Parménide d’Élée : biographie, idées et héritage
Parménide d’Élée, philosophe grec du Ve siècle av. J.-C., démontre dans un poème que l’être ne naît ni ne périt et fonde la philosophie de l’être.

Qui était Parménide d’Élée ?
Parménide d’Élée (vers 515 – milieu du Ve siècle av. J.-C.) est un philosophe grec d’Italie du Sud, auteur d’un poème qui pose pour la première fois, sous forme d’argument, la question de l’être : ce qui est ne peut ni naître, ni périr, ni changer. Il est considéré comme le fondateur de l’ontologie, la partie de la philosophie qui étudie l’être en tant que tel, et comme le chef de l’école dite éléatique.
De son œuvre ne subsistent qu’environ cent soixante vers, cités par des auteurs postérieurs. Ces fragments ont pourtant suffi à orienter toute la philosophie grecque : Platon lui consacre un dialogue et fait de lui le père de la philosophie de l’être, les physiciens qui le suivent, d’Empédocle à Démocrite, construisent leurs systèmes pour lui répondre.
Parménide en résumé
Né, selon Diogène Laërce, dans une famille aisée d’Élée, colonie grecque de la côte tyrrhénienne, Parménide n’a écrit, selon Diogène Laërce, qu’un seul ouvrage : un poème en hexamètres où une déesse lui révèle deux chemins : celui de la vérité, qui démontre que « ce qui est » est un, continu, sans naissance ni fin, et celui des opinions des mortels, qui croient au devenir sur la foi de leurs sens. Son argumentation, l’une des premières déductions suivies de l’histoire de la pensée, a contraint ses successeurs à expliquer comment le changement est possible sans tirer l’être du néant.
- Naissance : vers 515 av. J.-C. (déduction tirée de Platon ; une autre tradition antique donne vers 540), à Élée, en Grande-Grèce (site de Velia, près d’Ascea, province de Salerne)
- Mort : inconnue, après le milieu du Ve siècle av. J.-C. selon la même chronologie
- Origine : grecque (Grande-Grèce)
- Courant ou école : présocratique, fondateur de l’école éléatique
- Œuvre principale : un poème en vers, transmis sous le titre De la nature (début du Ve siècle av. J.-C.), connu par fragments
- Idée la plus connue : « l’être est, le non-être n’est pas » ; le devenir n’est qu’opinion
Un législateur d’Élée au bord du monde grec
Élée, l’actuelle Velia, a été fondée dans les années 530 av. J.-C. par des Grecs de Phocée, en Asie Mineure, qui fuyaient la conquête perse. Parménide y naît une génération plus tard, fils d’un certain Pyrès selon Diogène Laërce, compilateur du IIIe siècle de notre ère dont les renseignements sont souvent tardifs et de valeur inégale. Sa date de naissance dépend de deux sources inconciliables : la chronologie d’Apollodore, transmise par Diogène, place sa maturité vers 504-500 av. J.-C., donc sa naissance vers 540 ; le dialogue de Platon qui porte son nom le fait venir à Athènes à environ soixante-cinq ans, face à un Socrate encore très jeune, ce qui donne une naissance vers 515. Les historiens retiennent le plus souvent la seconde date, sans certitude.
Sur sa formation, la tradition hésite. Diogène Laërce rapporte qu’un pythagoricien nommé Ameinias l’aurait tourné vers la vie philosophique ; d’autres auteurs antiques en font un disciple du poète-philosophe Xénophane de Colophon, qui a lui aussi séjourné dans la région. Le pythagorisme, communauté philosophique et religieuse très présente en Italie du Sud, forme en tout cas l’horizon intellectuel de sa jeunesse.
Speusippe, neveu de Platon et son successeur à l’Académie, affirmait que Parménide avait donné des lois à sa cité ; Plutarque le répète. Une découverte archéologique a donné un peu de chair à ce personnage : dans les années 1960, on a mis au jour à Velia une tête sculptée du Ier siècle de notre ère et une base portant l’inscription « Parménide, fils de Pyrès, Ouliadès, physicien », ce dernier mot désignant alors le philosophe de la nature. « Ouliadès » rattache sans doute Parménide au culte d’Apollon Oulios, l’Apollon guérisseur.
La visite à Athènes racontée par Platon, à l’occasion des Grandes Panathénées et en compagnie de son disciple Zénon, est probablement une mise en scène littéraire : beaucoup d’historiens doutent que la rencontre avec Socrate ait eu lieu. On ignore la date et les circonstances de sa mort.
