Conseiller financier, gestion de patrimoine, CIF : les métiers du conseil aux épargnants
Conseiller en investissements financiers (CIF) : statut, ORIAS, association agréée, honoraires ou rétrocessions, chiffres AMF 2024, conseiller bancaire.

Un conseiller en investissements financiers (CIF) est un professionnel autorisé à donner des conseils personnalisés sur des placements financiers. Ce n’est pas un titre libre : selon l’AMF, il doit adhérer à une association professionnelle agréée par elle, être immatriculé au registre de l’ORIAS, être assuré en responsabilité civile professionnelle et justifier de sa compétence. L’AMF comptait 7 013 CIF immatriculés au 2 janvier 2025, dans ses chiffres clés publiés en décembre 2025.
Sous le mot de « conseiller financier », le public range pourtant trois métiers différents : le conseiller de son agence bancaire, le conseiller en gestion de patrimoine, et le CIF. Cette fiche les sépare, explique comment chacun est payé et ce que cela change, et dit comment vérifier à qui l’on parle.
Conseiller bancaire, gestion de patrimoine, CIF : quelles différences ?
Le conseiller bancaire est salarié de sa banque. Il ouvre les comptes, accorde les crédits et propose les placements de la maison : livrets, assurance vie, fonds de la société de gestion du groupe. C’est d’abord un vendeur, formé aux produits de sa banque, et c’est normal : il a été recruté pour cela. En France, les vendeurs des prestataires de services d’investissement font partie des fonctions soumises à la vérification de connaissances minimales de l’AMF, la « certification AMF », depuis le 1er juillet 2010. Son conseil est le plus souvent « non indépendant » au sens de la directive MIF 2, ce que la banque doit indiquer à son client.
Le conseiller en gestion de patrimoine (CGP) regarde l’ensemble de la situation d’un client : épargne, immobilier, fiscalité, succession, retraite. L’Onisep (fiche « Gestionnaire de patrimoine », consultée le 6 novembre 2026) décrit un métier qui commence par un bilan de la situation patrimoniale et fiscale du client, puis propose une stratégie de placement adaptée à ses objectifs et au risque qu’il accepte. Il peut être salarié d’une banque privée, d’une société de gestion de patrimoine, d’une étude de notaires ou d’un courtier en assurances, ou exercer en libéral comme conseiller indépendant (CGPI). « Conseiller en gestion de patrimoine » n’est pas un statut en soi : le professionnel exerce sous un ou plusieurs statuts réglementés, chacun avec son inscription à l’ORIAS, selon ce qu’il conseille (placements financiers, assurance, crédit, immobilier).
Le CIF est l’un de ces statuts, celui du conseil sur les instruments financiers et les services d’investissement. Il est défini par le Code monétaire et financier (articles L. 541-1 et suivants) et contrôlé par les associations agréées et par l’AMF. Selon Bpifrance Création, il existe quatre associations agréées par l’AMF ; le CIF doit adhérer à une, et une seule.
| Conseiller bancaire | Conseiller en gestion de patrimoine | CIF | |
|---|---|---|---|
| Employeur | Sa banque | Banque privée, cabinet, notaire, courtier, ou indépendant | Son cabinet (souvent indépendant) |
| Produits proposés | Ceux de la banque et de son groupe | Selon ses statuts : placements, assurance, crédit, immobilier | Instruments financiers et services d’investissement |
| Cadre | Agrément de la banque, certification AMF des vendeurs | Un registre ORIAS par statut exercé | Association agréée AMF, ORIAS, assurance, examen |
| Rémunération | Salaire et objectifs commerciaux | Salaire, commissions, honoraires | Honoraires, ou rétrocessions s’il n’est pas indépendant |
Comment devient-on conseiller en investissements financiers ?
Les conditions sont fixées par le Code monétaire et financier et par le règlement général de l’AMF. Bpifrance Création les résume (fiche mise à jour le 20 décembre 2024) :
- La compétence : un diplôme national sanctionnant trois années d’études supérieures juridiques, économiques ou de gestion, ou une formation professionnelle d’au moins 150 heures, ou deux ans d’expérience dans des fonctions liées à ces opérations au cours des cinq années précédant l’entrée en fonction (règlement général de l’AMF, article 325-1). Depuis le 1er janvier 2020, selon l’AMF, les CIF, leurs dirigeants et leurs salariés qui conseillent doivent en plus réussir l’examen organisé par un organisme certifié par l’AMF.
- L’association : l’adhésion à une association professionnelle agréée par l’AMF, qui examine le programme d’activité avant d’admettre le candidat (article L. 541-4 du Code monétaire et financier).
- Le registre : l’immatriculation à l’ORIAS, renouvelable chaque année ; l’AMF indique une contribution annuelle de 450 euros versée à l’ORIAS.
