Mémoires d’un spéculateur : le livre culte pour tout trader

Mémoires d’un spéculateur, le livre référence
J’ai l’honneur de préfacer un monument de la littérature boursière, Mémoires d’un spéculateur dans une édition illustrée chez la maison d’édition Memoria Books. La traduction est la plus récente à ce jour et c’est la seule version illustrée (avec gout, c’est un ami) ce qui en fait la version de référence. De plus, c’est la moins chère. Un beau cadeau à vous offrir ou à offrir.
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Ce livre, écrit par Edwin Lefèvre et publié en 1923, est le récit en partie biographique et en partie fictive (et peut-être un jour mythologique) de Jesse Livermore, un spéculateur américain qui déchaîna les passions de son vivant au début du XXe siècle.
Mais attention, ce texte n’est pas comme les autres. Il n’est pas un ouvrage de plus sur la spéculation qui sera oublié avant même que l’encre sèche.
En effet, si vous demandez aux traders actifs de nommer des personnes qui ont pu influencer leur vision du trading, nombreux seront ceux qui vous citeront spontanément Jesse Livermore et Mémoires d’un spéculateur.
Mémoires d’un spéculateur, le livre qui se transmet de génération en génération

Mais pour quelles raisons ce livre publié il y a plus de 100 ans marque des générations de traders ?
Nous n’écrivons pourtant plus les cours des actions à la craie blanche sur un tableau noir, nous n’utilisons plus les téléscripteurs pour passer nos ordres. Nous sommes dans le monde de l’instantanéité et de la fibre optique passant nos ordres à la vitesse de la lumière.
Nous sommes tellement éloignés de ce monde décrit dans cet ouvrage qu’il pourrait nous paraître obsolète, « ringard », comme une vieille carte postale défraîchie, reflet d’un monde disparu.
Pourquoi donc Mémoires d’un spéculateur est recommandé par le bouche-à-oreille, de forums boursiers en forums de trading, de tweets en newsletters alors que les techniques de trading ont tellement évolué ?
Pourquoi ces pages se transmettent de génération en génération de traders comme un trésor précieux contenant une vérité indispensable pour réussir dans le trading ?
Mémoires d’un spéculateur a quelque chose en plus que les autres n’ont pas… mais quoi ?
Ne vous y trompez pas, vous détenez dans vos mains un trésor historique et une pépite psychologique ce qui en fait LA référence intemporelle dans le milieu du trading et de la spéculation.
Mémoires d’un spéculateur, le témoin des Années Folles
Mémoires d’un spéculateur est d’abord le témoin d’un monde qui a été et qui n’existera probablement plus.
Au fil des pages, nous revivons l’exubérance des Années Folles. Les restrictions de la première guerre mondiale ont beaucoup pesé matériellement mais aussi psychologiquement sur la population. La victoire et la fin de la guerre surnommée « la der des ders » sont un immense soulagement pour l’ensemble de la population.
Les États-Unis d’Amérique connaissent alors une période d’intense activité sociale, culturelle, artistique et une croissance sans précédent qui repose sur une augmentation de la production industrielle et une spéculation boursière débridée sans régulation.
Tout devient possible, la classe moyenne américaine s’enrichit à une vitesse jamais connue dans l’histoire et elle rêve de sa future voiture de luxe en empruntant pour acheter des actions.
Les bookmakers au coin des rues permettent aux modestes ouvriers des usines de Chicago de spéculer sur les compagnies ferroviaires californiennes dont ils ne verront jamais une locomotive. Il suffit de monter dans le train et de voir son patrimoine atteindre des horizons infinis.
Tout américain, quel que soit sa condition, peut / doit spéculer et (tenter de) devenir riche. Tout est possible. Telle est la promesse de ces folles années de bourse marquées par une frénésie de vie qui touche toute la population.
Les historiens appelleront plus tard cette période unique, non sans nostalgie, les Années Folles. Voici les racines de la naissance du rêve américain.
Jesse Livermore, l’incarnation du rêve américain
Jesse Livermore incarne ce rêve américain. Issu d’une famille d’agriculteurs pauvres du Massachusetts, son père le destine naturellement à reprendre la propriété familiale. Il s’enfuit alors à 14 ans, avec cinq dollars en poche et la bénédiction de sa mère, pour échapper à ce destin déjà écrit.
Seize ans plus tard, pendant la panique d’octobre 1907, il joue la baisse, rachète au plus bas et sort de la tourmente à la tête de plus d’un million de dollars. La légende en fera « un million en une journée » ; le livre dit que ses gains de la campagne ont franchi le million ce jour-là. La presse le surnommera plus tard le « roi du coton », un marché qui lui coûtera presque tout en 1908.
Mais ce qui fait de Jesse Livermore « une légende », c’est le krach de 1929. On lui prête un gain de 100 millions de dollars en spéculant à la baisse. Aucun document de l’époque ne l’établit : le 24 octobre 1929, le Brooklyn Daily Eagle le montre même acheteur d’actions. Qu’il ait gagné gros sur la baisse est plausible ; combien, personne ne le sait.
Jesse Livermore, le bouc émissaire de la crise de 1929
