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Histoire d’ExxonMobil : du monopole de Rockefeller au pétrolier qui a recollé les morceaux

Rockefeller, la Standard Oil, le démantèlement de 1911, Esso, l’Exxon Valdez, la fusion avec Mobil, Darren Woods : l’histoire d’ExxonMobil.

Histoire d’ExxonMobil

ExxonMobil est une compagnie pétrolière et gazière américaine, cotée à New York, qui extrait du pétrole et du gaz du Texas au Guyana, raffine et fabrique des produits chimiques. Elle descend en droite ligne de la Standard Oil de John D. Rockefeller, le monopole démantelé par la Cour suprême des États-Unis en 1911 : son histoire est celle d’un morceau de trust qui a passé le siècle suivant à redevenir énorme, puis à racheter un autre morceau.

ExxonMobil en bref

  • Fondation : 1870, à Cleveland (Ohio), par John D. Rockefeller et ses associés ; la société mère descend de la Standard Oil Company of New Jersey, constituée en 1882.
  • Siège : Spring, au nord de Houston (Texas).
  • Dirigeant : Darren Woods, président du conseil d’administration et directeur général depuis le 1er janvier 2017.
  • Activités : pétrole et gaz, gaz naturel liquéfié, raffinage, chimie, lubrifiants, captage du carbone.
  • Marques principales : Exxon, Mobil, Esso, Mobil 1.
  • Effectifs : environ 58 000 salariés permanents fin 2025.
  • Cotation : Bourse de New York (symbole XOM), membre du S&P 500 ; société cotée : ExxonMobil Holdings Corporation, de droit texan depuis le 1er juillet 2026.
  • Revenus 2025 : 332,2 milliards de dollars.

Histoire d’ExxonMobil

1859-1882 : un comptable de Cleveland met de l’ordre dans le pétrole

En 1859, Edwin Drake fore en Pennsylvanie le premier puits de pétrole exploité avec succès, et la région se couvre de derricks dans le plus grand désordre. John D. Rockefeller, né en 1839, entré à seize ans comme aide-comptable chez un négociant de Cleveland, a horreur du désordre : il laisse le forage aux aventuriers et choisit le raffinage. Associé en 1863 à un spécialiste, Samuel Andrews, il rachète en 1865 ses autres associés pour 72 000 dollars ; Henry Flagler les rejoint en 1867.

Le 10 janvier 1870 naît la Standard Oil Company (Ohio), au capital d’un million de dollars. Le mot « Standard » devait, selon le groupe, promettre une qualité égale d’un baril à l’autre. Sa taille lui vaut des rabais des chemins de fer. En 1872, Rockefeller entre dans la South Improvement Company, entente entre raffineurs et compagnies ferroviaires aux dépens des autres ; le scandale l’enterre avant qu’elle serve, pas la méthode. La même année, les raffineurs de Cleveland lui vendent presque tous, certains de bon gré, d’autres, à les en croire, sous la contrainte. En 1878, Standard Oil contrôle 33 des 35 millions de dollars de capacité de raffinage du pays.

1882-1911 : le trust, Ida Tarbell et la Cour suprême

Pour contourner les lois qui limitent une société à son État d’origine, les actionnaires confient leurs titres, le 2 janvier 1882, à neuf administrateurs : le Standard Oil Trust, premier « trust » de l’histoire des affaires américaines, tient 80 % du raffinage et 90 % des oléoducs du pays. La même année naissent ses filiales du New Jersey et de New York.

La loi Sherman contre les monopoles est votée en 1890 ; en 1892, la Cour suprême de l’Ohio impose la dissolution du trust. Elle n’a lieu que sur le papier : en 1899, profitant d’un droit des sociétés accommodant, la Standard Oil of New Jersey devient la holding de tout l’ensemble. Rockefeller se retire des affaires courantes en 1896 ; John D. Archbold dirige de fait. De 1902 à 1904, la journaliste Ida Tarbell publie dans le magazine McClure’s une enquête en dix-neuf épisodes sur les méthodes du groupe. En novembre 1906, l’État fédéral poursuit la holding pour monopole.

Le 15 mai 1911, la Cour suprême confirme sa condamnation. Le président de la Cour, Edward White, y fixe la « règle de raison » : la loi ne condamne que les restrictions déraisonnables de la concurrence, et Standard Oil en est une. La holding doit céder en six mois ses participations dans 33 sociétés ; ExxonMobil compte 34 sociétés issues du démantèlement, d’autres décomptes davantage. Parmi elles, la Standard Oil of New Jersey, celle de New York et Vacuum Oil, ancêtres d’ExxonMobil, mais aussi la Standard Oil of California, devenue Chevron. Rockefeller, qui détenait environ le quart des actions, en sort, selon l’historien Daniel Yergin, l’homme le plus riche du monde. La grande sanction antitrust du capitalisme américain a donc enrichi le condamné.

