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Histoire d’AT&T : du monopole de Ma Bell à la revanche d’une « baby Bell »

Histoire d’AT&T

AT&T, l’un des trois grands opérateurs de télécommunications américains, vend des forfaits mobiles et de l’internet par fibre optique aux ménages et aux entreprises des États-Unis. Son histoire est celle d’un nom plus que d’une société : l’AT&T de 1885, démantelé en 1984, a été racheté en 2005 par l’une de ses anciennes filiales, Southwestern Bell, devenue SBC, qui s’est empressée d’en prendre le nom.

AT&T en bref

  • Fondation : 1885, à New York, comme filiale longue distance de l’American Bell Telephone Company ; la société cotée actuelle a été constituée en 1983 dans le Delaware, sous le nom de Southwestern Bell Corporation.
  • Siège : Dallas, au Texas, depuis 2008 ; un déménagement vers Plano, en banlieue, est annoncé, au plus tôt en 2028.
  • Dirigeant : John Stankey, directeur général depuis le 1er juillet 2020 et président du conseil d’administration depuis février 2025.
  • Activités : téléphonie mobile, internet fixe (fibre et internet sans fil), services aux entreprises ; téléphonie mobile au Mexique.
  • Clients : 74 millions d’abonnés mobiles à forfait et 10,4 millions de clients fibre fin 2025.
  • Effectifs : environ 133 000 salariés fin 2025.
  • Cotation : Bourse de New York (code T), membre du S&P 500.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 125,6 milliards de dollars.

Quelle est l’histoire d’AT&T ?

1876-1907 : un brevet et une filiale longue distance

Alexander Graham Bell obtient son brevet sur le téléphone le 7 mars 1876. En 1877, avec son beau-père Gardiner Greene Hubbard et des financiers de Boston, il fonde la Bell Telephone Company. Le premier adversaire s’appelle Western Union, maître du télégraphe, qui renonce au téléphone en 1879 après un procès en contrefaçon réglé à l’amiable. En 1881, le groupe Bell, devenu American Bell, rachète au même Western Union le fabricant Western Electric, qui produira ses appareils pendant un siècle.

L’American Telephone and Telegraph Company naît le 3 mars 1885 avec une mission modeste : construire et exploiter le réseau longue distance d’American Bell. Son premier président, Theodore Vail, part en 1887, fâché avec les actionnaires bostoniens. Le 30 décembre 1899, pour profiter du droit des sociétés plus souple de l’État de New York, American Bell transfère ses filiales à AT&T : la fille devient la mère du « Bell System ». Les brevets de Bell ont expiré en 1894, et des milliers de compagnies indépendantes se sont lancées.

1907-1981 : « Ma Bell », le monopole réglementé

En 1907, un groupe de banquiers mené par J. P. Morgan prend le contrôle d’AT&T et rappelle Theodore Vail. Sa doctrine : « One Policy, One System, Universal Service ». Il rachète les concurrents et 30 % de Western Union. Le gouvernement s’inquiète ; par l’engagement dit Kingsbury, lettre du 19 décembre 1913, AT&T revend Western Union, renonce à racheter des indépendants sans autorisation et leur ouvre son réseau longue distance. En échange, son monopole devient un monopole réglementé, ce qui est une forme de consécration.

En 1925, le groupe crée les Bell Telephone Laboratories, les Bell Labs, qui donnent au siècle le transistor, la cellule photovoltaïque et le système d’exploitation Unix. Le ministère de la Justice l’attaque une première fois en 1949 pour lui faire céder Western Electric ; le compromis de 1956 lui laisse son fabricant, mais lui interdit de sortir du téléphone, et donc de vendre des ordinateurs. En 1968, la décision Carterfone autorise le branchement d’appareils d’autres marques ; en 1969, MCI obtient sa première ligne longue distance.

1974-1984 : le démantèlement

En 1974, le ministère de la Justice engage un nouveau procès antitrust, qui vise cette fois le démembrement du groupe. Le 8 janvier 1982, AT&T transige : il garde la longue distance, Western Electric et les Bell Labs, et cède ses 22 compagnies de téléphone locales, regroupées en sept holdings régionales, les « Regional Bell Operating Companies », surnommées les « baby Bells ». Le juge Harold Greene approuve l’accord en août 1983, et la séparation prend effet le 1er janvier 1984. Ma Bell perd l’essentiel de ses abonnés ; il gagne le droit de vendre des ordinateurs.

