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Histoire d’IBM : de la machine du recensement au cloud hybride

Histoire d’IBM

IBM, International Business Machines, est un groupe informatique américain qui vend aujourd’hui des logiciels d’entreprise, du conseil et des ordinateurs centraux. Son histoire tient en un paradoxe : la société qui a façonné l’informatique moderne, du mainframe au PC, a dû se réinventer à plusieurs reprises pour survivre à ses propres inventions, en abandonnant les métiers qui l’avaient rendue célèbre.

IBM en bref

  • Fondation : 16 juin 1911, dans l’État de New York, sous le nom de Computing-Tabulating-Recording Company (C-T-R), à l’initiative du financier Charles Ranlett Flint ; rebaptisée IBM en 1924.
  • Siège : Armonk, État de New York.
  • Dirigeant : Arvind Krishna, directeur général depuis 2020 et président du conseil d’administration depuis 2021.
  • Activités : logiciels (dont Red Hat), conseil, infrastructure (ordinateurs centraux IBM Z, serveurs Power, stockage), financement.
  • Produits et marques : Red Hat OpenShift, watsonx, HashiCorp Terraform, Confluent, IBM Z, IBM Consulting.
  • Effectifs : 264 300 salariés fin 2025.
  • Cotation : Bourse de New York (code IBM), membre du Dow Jones.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 67,5 milliards de dollars.

Quelle est l’histoire d’IBM ?

1890-1914 : un recensement et un assembleur de trusts

Tout commence par un problème de comptage. Pour le recensement américain de 1890, le Bureau du recensement adopte les machines d’un ingénieur, Herman Hollerith, qui trient et comptent des cartes perforées : le dépouillement va beaucoup plus vite qu’à la main. Hollerith fonde en 1896 la Tabulating Machine Company. En 1911, le financier Charles Ranlett Flint, surnommé « le père des trusts », la rachète et la réunit, le 16 juin, avec un fabricant de pointeuses, l’International Time Recording Company, et un fabricant de balances, la Computing Scale Company of America. Le conglomérat s’appelle Computing-Tabulating-Recording Company, C-T-R. Il vend des horloges de pointage, des balances, des moulins à café et des tabulatrices, et marche mal.

1914-1956 : Thomas Watson et la culture IBM

En 1914, Flint engage comme directeur général Thomas J. Watson, ancien numéro deux du fabricant de caisses enregistreuses NCR, qu’il vient de quitter. Watson devient président en 1915 et impose sa marque : le culte de la vente, la formation des employés et un mot d’ordre bientôt affiché dans tous les bureaux, « THINK ». En 1924, il rebaptise la maison International Business Machines, nom bien ambitieux pour une société encore modeste.

La crise de 1929 lui donne raison : selon l’histoire maison, IBM est l’une des rares réussites de la Grande Dépression, et le New Deal lui fournit le plus gros client imaginable : la loi de 1935 sur la Sécurité sociale crée des fichiers pour des dizaines de millions d’Américains, et l’administration commande à IBM plus de 400 machines comptables. Le groupe entre au Dow Jones en 1932. La filiale allemande Dehomag, contrôlée par IBM, fournit sous le nazisme des machines à cartes perforées utilisées par le régime, notamment pour ses recensements ; ce que savait et voulait la maison mère fait débat depuis le livre du journaliste Edwin Black, IBM and the Holocaust, paru en 2001.

Après la guerre, Watson crée en 1949 la World Trade Corporation pour l’international. Le groupe entre dans l’électronique au début des années 1950 avec l’IBM 701, dit « calculateur de défense ». Son fils, Thomas J. Watson Jr., en prend la direction générale en mai 1956 ; le père meurt la même année. En 1956 encore, IBM accepte un décret de consentement qui l’oblige, pour clore une poursuite antitrust, à vendre ses machines et pas seulement à les louer.

1956-1980 : le System/360 et l’ère du mainframe

Watson Jr. engage l’entreprise dans le pari le plus risqué de son histoire. Le 7 avril 1964, IBM lance le System/360, une famille d’ordinateurs compatibles entre eux, petits et grands, sur lesquels un même logiciel peut tourner : un client peut grandir sans tout réécrire. Le programme coûte 5 milliards de dollars sur quatre ans et remplace toute la gamme existante. Plus de 1 000 machines sont commandées le premier mois. C’est l’acte de naissance de l’ordinateur central moderne, le mainframe, et la base de la domination de celui qu’on surnomme « Big Blue ».

La domination attire les procès. En 1969, le gouvernement américain engage contre IBM une poursuite antitrust qui durera jusqu’en 1982, avant d’être abandonnée. Les laboratoires d’IBM multiplient les inventions : la disquette et la piste magnétique des cartes bancaires au début des années 1970, le code-barres des supermarchés, le modèle des bases de données relationnelles. Sorti du Dow Jones en 1939, le groupe y revient en 1979.

1981-1993 : le PC, la gloire et la chute

Le 12 août 1981, IBM présente à New York son ordinateur personnel, l’IBM 5150, vendu 1 565 dollars. Pour aller vite, l’équipe de Don Estridge assemble des composants du marché : le processeur vient d’Intel, le système d’exploitation de Microsoft. Le succès est immédiat, mais IBM a ouvert la porte aux copies, et sa part du marché des PC tombe d’environ 80 % en 1982-1983 à 20 % dix ans plus tard. Les profits, eux, partent chez Microsoft et Intel. En 1986 et 1987, quatre chercheurs d’IBM reçoivent le prix Nobel de physique.

