DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Histoire de Samsung Electronics : du comptoir de Daegu au géant mondial de la mémoire

Histoire de Samsung Electronics : la fondation du groupe en 1938 par Lee Byung-chul, le pari des puces, trois générations de Lee, ses dirigeants.

Histoire de Samsung Electronics

Samsung Electronics, vaisseau amiral du groupe Samsung, fabrique des puces mémoire, des smartphones Galaxy, des téléviseurs, de l’électroménager et des écrans. Son histoire commence par du poisson séché et des nouilles vendus en 1938 à Daegu, et se confond depuis avec celle d’une famille, les Lee, plus d’une fois appelée devant les juges.

Samsung Electronics en bref

  • Fondation : le groupe Samsung naît le 1er mars 1938 à Daegu, fondé par Lee Byung-chul ; Samsung Electronics est créé le 13 janvier 1969.
  • Siège : Suwon, province de Gyeonggi, en Corée du Sud.
  • Dirigeants : Lee Jae-yong, président exécutif depuis le 27 octobre 2022 ; Jun Young-hyun et Roh Tae-moon, codirecteurs généraux ; Shin Je-yoon, administrateur indépendant, préside le conseil d’administration.
  • Activités : semi-conducteurs, smartphones et réseaux, téléviseurs et électroménager, écrans (Samsung Display), électronique automobile et audio (Harman).
  • Marques principales : Samsung, Galaxy, Exynos, Harman.
  • Effectifs : 259 149 salariés fin 2025, dont 124 564 en Corée.
  • Cotation : Bourse de Corée depuis le 11 juin 1975, poids lourd de l’indice Kospi.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 333 600 milliards de wons.

Histoire de Samsung Electronics

1938-1950 : poisson séché et nouilles à Daegu

Lee Byung-chul naît le 12 février 1910 dans le district d’Uiryeong, dans une famille de propriétaires terriens, sous la domination japonaise. En 1936, il ouvre une rizerie à Masan avec deux associés, y ajoute une société de transport, puis des terres achetées à crédit. En juillet 1937, la guerre sino-japonaise fait s’effondrer le prix du foncier : il vend tout pour payer les banques. Première leçon.

Le 1er mars 1938, il ouvre à Daegu, avec 30 000 wons de capital, Samsung Sanghoe, un comptoir qui expédie vers la Chine et la Mandchourie les produits de la région et le poisson séché de Pohang, et qui fabrique des nouilles. Samsung signifie « trois étoiles ». En 1939, il rachète une brasserie ; en 1947, il s’installe à Séoul, où il fonde l’année suivante une société de commerce, Samsung Moolsan.

La guerre de Corée, en juin 1950, emporte tout. Selon la fondation Ho-Am, qui entretient la mémoire du fondateur, l’argent de la brasserie, caché dans un moulin incendié, est retrouvé intact sous les cendres ; le récit est édifiant, et il vient de la maison. Le 11 janvier 1951, Samsung Moolsan renaît à Busan.

1951-1968 : du sucre, de la laine et le pouvoir

Lee veut fabriquer, et non plus seulement négocier. Il choisit le sucre, que la Corée importe en totalité : la raffinerie Cheil Jedang produit ses premiers lots le 5 novembre 1953. Suivent la laine, avec Cheil Mojik en 1954, puis la banque, l’assurance et les médias. À la fin des années 1950, Lee passe pour l’homme le plus riche du pays et l’un des mieux introduits auprès du président Syngman Rhee.

Quand l’armée prend le pouvoir, en mai 1961, Lee est à Tokyo, et son nom figure en tête de la liste des hommes d’affaires que la junte veut poursuivre pour corruption. Il rentre et traite avec le général Park Chung-hee : le passé sera oublié s’il sert l’industrialisation. En 1966 éclate le scandale de la saccharine : sa nouvelle usine d’engrais, Korea Fertilizer, a fait entrer en contrebande une cinquantaine de tonnes de cet édulcorant, déclarées comme matériaux de construction, et un de ses fils est mis en cause. Lee « donne » l’usine à l’État et se retire de la direction, ce qui lui épargne les poursuites. La biographie de la fondation Ho-Am célèbre l’usine d’engrais et ne dit pas un mot de la saccharine.

