Histoire de SK Hynix : de la faillite évitée à la mémoire de l’intelligence artificielle

SK Hynix est un fabricant sud-coréen de puces mémoire, filiale du groupe SK, coté à Séoul et, depuis juillet 2026, au Nasdaq. Son histoire est celle d’une entreprise que presque personne ne voulait : née d’une ambition du groupe Hyundai, mariée de force à LG, tenue à bout de bras par ses banques pendant dix ans, elle est devenue le fournisseur de mémoire préféré de l’intelligence artificielle.
SK Hynix en bref
- Fondation : février 1983, sous le nom de Hyundai Electronics Industries, par le groupe Hyundai de Chung Ju-yung ; l’entité juridique remonte à une société de construction créée en 1949.
- Siège : Icheon, dans la province de Gyeonggi, au sud-est de Séoul.
- Dirigeant : Kwak Noh-jung, directeur général depuis 2022, seul à ce poste depuis la fin de 2023 ; Chey Tae-won préside le groupe SK.
- Activités : mémoire vive DRAM, dont la mémoire à haut débit (HBM, pour high bandwidth memory), et mémoire flash NAND pour le stockage.
- Effectifs : environ 35 000 salariés, selon la presse (avril 2026).
- Actionnaire de référence : SK Square, holding du groupe SK, avec environ 20 % du capital.
- Cotation : Bourse de Corée (code 000660), indice Kospi ; certificats américains au Nasdaq (code SKHY) depuis juillet 2026.
- Chiffre d’affaires 2025 : 97 147 milliards de wons, pour un bénéfice net de 42 948 milliards.
Histoire de SK Hynix
1983-1997 : Hyundai se met aux puces
Au début des années 1980, Chung Ju-yung, dont l’empire construit routes, navires et voitures, décide que Hyundai fabriquera aussi des semi-conducteurs. En février 1983, une société de construction, Gukdo, fondée en 1949, devient Hyundai Electronics Industries ; c’est la date de naissance que SK Hynix retient aujourd’hui. La même année, Samsung annonce qu’il fabriquera des puces : la Corée lance deux chevaux dans la même course.
Les débuts sont laborieux. Sans l’expérience de Samsung, Hyundai peine à obtenir des rendements acceptables, et il apprend en partie le métier en fabriquant sous contrat pour des groupes étrangers. En 1985, Hyundai produit en série des puces DRAM de 256 kilobits. En 1995, il annonce une mémoire de 256 mégabits, la première au monde selon l’entreprise. Le métier reste cruel : le prix de la mémoire peut s’effondrer en quelques mois.
1997-2001 : le « Big Deal » et la chute
Après la crise financière asiatique de 1997, le gouvernement de Kim Dae-jung impose aux grands conglomérats familiaux, les chaebol, des échanges d’activités : les « Big Deals ». Samsung n’est pas concerné par celui des puces. Hyundai et LG, qui perdent tous deux de l’argent dans les puces, doivent fusionner leurs activités. LG résiste, puis cède en janvier 1999 sous la pression des banques. Le 20 mai 1999, Hyundai Electronics signe le rachat de 59 % de LG Semicon pour 2 560 milliards de wons, dont 1 000 milliards en billets à ordre étalés jusqu’en 2002. LG, écrira le JoongAng Ilbo, ne l’a jamais pardonné au gouvernement.
Le mariage arrive au pire moment : payé cher, à crédit, il précède l’une des pires années de l’entreprise, l’an 2000. En mars 2001, elle se rebaptise Hynix Semiconductor, contraction de high et d’electronics, pour se défaire, écrit alors la presse, d’un nom Hyundai devenu lourd à porter. Hynix vend tout ce qui n’est pas de la mémoire ; en août 2001, le groupe Hyundai, lui-même en décomposition, la laisse partir. La même année, le prix des puces mémoire s’effondre ; dans ses pires années, Hynix perdra, selon le Korea JoongAng Daily, 5 milliards de wons par jour. En octobre 2001, ses créanciers, conduits par la Korea Exchange Bank, la placent sous leur tutelle et décident de convertir une partie de leurs créances en actions ; ils en prendront le contrôle en 2002.
2001-2005 : sous la tutelle des banques
Les banques, souvent publiques, rééchelonnent environ 5 000 milliards de wons de dettes. Micron, dernier fabricant américain de DRAM, y voit une subvention publique déguisée. En avril 2002, il annonce pourtant un accord pour racheter l’activité DRAM de Hynix : en mai, le conseil d’administration de Hynix le rejette. En novembre, Micron porte plainte, et les États-Unis comme l’Union européenne imposeront des droits compensateurs sur les puces de Hynix. Le 26 mars 2003, l’action clôture à 135 wons, en cours de l’époque, une poignée de centimes.