Les idées clés
Deux chemins, un seul praticable. Le poème s’ouvre sur un voyage en char, guidé par les filles du Soleil jusqu’aux portes qui séparent les chemins de la Nuit et du Jour ; au-delà, une déesse accueille le narrateur. Elle lui annonce qu’il apprendra tout : la vérité et les opinions des mortels. Puis elle pose l’alternative : ou bien « est », ou bien « n’est pas ». Le second chemin est impraticable, car on ne peut ni connaître ni dire ce qui n’est pas. Dans la traduction de Paul Tannery (1887), la déesse ordonne : « Il faut penser et dire que ce qui est ; car il y a être, il n’y a pas de non-être. »
Ce qui est ne naît pas et ne périt pas. Le fragment 8, le plus long, tire les conséquences. Si l’être naissait, il viendrait soit de l’être, et il existait déjà, soit du non-être, qui n’est rien. Il ne peut donc ni commencer ni finir. Il ne peut pas non plus être plus dense ici et moins là, puisque le vide serait du non-être : il est continu, homogène, immobile. La déesse le compare à une sphère parfaitement ronde, égale de tous côtés. Le procédé compte autant que le résultat : déduire pas à pas d’un principe ce qui en découle, même contre l’évidence des sens.
Penser, c’est penser ce qui est. Un vers célèbre lie la pensée et l’être ; Tannery le rend ainsi : « car le pensé et l’être sont une même chose ». Le sens exact est disputé. Pour les uns, Parménide affirme que seul l’être peut être pensé ; pour d’autres, que penser et être sont une seule réalité. Dans les deux cas, la pensée rationnelle devient le juge de ce qui existe, et non plus le récit des poètes ou le témoignage de l’œil.
L’opinion des mortels. La seconde partie du poème, dont il ne reste qu’une petite fraction, expose pourtant une cosmologie complète : deux principes, la lumière et la nuit, la formation des astres, la lune qui brille d’une lumière empruntée au soleil, la naissance des êtres vivants. La déesse prévient qu’il s’agit d’un arrangement de vers propre à tromper. Pourquoi un philosophe qui nie le devenir prend-il la peine de le décrire ? C’est l’énigme centrale du poème, et elle n’a pas de solution admise.
Une œuvre en contexte : le poème et son héritier, le Parménide de Platon
Le poème de Parménide, composé sans doute au début du Ve siècle av. J.-C., comptait peut-être huit cents vers. Le titre De la nature, sous lequel il a circulé, n’est probablement pas de lui. S’il en reste quelque chose, c’est parce que d’autres l’ont recopié : Sextus Empiricus, à la fin du IIe siècle de notre ère, cite presque tout le prologue ; Simplicius, commentateur néoplatonicien du VIe siècle, transcrit le long fragment 8 en s’excusant de sa pédanterie, parce que, dit-il, le livre est devenu rare. Nous le lisons donc à travers ses lecteurs.
Un siècle après lui, Platon fait de cet héritage un drame. Dans le Parménide, dialogue de la maturité, sans doute composé vers 370 av. J.-C., le vieux maître éléate, venu à Athènes avec Zénon, met en difficulté un jeune Socrate sur la théorie des Formes, puis se livre à un exercice dialectique vertigineux sur l’Un. Dans le Sophiste, un étranger venu d’Élée demande qu’on ne le prenne pas pour un parricide (241d) : pour expliquer l’erreur et le discours faux, il doit soutenir, contre la thèse de Parménide, son père en philosophie, que le non-être est en un certain sens. Le « parricide » est devenu l’image même du rapport de la philosophie à son fondateur : on ne peut ni se passer de lui, ni lui obéir entièrement.
La réception immédiate fut aussi combative. Zénon d’Élée défend le maître par des paradoxes devenus célèbres, Achille et la tortue, la flèche immobile, qui montrent que la pluralité et le mouvement conduisent à l’absurde. Mélissos de Samos la prolonge en soutenant que l’être est un et illimité. Le sophiste Gorgias la retourne dans un traité sur le non-être qui conclut que rien n’est.
Les critiques et les débats
Nier le mouvement ? L’objection la plus immédiate est celle du sens commun : les choses bougent, naissent et meurent. Aristote, dans sa Physique et sa Métaphysique, répond à l’argument éléate en distinguant ce qui est « en acte » et ce qui est « en puissance » : pour prendre un exemple classique, le chêne n’est pas encore, mais il est déjà en puissance dans le gland, et le devenir n’exige donc pas de tirer l’être du néant. Les atomistes, Leucippe et Démocrite, choisissent une autre voie : ils gardent l’être plein, inengendré et immuable de Parménide, mais le fragmentent en atomes innombrables qui se meuvent dans le vide, et osent dire que le vide, ce « non-être », existe.
