Jeanne d’Arc : biographie, procès de 1431 et réhabilitation de la Pucelle
Jeune paysanne de Domrémy, Jeanne d’Arc contribua à délivrer Orléans et à faire sacrer Charles VII en 1429, avant d’être brûlée à Rouen en 1431 après un procès dont les actes nous sont parvenus.

Qui était Jeanne d’Arc ?
Jeanne d’Arc (vers 1412-1431) est une jeune paysanne de Domrémy, aux marches de la Lorraine, qui, se disant envoyée par Dieu, obtint du dauphin Charles de combattre les Anglais, contribua à délivrer Orléans en 1429 et à faire sacrer le roi à Reims, avant d’être condamnée pour hérésie et brûlée vive à Rouen. Réhabilitée en 1456, elle a été canonisée en 1920.
Peu de vies médiévales sont aussi bien documentées, et pour une raison paradoxale : ses ennemis ont fait noter mot à mot ses réponses pendant trois mois. Le procès de 1431 et le procès en nullité de 1455-1456 forment un dossier de plusieurs centaines de pages, que les historiens lisent depuis le XIXe siècle. La légende s’est construite par-dessus, et parfois contre lui.
Jeanne d’Arc en résumé
Fille de laboureurs aisés de Domrémy, Jeanne entend vers l’âge de treize ans des voix qu’elle attribue à saint Michel, sainte Catherine et sainte Marguerite. En 1429, elle convainc le capitaine de Vaucouleurs, puis le dauphin à Chinon. Examinée à Poitiers, elle rejoint l’armée de secours d’Orléans, dont le siège est levé le 8 mai. Après la victoire de Patay, elle obtient la marche sur Reims. Son échec devant Paris, sa capture en 1430 et son procès à Rouen terminent une carrière militaire de treize mois.
- Époque : De Rome chrétienne au Moyen Âge
- Naissance : vers 1412, à Domrémy, aux confins de la Champagne et de la Lorraine (aujourd’hui Domrémy-la-Pucelle, dans les Vosges) ; elle déclare à ses juges avoir environ dix-neuf ans en février 1431
- Mort : 30 mai 1431, à Rouen, brûlée sur la place du Vieux-Marché
- Pays : royaume de France
- Fonctions : chef de guerre au service de Charles VII (1429-1430), sans grade ni titre officiel ; anoblie avec sa famille en décembre 1429
- Œuvre principale : la levée du siège d’Orléans (8 mai 1429) et le sacre de Charles VII à Reims (17 juillet 1429)
- À retenir : les Anglais l’achetèrent 10 000 livres tournois, le prix qu’un usage invoqué par l’évêque Cauchon permettait au roi de payer pour se faire livrer n’importe quel prisonnier.
La vie de Jeanne d’Arc : treize mois de guerre et deux procès
Jeanne naît vers 1412 à Domrémy, dans la vallée de la Meuse, dans une famille de paysans propriétaires ; son père Jacques d’Arc est un notable du village. Elle file, coud, garde parfois les bêtes. Le pays est fidèle au dauphin Charles, l’héritier que le traité de Troyes de 1420 a déshérité au profit du roi d’Angleterre, et il est exposé aux bandes armées : en 1428, le village est incendié. C’est vers treize ans, dira-t-elle, qu’elle entend pour la première fois une voix dans le jardin de son père.
En 1428 et 1429, elle se rend à Vaucouleurs pour demander au capitaine Robert de Baudricourt de l’envoyer au dauphin. Il la renvoie, puis cède. Elle part en février 1429, habillée en homme, avec une petite escorte, et arrive à Chinon début mars. Le dauphin la fait examiner par des théologiens à Poitiers, et par des matrones qui constatent sa virginité ; rien ne s’oppose à ce qu’on l’emploie.
Orléans est assiégée depuis octobre 1428 ; c’est la clé de la Loire. Jeanne arrive dans la ville le 29 avril avec un convoi de ravitaillement. Entre le 4 et le 7 mai, les Français enlèvent les bastilles anglaises, la dernière, celle des Tourelles, le 7 mai ; Jeanne y est blessée d’une flèche à l’épaule. Le 8 mai, les Anglais lèvent le siège. La campagne de la Loire suit : Jargeau, Meung, Beaugency, et la victoire de Patay le 18 juin, où l’avant-garde française écrase l’armée anglaise.
