Courtier (broker) : le métier d’intermédiaire de marché
Le courtier transmet et exécute les ordres de ses clients : agrément ACPR et AMF, trois métiers, comment il gagne sa vie, ce qu’en attend un trader actif.

Le courtier est l’intermédiaire entre ceux qui veulent acheter ou vendre et le marché. Il reçoit les ordres, les transmet à une Bourse ou les exécute lui-même, conserve les titres et l’argent de ses clients, et leur rend compte de chaque opération. En France, ce n’est pas un commerce libre : seul un prestataire de services d’investissement agréé peut l’exercer, sous le contrôle de l’ACPR et de l’AMF.
Le mot recouvre pourtant des métiers qui se ressemblent peu, du courtier qui exécute les ordres d’un fonds de pension au site sur lequel un particulier passe ses premiers ordres. Cette fiche décrit les trois familles, ce qui les fait vivre, les postes qu’on y trouve, et les critères qui comptent pour un trader actif quand il choisit l’intermédiaire à qui confier son compte.
Qu’est-ce qu’un courtier en Bourse ?
Le code monétaire et financier range le courtier parmi les prestataires de services d’investissement (article L. 531-1), c’est-à-dire les établissements agréés pour fournir un ou plusieurs des services d’investissement énumérés à l’article L. 321-1. Trois d’entre eux font le métier de courtier :
- la réception et la transmission d’ordres pour le compte de tiers : le courtier prend l’ordre du client et le confie à un autre prestataire qui l’exécutera ;
- l’exécution d’ordres pour le compte de tiers : il place lui-même l’ordre sur le marché, en tant que membre de la Bourse, ou le confie à un membre ;
- la négociation pour son propre compte, quand il se porte lui-même contrepartie de ses clients, comme le font les courtiers teneurs de marché.
La tenue de compte et la conservation des titres sont un service « connexe » : le courtier en a presque toujours besoin, mais ce n’est pas lui qui définit le métier. L’agrément est délivré par l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), après approbation par l’AMF du programme d’activité du prestataire, comme le rappelle l’AMF sur sa page consacrée aux services d’investissement (6 février 2020). Un courtier agréé dans un autre pays de l’Union peut travailler en France grâce au passeport européen.
La différence entre transmettre et exécuter n’est pas une subtilité de juriste. Beaucoup de débutants croient que leur logiciel de trading est leur courtier. Un éditeur de logiciel peut faire de la réception et transmission d’ordres pour le compte de courtiers partenaires ; c’est le courtier qui exécute l’ordre, tient le compte et conserve l’argent.
Courtier institutionnel, inter-banques, en ligne : trois métiers différents
| Métier | Ses clients | Ce qu’il vend |
|---|---|---|
| Courtier institutionnel | Sociétés de gestion, assureurs, caisses de retraite, hedge funds | L’exécution de gros ordres sans faire bouger le prix, l’accès à de nombreuses Bourses, souvent de la recherche |
| Courtier inter-banques | Les banques entre elles | La mise en relation, souvent anonyme, sur des marchés de gré à gré (taux, change, crédit, énergie) |
| Courtier en ligne | Particuliers, traders actifs, petites sociétés | Une plateforme, l’accès aux marchés, la tenue du compte, parfois des produits dont il est lui-même l’émetteur |
Le courtier institutionnel travaille pour le côté acheteur. Quand une société de gestion veut acheter pour plusieurs dizaines de millions d’euros d’une action, elle ne passe pas un ordre au marché : elle le confie à son execution trader, qui le répartit entre plusieurs courtiers chargés de l’exécuter au mieux, souvent par morceaux et avec des algorithmes. Le courtier est jugé sur la qualité de cette exécution.
Le courtier inter-banques fait se rencontrer des banques sur des marchés qui n’ont pas de carnet d’ordres central, comme certains dérivés de taux ou le change à terme. Il cherche en face de la banque qui veut emprunter ou couvrir un risque celle qui veut faire l’inverse, sans révéler les noms avant l’accord. Le métier, longtemps exercé au téléphone, passe de plus en plus par des plateformes électroniques.
Le courtier en ligne est celui que connaissent les particuliers. Son métier tient à la technologie (la plateforme, la vitesse, la fiabilité), à la tenue de compte et au service client. Une partie de ces intermédiaires sont aussi les émetteurs des produits qu’ils proposent, les CFD à risque limité par exemple : ils sont alors la contrepartie de leurs clients.
Comment un courtier gagne-t-il sa vie ?
