DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Histoire d’Oracle : de la base de données de la CIA au cloud de l’intelligence artificielle

Histoire d’Oracle
· Mis à jour le · 11 min de lecture

Oracle est un éditeur américain de logiciels, le spécialiste mondial des bases de données d’entreprise, devenu en quelques années un loueur de puissance de calcul pour l’intelligence artificielle. Son histoire est celle de Larry Ellison, qui a parié avant IBM sur une idée d’IBM, puis a passé un demi-siècle à racheter ses concurrents.

Oracle en bref

  • Fondation : juin 1977, en Californie, par Larry Ellison, Bob Miner et Ed Oates, sous le nom de Software Development Laboratories.
  • Siège : Austin (Texas) depuis 2020 ; Larry Ellison a évoqué en 2024 un futur siège mondial à Nashville (Tennessee).
  • Dirigeants : Clay Magouyrk et Mike Sicilia, codirecteurs généraux depuis septembre 2025 ; Larry Ellison, président exécutif du conseil et directeur technique depuis septembre 2014.
  • Activités : bases de données, logiciels de gestion, infrastructure et applications dans le cloud, matériel, services.
  • Produits principaux : Oracle Database, Oracle Cloud Infrastructure (OCI), Fusion Applications, NetSuite, Oracle Health (ex-Cerner), Java, MySQL.
  • Effectifs : environ 141 000 salariés à temps plein au 31 mai 2026, dont 49 000 aux États-Unis.
  • Cotation : Bourse de New York (NYSE) depuis 2013, après vingt-sept ans au Nasdaq, sous le symbole ORCL.
  • Chiffre d’affaires de l’exercice 2026 (clos le 31 mai 2026)  : 67,4 milliards de dollars.

Quelle est l’histoire d’Oracle ?

1977-1985 : une idée d’IBM, un client nommé CIA

En 1977, Larry Ellison est un informaticien passé par Amdahl et Ampex. Avec Bob Miner, son ancien supérieur chez Ampex, et Ed Oates, il fonde en juin Software Development Laboratories. Les associés mettent en commun quelques économies et décrochent un premier contrat de la CIA, pour qui il faut construire une base de données. Selon le récit le plus répandu, le projet de l’agence s’appelait « Oracle », et le nom est resté au produit, puis à la société.

Ellison lit de près les publications techniques d’IBM. Il y voit le géant travailler sur les bases de données relationnelles, théorisées en 1970 par l’un de ses chercheurs, Edgar F. Codd, et sur un langage d’interrogation, le SQL. Il parie qu’IBM finira par les adopter et décide de le devancer, sur des machines de toutes marques. Miner écrit le programme en 1978 ; l’année suivante, la société, rebaptisée Relational Software, commercialise une base de données relationnelle fondée sur le SQL, souvent présentée comme la première du genre. Ellison dirige la société ; Miner, le développement.

L’affaire prend le nom de son produit au début des années 1980. En 1982, elle ouvre sa première filiale étrangère, au Danemark. En 1983 vient une version portable de la base, qui fonctionne aussi bien sur un grand système que sur un ordinateur personnel. Les ventes atteignent 23 millions de dollars en 1985, 55,4 millions en 1986. Oracle entre au Nasdaq en mars 1986 et se proclame l’éditeur de logiciels à la croissance la plus rapide du monde.

1986-1992 : la croissance à crédit et la chute de 1990

En 1987, Oracle dépasse 100 millions de dollars de ventes et devient le premier éditeur mondial de logiciels de gestion de bases de données. Il ajoute des logiciels de comptabilité, puis d’autres applications de gestion, et installe en 1989 son siège à Redwood Shores, près de San Francisco. L’exercice clos en mai 1990 frôle le milliard de dollars de chiffre d’affaires.

La méthode a un défaut : les commerciaux comptabilisent les contrats à la signature, parfois bien avant la livraison. En mars 1990, Oracle annonce un chiffre d’affaires trimestriel en hausse de 54 % mais un bénéfice quasi stable. En août, un audit interne l’oblige à corriger les comptes de trois trimestres ; quelques semaines plus tard, il publie la première perte trimestrielle de son histoire, près de 36 millions de dollars. L’action tombe à 6,25 dollars, après avoir perdu plus de 2,7 milliards de dollars de valeur boursière en six mois. Oracle licencie 10 % de ses effectifs américains, ramène son objectif de croissance de 50 à 25 % et, en mars 1991, nomme un nouveau directeur financier, Jeffrey Henley, en adoptant une règle simple : une vente se compte à la livraison du logiciel, plus à la signature du contrat. En 1992, la version Oracle7 accompagne le redressement.

