DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Ramsès II : biographie, règne et propagande du plus célèbre pharaon

Pharaon pendant soixante-six ans, Ramsès II combattit les Hittites à Qadesh, signa avec eux une paix durable et couvrit l’Égypte de temples, au point de devenir le visage même du pharaon.

Ramsès II : Le pharaon bâtisseur qui transforma Qadesh en victoire

Qui était Ramsès II ?

Ramsès II (vers 1303-1213 av. J.-C.) est un pharaon de la XIXe dynastie égyptienne qui régna soixante-six ans, de 1279 à 1213 av. J.-C. selon la chronologie usuelle, et que son œuvre de bâtisseur et de propagandiste a fait connaître comme le plus célèbre des rois d’Égypte.

Petit-fils d’un officier devenu roi, il hérita d’une dynastie neuve et passa sa vie à la rendre éternelle. Il fit la guerre pendant ses vingt premières années de règne, garantit ensuite près d’un demi-siècle de paix, et grava son nom partout, y compris sur les monuments de ses prédécesseurs. L’historien doit donc le lire avec les précautions qu’on réserve aux communiqués : tout est vrai, sauf ce qui l’arrange.

Ramsès II en résumé

Prince héritier associé au pouvoir par son père Séthi Ier, Ramsès II monte sur le trône vers vingt-cinq ans. Il meurt nonagénaire, après avoir enterré une bonne partie de ses enfants ; c’est son treizième fils, Mérenptah, qui lui succède.

  • Époque : L’Antiquité
  • Naissance : vers 1303 av. J.-C., fils de Séthi Ier et de la reine Touya
  • Mort : en 1213 av. J.-C., dans la 67e année de son règne, sans doute à Pi-Ramsès ; inhumé dans la tombe KV7 de la Vallée des Rois
  • Pays : Égypte
  • Fonctions : pharaon de 1279 à 1213 av. J.-C. (chronologie basse usuelle)
  • Œuvre principale : les temples d’Abou Simbel et le Ramesseum, la ville de Pi-Ramsès, le traité de paix avec les Hittites
  • À retenir : les dates suivent la chronologie basse adoptée par la plupart des égyptologues ; certains systèmes placent l’avènement en 1290 ou en 1304

La vie de Ramsès II : un roi qui fit de la durée une arme

La famille de Ramsès n’est pas d’ancienne souche royale. Son grand-père, Ramsès Ier, était un militaire du Delta désigné comme successeur par le dernier roi de la XVIIIe dynastie, Horemheb, faute d’héritier. Son père, Séthi Ier, reprit les campagnes en Syrie et associa très tôt son fils au pouvoir. Le jeune prince l’accompagne à la guerre, reçoit un harem et une maison royale, et apprend le métier de roi avant d’en porter le titre.

Il devient pharaon en 1279 av. J.-C. Ses premières années sont militaires. Il repousse des pirates Shardanes sur les côtes du Delta, mène une première campagne en Phénicie la quatrième année, et se lance la cinquième dans une offensive contre le royaume hittite, la grande puissance d’Anatolie, pour reprendre la ville syrienne de Qadesh, sur l’Oronte.

La bataille de Qadesh, en 1274, est la mieux décrite de l’Antiquité orientale, et la plus orientée. Trompé par deux faux déserteurs, Ramsès avance avec une seule de ses quatre divisions et tombe dans le piège tendu par le roi hittite Muwatalli II. Le camp est enfoncé. Le roi rétablit la situation par une charge personnelle, puis grâce à l’arrivée d’un corps de renfort. Le lendemain, les deux armées se séparent. Qadesh reste hittite. En Égypte, l’affaire devient une victoire, racontée sur les murs de cinq temples.