1969-1987 : des téléviseurs, puis le pari des puces

Le 30 décembre 1968, sept fondateurs décident de lancer une société d’électronique ; entre plusieurs noms, dont Cheil Electronics, un vote retient Samsung Electronics, et la société naît le 13 janvier 1969. Sans technique propre, elle s’adosse aux japonais Sanyo et NEC, chez qui ses premiers techniciens vont se former en 1970. Ses téléviseurs noir et blanc atteignent dix millions d’exemplaires en mai 1981.

En 1974, Lee Kun-hee, troisième fils du fondateur, alors cadre de la télévision du groupe, achète sur ses propres deniers la moitié de Hankook Semiconductor, pionnier coréen ruiné par le premier choc pétrolier, puis le reste en 1977. Son père n’y croit guère : des transistors à un ou deux cents pièce. Le fondateur change d’avis après une conversation à Tokyo avec l’économiste japonais Hidezo Inaba, en 1980, et des visites chez Hewlett-Packard et IBM. En février 1983, à Tokyo, à 73 ans, il décide que Samsung investira massivement dans la mémoire, et l’annonce publiquement en mars : c’est la « déclaration de Tokyo ».

Samsung achète la technique de la mémoire vive de 64 kilobits à l’américain Micron, celle de la mémoire statique au japonais Sharp, et bâtit à Giheung une usine mise en service en 1984, après six mois de chantier : la Corée devient le troisième pays, après les États-Unis et le Japon, à produire ces puces. Lee Byung-chul meurt le 19 novembre 1987, à 77 ans. En décembre, Lee Kun-hee, 45 ans, prend la présidence du groupe.

1987-1997 : « tout changer, sauf sa femme et ses enfants »

En novembre 1988, Samsung Electronics absorbe Samsung Semiconductor & Telecommunications ; il fête depuis son anniversaire le 1er novembre. En 1992, il devient le premier fabricant mondial de mémoire vive, rang qu’il a longtemps conservé.

Le reste ne suit pas. En juin 1993, à Francfort, Lee Kun-hee visionne une vidéo où un ouvrier rabote au couteau une porte de lave-linge mal ajustée. Il convoque quelque 200 cadres à l’hôtel Kempinski et lance, le 7 juin, sa « nouvelle gestion » : « Changeons tout, sauf nos femmes et nos enfants. » En mars 1995, à l’usine de Gumi, 150 000 téléphones défectueux sont brûlés devant les salariés. La qualité devient une religion, la justice un voisinage : interrogé en novembre 1995 sur les caisses noires de l’ancien président Roh Tae-woo, Lee Kun-hee est condamné en 1996 pour corruption, avec sursis, puis gracié.

1997-2014 : la crise, le smartphone et les juges

Yun Jong-yong prend la direction de Samsung Electronics en janvier 1997, juste avant la crise financière asiatique. Le groupe passe de 65 à 45 sociétés ; près de 50 000 salariés partent, dont 30 000 chez Samsung Electronics. Samsung Motors, rêve personnel de Lee Kun-hee, finit en redressement judiciaire avec 4 000 milliards de wons de dettes, avant d’être repris par Renault.

Lorsque l’ancien chef du service juridique, Kim Yong-chul, révèle l’existence de caisses noires, un procureur spécial est nommé. Inculpé, Lee Kun-hee démissionne en avril 2008 ; condamné en août 2009 à trois ans de prison avec sursis, il est gracié en décembre au nom de la candidature de Pyeongchang aux Jeux olympiques d’hiver, et revient en mars 2010. C’est l’année du premier Galaxy S. Au premier trimestre 2012, Samsung expédie 93 millions de téléphones contre 83 millions pour Nokia, numéro un depuis 1998.

2014-2026 : l’héritier, la prison et l’intelligence artificielle

En mai 2014, Lee Kun-hee est terrassé par une crise cardiaque ; son fils Lee Jae-yong dirige de fait. En octobre 2016, après des incendies de batteries, Samsung arrête définitivement la production du Galaxy Note 7. Il achète l’américain Harman, opération annoncée en novembre 2016 pour 8 milliards de dollars et conclue en mars 2017.

Le 25 août 2017, Lee Jae-yong est condamné à cinq ans de prison dans le scandale qui fait tomber la présidente Park Geun-hye : 7,2 milliards de wons versés pour l’entraînement équestre de la fille d’une de ses confidentes. Rejugé, il passe au total dix-huit mois en détention, sort en libération conditionnelle en août 2021 et est gracié en août 2022. Lee Kun-hee meurt le 25 octobre 2020 ; ses héritiers annoncent plus de 12 000 milliards de wons de droits de succession et donnent une grande partie de sa collection d’art aux musées nationaux. Le 27 octobre 2022, Lee Jae-yong prend le titre de président. L’affaire de la fusion de Samsung C&T et de Cheil Industries, en 2015, se clôt le 17 juillet 2025 par son acquittement définitif.