1993-2004 : contre Microsoft, pour Internet

Oracle domine désormais les bases de données d’entreprise face à Sybase et Informix, mais Microsoft arrive avec SQL Server, vendu moins cher. Ellison répond par la prophétie : en mai 1996, il présente le « Network Computer », un ordinateur à 500 dollars sans disque dur, qui irait chercher programmes et données sur des serveurs, équipés de bases Oracle. L’appareil ne détrônera pas le PC ; l’idée de logiciels hébergés à distance aura une longue postérité. La société pousse aussi ses applications de gestion, longtemps peu rentables, pour concurrencer l’allemand SAP.

2004-2014 : l’ère des rachats

Larry Ellison choisit alors de grandir en achetant. En juin 2003, il lance une offre hostile sur PeopleSoft, spécialiste des logiciels de ressources humaines. La cible se défend dix-huit mois, devant les tribunaux et le ministère américain de la Justice, qui tente en vain de bloquer l’opération ; Oracle l’emporte en décembre 2004 et prend le contrôle en janvier 2005, pour environ 11,1 milliards de dollars. Une semaine plus tard, il s’apprête à supprimer jusqu’à 6 000 des quelque 11 000 postes de PeopleSoft. Suivent Siebel, numéro un des logiciels de relation client, en janvier 2006 (6,1 milliards de dollars), Hyperion en 2007, BEA Systems en 2008.

En janvier 2010, Oracle rachète Sun Microsystems pour environ 7,3 milliards de dollars, après le feu vert de la Commission européenne le 21 janvier. L’éditeur devient fabricant de serveurs et hérite de deux joyaux : le langage Java et la base de données libre MySQL. Java lui vaut une décennie de procès contre Google, accusé d’en avoir copié des interfaces pour Android ; le 5 avril 2021, la Cour suprême des États-Unis donne raison à Google au titre de l’usage loyal. En juillet 2013, Oracle quitte le Nasdaq pour la Bourse de New York.

2014-2026 : du logiciel au cloud

En septembre 2014, Larry Ellison laisse la direction générale, qu’il occupait depuis trente-sept ans, à deux codirecteurs, Safra Catz et Mark Hurd, et devient président exécutif et directeur technique. Mark Hurd meurt le 18 octobre 2019 ; Safra Catz dirige seule jusqu’en 2025. Le virage vers le cloud est tardif et coûteux : NetSuite en 2016, pour environ 9,3 milliards de dollars, puis Cerner, spécialiste des dossiers médicaux, conclu le 8 juin 2022 pour environ 28,2 milliards de dollars, financé pour plus de la moitié par l’emprunt. En décembre 2020, Oracle annonce le transfert de son siège de la Silicon Valley à Austin.

La suite tient au calcul pour l’intelligence artificielle. Oracle Cloud Infrastructure, longtemps outsider face à Amazon, Microsoft et Google, devient l’un des fournisseurs d’OpenAI ; en janvier 2025, Oracle s’associe au projet Stargate d’investissement dans les centres de données américains. En septembre 2025, Clay Magouyrk, venu d’Amazon Web Services et artisan d’OCI, et Mike Sicilia, issu des logiciels sectoriels, deviennent codirecteurs généraux ; Safra Catz devient vice-présidente exécutive du conseil. Le financement de ce pari, dette comprise, est analysé dans l’analyse SWOT.

Que fait Oracle aujourd’hui ?

Sur l’exercice 2026, clos le 31 mai, Oracle a réalisé 67,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 17,0 milliards de bénéfice net. Il travaille dans trois métiers :

  • Cloud et logiciels (87 % du chiffre d’affaires) : le cloud (34,0 milliards de dollars, dont 18,1 milliards pour l’infrastructure OCI et 15,9 milliards pour les applications Fusion et NetSuite), les licences et la maintenance d’Oracle Database, de Java et des logiciels de gestion.
  • Matériel : serveurs et systèmes de stockage issus de Sun, dont les machines Exadata.
  • Services : conseil, formation et assistance.