Les années suivantes sont des campagnes de reconquête, sans décision durable. La guerre s’achève par la diplomatie. Après une crise de succession à la cour hittite, le nouveau roi Hattushili III et Ramsès concluent en l’an 21, vers 1259, un traité de paix et d’alliance. Le texte nous est parvenu dans les deux langues : en hiéroglyphes à Karnak et au Ramesseum, en akkadien sur des tablettes retrouvées à Hattusa, la capitale hittite. Treize ans plus tard, une princesse hittite épouse Ramsès, avec une dot dont les textes égyptiens font grand cas.

La seconde moitié du règne est celle du bâtisseur et du patriarche. Ramsès célèbre son premier jubilé, la fête sed, la trentième année, puis tous les deux ou trois ans : treize ou quatorze au total, un record. Ses épouses principales, Néfertari puis Isis-Néfret, lui donnent des fils dont plusieurs meurent avant lui. Les listes des temples comptent entre quatre-vingt-dix et une centaine d’enfants. Il meurt en 1213, vers quatre-vingt-dix ans, d’après l’examen de sa momie. Celle-ci, déplacée par les prêtres pour la protéger des pillards, fut retrouvée en 1881 dans la cachette royale de Deir el-Bahari.

Qu’a accompli Ramsès II, et que reste-t-il de son œuvre ?

Sur le plan politique, l’acquis majeur est la paix avec les Hittites. Elle stabilise pour près d’un demi-siècle la frontière syrienne et transforme deux ennemis en alliés, qui s’écrivent, échangent des médecins et des cadeaux. C’est un acte rare : un traité de parité entre deux grandes puissances, avec clause d’assistance mutuelle et d’extradition des fugitifs. Une copie de la version akkadienne est exposée au siège des Nations unies à New York.

Sur le plan monumental, l’héritage est sans égal. Ramsès fonde dans l’est du Delta une capitale, Pi-Ramsès, « la maison de Ramsès aimé d’Amon », plus proche des routes d’Asie que Thèbes. Il fait creuser les deux temples d’Abou Simbel, en Nubie, l’un pour lui, l’autre pour Néfertari ; achève la salle hypostyle de Karnak, le temple où se dresse encore un obélisque d’Hatchepsout ; agrandit Louxor ; bâtit son temple funéraire, le Ramesseum, et un temple à Abydos. Abou Simbel, menacé par le lac du haut barrage d’Assouan, a été découpé et remonté plus haut entre 1964 et 1968, lors d’une campagne internationale lancée par l’Unesco.

Il faut ajouter ce que l’œil ne voit pas : les cartouches de Ramsès sur des statues et des temples qu’il n’a pas fait faire. Le roi a beaucoup réutilisé, regravé et attribué à son nom les œuvres de ses prédécesseurs. Ce qui reste de lui est donc à la fois plus et moins que ce qu’il a construit. Ce qui reste aussi, c’est un modèle : neuf pharaons après lui porteront le nom de Ramsès.

Comment Ramsès II a-t-il financé son pouvoir ?

Comme ses prédécesseurs, Ramsès II gouverne une économie sans monnaie frappée ; les pièces ne deviendront d’usage courant en Égypte qu’après la conquête d’Alexandre le Grand, près de mille ans plus tard. La valeur s’exprime en deben, une unité pondérale d’environ 91 grammes de cuivre ou d’argent, et les paiements se font en nature. Le grain est l’étalon de la vie courante : il nourrit, il paie, il se stocke. Ce que l’État ne prélève pas en grain, il le prélève en travail, par la corvée.

Le meilleur témoin de cette économie est un village : Deir el-Médina, où logent les ouvriers chargés de creuser et de décorer les tombes royales. Leurs archives, sur tessons de poterie et papyrus, couvrent surtout l’époque ramesside. Un ouvrier y reçoit chaque mois environ quatre sacs de blé amidonnier et un sac et demi d’orge, le sac, ou khar, contenant un peu plus de 75 litres ; les chefs d’équipe davantage. Les rations viennent des greniers des temples et de l’administration royale, et sont versées chaque mois.