Entre-temps, Samsung a pris du retard sur SK hynix dans la mémoire des serveurs d’intelligence artificielle. Le codirecteur général Han Jong-hee meurt en mars 2025 ; Jun Young-hyun, chef des semi-conducteurs, est rejoint en novembre par Roh Tae-moon, venu des smartphones. La pénurie de mémoire de 2026 a depuis retourné la situation.

Ce que fait Samsung Electronics aujourd’hui

En 2025, Samsung Electronics a réalisé 333 600 milliards de wons de chiffre d’affaires, en quatre ensembles (ventes entre divisions comprises) :

  • Semi-conducteurs (130 100 milliards de wons, dont 104 100 pour la mémoire) : mémoire vive et flash, processeurs Exynos, capteurs d’image, fabrication pour des tiers ; 24 900 milliards de résultat opérationnel.
  • Produits finis (188 000 milliards) : smartphones et réseaux (129 500 milliards), téléviseurs et électroménager (57 300 milliards) ; 12 900 milliards de résultat opérationnel.
  • Samsung Display (29 800 milliards) : écrans OLED (à diodes organiques) pour téléphones, ordinateurs et automobiles.
  • Harman (15 800 milliards) : électronique embarquée et audio.

Les Amériques font 40 % des ventes, l’Asie et l’Afrique, Chine comprise, 30 %, l’Europe 16 % et la Corée 14 %.

Les dirigeants de Samsung Electronics

  • Lee Byung-chul (1938-1987) : fondateur et président du groupe Samsung.
  • Lee Kun-hee (1987-2008, puis 2010-2020) : président du groupe, artisan des semi-conducteurs et de la « nouvelle gestion ».
  • Yun Jong-yong (à partir de 1997) : directeur général pendant la crise asiatique.
  • Lee Jae-yong (dirigeant de fait depuis 2014) : président exécutif depuis octobre 2022.
  • Han Jong-hee (2022-2025) : vice-président et codirecteur général, mort en fonctions.
  • Jun Young-hyun (depuis 2025) : codirecteur général, chef des semi-conducteurs.
  • Roh Tae-moon (depuis novembre 2025) : codirecteur général, chef des produits finis.

Samsung Electronics en Bourse

Samsung Electronics est coté à la Bourse de Corée depuis le 11 juin 1975 et porte son nom actuel depuis 1984. Le 26 février 2026, sa capitalisation touche brièvement 1 000 milliards de dollars ; le 6 mai, l’action gagne plus de 15 % en une séance et Samsung devient la deuxième société asiatique, après TSMC, à franchir ce seuil, entraînant le Kospi au-dessus de 7 000 points.

Chiffres clés depuis 2021

Exercice Chiffre d’affaires Résultat opérationnel Résultat net
2021 279 600 51 600 39 900
2022 302 200 43 400 55 700
2023 258 900 6 600 15 500
2024 300 900 32 700 34 500
2025 333 600 43 600 45 200

En milliards de wons, arrondis, comptes consolidés publiés. En 2022, un produit d’impôt porte le résultat net au-dessus du résultat opérationnel ; 2023 est le creux du cycle de la mémoire.

Questions fréquentes sur Samsung

Qui a fondé Samsung ?

Lee Byung-chul, le 1er mars 1938, à Daegu. Il a créé Samsung Electronics en 1969 et dirigé le groupe jusqu’à sa mort, en 1987.

Que signifie le nom Samsung ?

Samsung signifie « trois étoiles » en coréen : trois pour la grandeur et la force, l’étoile pour ce qui brille longtemps, selon la fondation Ho-Am. Les étoiles ont disparu du logo au début des années 1990.

Qui dirige Samsung ?

Lee Jae-yong, petit-fils du fondateur, est président exécutif depuis octobre 2022. Deux codirecteurs généraux se partagent l’exploitation : Jun Young-hyun pour les semi-conducteurs, Roh Tae-moon pour les produits finis.

Qui possède Samsung ?

La famille Lee le contrôle avec des parts minoritaires, à travers des sociétés liées entre elles par des participations, dont Samsung C&T est de fait la tête. À sa mort, Lee Kun-hee détenait 4,18 % des actions ordinaires de Samsung Electronics.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Samsung Electronics.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.