Oligopole : définition et fonctionnement du marché

Qu’est-ce qu’un oligopole ?
Un oligopole est une situation où un nombre restreint d’entreprises possèdent un avantage sur un certain marché où se concentre une forte demande. L’oligopole apparaît lorsque des producteurs voient leurs rendements croître et sont donc poussés à s’étendre afin de bénéficier d’économies d’échelle. Cette situation est qualifiée d’imparfaite car elle ne correspond pas à une concurrence pure et parfaite car les offreurs possèdent un pouvoir conféré par leur domination et par la forte demande. Ce type de situation peut se révéler risquée car les acteurs présents sur ce marché sont interdépendants et peuvent être tentés de s’entendre sur les prix qu’ils pratiquent.
Quel est un exemple concret d’oligopole ?
L’oligopole est une situation assez répandue. Le secteur de la téléphonie mobile en France est un exemple de situation oligopolistique. En effet, il existe un petit nombre d’opérateurs téléphoniques (pas plus de quatre) assez conséquents, autour desquels gravitent d’autres sociétés plus petites, et qui dominent le marché. Cette domination était telle que ces opérateurs ont fixé des prix élevés sans crainte de concurrence, cependant l’État est intervenu afin de réduire les prix et empêcher ces opérateurs de s’entendre sur les prix. Ces derniers sont dépendants les uns des autres et ne cessent d’aligner leurs prix sur leurs concurrents.
Pourquoi un oligopole ?
La situation d’oligopole est moins dangereuse pour les consommateurs car elle leur offre la possibilité de choisir entre différents offreurs et permet la concurrence, contrairement au monopole qui ne laisse pas de choix. Les gouvernements agissent donc pour favoriser l’oligopole au monopole afin de ne pas défavoriser les consommateurs. L’oligopole se révèle donc comme un régulateur qui permet d’équilibrer le marché et d’éviter l’existence d’une offre unique et encourage l’émergence d’une nouvelle offre.
L’oligopole en résumé
Un oligopole est un marché dominé par un petit nombre de vendeurs face à un grand nombre d’acheteurs. Sa caractéristique essentielle est l’interdépendance : chaque entreprise sait que ses décisions de prix ou de production provoqueront une réaction de ses concurrents, et elle en tient compte. Quand il n’y a que deux vendeurs, on parle de duopole. L’oligopole se situe entre la concurrence parfaite, où aucune entreprise n’influence le prix, et le monopole, où une seule le fixe.
Il naît le plus souvent de fortes barrières à l’entrée : investissements très lourds, économies d’échelle, licences publiques limitées, brevets, réseaux de distribution.
Comment raisonnent les entreprises en oligopole ?
Les économistes ont proposé plusieurs modèles, selon la façon dont les entreprises se font concurrence. Dès 1838, Antoine Augustin Cournot étudie deux producteurs qui choisissent chacun la quantité à produire en tenant compte de celle de l’autre : le prix obtenu est plus élevé qu’en concurrence parfaite, mais plus bas qu’en monopole. Joseph Bertrand fait ensuite l’hypothèse que les entreprises se concurrencent par les prix : si leurs produits sont identiques, chacune a intérêt à passer juste sous le prix de l’autre, et la guerre des prix peut ramener le prix au coût de production, même avec deux entreprises seulement. Le modèle de Stackelberg décrit un marché avec un leader qui décide le premier et des suiveurs qui s’adaptent.
La théorie des jeux éclaire le dilemme central de l’oligopole. Ensemble, les entreprises gagneraient davantage en maintenant des prix élevés ; mais chacune, prise isolément, a intérêt à baisser son prix pour prendre des clients aux autres. D’où la tentation de s’entendre, ouvertement au sein d’un cartel, ou tacitement, en alignant ses prix sur ceux des concurrents sans accord explicite. C’est ce qui explique la rigidité des prix souvent observée dans ces marchés : personne ne veut déclencher une guerre des prix.
La téléphonie mobile en France est-elle un oligopole ?