Moniste strict ou logicien ? Les lecteurs modernes ne s’accordent pas sur ce que Parménide affirme. Pour une longue tradition, représentée notamment par l’helléniste W. K. C. Guthrie, il est un moniste strict, c’est-à-dire qu’il soutient qu’une seule chose existe et que le monde sensible est une illusion. Bertrand Russell et, à sa suite, G. E. L. Owen en font un logicien : son vrai sujet serait la difficulté de parler de ce qui n’existe pas, au point qu’on parle parfois du « paradoxe de Parménide » à propos des énoncés d’existence négatifs. D’autres, enfin, lisent le poème comme une analyse de ce qui doit être nécessairement, ce qui laisse une place à un monde changeant de ce qui est seulement possible.
Philosophe ou initié ? Le prologue, avec son char, ses portes de la Nuit et du Jour et sa déesse, rapproche le poème des récits d’initiation religieuse de la Grande-Grèce. Convention poétique ou cœur du texte : les avis divergent. Le débat sur l’opposition entre Parménide et Héraclite, philosophe du devenir, est lui aussi ouvert : on a longtemps cru que le poème visait Héraclite, mais la chronologie relative des deux penseurs reste incertaine.
Ce qu’il en reste aujourd’hui
Parménide a légué à la philosophie occidentale son vocabulaire et son ambition : séparer l’apparence de la réalité, et confier à l’argument, non au témoignage des sens, le soin de trancher. Toute l’histoire de la métaphysique, de Platon à Hegel et à Heidegger, qui voyait en lui l’un des penseurs inauguraux de l’être, passe par lui. Les physiciens contemporains qui défendent l’« univers-bloc », où passé, présent et avenir coexistent dans un espace-temps immobile, sont régulièrement qualifiés de parménidiens, et Karl Popper a consacré à Parménide une partie des essais réunis après sa mort sous le titre The World of Parmenides (1998).
Ce qu’un investisseur ou un trader peut en tirer
Parménide n’a rien dit des marchés, et il serait artificiel de lui faire parler de cotations. Sa distinction entre la vérité démontrée et l’opinion des mortels, que la déesse montre errant sans jugement au gré de l’habitude, rappelle pourtant une discipline utile : distinguer ce que l’on sait par raisonnement contrôlé de ce que l’on croit parce que tout le monde le répète, phénomène que Gustave Le Bon décrit dans Psychologie des foules.
La leçon inverse est tout aussi solide. Un raisonnement impeccable a conduit Parménide à nier le mouvement, et il a fallu Aristote et les atomistes pour réconcilier logique et expérience. Un modèle déduit de principes élégants, qu’il s’agisse des anticipations rationnelles ou d’un système personnel, ne dispense jamais de regarder le prix qui bouge. Quand la démonstration contredit le monde, c’est en général une prémisse qu’il faut réviser, pas le monde.
Questions fréquentes
Que dit Parménide sur l’être ?
Parménide soutient que l’être est et que le non-être n’est pas. Il en déduit que ce qui est ne peut ni naître ni périr, qu’il est continu, homogène et immobile, comparable à une sphère parfaite. Le changement que nous percevons relève, selon lui, de l’opinion des mortels.
Parménide a-t-il vraiment nié le mouvement ?
Dans la partie de son poème consacrée à la vérité, oui : l’être ne bouge pas et ne change pas. Mais la seconde partie décrit en détail un cosmos en mouvement, et les interprètes discutent encore du statut qu’il accordait à ce monde des apparences.
Quelle est la différence entre Parménide et Héraclite ?
La tradition oppose Héraclite, pour qui tout s’écoule et le devenir est la loi du monde, à Parménide, pour qui l’être est immuable et le devenir illusoire. Cette opposition est devenue classique, mais on ignore si l’un a lu l’autre.
Qu’appelle-t-on le parricide de Platon ?
Dans le Sophiste de Platon (241d), un étranger d’Élée craint de passer pour parricide parce qu’il doit réfuter la thèse de Parménide, présenté comme un père, en montrant que le non-être existe en un certain sens. L’expression désigne depuis la rupture de Platon avec la doctrine éléate.
Pour aller plus loin
La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.
Découvrir mon parcours









La formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École