1911-1972 : Jersey Standard, Esso et le pétrole du monde

Privée de ses oléoducs et à court de brut, Jersey Standard, présidée par Archbold jusqu’à sa mort, en 1916, puis par Walter Teagle de 1917 à 1937, achète en 1919, pour 17 millions de dollars, la moitié du producteur texan Humble Oil, puis bâtit au Venezuela Creole Petroleum. En 1926, elle lance la marque Esso, prononciation de S et O, initiales de Standard Oil. En 1928, avec Shell et l’Anglo-Persian, future BP, elle convient secrètement de figer les parts de la production mondiale, l’accord dit « As Is » : Rockefeller n’avait pas fait autre chose cinquante ans plus tôt, avec moins de pays. En 1946, elle prend 30 % de l’Arabian American Oil Company (Aramco), qui exploite les concessions saoudiennes.

L’autre branche suit sa route. La Standard Oil of New York, dite Socony, sans puits en 1911, fusionne en 1931 avec Vacuum Oil, fabricant de lubrifiants né à Rochester en 1866 et propriétaire de la marque Mobiloil. Socony-Vacuum prend 10 % d’Aramco en 1946, devient Mobil Oil Corporation en 1966, puis Mobil Corporation en 1976, sous l’enseigne du cheval ailé rouge.

1972-1998 : Exxon, les chocs pétroliers et l’Exxon Valdez

En 1972, Jersey Standard devient Exxon : elle vendait sous trois marques, Esso, Enco et Humble, et ne pouvait utiliser « Standard Oil » partout aux États-Unis, où d’autres héritières de 1911 portaient ce nom. Avec l’embargo de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP), en 1973, son chiffre d’affaires, 20 milliards de dollars en 1972, double en deux ans et dépasse 100 milliards en 1980. Mais les pays producteurs reprennent leurs gisements ; Exxon tente de se diversifier, dans les machines de bureau, le matériel électrique, le pétrole de schiste, et y perd de 6 à 7 milliards de dollars.

Le 24 mars 1989, le pétrolier Exxon Valdez s’échoue en Alaska et déverse quelque 260 000 barils de brut, environ 41 millions de litres. La lenteur de la réaction et l’absence sur place du patron, Lawrence Rawl, aggravent le désastre. Condamnée en 1994 à 5 milliards de dollars de dommages punitifs, Exxon plaide quatorze ans : le 25 juin 2008, la Cour suprême ramène la somme à 507,5 millions, le montant des dommages compensatoires.

1998-2016 : la famille se reforme

En décembre 1998, avec un baril tombé autour de 11 dollars, Exxon annonce le rachat de Mobil pour environ 75 milliards de dollars en actions. L’opération, conclue le 30 novembre 1999 et valorisée alors à 83 milliards, donne Exxon Mobil Corporation, dirigée par Lee Raymond, patron d’Exxon depuis 1993, avec Lucio Noto, patron de Mobil, comme vice-président. Les deux plus grosses filles de la Standard Oil sont réunies quatre-vingt-huit ans après le jugement qui les avait séparées.

Rex Tillerson, ingénieur entré chez Exxon en 1975, succède à Raymond en 2006. En 2010, le groupe achète XTO Energy, spécialiste du gaz de schiste, qu’il paie en actions tout en reprenant sa dette. Fin 2016, Tillerson part devenir secrétaire d’État de Donald Trump.

Reste l’affaire qui pèse le plus sur sa réputation : en janvier 2023, une étude parue dans la revue Science conclut que les projections de réchauffement de ses propres scientifiques, entre 1977 et 2003, étaient pour la plupart exactes, alors que ses déclarations publiques contredisaient ces données. Plusieurs États et de nombreuses collectivités américaines le poursuivent pour avoir trompé le public ; le groupe conteste ces accusations.

Depuis 2017 : Darren Woods, du Permien au Texas

Darren Woods, entré chez Exxon en 1992, prend la tête du groupe le 1er janvier 2017. En 2020, la pandémie lui fait perdre 22,4 milliards de dollars. En mai 2021, Engine No. 1, un petit fonds activiste qui n’avait acheté que pour 40 millions de dollars d’actions, fait élire trois administrateurs contre l’avis de la direction. En 2022, après l’invasion de l’Ukraine, le groupe annonce son retrait de Russie.

La réponse de Woods est de produire davantage, à moindre coût : au Guyana, où le groupe a trouvé du pétrole en 2015, la production démarre fin 2019, et le rachat de Pioneer Natural Resources, conclu le 3 mai 2024, renforce massivement le groupe dans le bassin permien, au Texas et au Nouveau-Mexique ; l’analyse SWOT en détaille les effets. Dernier geste, le 1er juillet 2026 : avec l’accord de ses actionnaires, la société quitte le droit du New Jersey pour celui du Texas et devient ExxonMobil Holdings Corporation. Cent quarante-quatre ans après sa création, la Standard Oil of New Jersey a quitté le New Jersey.