- Les commissions par ordre, par contrat ou en pourcentage du montant. C’est le modèle classique sur les actions et les contrats à terme. Sur les futures, ce que paie le client comprend aussi les frais de la Bourse et de la chambre de compensation, que le courtier leur reverse.
- L’écart de prix, quand le courtier est lui-même la contrepartie : il cote un prix d’achat et un prix de vente et garde la différence, comme un teneur de marché.
- Les intérêts sur l’argent des clients qui dort sur les comptes, et sur les sommes qu’il leur prête pour acheter à crédit ou vendre à découvert. Quand les taux remontent, cette source compte beaucoup.
- Le paiement pour flux d’ordres, qui consiste à se faire payer par un teneur de marché pour lui envoyer les ordres des clients. Le règlement européen (UE) 2024/791, entré en vigueur le 28 mars 2024, l’interdit pour les ordres des clients de détail ; les États membres pouvaient en dispenser jusqu’au 30 juin 2026 les sociétés qui le pratiquaient déjà.
Le modèle compte plus que le tarif affiché. Un courtier payé à la commission gagne quand vous tradez ; un courtier qui est votre contrepartie gagne aussi quand vous perdez, sauf s’il se couvre. Les deux sont légaux et encadrés, mais il vaut mieux savoir lequel est en face de vous avant de passer le premier ordre.
Quels métiers trouve-t-on chez un courtier ?
- Les commerciaux ouvrent les comptes et présentent l’offre. Chez un courtier institutionnel, ce sont de vrais vendeurs de salle de marché ; chez un courtier en ligne, ils accompagnent surtout l’ouverture de compte.
- Les opérateurs de la table de négociation exécutent les ordres qui ne passent pas seuls par la plateforme et gèrent les incidents. Chez un courtier contrepartie, la table (le dealing desk) gère aussi le risque que les positions des clients font porter à la société.
- Le support client répond sur les ordres, les frais, les transferts. C’est souvent le seul contact du particulier avec son courtier.
- Le risque surveille les marges, déclenche les appels de marge et, si besoin, la clôture des positions d’un client dont le compte ne couvre plus ses pertes.
- La conformité vérifie l’identité des clients, l’origine des fonds, la lutte contre le blanchiment, et la bonne application des règles de protection des investisseurs. Elle décide aussi, au vu des critères de la directive MIF 2, si un client peut être traité en professionnel.
- L’informatique fait tourner la plateforme, les connexions aux Bourses et la sécurité des comptes. Chez un courtier en ligne, c’est souvent le premier poste de dépense.
Que change le statut de client professionnel ?
Un courtier classe chaque client dans une catégorie, et la protection qu’il lui doit en dépend. Un particulier est client de détail par défaut. Il ne peut être traité en client professionnel, à sa demande et par écrit, que s’il remplit au moins deux des trois critères de l’annexe II de la directive MIF 2 : en moyenne dix transactions d’une taille significative par trimestre sur les quatre derniers trimestres, un portefeuille d’instruments financiers de plus de 500 000 euros, ou au moins un an d’expérience professionnelle dans le secteur financier dans un poste qui demande de connaître ces opérations.
Le classement professionnel ouvre l’accès à des leviers plus élevés et à certains produits, mais il retire des protections. C’est un choix à faire en connaissance de cause, pas une récompense. Quand on crée une société pour trader, il faut en informer le courtier, et c’est lui qui décide du classement. Le statut lui-même est traité dans le guide de la fiscalité.
Comment vérifier qu’un courtier est autorisé ?
Deux vérifications suffisent à écarter l’essentiel des escroqueries. La première : le courtier doit figurer dans le registre des agents financiers, REGAFI, tenu par la Banque de France et l’ACPR, ou, s’il est étranger, sur le registre de son pays d’origine avec un passeport pour la France. La seconde : il ne doit pas figurer sur les listes noires publiées par l’AMF. La fiche consacrée à l’agrément AMF détaille la démarche, et celle sur les brokers bidons en montre les signes avant-coureurs.
Quels critères compter quand on choisit un courtier pour trader activement ?
Je suis client d’Interactive Brokers depuis 2004. Pour un trader actif sur contrats à terme, la solidité du courtier passe avant son tarif : un courtier qui fait faillite avec l’argent de ses clients coûte bien plus cher qu’une commission un peu élevée. Je l’écrivais le 10 juillet 2012, après les faillites de MF Global et de PFGBest : « La meilleure protection à mon sens est d’être avec les leaders mondiaux sur cfds, futures, forex… ». La qualité d’exécution et la fiabilité de la plateforme les jours d’annonce, quand tout le monde se connecte en même temps, comptent aussi.