Les greniers sont donc la banque du royaume. Ceux du Ramesseum, voûtes de briques crues alignées derrière le temple, sont encore visibles : ils montrent qu’un temple funéraire royal était aussi un entrepôt, qui recevait les récoltes de ses domaines et redistribuait des rations. Les temples possèdent des terres, des troupeaux, des bateaux et des ateliers. Le roi les dote, ils le nourrissent en retour, et leur clergé administre une part considérable de la richesse du pays.

L’or et les métaux précieux viennent du sud et de l’étranger. Une stèle de la troisième année, découverte à Kouban, en Basse-Nubie, raconte comment le roi fit creuser un puits sur la piste des mines d’or d’Akuyati, dans l’ouadi Allaqi, où les expéditions mouraient de soif. L’Égypte contrôle la Nubie jusqu’à la quatrième cataracte, et l’or de Kouch arrive sous forme de livraisons régulières. Les vassaux de Canaan versent leur part, les alliés envoient des présents, et la paix hittite apporte une dot royale.

Les guerres de la première partie du règne ont un coût que les textes ne chiffrent jamais. Les inscriptions évoquent des ateliers d’armement à Pi-Ramsès, mais les nombres de chars et d’hommes qu’on cite pour Qadesh sont incertains. La paix de l’an 21 est aussi une décision budgétaire : elle libère des ressources pour cinquante ans de chantiers.

Le revers de cette politique se lit après lui. Sous Ramsès III, vers 1155, les ouvriers de Deir el-Médina se mettent en grève parce que leurs rations ont plusieurs semaines de retard, épisode connu par le papyrus dit de la grève, conservé à Turin. Dans le siècle qui suit, les prix du grain notés au village s’envolent. Il serait abusif d’en faire porter la responsabilité au seul Ramsès II ; mais un État qui a promis l’éternité à ses morts doit continuer de payer les vivants qui la construisent.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Ramsès II ?

La première légende est l’œuvre de Ramsès lui-même : Qadesh. Les textes officiels, le « Poème » et le « Bulletin », présentent le roi seul face à des milliers de chars ennemis, sauvé par Amon et par sa propre vaillance. Les sources hittites racontent, sans surprise, une autre histoire. Les historiens s’accordent sur un résultat indécis, au mieux une sortie de piège réussie, puisque la ville resta hittite.

La deuxième vient de la Bible et du cinéma. Ramsès II est souvent présenté comme le pharaon de l’Exode, image popularisée par Les Dix Commandements de Cecil B. DeMille en 1956. Le livre de l’Exode cite bien une ville de « Ramsès », mais ne nomme aucun pharaon, et aucune source égyptienne ne mentionne une sortie d’Égypte des Hébreux. L’identification est une hypothèse, pas un fait.

La troisième est littéraire. Les Grecs l’appelaient Osymandyas, déformation de son nom de couronnement, Ousermaâtrê. Diodore de Sicile décrit au Ier siècle av. J.-C. son temple funéraire et une inscription colossale, et le poète anglais Shelley en tira en 1818 son sonnet Ozymandias, sur l’orgueil des rois dont il ne reste que des débris. Enfin, l’arrivée de sa momie à l’aéroport du Bourget en septembre 1976, accueillie avec les honneurs militaires avant d’être traitée contre les champignons au musée de l’Homme, a nourri une série d’anecdotes dont toutes ne sont pas documentées.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

La biographie classique est celle de Kenneth Kitchen, Pharaoh Triumphant (1982), traduite en français sous le titre Ramsès II, le pharaon triomphant (Éditions du Rocher, 1985). Christiane Desroches Noblecourt a donné Ramsès II : la véritable histoire (Pygmalion, 1996), et Claude Obsomer, de l’université de Louvain, un Ramsès II (Pygmalion, 2012) très attentif à la chronologie et aux sources de Qadesh.