Le mainframe s’essouffle face aux serveurs et aux PC en réseau. En 1993, IBM perd plus de 8 milliards de dollars, sa troisième année de pertes ; de 1991 à 1993, il a perdu environ 16 milliards. John Akers, qui préparait le découpage du groupe en sociétés autonomes, est remercié.

1993-2011 : Gerstner, les services et le logiciel

Le 1er avril 1993 arrive Louis Gerstner, ancien patron de RJR Nabisco et d’American Express : le premier dirigeant venu de l’extérieur depuis 1914. Il renonce au découpage, coupe dans les effectifs et fait d’IBM un vendeur de services, capable d’intégrer chez le client les produits de ses concurrents. Il rachète Lotus en 1995. En mai 1997, le superordinateur Deep Blue bat le champion du monde d’échecs Garry Kasparov.

Samuel Palmisano, son successeur en 2002, rachète la même année le conseil de PricewaterhouseCoopers pour 3,5 milliards de dollars, et vend en 2005 les PC au chinois Lenovo pour 1,75 milliard de dollars, dettes comprises. En 2011, année de son centenaire, IBM fait parler de lui avec son programme d’intelligence artificielle Watson, vainqueur de deux champions du jeu télévisé Jeopardy.

Depuis 2012 : Rometty, Red Hat et la scission

Virginia Rometty, première femme à diriger IBM, prend la tête du groupe en 2012. Son mandat est marqué par un pari sur Watson qui, dans la santé, déçoit : Watson Health sera vendu en 2022 à un fonds. Il se clôt par un rachat décisif, annoncé le 28 octobre 2018 : Red Hat, l’éditeur de logiciels libres, pour 34 milliards de dollars, conclu en 2019.

Arvind Krishna devient directeur général en 2020. Le 3 novembre 2021, IBM détache son activité d’infogérance d’infrastructures, qui devient Kyndryl, une société cotée à part. Le groupe recentré sur le logiciel, le conseil et le mainframe rachète ensuite HashiCorp en 2025 et Confluent en 2026 ; ces opérations, et la chute de 25 % du titre en juillet 2026, sont analysées dans l’analyse SWOT.

Que fait IBM aujourd’hui ?

En 2025, IBM a réalisé 67,5 milliards de dollars de chiffre d’affaires avec des clients dans plus de 175 pays, répartis en quatre métiers :

  • Logiciels (30,0 milliards de dollars) : Red Hat et son cloud hybride OpenShift, automatisation (HashiCorp), données et intelligence artificielle (watsonx), logiciels de traitement des transactions sur mainframe.
  • Conseil (21,1 milliards) : IBM Consulting, conseil en stratégie, en technologie et en gestion d’applications.
  • Infrastructure (15,7 milliards) : ordinateurs centraux IBM Z, serveurs Power, stockage.
  • Financement (0,7 milliard) : financement des équipements et logiciels vendus aux clients.

IBM Research reste l’un des derniers grands laboratoires d’entreprise, avec l’informatique quantique parmi ses priorités.

Qui a dirigé IBM ?

  • Thomas J. Watson (1914-1956) : directeur général, puis président.
  • Thomas J. Watson Jr. (1956-1971) : son fils, l’homme du System/360.
  • T. Vincent Learson (1971-1973) et Frank Cary (1973-1981).
  • John Opel (1981-1985) : l’homme du lancement du PC.
  • John Akers (1985-1993) : évincé après les pertes record.
  • Louis Gerstner (1993-2002) : premier dirigeant venu de l’extérieur.
  • Samuel Palmisano (2002-2011).
  • Virginia Rometty (2012-2020) : première femme à la tête d’IBM.
  • Arvind Krishna (depuis 2020) : directeur général, et président du conseil depuis 2021.

Quel est le parcours d’IBM en Bourse ?

IBM est coté à la Bourse de New York sous le code IBM. Entré au Dow Jones en 1932, il en sort en 1939 et y revient en 1979. Le groupe verse un dividende chaque trimestre depuis 1916. En novembre 2021, lors de la scission de Kyndryl, chaque actionnaire a reçu une action de la nouvelle société pour cinq actions IBM.

Quels sont les chiffres clés d’IBM depuis 2021 ?

Exercice Chiffre d’affaires Résultat net Flux de trésorerie d’exploitation
2021 57,35 5,74 12,80
2022 60,53 1,64 10,44
2023 61,86 7,50 13,93
2024 62,75 6,02 13,45
2025 67,54 10,59 13,19

En milliards de dollars, comptes publiés par IBM (rapports annuels 10-K déposés auprès de la SEC, l’autorité boursière américaine), hors Kyndryl. Le résultat net de 2022 est amputé par une charge liée au transfert d’engagements de retraite.

Questions fréquentes sur IBM

Que veut dire IBM ?

International Business Machines, nom choisi en 1924 par Thomas J. Watson pour remplacer celui de Computing-Tabulating-Recording Company. L’origine du surnom « Big Blue » est incertaine ; on la rattache d’ordinaire à la couleur de son logo.

Qui a fondé IBM ?

Le financier Charles Ranlett Flint, qui a réuni en 1911 trois sociétés, dont celle de l’inventeur des tabulatrices, Herman Hollerith. Mais le véritable bâtisseur d’IBM est Thomas J. Watson, qui l’a dirigé de 1914 à 1956.

Qui dirige IBM ?

Arvind Krishna est directeur général depuis 2020 et président du conseil d’administration depuis 2021.

IBM fabrique-t-il encore des ordinateurs ?

Plus de PC, vendus à Lenovo en 2005. IBM fabrique encore des ordinateurs centraux, les mainframes IBM Z, et des serveurs Power, mais l’essentiel de son chiffre d’affaires vient du logiciel et du conseil.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT d’IBM.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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