La fiabilité ne dispense pas de prévoir la panne. Aucun courtier n’est à l’abri d’une coupure, et aucune connexion internet non plus. Une position qu’on ne peut plus couper parce que la plateforme ne répond pas, c’est un risque qu’aucun stop ne couvre.
Ce que j’en dis sur le forum
« Vous devez toujours avoir 2 connexions internet (adsl/fibre + 3G/4G/5G) 2 interfaces du courtier (pc fixe et smartphone) sous la main […] Vous devez tout doubler par sécurité »
Benoist Rousseau sur le forum, le 27 septembre 2022, sur la file de scalping et de day trading du jour
Questions fréquentes sur le métier de courtier
Quelle différence entre un courtier et une banque ?
Une banque peut être courtier : elle est alors un prestataire de services d’investissement au même titre qu’une entreprise d’investissement. La différence tient au reste de l’activité. Une banque reçoit des dépôts et prête ; un courtier pur se contente de recevoir, transmettre ou exécuter des ordres et de tenir des comptes-titres.
Qui délivre l’agrément d’un courtier en France ?
L’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR), après approbation par l’AMF du programme d’activité. Un courtier agréé dans un autre pays de l’Union européenne peut aussi proposer ses services en France grâce au passeport européen ; il doit alors figurer sur le registre de son pays d’origine.
Comment un courtier en ligne gagne-t-il de l’argent avec des frais bas ?
Par les commissions sur un grand nombre d’ordres, par les intérêts sur l’argent laissé sur les comptes et sur les prêts accordés aux clients, et, s’il est contrepartie, par l’écart entre ses prix d’achat et de vente. Le paiement pour flux d’ordres est interdit dans l’Union européenne pour les clients de détail par le règlement (UE) 2024/791.
Un logiciel de trading est-il un courtier ?
Non. Un logiciel de trading permet de passer des ordres, mais c’est le courtier qui les reçoit, les exécute et tient le compte. Certains éditeurs de logiciels font de la réception et transmission d’ordres pour le compte de courtiers partenaires ; l’exécution reste chez le courtier.
Faut-il avoir deux courtiers ?
Ce n’est pas obligatoire, mais c’est une sécurité pour qui trade activement : en cas de panne d’une plateforme, un second compte permet de couvrir une position bloquée. Il faut au minimum deux accès au même courtier, par exemple un ordinateur et un téléphone, et deux connexions internet différentes.
Sources de référence utilisées
5
- Code monétaire et financier, article L. 531-1 (prestataires de services d’investissement) et article L. 321-1 (liste des services d’investissement), sur legifrance.gouv.fr.
- AMF, « Fournir un service d’investissement », 6 février 2020 : agrément délivré par l’ACPR, approbation du programme d’activité par l’AMF.
- Directive 2014/65/UE (MIF 2), annexe II : critères du client professionnel sur demande.
- Règlement (UE) 2024/791 modifiant le règlement (UE) n° 600/2014 (MiFIR), article 39 bis, publié au Journal officiel de l’Union européenne le 8 mars 2024 : eur-lex.europa.eu ; entrée en vigueur le 28 mars 2024 et dérogation possible jusqu’au 30 juin 2026 selon la présentation du cabinet Hogan Lovells : hlc.com.
- REGAFI, registre des agents financiers (Banque de France, ACPR).
Pour aller plus loin
- Ouvrir un compte en Bourse : choisir son courtier et passer ses ordres, le guide pratique pour un premier compte.
- Comparatif des brokers, les critères pour choisir un intermédiaire selon sa façon de trader.
- Qu’est-ce qu’un ordre au marché ?, l’ordre que le courtier exécute au premier prix disponible, et ses pièges.
Fiche à jour au 7 novembre 2026, chiffres vérifiés à cette date. Elle décrit un métier et des mécanismes généraux et ne constitue pas un conseil d’investissement adapté à votre situation.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994 et membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), où il détient deux sièges de membre individuel. Fondateur d'Andlil.com en 2010 et auteur de Devenez Trader Pro (2016), il a formé des centaines de traders désireux de maîtriser l'exécution rapide pour apprendre le scalping. Dans la rubrique Vie du trader, il raconte le quotidien du métier : ce qu'il exige en discipline, ce qu'il offre et ce qu'il coûte.
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