- L’assurance : une responsabilité civile professionnelle, avec des minimums fixés par l’article D. 541-9 du Code monétaire et financier ; pour une personne physique ou une société de moins de deux salariés, 150 000 € par sinistre et 150 000 € par année d’assurance, selon Bpifrance Création.
- L’honorabilité et la résidence : être majeur, ne pas être frappé d’interdiction, et résider ou être établi en France (article L. 541-2).
Une règle protège l’épargnant : un CIF ne peut recevoir de ses clients d’autres fonds que ceux destinés à payer ses honoraires, ni recevoir d’instruments financiers (article L. 541-6). Il conseille ; il ne garde pas l’argent. Celui qui propose de « gérer » votre épargne en la recevant sur son propre compte sort de ce cadre.
Honoraires ou commissions : comment un conseiller est-il payé ?
Deux modèles coexistent. Dans le premier, le client paie des honoraires, comme chez un avocat ou un expert-comptable. Dans le second, le client ne paie rien directement : le conseiller touche une part des frais prélevés par le produit qu’il recommande, les « rétrocessions », sur les droits d’entrée ou sur les frais de gestion annuels d’un fonds ou d’un contrat d’assurance vie.
La directive MIF 2, appliquée depuis le 3 janvier 2018, oblige le conseiller à dire à son client si son conseil est « indépendant » ou non. Un conseil indépendant suppose d’examiner un éventail suffisant de produits, sans se limiter à ceux de son groupe, et de ne garder aucune commission versée par un tiers (directive 2014/65/UE, article 24, paragraphe 7). Un conseil non indépendant peut être rémunéré par rétrocessions, à condition de le déclarer et d’améliorer la qualité du service rendu.
Les chiffres de l’AMF pour 2024 (chiffres clés des CIF, décembre 2025) montrent où en est le marché :
| Indicateur (année 2024) | Chiffre AMF |
|---|---|
| CIF immatriculés à l’ORIAS (2 janvier 2025) | 7 013 |
| Personnes travaillant dans ces structures | environ 18 800 |
| CIF exclusivement indépendants | 7 % |
| CIF exclusivement non indépendants | 81 % |
| Revenus des CGP CIF venant des rétrocessions (entrée, sortie, gestion) | 88 % |
| Revenus des CGP CIF venant des honoraires | 12 % |
| Clients de l’activité de CIF | 525 478, dont environ 93 % de particuliers |
Rétrocessions : 60 % sur droits d’entrée et de sortie et 28 % sur frais de gestion. Les CIF qui conseillent des institutionnels vivent au contraire à 96 % d’honoraires. Source : AMF, « Conseillers en investissements financiers : chiffres clés 2024 », décembre 2025.
Ces chiffres ne disent pas qu’un conseiller payé par commissions conseille mal. Ils disent qu’en France, l’épargnant qui consulte un CGP paie le plus souvent son conseil sans le voir, dans les frais des produits. Il est donc utile de demander, avant toute signature, combien le conseiller touche sur ce qu’il recommande ; la réglementation l’oblige à répondre.
Comment vérifier qu’un conseiller est autorisé ?
Trois vérifications prennent dix minutes. La première : chercher son nom ou celui de sa société sur le registre de l’ORIAS (orias.fr), qui indique les statuts sous lesquels il est inscrit. La deuxième : pour un établissement qui reçoit des fonds ou exécute des ordres, consulter le registre des agents financiers et la liste des établissements agréés (REGAFI, regafi.fr). La troisième : consulter les listes noires de l’AMF, qui recensent les sites et sociétés proposant des placements sans autorisation.
Ces réflexes sont détaillés dans la fiche sur l’agrément AMF et la façon de vérifier qu’un intermédiaire est autorisé. Le signe le plus sûr d’une escroquerie reste celui-ci : un « conseiller » qui promet un rendement élevé sans risque, et qui demande de virer l’argent sur un compte à l’étranger.
Conseil en investissement et trading : où passe la frontière ?
Le conseil en investissement personnalisé est un métier réglementé, et c’est une bonne chose : dire à quelqu’un quoi acheter avec son épargne engage une responsabilité. Le trader indépendant, lui, prend ses décisions seul, avec son propre argent ; personne ne peut les prendre à sa place, et un forum moins que quiconque.
Ce que je publie sur andlil a une portée pédagogique : je montre comment je travaille, je ne dis à personne quoi acheter ou vendre (page « À propos »). Sur le forum, à un membre qui ne savait pas quoi faire d’une position, j’ai répondu ceci.
Ce que j’en dis sur le forum
« Ça c’est ton job de trader. Personne ne peut te conseiller et ce serait illégal et dangereux. Ne cherche pas de réponse chez les autres. Là tu rentres dans le dur du métier de trader. Faire des choix. »
Benoist Rousseau sur le forum, le 16 avril 2021, à un membre qui hésitait, sur la file du jour, entre couper une position perdante et attendre
Quelles études et quels débuts pour ces métiers ?