Jeanne insiste pour aller à Reims, en territoire tenu par les Bourguignons, alliés des Anglais. Troyes et Châlons ouvrent leurs portes, et Charles VII est sacré à Reims le 17 juillet 1429. La suite est moins heureuse. L’assaut contre Paris échoue le 8 septembre, Jeanne est blessée à la cuisse, et le roi préfère négocier avec le duc de Bourgogne. En décembre, il l’anoblit avec toute sa famille.
Au printemps 1430, elle part secourir Compiègne, assiégée par les Bourguignons. Le 23 mai, lors d’une sortie, elle est faite prisonnière par les hommes de Jean de Luxembourg. Après plusieurs mois de détention et une tentative d’évasion par un saut du haut de la tour de Beaurevoir, elle est vendue aux Anglais à l’automne, et transférée à Rouen à la fin de décembre.
Le procès s’ouvre le 9 janvier 1431 sous la présidence de Pierre Cauchon, évêque de Beauvais, partisan des Anglais. Jeanne est interrogée en séances publiques à partir du 21 février, puis en prison. Le 24 mai, au cimetière de Saint-Ouen, menacée du bûcher, elle signe une abjuration ; quelques jours plus tard, elle reprend l’habit d’homme et déclare que ses voix lui ont reproché sa faiblesse. Jugée relapse, c’est-à-dire retombée dans l’hérésie, elle est brûlée le 30 mai 1431 sur la place du Vieux-Marché. Ses cendres sont jetées dans la Seine.
Qu’a accompli Jeanne d’Arc, et que reste-t-il de son œuvre ?
Jeanne n’a pas gagné la guerre de Cent Ans, qui dura encore vingt-deux ans. Elle a fait autre chose : elle a retourné une dynamique. La levée du siège d’Orléans a brisé l’élan anglais, et le sacre de Reims a donné à Charles VII ce qui lui manquait le plus, une légitimité incontestable face au roi d’Angleterre, Henri VI, qui ne sera couronné roi de France à Paris qu’en décembre 1431. Le traité d’Arras de 1435, qui réconcilie Charles VII et le duc de Bourgogne, puis la reconquête de la Normandie et de la Guyenne en 1450-1453, achèvent ce qu’elle avait commencé.
Il reste d’elle un dossier sans équivalent. Le procès de condamnation fut tenu par des notaires qui notèrent chaque jour ses réponses en français ; ces notes, la minute, furent ensuite traduites en latin et mises en forme, vers 1435, par le notaire Guillaume Manchon et le théologien Thomas de Courcelles. Plusieurs exemplaires authentiques furent établis, dont trois sont conservés, deux à la Bibliothèque nationale de France et un à la bibliothèque de l’Assemblée nationale. De la minute française, seule une partie survit dans des copies, dont le manuscrit dit d’Urfé.
Le second dossier est celui du procès en nullité. Charles VII, maître de Rouen en 1449, ordonne une enquête dès février 1450 ; l’Église la reprend en 1452, et le pape Calixte III autorise en 1455 la révision demandée par la mère et les frères de Jeanne. Plus d’une centaine de témoins sont entendus, à Domrémy, Orléans, Paris et Rouen. Le 7 juillet 1456, la sentence déclare le premier procès nul et sans effet. Jeanne est béatifiée en 1909 et canonisée le 16 mai 1920 ; la même année, une loi institue une fête nationale de Jeanne d’Arc. Elle partage avec Saint Louis le rare statut de saint de l’Église et de figure de l’histoire nationale.
Comment Jeanne d’Arc a-t-elle financé son pouvoir ?
Jeanne n’a jamais eu de pouvoir propre ni de trésor. La question, la concernant, est celle de l’argent de la guerre qui l’entoure : qui payait l’armée qu’elle accompagnait, et combien valait-elle pour ses ennemis.
En 1429, Charles VII est un roi pauvre. Les Anglais et les Bourguignons tiennent Paris, la Normandie et le Nord, les régions les plus riches. Le « roi de Bourges », comme le surnomment ses adversaires, vit des aides, c’est-à-dire des impôts que lui votent les états de ses provinces, de l’emprunt auprès de ses grands seigneurs, et des expédients. L’armée de secours d’Orléans fut payée par ces moyens, et la ville elle-même finança une large part de sa défense, comme le montrent ses comptes.
L’équipement de Jeanne figure dans les comptes du trésorier des guerres, Hémon Raguier : en avril 1429, cent livres tournois sont versées à un maître armurier pour un harnois complet destiné à la Pucelle. Le roi lui constitue une petite maison militaire, avec un intendant, Jean d’Aulon, des pages et des chevaux. C’est l’équipement d’un capitaine, pas celui d’un prince.