Ce fils de pauvres fermiers du Massachusetts devient alors l’un des spéculateurs les plus célèbres de son époque. Surnommé « The Great Bear of Wall Street », « le Grand Ours de Wall Street » par la presse, il est présenté comme l’un des responsables du crash de Wall Street de 1929. Comme à toute époque, pour calmer le peuple, il faut trouver des boucs émissaires pour déresponsabiliser la foule.
Les campagnes de presse des journaux américains, plus pour vendre du papier que pour comprendre les raisons du krach de 1929, lui ont valu une haine féroce d’une grande partie de la classe moyenne américaine qui, en spéculant à crédit, a été ruinée par la débâcle des marchés financiers. Recevant des flots de menaces de mort, Jesse Livermore se replie et il ne sort plus qu’avec un garde du corps armé.
C’est la fin des Années Folles. Le retour à la réalité a été violent. Très violent.
La classe moyenne américaine lutte pour ne pas s’effondrer et tomber dans la misère. Le chômage explose pendant une décennie et l’huissier vient frapper à la porte plutôt que le livreur de la voiture de luxe tant espérée.
Le rêve américain ne sera plus jamais le même. Il a été foudroyé entre le jeudi 24 octobre et le mardi 29 octobre 1929. Et si cela n’avait été finalement qu’un rêve fou, une hallucination collective ?
Les années suivantes montreront hélas que les hallucinations collectives ne sont pas réservées qu’aux seuls américains…
Comment Jesse Livermore s’est-il ruiné ?
Quelques années plus tard, Jesse Livermore est de nouveau ruiné. En mars 1934, il dépose son bilan : 2,26 millions de dollars de dettes pour 184 900 dollars d’actifs. C’est la dernière de ses quatre défaillances, et les raisons de cette chute restent en partie floues. Sa vie, ses chiffres vérifiés et sa méthode sont racontés dans sa fiche du guide des grands traders.
Il se suicide le 28 novembre 1940 à l’hôtel Sherry-Netherland, à New York, et laisse à sa femme une lettre où il se dit fatigué de se battre et indigne de son amour.
Jesse Livermore, un spéculateur chanceux ?
Certains considèrent Livermore comme le plus grand trader qui ait jamais vécu, mais d’autres y voient un récit effrayant sur les risques des effets de levier par un spéculateur qui ne maitrisait rien.
Par exemple, ses ventes à découvert, avant le tremblement de terre de San Francisco en 1906 et juste avant le crash de Wall Street en 1929, sont légendaires dans les cercles d’investissement. Certains y voient du génie, d’autres de la chance et de l’inconscience.
Je ne m’attarderai pas sur ce débat car ce qui fait le succès de Mémoires d’un spéculateur c’est avant tout sa puissance psychologique.
Mémoires d’un spéculateur, une pépite psychologique
Si ce livre a autant de poids dans la communauté des traders actifs, s’il est recommandé de génération en génération, c’est que nous pour ne sommes pas étrangers au monde que décrit Mémoires d’un spéculateur. C’est notre monde, notre quotidien de trader.
Comme Jesse Livermore, nous passons par des hauts et des bas. Nous luttons en permanence entre notre pulsion de vie et de mort. Nous tentons de contrôler nos peurs, nos doutes, nos angoisses, notre avidité… sur les marchés financiers.
Le chemin du trader est difficile et ingrat. Mais nous nous accrochons car le trading n’est pas que de la spéculation, de l’argent, c’est aussi, peut-être surtout, un incroyable outil de développement personnel.
Nous sommes face à nous même, nus, sans possibilité de chercher un bouc émissaire. Chacune de nos décisions entraîne des conséquences immédiates. Dans un monde de déresponsabilisation et d’infantilisation, où chacun fuit ses responsabilités par paresse ou lâcheté, être un trader c’est être un adulte, un homme libre qui est responsable de ses choix.
Le trading ne ment pas, il ne triche pas, il nous force à nous regarder dans le miroir en pleine Lumière. Dans le trading, nous sommes notre pire ennemi.
C’est pour toutes ces raisons que depuis des générations et des générations, un trader expérimenté conseille de lire Mémoires d’un spéculateur au trader débutant. Pour l’avertir des dangers sur le chemin, tout en lui précisant qu’il comprendra l’essence de ce livre que quand il aura chuté. Et c’est ce qui fait de ce livre un intemporel qui se transmet comme un bien précieux.
Une édition hommage de Mémoires d’un spéculateur
Je vous incite à vous laisser porter sans jugement par ce livre. Il est le témoin des années folles de l’Amérique insouciante, entre Jesse Livermore et Al Capone, entre dérégulation des marchés financiers et la prohibition. Une Amérique prise entre ses deux démons historiques, liberté sans entrave et contrôle moral.
Prenez le temps de goûter les illustrations réalisées par Yoann Laurent-Rouault qui transmettent avec tellement de beauté et de force l’atmosphère de ce New York des années 1920, son insouciance, son bouillonnement, sa douceur de vivre, la joie des possibles… de gouter ce monde disparu qui finira à jamais dans les cendres du krach boursier de 1929.
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Benoist Rousseau
Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Trader actif depuis 1994 sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.






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