Pour le métier de gestionnaire de patrimoine, l’Onisep indique un niveau minimum de bac+5 (master en banque, finance ou économie-gestion, école de commerce, Sciences Po spécialisé en économie et finance) et un salaire de débutant à partir de 2 916 € bruts par mois, selon le lieu et le statut (fiche consultée le 6 novembre 2026). Beaucoup commencent comme conseiller en agence bancaire, puis passent en banque privée ou en cabinet, et s’installent à leur compte une fois une clientèle constituée.
Le statut de CIF, lui, ne demande pas de bac+5 : un diplôme de trois ans en droit, économie ou gestion, ou 150 heures de formation, ou deux ans d’expérience suffisent, plus l’examen certifié. Mais la difficulté du métier n’est pas l’entrée : c’est de connaître à la fois la fiscalité, le droit des successions, les marchés et les produits, et de garder cette connaissance à jour.
Questions fréquentes sur le conseiller en investissements financiers
Quelle différence entre un CIF et un CGP ?
Le CIF est un statut réglementé, défini par le Code monétaire et financier, pour le conseil sur les placements financiers : association agréée par l’AMF, inscription à l’ORIAS, assurance, examen. « Conseiller en gestion de patrimoine » décrit un métier, pas un statut : le CGP exerce sous un ou plusieurs statuts, dont souvent celui de CIF, selon qu’il conseille des placements, de l’assurance, du crédit ou de l’immobilier.
Combien y a-t-il de conseillers en investissements financiers en France ?
L’AMF en comptait 7 013 immatriculés à l’ORIAS au 2 janvier 2025, en hausse d’environ 5 % sur un an, avec environ 18 800 personnes travaillant dans ces structures (chiffres clés des CIF 2024, publiés en décembre 2025).
Qu’est-ce qu’un conseil « indépendant » ?
Au sens de la directive MIF 2 (article 24, paragraphe 7), c’est un conseil fondé sur un éventail suffisant de produits, pas seulement ceux du groupe du conseiller, et pour lequel il ne garde aucune commission versée par un tiers : il est payé par le client. Selon l’AMF, seuls 7 % des CIF exerçaient exclusivement en conseil indépendant en 2024.
Un CIF peut-il gérer mon argent ?
Non. Un CIF conseille ; il ne peut recevoir de ses clients d’autres fonds que ses honoraires, ni détenir leurs instruments financiers (article L. 541-6 du Code monétaire et financier). La gestion de portefeuille pour le compte d’un client relève d’une société agréée par l’AMF ou d’un établissement bancaire.
Mon conseiller bancaire est-il un conseiller en investissement ?
Il donne des conseils en investissement dans le cadre de l’agrément de sa banque, sans être CIF, et il est d’abord formé aux produits de sa maison. Son conseil est le plus souvent non indépendant au sens de MIF 2, ce que la banque doit vous indiquer. Rien n’empêche de lui demander quels frais et quelles commissions sont attachés au produit proposé.
Sources de référence utilisées
8
- AMF, « Conseillers en investissements financiers (CIF) », consultée le 6 novembre 2026 : obligations, association agréée, ORIAS (450 euros par an), examen obligatoire depuis le 1er janvier 2020.
- AMF, « Conseillers en investissements financiers : chiffres clés 2024 », décembre 2025.
- Bpifrance Création, « Conseiller en investissements financiers : réglementation », mise à jour du 20 décembre 2024 : compétence, assurance, quatre associations agréées.
- Code monétaire et financier, articles L. 541-1 et suivants (Légifrance).
- Directive 2014/65/UE (MIF 2), article 24 : information sur le caractère indépendant du conseil, interdiction des commissions de tiers en conseil indépendant.
- Onisep, fiche métier « Gestionnaire de patrimoine », consultée le 6 novembre 2026 : missions, statuts, bac+5, salaire de débutant.
- ORIAS, registre des intermédiaires en assurance, banque et finance.
- Le Monde du Droit, 27 avril 2010 : la certification AMF des vendeurs à partir du 1er juillet 2010.
Pour aller plus loin
- Le compte géré en banque, ce que l’on délègue quand on confie la gestion de son portefeuille, et ce que cela coûte.
- Débuter en Bourse, pour comprendre les placements avant d’écouter un conseiller.
- Le gérant de portefeuille, celui qui gère les fonds que le conseiller recommande.
- La conformité, les règles qui encadrent la vente de produits financiers aux particuliers.
Fiche à jour au 6 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle décrit des métiers et des règles générales et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994 et membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), où il détient deux sièges de membre individuel. Fondateur d'Andlil.com en 2010 et auteur de Devenez Trader Pro (2016), il a formé des centaines de traders désireux de maîtriser l'exécution rapide pour apprendre le scalping. Dans la rubrique Vie du trader, il raconte le quotidien du métier : ce qu'il exige en discipline, ce qu'il offre et ce qu'il coûte.
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