Le roi récompense la famille plutôt que la combattante. En juillet 1429, à sa demande, il exempte d’impôts les habitants de Domrémy et de Greux, une faveur que ses successeurs renouvelleront longtemps. En décembre 1429, il anoblit Jeanne, ses parents, ses frères et leur descendance. Ses frères recevront ensuite pensions et charges, et la ville d’Orléans versera une pension à sa mère, Isabelle Romée, dans ses dernières années.
Pour ses ennemis, Jeanne avait un prix, et il est connu. Prisonnière de Jean de Luxembourg, vassal du duc de Bourgogne, elle est réclamée par l’évêque Cauchon au nom du roi d’Angleterre, en juillet 1430. Cauchon invoque le droit, l’usage et la coutume de France, selon lesquels le roi pouvait se faire livrer tout prisonnier, fût-il roi, dauphin ou prince, contre 10 000 francs, et offre cette somme ; le franc vaut alors une livre tournois, monnaie de compte des prix et des impôts. L’accord est conclu à l’automne. L’argent vient de l’aide de 120 000 livres votée au roi par les états de Normandie, réunis à Rouen en août 1430 : la lettre de répartition de septembre en affecte 10 000 au paiement de l’achat de Jeanne. Ce sont les contribuables normands qui paient le rachat de la Pucelle.
Le montant correspond à la rançon d’un très grand seigneur. Il dit l’importance politique que les Anglais attachaient non pas à une combattante, mais à un procès : condamner Jeanne comme hérétique et sorcière, c’était montrer que le sacre de Reims avait été obtenu par le diable. L’investissement était politique, et il échoua. Charles VII, lui, ne fit aucune tentative connue pour la racheter ; les historiens en discutent encore les raisons.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Jeanne d’Arc ?
Jeanne est l’un des personnages les plus mythifiés de l’histoire de France, et chaque époque l’a réinventée. La bergère des images pieuses vient en partie de l’iconographie du XIXe siècle : elle-même déclara à ses juges qu’elle aidait aux travaux de la maison et ne gardait les bêtes qu’à l’occasion. Le célèbre portrait en armure n’a aucune valeur documentaire ; aucun portrait d’elle n’a été fait de son vivant, hormis un croquis en marge d’un registre du Parlement de Paris, dessiné par un greffier qui ne l’avait jamais vue.
La légende la plus tenace est celle d’une Jeanne bâtarde royale, fille cachée d’Isabeau de Bavière, ou d’une Jeanne qui aurait échappé au bûcher. La seconde s’appuie sur un fait réel : en 1436, une femme se présenta comme la Pucelle, Claude des Armoises, et fut accueillie par les frères de Jeanne, avant d’être démasquée quelques années plus tard. Les historiens ont réfuté l’une et l’autre thèse ; les sources de 1431 et de 1456 ne laissent pas de doute sur l’exécution.
D’autres détails viennent des témoins de la réhabilitation, vingt-cinq ans après les faits : le cœur resté intact dans les cendres, les paroles du bourreau. Ce sont des souvenirs, sincères peut-être, recueillis par un procès qui avait intérêt à faire de Jeanne une martyre. Les répliques célèbres, au contraire, viennent du procès de condamnation, rédigé par ses ennemis : ainsi, le 24 février 1431, à la question piège de savoir si elle se savait en état de grâce, elle répondit : « Si je n’y suis, Dieu m’y veuille mettre ; et si j’y suis, Dieu m’y veuille garder. » L’ironie de la source est complète : ce sont ses juges qui ont conservé ses plus beaux mots.
La mémoire politique, enfin, a fait d’elle tour à tour une sainte catholique, une fille du peuple républicaine pour Michelet, une héroïne nationale que se disputèrent tous les camps au XXe siècle. Napoléon, premier consul, avait autorisé dès 1803 le rétablissement des fêtes d’Orléans en son honneur. Aucun de ces usages n’est la Jeanne de 1429.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
L’histoire scientifique de Jeanne commence avec Jules Quicherat, qui publie de 1841 à 1849, en cinq volumes, les procès et les témoignages contemporains. Les éditions critiques modernes sont celles de Pierre Tisset et Yvonne Lanhers pour le procès de condamnation (1960-1971) et de Pierre Duparc pour le procès en nullité (1977-1989), publiées par la Société de l’histoire de France.