Oracle détient aussi 15 % de la coentreprise qui exploite TikTok aux États-Unis depuis janvier 2026.

Sur une plus longue période, le chiffre d’affaires d’Oracle est passé de 22,4 milliards de dollars sur l’exercice 2008 à 35,6 milliards en 2011, après le rachat de Sun, puis il a plafonné entre 37 et 40 milliards jusqu’en 2021 avant de grimper à 67,4 milliards en 2026, avec Cerner et le cloud.

Barres du chiffre d’affaires annuel d’Oracle de l’exercice 2008 à l’exercice 2026 : 22,4 milliards de dollars en 2008, 35,6 en 2011, 39,1 en 2020 et 67,4 en 2026.
Après le rachat de Sun, les ventes d’Oracle ont plafonné une décennie autour de 37 à 40 milliards de dollars, avant d’accélérer avec Cerner et le cloud. Source : rapports annuels 10-K d’Oracle.

Qui a dirigé Oracle ?

  • Larry Ellison (depuis 1977) : cofondateur, directeur général de 1977 à 2014, président du conseil jusqu’en 2004, président exécutif et directeur technique depuis 2014.
  • Bob Miner (1977-1993) : cofondateur et architecte de la base de données.
  • Jeffrey Henley (depuis 1991) : directeur financier de 1991 à 2004, président du conseil de 2004 à 2014, vice-président exécutif du conseil depuis.
  • Safra Catz (depuis 1999) : présidente à partir de 2004, codirectrice puis directrice générale de 2014 à 2025, vice-présidente exécutive du conseil depuis.
  • Mark Hurd (2010-2019) : coprésident, puis codirecteur général de 2014 à sa mort, en 2019.
  • Clay Magouyrk et Mike Sicilia (depuis 2025) : codirecteurs généraux.

Quel est le parcours d’Oracle en Bourse ?

Oracle est entré en Bourse en mars 1986, au Nasdaq, en vendant un million d’actions. Le 15 juillet 2013, il transfère sa cotation à la Bourse de New York, sous le même symbole, ORCL. Le titre a connu deux grandes secousses : en 1990, quand la correction des comptes ramène l’action à 6,25 dollars, et en juin 2026, quand l’ampleur des investissements dans le cloud, financés par l’emprunt, fait douter les investisseurs.

Quels sont les chiffres clés d’Oracle depuis 2022 ?

Exercice (clos fin mai) Chiffre d’affaires Bénéfice net Investissements
2022 42,44 6,72 4,51
2023 49,95 8,50 8,70
2024 52,96 10,47 6,87
2025 57,40 12,44 21,22
2026 67,36 16,98 55,66

En milliards de dollars, comptes publiés par Oracle. Les investissements (dépenses d’équipement) ont été multipliés par plus de douze en quatre ans : ce sont les centres de données du cloud.

Questions fréquentes sur Oracle

Qui a fondé Oracle ?

Larry Ellison, Bob Miner et Ed Oates, en juin 1977, en Californie, sous le nom de Software Development Laboratories. Ellison a dirigé l’entreprise jusqu’en 2014 et en reste le président exécutif.

D’où vient le nom Oracle ?

Selon le récit le plus répandu, c’était le nom de code du projet de base de données commandé par la CIA, premier client de la société. Le nom a d’abord désigné le produit, puis l’entreprise, au début des années 1980.

Qui dirige Oracle ?

Depuis septembre 2025, deux codirecteurs généraux, Clay Magouyrk et Mike Sicilia. Larry Ellison est président exécutif du conseil et directeur technique.

Oracle possède-t-il Java ?

Oui, depuis le rachat de Sun Microsystems en janvier 2010. Oracle n’a pas créé Java, conçu chez Sun dans les années 1990, et a perdu en 2021 devant la Cour suprême le procès qui l’opposait à Google sur son utilisation.

Combien gagne Oracle ?

Sur l’exercice clos le 31 mai 2026, Oracle a réalisé 67,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires et 17,0 milliards de dollars de bénéfice net, tout en consacrant 55,7 milliards de dollars à ses investissements, surtout des centres de données.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’Oracle.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources de référence utilisées

10

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader membre du CME et du CBOT · Historien de formation

Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaire

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.