Ce que fait ExxonMobil aujourd’hui

En 2025, ExxonMobil a réalisé 332,2 milliards de dollars de revenus et 28,8 milliards de résultat net. Résultats 2025 de ses quatre secteurs, avant frais centraux :

  • Amont (pétrole, gaz, gaz naturel liquéfié) : 21,4 milliards de dollars ; bassin permien, Guyana, Qatar, Canada par sa filiale Imperial Oil.
  • Produits énergétiques (raffinage, carburants Exxon, Mobil et Esso) : 7,4 milliards.
  • Produits de spécialité (lubrifiants, dont Mobil 1) : 2,9 milliards.
  • Produits chimiques : 0,8 milliard.

S’y ajoute une activité bas carbone, créée en 2021 : captage du dioxyde de carbone, hydrogène, lithium.

Les dirigeants d’ExxonMobil

  • John D. Rockefeller (1870-1911) : fondateur et président de Standard Oil, retiré des affaires courantes en 1896.
  • John D. Archbold (1896-1916) : dirigeant effectif, puis président de Jersey Standard de 1911 à sa mort.
  • Walter C. Teagle (1917-1942) : président, puis président du conseil de Jersey Standard.
  • Lawrence G. Rawl (1987-1993) : président-directeur général d’Exxon.
  • Lee Raymond (1993-2005) : patron d’Exxon, puis d’Exxon Mobil.
  • Rex Tillerson (2006-2016) : président-directeur général.
  • Darren Woods (depuis 2017) : président-directeur général.

ExxonMobil en Bourse

L’action ExxonMobil descend de celle de la Standard Oil (New Jersey), entrée au Dow Jones le 1er octobre 1928. Cotée à New York sous le symbole XOM depuis la fusion de 1999 (Exxon cotait sous XON), elle fait partie du S&P 500. Après quatre-vingt-douze ans de présence, elle est sortie du Dow Jones le 31 août 2020, en pleine année de perte, remplacée avec Pfizer et Raytheon par Salesforce, Amgen et Honeywell.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Revenus totaux Résultat net part du groupe Flux de trésorerie d’exploitation
2021 285,64 23,04 48,13
2022 413,68 55,74 76,80
2023 344,58 36,01 55,37
2024 349,59 33,68 55,02
2025 332,24 28,84 51,97

En milliards de dollars, comptes publiés par ExxonMobil auprès de la Securities and Exchange Commission (SEC), l’autorité boursière américaine.

Questions fréquentes sur ExxonMobil

Qui a fondé ExxonMobil ?

John D. Rockefeller et ses associés, dont Henry Flagler et Samuel Andrews, ont fondé la Standard Oil à Cleveland en 1870. ExxonMobil descend de sa filiale du New Jersey, créée en 1882, rebaptisée Exxon en 1972, qui a absorbé Mobil en 1999.

ExxonMobil est-il l’héritier de la Standard Oil ?

Oui, doublement. Exxon est l’ancienne Standard Oil of New Jersey, et Mobil réunissait deux autres sociétés issues du démantèlement de 1911, la Standard Oil of New York et Vacuum Oil.

D’où vient le nom Esso ?

Esso est la prononciation de S et O, initiales de Standard Oil ; la marque date de 1926. Le nom Exxon l’a remplacée aux États-Unis en 1972.

Qui dirige ExxonMobil ?

Darren Woods est président du conseil d’administration et directeur général depuis le 1er janvier 2017, en remplacement de Rex Tillerson.

Pourquoi la Standard Oil a-t-elle été démantelée ?

Le 15 mai 1911, la Cour suprême a jugé qu’elle monopolisait illégalement le pétrole américain, en violation de la loi Sherman de 1890. Sa holding a dû céder en six mois ses participations dans 33 sociétés.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’ExxonMobil.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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5 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
K
Koulibaly Yacouba27 janvier 2018
Bonjour!À Tous La Sociètè ExxonMobile Est L'une Des Meilleurs Societè Prolière Et Gazière Du Monde
C
Cheick Moustapha Sow19 février 2018
Je me demande pourquoi exxon mobil à abandonné les marchés en Guinée Conakry. La société avait les plus stations les plus spacieuses et luxes. Comment faire un partenariat avec exxon mobil? Merci
D
Denis Brognard30 mars 2018
Je pense qu'exxonmobil est clairement une re, voire une déstructuration de l'ensemble des entreprises en vogue actuellement. J'ai été déçu par cette société, et ainsi, je vais sûrement m'orienter vers un avenir dépourvu d'exxonmobil. Mon énergie consommée de viendra plus d'ici.
A
Anonyme20 juillet 2018
Pourquoi il n'y a pas de représentants au Cameroun
J
JUNIOR KASSING PAFING15 septembre 2018
JE remercie à ExxonMobli de faire le grand retour au Tchad, je me demande où était-il passé après tant d’années d'absence?
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