Régine Pernoud a popularisé au XXe siècle une lecture fondée sur les sources, et Colette Beaune, dans Jeanne d’Arc (2004), l’a replacée dans l’univers prophétique de son temps : les prophéties d’une vierge qui sauverait le royaume circulaient avant elle, et lui ont préparé un public. Philippe Contamine, Olivier Bouzy et Xavier Hélary ont donné en 2011 une somme, Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire, qui fait le point sur chaque question.
Les débats portent sur la part réelle de Jeanne dans les décisions militaires, que certains jugent surtout morale et d’autres aussi tactique, sur la régularité du procès de condamnation, longtemps présenté comme une parodie et que certains historiens jugent conforme aux procédures inquisitoriales de son temps malgré ses irrégularités, et sur la nature de ses voix, question que l’historien laisse au croyant et au médecin.
Que peut apprendre de Jeanne d’Arc celui qui décide ?
Jeanne d’Arc n’a ni stratégie écrite ni doctrine. Ce que sa trajectoire enseigne tient à la manière dont une conviction transforme une situation, et dont un pouvoir l’utilise puis l’abandonne.
- Le moral est une ressource mesurable par ses effets : une armée qui doutait a repris l’offensive à Orléans en quatre jours.
- Le bon objectif n’est pas toujours le plus évident : marcher sur Reims plutôt que sur la Normandie paraissait absurde aux capitaines, et le sacre valait plus qu’une province.
- Un allié qui n’a ni titre ni trésor dépend entièrement de celui qui l’emploie : quand Charles VII choisit la négociation, Jeanne perdit son utilité politique.
- Les procès politiques produisent des archives qui échappent à leurs auteurs : le dossier monté pour la condamner a servi à la réhabiliter.
- Un tribunal homogène et sous pression décide d’avance, mécanisme connu sous le nom de pensée de groupe.
Quels livres lire sur Jeanne d’Arc ?
- Georges et Andrée Duby, Les Procès de Jeanne d’Arc, Gallimard-Julliard, coll. « Archives », 1973 : des extraits des deux procès, présentés et traduits.
- Pierre Tisset et Yvonne Lanhers (éd.), Procès de condamnation de Jeanne d’Arc, 3 vol., Klincksieck, Société de l’histoire de France, 1960-1971 : l’édition critique, texte et traduction.
- Colette Beaune, Jeanne d’Arc, Perrin, 2004 : la biographie de référence ; du même auteur, Jeanne d’Arc, vérités et légendes, Perrin, 2008.
- Philippe Contamine, Olivier Bouzy et Xavier Hélary, Jeanne d’Arc. Histoire et dictionnaire, Robert Laffont, coll. « Bouquins », 2011.
- Olivier Bouzy, Jeanne d’Arc en son siècle, Fayard, 2013.
- Pierre Duparc (éd.), Procès en nullité de la condamnation de Jeanne d’Arc, 5 vol., Klincksieck, Société de l’histoire de France, 1977-1989.
Questions fréquentes sur Jeanne d’Arc
Pourquoi Jeanne d’Arc a-t-elle été condamnée ?
Elle fut jugée par un tribunal d’Église présidé par Pierre Cauchon, évêque de Beauvais rallié aux Anglais, et condamnée comme hérétique relapse : après avoir abjuré le 24 mai 1431, elle reprit l’habit d’homme et réaffirma ses voix. L’enjeu politique était de discréditer le sacre de Charles VII.
Combien les Anglais ont-ils payé pour Jeanne d’Arc ?
Dix mille livres tournois, versées à Jean de Luxembourg dont les hommes l’avaient capturée à Compiègne. La somme fut réunie grâce à une aide levée en Normandie, alors sous domination anglaise.
Qu’est-ce que le procès de réhabilitation de Jeanne d’Arc ?
C’est le procès en nullité ouvert en 1455 avec l’autorisation du pape Calixte III, à la demande de sa mère et de ses frères, après des enquêtes ordonnées par Charles VII dès 1450. Le 7 juillet 1456, il déclara la condamnation de 1431 nulle et sans effet.
Jeanne d’Arc savait-elle écrire ?
Elle dicta ses lettres, mais trois documents portent sa signature, « Jehanne », tracée d’une main malhabile, ce qui suggère qu’elle apprit à signer pendant sa carrière.
Pour aller plus loin
- Sur le forum : Jeanne d’Arc guerrière, fantasmée ou romantique ?, une discussion sur ses représentations et sur la part du mythe dans l’histoire enseignée
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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