L’exemple cité plus haut a donné lieu à une lourde sanction. Le 1er décembre 2005, le Conseil de la concurrence a annoncé avoir condamné les trois opérateurs mobiles de l’époque à 534 millions d’euros d’amende au total : 256 millions pour Orange France, 220 millions pour SFR et 58 millions pour Bouygues Télécom. Il leur reprochait d’avoir échangé chaque mois, de 1997 à 2003, des informations confidentielles sur leurs nouveaux abonnés et leurs résiliations, et de s’être entendus de 2000 à 2002 pour stabiliser leurs parts de marché, un accord que leurs propres documents appelaient le « Yalta des parts de marché ».
L’État a ensuite agi sur la structure du marché en attribuant une quatrième licence. Le 10 janvier 2012, Free Mobile a lancé un forfait illimité sans engagement à 19,99 euros par mois, qui a obligé les opérateurs en place à revoir leurs offres. Le passage de trois à quatre opérateurs illustre la logique décrite dans le texte : plus d’offreurs, plus de concurrence par les prix.
Comment mesurer la concentration d’un marché ?
Les autorités de concurrence utilisent notamment l’indice de Herfindahl-Hirschman (IHH) : on additionne les carrés des parts de marché de toutes les entreprises, exprimées en pourcentage. L’indice va de près de 0 (marché très fragmenté) à 10 000 (monopole). Imaginons un marché partagé entre quatre entreprises détenant 35 %, 25 %, 20 % et 20 % : l’IHH vaut 35² + 25² + 20² + 20² = 1 225 + 625 + 400 + 400 = 2 650. Avec dix entreprises de 10 % chacune, il ne serait que de 1 000. Plus l’indice est élevé, plus une fusion entre concurrents sera examinée de près.
Quels débats entourent l’oligopole ?
L’oligopole n’est pas mauvais en soi. Dans les secteurs où les coûts fixes sont énormes, comme l’aéronautique civile, dominée par Airbus et Boeing, ou les réseaux de télécommunications, seules quelques entreprises de grande taille peuvent atteindre la rentabilité, et la concurrence entre elles peut rester vive. Le texte souligne à juste titre qu’un oligopole laisse au consommateur plus de choix qu’un monopole.
Il faut cependant nuancer l’idée que les gouvernements « favorisent » l’oligopole. Les autorités de concurrence cherchent d’abord à empêcher les ententes, comme le montre la condamnation de 2005, et à contrôler les fusions qui réduiraient encore le nombre d’acteurs. Lorsque l’État organise lui-même un marché par des licences, comme dans le mobile, il fixe le nombre d’opérateurs : l’enjeu est alors de savoir combien il en faut pour que la concurrence joue. Les économistes discutent aussi du lien entre concentration et innovation : de grandes entreprises disposent de moyens de recherche importants, mais une position confortable peut aussi les rendre moins pressées d’innover.
Qu’est-ce que l’oligopole change pour un investisseur ?
Une entreprise en oligopole stable dispose souvent d’un pouvoir de fixation des prix, qui protège ses marges, en particulier en période d’inflation. À l’inverse, l’arrivée d’un nouvel entrant ou le début d’une guerre des prix peut faire chuter les marges de tout un secteur. Sur les matières premières, l’entente entre producteurs, comme celle des pays de l’OPEP sur le pétrole, est un facteur de prix majeur. Analyser la structure d’un marché, nombre d’acteurs, barrières à l’entrée, discipline des prix, fait partie de l’analyse fondamentale.
Questions fréquentes
Quelle est la différence entre oligopole et monopole ?
Un monopole n’a qu’un vendeur, qui fixe seul le prix. Un oligopole en compte quelques-uns, interdépendants, qui doivent tenir compte des réactions de leurs concurrents.
Quelle est la différence entre oligopole et cartel ?
L’oligopole est une structure de marché ; le cartel est une entente entre entreprises pour fixer les prix ou se partager le marché. Un oligopole facilite la formation d’un cartel, mais n’en est pas un. En France et dans l’Union européenne, les ententes sont interdites.
Quels sont des exemples d’oligopole ?
La téléphonie mobile en France, l’aéronautique civile avec Airbus et Boeing, ou encore de nombreux secteurs à coûts fixes élevés.
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Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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