L’AT&T d’après 1984 se cherche. Il rachète le fabricant d’ordinateurs NCR en 1991, pour 7,4 milliards de dollars en actions, et l’opérateur mobile McCaw Cellular en 1993, pour 12,8 milliards de dollars. En septembre 1995, il annonce qu’il se coupe en trois : les services, l’équipement (Lucent Technologies) et l’informatique (NCR). En 1997, Michael Armstrong, venu de Hughes Electronics, mise sur le câble : TCI, pour 53,5 milliards de dollars en actions, puis MediaOne, pour environ 60 milliards. La dette suit. Dès 2000, le groupe se découpe ; Comcast emporte le câble, et Cingular rachète AT&T Wireless en 2004, pour 41 milliards de dollars.

1984-2004 : Southwestern Bell, la plus discrète des baby Bells

Pendant ce temps grandit l’héritier inattendu. Southwestern Bell Telephone, filiale d’AT&T depuis 1920, desservait le Missouri, le Kansas, l’Oklahoma, l’Arkansas et le Texas. Au démantèlement, il devient la propriété de Southwestern Bell Corporation, holding constituée en 1983. Elle s’en tient au téléphone, quand d’autres baby Bells s’égarent dans l’immobilier. En 1987, elle rachète les activités mobiles et de radiomessagerie de Metromedia, et entre au capital de l’opérateur historique mexicain Telmex en 1990.

En janvier 1990, Edward Whitacre en prend la direction ; il y restera dix-sept ans. Il installe le siège à San Antonio en 1993 et rebaptise la société SBC Communications en 1995. La loi sur les télécommunications de 1996 ouvre la voie aux regroupements, et il s’en sert : Pacific Telesis, la baby Bell de Californie et du Nevada, annoncée en avril 1996 pour 16,5 milliards de dollars ; Southern New England Telecommunications en 1998, pour 4,4 milliards ; Ameritech, la baby Bell du Midwest, pour 62 milliards, autorisée en octobre 1999. Un rapprochement avec AT&T, évoqué en 1997, échoue. Le 5 octobre 2000, SBC et BellSouth regroupent leurs activités mobiles dans une société commune, Cingular Wireless, détenue à 60 % et 40 %.

2005-2014 : la fille rachète la mère

Le 18 novembre 2005, SBC conclut le rachat d’AT&T Corporation, pour environ 16 milliards de dollars. La marque l’emporte sur l’orgueil : la société prend le nom d’AT&T Inc., et retrouve le 1er décembre, à la Bourse de New York, le code « T » de Ma Bell. Elle revendique l’histoire de l’ancien AT&T ; ses comptes restent ceux de SBC. Annoncé en mars 2006, le rachat de BellSouth, pour 86 milliards de dollars, est autorisé le 29 décembre 2006. Il donne au groupe le contrôle complet de Cingular, qui adopte le nom d’AT&T en 2007.

Randall Stephenson succède à Edward Whitacre en juin 2007. Le 29 juin, l’iPhone d’Apple sort aux États-Unis, et AT&T en a l’exclusivité jusqu’en février 2011 : un avantage commercial décisif, et quelques factures de trois cents pages pour les premiers clients. Le siège part pour Dallas en 2008. En mars 2011, le groupe annonce le rachat de T-Mobile USA à Deutsche Telekom pour 39 milliards de dollars. Le ministère de la Justice saisit les tribunaux le 31 août, le régulateur des télécommunications fait savoir son hostilité, et AT&T renonce le 19 décembre 2011. Il doit verser à Deutsche Telekom une indemnité de rupture d’environ 4 milliards de dollars, en numéraire et en fréquences : T-Mobile, devenu depuis son concurrent le plus dynamique, lui doit ainsi un peu de sa jeunesse.

2014-2022 : le détour par Hollywood

Randall Stephenson veut ensuite faire d’AT&T un groupe de médias. Il rachète au Mexique Iusacell et Nextel México, puis le distributeur de télévision par satellite DirecTV, opération conclue en juillet 2015 pour 48,5 milliards de dollars. Le 22 octobre 2016, il annonce le rachat de Time Warner, propriétaire de HBO, CNN et Warner Bros. Le ministère de la Justice l’attaque ; un juge fédéral l’autorise le 12 juin 2018. Time Warner devient WarnerMedia. Coïncidence ou non, AT&T était sorti de l’indice Dow Jones en 2015, remplacé par Apple, l’entreprise dont il avait vendu les téléphones.