Les débats portent d’abord sur la part de propagande. Combien de monuments « de Ramsès » sont de lui ? Les études de détail, temple par temple, révèlent l’ampleur des usurpations et invitent à réduire la taille du personnage sans nier celle du règne. Ils portent ensuite sur Qadesh : effectifs, déroulement, place réelle de la bataille dans la politique égyptienne. Ils portent enfin sur l’économie du règne : les uns y voient l’apogée d’un État riche et redistributeur, les autres l’amorce d’un épuisement que révéleront les crises de la XXe dynastie. Sur ce dernier point, les sources ne permettent pas de mesurer le poids exact des chantiers dans les finances du royaume.

Que peut apprendre de Ramsès II celui qui décide ?

Le règne de Ramsès II montre qu’une erreur tactique n’est pas fatale si l’on sait en limiter les conséquences, puis en tirer une stratégie meilleure. Qadesh fut un piège ; le traité fut un calcul.

  • Une information non vérifiée peut coûter une armée : les deux faux déserteurs de Qadesh ont failli faire tuer le roi.
  • Savoir arrêter une guerre qu’on ne gagne pas libère des ressources pour ce que l’on sait faire. Ramsès échangea une frontière contestée contre cinquante ans de paix.
  • La communication ne remplace pas le résultat, mais elle le prolonge : le récit de Qadesh a mieux servi Ramsès que la bataille elle-même.
  • Le stock de grain est une réserve de liquidité. Un État qui paie en rations doit tenir ses greniers pleins, sous peine de grève.
  • Une dépense de prestige qui ne s’arrête jamais finit par peser sur ceux qui viennent ensuite.

Quels livres lire sur Ramsès II ?

  • Kenneth A. Kitchen, Ramsès II, le pharaon triomphant : sa vie, son époque, Monaco, Éditions du Rocher, 1985 (rééd. 1992) : la biographie de référence, par l’éditeur des inscriptions ramessides.
  • Christiane Desroches Noblecourt, Ramsès II : la véritable histoire, Paris, Pygmalion, 1996 : un récit vivant, nourri de la campagne de sauvetage d’Abou Simbel.
  • Claude Obsomer, Ramsès II, Paris, Pygmalion, 2012 : la synthèse récente la plus rigoureuse en français.
  • Bernadette Menu, Ramsès II, souverain des souverains, Paris, Gallimard, coll. « Découvertes », 1998 : une introduction illustrée, par une historienne de l’économie égyptienne.
  • Claire Lalouette, L’Empire des Ramsès, Paris, Fayard, 1985 : le cadre de la XIXe et de la XXe dynastie.
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, livre I, 47-49, pour la description grecque du « tombeau d’Osymandyas » (éd. Les Belles Lettres, Collection des universités de France).

Questions fréquentes sur Ramsès II

Combien de temps a régné Ramsès II ?

Soixante-six ans, de 1279 à 1213 av. J.-C. selon la chronologie usuelle. C’est l’un des plus longs règnes de l’histoire égyptienne ; il est mort dans la 67e année de son règne, vers quatre-vingt-dix ans.

Ramsès II a-t-il gagné la bataille de Qadesh ?

Pas vraiment. Il échappa de justesse à un piège hittite et les deux armées se retirèrent, mais Qadesh resta aux Hittites. Sa propagande en fit une victoire personnelle, gravée sur plusieurs temples.

Ramsès II est-il le pharaon de l’Exode ?

Rien ne le prouve. La Bible ne nomme pas le pharaon de l’Exode et aucune source égyptienne ne mentionne l’épisode. L’identification avec Ramsès II est une hypothèse ancienne, popularisée par le cinéma.

Où se trouve aujourd’hui la momie de Ramsès II ?

Au Musée national de la civilisation égyptienne, au Caire, où elle a été transférée en avril 2021 avec d’autres momies royales. Elle avait été soignée à Paris en 1976-1977, au musée de l’Homme.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.