Qu’est-ce que le Big Bang financier de 1986 ?

Qu’est-ce que le big bang ?
Le Big Bang correspond à la libéralisation des marchés financiers britanniques. Il s’agit de réformes menées par Margaret Thatcher en octobre 1986 et qui ont pris effet en l’espace d’un jour, d’où le nom Big Bang.
Ces réformes ont bouleversé le fonctionnement de la bourse britannique et ont permis l’émergence des Golden Boys. La City est rapidement devenue l’une des principales places boursières du monde et a vu la vieille école du « capitalisme gentleman » disparaître.

Quelles sont les principales réformes du Big Bang ?
La réforme des marchés financiers britanniques a été rapide et radicale. Les mesures mises en place ont considérablement changé la donne et ont contribué à faire de La City, l’une des places financières les plus importantes.
Voici les principales réformes du gouvernement Thatcher dans le cadre du Big Bang :
- Suppression des commissions fixes
- Disparition de la distinction entre « brokers » et « jobbers »
- Fin de la vente à la criée, remplacée par un système de cotation électronique
- Ouverture à l’international : les groupes étrangers peuvent détenir jusqu’à 100 % des sociétés membres de la bourse de Londres
Le Big Bang financier en résumé
Le Big Bang désigne la déréglementation de la Bourse de Londres entrée en vigueur d’un seul coup le 27 octobre 1986 : commissions devenues négociables, fin de la séparation obligatoire entre courtiers et teneurs de marché, ouverture du capital des sociétés de bourse aux banques britanniques et étrangères, et passage de la criée aux écrans. Préparée depuis un accord conclu en 1983 entre le gouvernement Thatcher et la Bourse, cette réforme a fait entrer la City dans l’ère des grands groupes financiers internationaux.
D’où vient le Big Bang financier ?
Au début des années 1980, la Bourse de Londres fonctionne encore comme un club. Ses règles imposent des commissions minimales fixes. Elles séparent strictement deux métiers : le broker, qui achète et vend pour le compte de ses clients contre commission, et le jobber, qui fait le marché en achetant et en vendant pour son propre compte. Elles empêchent aussi ces maisons d’appartenir à un grand groupe financier et ferment la qualité de membre aux étrangers.
L’Office of Fair Trading, l’autorité britannique de la concurrence, attaque ces règles devant la Restrictive Practices Court, au titre de la loi de 1976 sur les pratiques commerciales restrictives. En juillet 1983, le gouvernement de Margaret Thatcher et la Bourse trouvent un accord : les poursuites sont abandonnées, en échange d’une réforme complète des règles. Le calendrier s’étale ensuite. Depuis le 1er mars 1986, un actionnaire extérieur peut détenir jusqu’à 100 % d’une société membre de la Bourse, contre 29,9 % auparavant. Le 27 octobre 1986, tout le reste bascule le même jour : c’est cette bascule simultanée qui a donné son nom à la réforme. Le Financial Services Act, promulgué le 7 novembre 1986, fixe dans la foulée le nouveau cadre de protection des investisseurs.
Qu’est-ce que le Big Bang a changé concrètement ?
Les commissions deviennent négociables : un grand investisseur institutionnel peut désormais discuter son tarif. La « double capacité » est autorisée : une même maison peut agir comme intermédiaire pour ses clients et comme teneur de marché pour son propre compte. Les prix proposés par les teneurs de marché s’affichent sur les écrans du système SEAQ (Stock Exchange Automated Quotations), mis en service le jour même, et les échanges quittent le parquet pour les écrans et le téléphone. Enfin, les grandes banques, britanniques et étrangères, rachètent une grande partie des anciennes maisons de courtage et de jobbing.
Quels effets le Big Bang a-t-il eus sur la City ?
La réforme atteint son objectif premier : Londres attire les grandes banques internationales et renforce sa place parmi les premiers centres financiers du monde. Le besoin de vastes salles de marché pousse une partie du secteur vers les anciens docks de l’est de Londres, autour de Canary Wharf. La contrepartie est la fin des petites maisons indépendantes : la City passe à l’ère des groupes qui réunissent sous le même toit le conseil, le courtage, la tenue de marché et la banque d’affaires, avec les conflits d’intérêts que cela suppose. Le cadre de supervision issu de 1986 a été remanié plusieurs fois par la suite, notamment avec la création de la Financial Services Authority.
Le débat : modernisation ou fragilisation ?
Pour ses défenseurs, le Big Bang a brisé un système fermé qui protégeait des rentes de situation, fait baisser le coût des transactions pour les grands investisseurs et ouvert Londres à la concurrence internationale. C’est un cas d’école de dérégulation réussie dans la logique du néolibéralisme des années 1980 : l’État retire des règles, la concurrence fait le reste.
Ses critiques soulignent l’autre face. Les grands groupes nés de la réforme ont mêlé activités de clientèle et spéculation pour compte propre, et une partie des risques révélés par la crise de 2008 s’est logée dans ces structures. Nigel Lawson, alors chancelier de l’Échiquier, a lui-même reconnu en 2010 que le Royaume-Uni était entré dans ce nouveau monde bancaire sans vraiment en comprendre les risques. Le lien direct entre le Big Bang de 1986 et la crise de 2008 reste toutefois discuté.
Qu’est-ce que le Big Bang financier change pour un investisseur ou un trader ?
Presque tout ce qu’un trader connaît aujourd’hui découle de réformes de ce type : commissions libres, cotation électronique, concurrence entre teneurs de marché, intermédiaires adossés à de grands groupes. Le Big Bang rappelle aussi qu’un changement de règles de marché déplace la liquidité : une place qui s’ouvre attire les capitaux, dans un monde de capitaux mobiles. Un an plus tard, le krach du lundi noir d’octobre 1987 a d’ailleurs offert à la nouvelle City son premier test grandeur nature.
Questions fréquentes
Pourquoi appelle-t-on cette réforme le « Big Bang » ?
Parce que l’essentiel des changements est entré en vigueur le même jour, le 27 octobre 1986, au lieu d’être étalé dans le temps.
Qui a décidé le Big Bang ?
Le gouvernement de Margaret Thatcher, par un accord conclu en juillet 1983 avec la Bourse de Londres, qui mettait fin à une procédure engagée contre elle par l’autorité de la concurrence. La Bourse s’engageait en échange à réformer ses propres règles.
Quelle différence entre un broker et un jobber ?
Le broker passait les ordres de ses clients et touchait une commission ; le jobber achetait et vendait pour son propre compte et vivait de l’écart entre ses prix d’achat et de vente. Avant 1986, un même membre ne pouvait pas exercer les deux métiers.
Le Big Bang est-il à l’origine de la crise de 2008 ?
Il en est l’un des antécédents souvent cités, parce qu’il a favorisé de grands groupes mêlant banque de clientèle et activités de marché. Mais la crise de 2008 a des causes multiples, et ce lien reste débattu.
Pour aller plus loin
Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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