourtant bien sa politique : contester par les corsaires et les explorateurs, comme Jacques Cartier en 1534, un monopole ibérique que Vasco de Gama et Colomb avaient ouvert.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

La biographie de référence reste celle de Robert J. Knecht, traduite sous le titre Un prince de la Renaissance. François Ier et son royaume (1998), équilibrée entre le roi, la cour et l’État. Jean Jacquart avait donné en 1981 un François Ier attentif à l’économie et à la société. Didier Le Fur, dans son François Ier (2015), s’attache à déconstruire l’image fabriquée par la propagande royale et par le XIXe siècle. Cédric Michon, dans François Ier. Les femmes, le pouvoir et la guerre (2015) et François Ier. Un roi entre deux mondes (2018), insiste sur le gouvernement réel, les conseillers et les femmes de son entourage.

Sur l’argent, l’ouvrage fondamental est celui de Philippe Hamon, L’Argent du roi. Les finances sous François Ier (1994), qui montre une monarchie inventive mais toujours à court, et une modernisation administrative née de l’urgence plus que d’un plan. Bernard Schnapper, dans Les Rentes au XVIe siècle (1957), a fait l’histoire de l’instrument inventé en 1522. Le débat porte sur la nature de cet État : absolutisme en marche ou monarchie de négociation, qui obtient l’argent de ses sujets en traitant avec chaque corps.

Que peut apprendre de François Ier celui qui décide ?

François Ier a souvent décidé en joueur et payé en gestionnaire. Ses défaites tiennent pour une part à des soldes impayées ; ses réformes, à la nécessité d’emprunter plus et mieux.

  • La crédibilité d’un emprunteur peut s’emprunter : les rentes de 1522 se vendaient sur la signature de Paris, pas sur celle du roi.
  • Une armée non payée est une armée perdue : la Bicoque l’a rappelé avant Pavie.
  • Rendre ses créanciers responsables de ses propres dépenses peut soulager un moment, mais renchérit tous les crédits suivants : la pendaison de Semblançay n’a rien coûté au trésor, mais beaucoup à la confiance.
  • Une promesse faite sous la contrainte se renie, mais elle se rachète : le traité de Madrid a fini en rançon.
  • Centraliser la trésorerie est la condition pour savoir ce qu’on peut dépenser : l’Épargne de 1523 est née de cette ignorance.

Quels livres lire sur François Ier ?

  • Robert J. Knecht, Un prince de la Renaissance. François Ier et son royaume, traduit par Patrick Hersant, Fayard, 1998 : la biographie de référence.
  • Philippe Hamon, L’Argent du roi. Les finances sous François Ier, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 1994 : l’étude fondamentale sur les finances du règne.
  • Didier Le Fur, François Ier, Perrin, 2015 : une biographie critique de la légende royale.
  • Cédric Michon, François Ier. Un roi entre deux mondes, Belin, 2018 : le roi, ses conseillers et son gouvernement.
  • Jean Jacquart, François Ier, Fayard, 1981 : un classique attentif à la société du règne.
  • Bernard Schnapper, Les Rentes au XVIe siècle. Histoire d’un instrument de crédit, SEVPEN, 1957 : pour comprendre la dette en rentes.

Questions fréquentes sur François Ier

Combien a coûté la libération de François Ier et de ses fils ?

La paix de Cambrai de 1529 fixa la rançon des deux princes, retenus en otage depuis 1526, à deux millions d’écus d’or. 1,2 million furent remis comptant le 1er juillet 1530 sur la Bidassoa ; le reste couvrait une dette des Habsbourg envers Henri VIII et des sommes payables sur des terres de nobles français aux Pays-Bas.

François Ier a-t-il dit « Tout est perdu fors l’honneur » ?

Pas sous cette forme. Dans sa lettre à sa mère après Pavie, il écrit qu’il ne lui reste que l’honneur et la vie, qui est sauve. La formule courte est une simplification postérieure, devenue proverbiale.

Que sont les rentes sur l’Hôtel de Ville de 1522 ?

C’est une forme d’emprunt public inventée sous François Ier : le roi cède à la ville de Paris des recettes fiscales, et la ville vend aux particuliers des rentes perpétuelles payées sur ces recettes, à un peu plus de 8 % par an. Le système a financé l’État jusqu’à la Révolution.

Léonard de Vinci est-il mort dans les bras de François Ier ?

Non, selon toute vraisemblance. Le récit vient de Vasari, mais un acte royal du 1er mai 1519, la veille de la mort de Léonard à Amboise, montre la cour à Saint-Germain-en-Laye. Le roi avait en revanche accueilli et pensionné l’artiste depuis 1516.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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