Le pari tourne mal : la télévision payante décline, et la dette dépasse 150 milliards de dollars. En 2019, le fonds activiste Elliott réclame des cessions. John Stankey, ancien patron de WarnerMedia, devient directeur général le 1er juillet 2020 et défait l’ouvrage : en 2021, DirecTV passe dans une société détenue à 30 % par le fonds TPG ; le 8 avril 2022, WarnerMedia fusionne avec Discovery pour former Warner Bros. Discovery, contre 40,4 milliards de dollars versés à AT&T. Fin 2022, il déprécie 24,8 milliards de dollars d’écarts d’acquisition sur le fixe et le Mexique.

Depuis 2022 : retour au téléphone

AT&T est revenu à son métier : le mobile, et la fibre qui remplace le vieux cuivre. Il a cédé le 2 juillet 2025 sa participation restante de 70 % dans DirecTV, racheté en février 2026 l’essentiel de la fibre grand public de Lumen, et en juillet 2026 des fréquences d’EchoStar ; leur poids sur la dette relève de l’analyse SWOT. En janvier 2026, le groupe a annoncé le prochain départ de son siège pour Plano.

Que fait AT&T aujourd’hui ?

En 2025, AT&T a réalisé 125,6 milliards de dollars de chiffre d’affaires, en hausse de 2,7 %. Le groupe publie deux segments :

  • Communications (environ 97 % des revenus) : téléphonie mobile, sous la marque AT&T et la marque prépayée Cricket ; internet fixe des particuliers (AT&T Fiber, AT&T Internet Air) ; réseaux et services aux entreprises.
  • Amérique latine (environ 3 %) : téléphonie mobile au Mexique, sous les marques AT&T et Unefon, avec environ 24,7 millions d’abonnés fin 2025. Sa cession est évoquée dans la presse mexicaine depuis 2025, sans accord annoncé.

Qui sont les dirigeants d’AT&T ?

  • Theodore Vail (1885-1887, puis 1907-1919) : bâtisseur du Bell System.
  • Robert Allen (1988-1997) : NCR, McCaw, scission de 1995-1996.
  • Michael Armstrong (1997-vers 2002) : le pari du câble.
  • Edward Whitacre (1990-2007) : Southwestern Bell, devenu SBC, puis le nouvel AT&T.
  • Randall Stephenson (2007-2020) : l’iPhone, l’échec sur T-Mobile, DirecTV et Time Warner.
  • John Stankey (depuis 2020) : directeur général, président du conseil depuis 2025.

Comment l’action AT&T a-t-elle évolué en Bourse ?

L’action AT&T est juridiquement celle de SBC, cotée depuis le démantèlement de 1984 ; elle a pris le code T le 1er décembre 2005. Elle fait partie du S&P 500. Son histoire avec le Dow Jones est compliquée : l’ancien AT&T y était entré en 1916, en était sorti en 1928, y était revenu en 1939, et en sort en avril 2004 ; SBC y était entré le 1er novembre 1999 ; le nouvel AT&T en sort le 19 mars 2015, au profit d’Apple.

Quels sont les chiffres clés d’AT&T depuis 2021 ?

Exercice Chiffre d’affaires Résultat d’exploitation Résultat net part du groupe
2021 134,04 25,90 20,08
2022 120,74 −4,59 −8,52
2023 122,43 23,46 14,40
2024 122,34 19,05 10,95
2025 125,65 24,16 21,95

En milliards de dollars, comptes publiés par AT&T (chiffre d’affaires 2021 retraité hors WarnerMedia, que le résultat net 2021 inclut encore). La perte de 2022 vient des dépréciations ; 2025 comprend un gain de 5,6 milliards sur la vente de DirecTV.

Questions fréquentes sur AT&T

Que veut dire AT&T ?

Les initiales viennent de l’American Telephone and Telegraph Company, fondée en 1885. La société actuelle s’appelle simplement AT&T Inc. : elle a repris le nom en 2005, en rachetant l’ancien AT&T.

Qui a fondé AT&T ?

Alexander Graham Bell et ses associés ont fondé la Bell Telephone Company en 1877 ; AT&T a été créé en 1885 comme sa filiale longue distance, avec Theodore Vail pour premier président.

Qui dirige AT&T ?

John Stankey est directeur général depuis le 1er juillet 2020, où il a succédé à Randall Stephenson. Il préside aussi le conseil d’administration depuis février 2025.

Pourquoi AT&T a-t-il été démantelé en 1984 ?

Pour mettre fin à un monopole. Poursuivi depuis 1974, AT&T a accepté en 1982 de céder ses compagnies locales, regroupées en sept « baby Bells ».

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’AT&T.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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