Faute d’argent pour construire, ses ingénieurs modernisent les vieilles usines : en 2004, ils réaménagent l’usine M5 en cinq mois. Les effectifs passent de 22 000 à 13 000 personnes, et le marché aide : en 2004, Hynix passe devant Micron au deuxième rang mondial. Le 11 juillet 2005, il sort du régime de tutelle des créanciers avec un an et demi d’avance. En avril 2005, il avait aussi accepté de plaider coupable devant la justice américaine pour sa participation, entre 1999 et 2002, à une entente sur les prix de la DRAM : l’amende, 185 millions de dollars, est alors la troisième plus élevée de l’histoire du droit de la concurrence américain.
2005-2012 : une entreprise que personne n’achète
Les banques veulent vendre ; personne n’achète. Hyosung renonce en 2008. En février 2010, l’appel d’offres ne reçoit aucune lettre d’intention. La crise de 2008 a de nouveau plongé Hynix dans les pertes. En 2010, pourtant, l’entreprise prend une décision qui pèsera plus que tout le reste : elle accepte de devenir le partenaire d’AMD pour un nouveau type de mémoire, des puces DRAM empilées les unes sur les autres et reliées par des milliers de conducteurs verticaux. On l’appellera HBM.
En juillet 2011, deux candidats se présentent enfin : SK Telecom, premier opérateur mobile du pays, à la recherche de croissance sur un marché saturé, et le groupe de chantiers navals STX, qui se retire peu après. Le 14 février 2012, SK Telecom achève l’achat de 21,05 % du capital pour 3 370 milliards de wons, environ 3 milliards de dollars. Le jour même, Chey Tae-won, patron du groupe SK, poursuivi pour détournement de fonds, devient président et codirecteur général de Hynix. Condamné, il quittera le conseil au début de 2014. L’entreprise prend le nom de SK Hynix.
2012-2021 : l’argent de SK
Hynix a enfin un actionnaire qui investit au lieu d’attendre la revente : 3 850 milliards de wons dès 2012. En 2013, malgré un incendie dans son usine chinoise, l’entreprise dégage un bénéfice record ; en 2014, elle paie l’impôt sur les sociétés pour la première fois depuis dix-neuf ans. Park Sung-wook, entré comme ingénieur en 1984, la dirige de 2013 à 2018. La même année 2013, SK Hynix et AMD font adopter la norme HBM par le JEDEC, l’organisme de normalisation des composants électroniques. En juin 2015, AMD présente la Radeon R9 Fury X, première carte graphique équipée de HBM. Trop chère, elle ne bouscule pas le marché.
La suite est une leçon d’humilité. Pour le Tesla P100, lancé en avril 2016 et présenté comme son premier processeur conçu pour l’intelligence artificielle, Nvidia choisit la HBM2 de Samsung. SK Hynix peine à faire qualifier la sienne ; l’équipe HBM devient, raconte la presse coréenne, une affectation que l’on fuit. En 2018, il engage environ 4 000 milliards de wons dans le rachat, mené par Bain Capital, de la mémoire de Toshiba, future Kioxia. En octobre 2020, il annonce le rachat de l’activité mémoire flash d’Intel pour 9 milliards de dollars ; la première étape, 7 milliards, est conclue fin décembre 2021, avec l’usine de Dalian, en Chine, et la création de Solidigm.
Depuis 2022 : la mémoire de l’intelligence artificielle
En juin 2022, SK Hynix lance la production en série de la HBM3, qui équipe le H100 de Nvidia. Fin novembre, ChatGPT déclenche la ruée sur les H100. L’année 2023 est pourtant la pire depuis longtemps pour le reste de la mémoire : 7 730 milliards de wons de perte d’exploitation. La HBM sauve la mise. En septembre 2024, SK Hynix produit en série la première HBM3E à douze couches ; en 2025, ses ventes de HBM font plus que doubler.
Le 22 juin 2026, SK Hynix dépasse pour la première fois Samsung Electronics en capitalisation boursière, sur les actions ordinaires, et devient la première valeur du Kospi, place que Samsung occupait depuis novembre 2000. Le 10 juillet 2026, Chey Tae-won et Kwak Noh-jung ouvrent la séance du Nasdaq ; l’offre de certificats américains lève 26,5 milliards de dollars. Micron, qui avait voulu racheter sa DRAM en 2002, cote sur le même marché.
Ce que fait SK Hynix aujourd’hui
SK Hynix vit de la mémoire, qu’il fabrique lui-même. En 2025, il a réalisé 97 147 milliards de wons de chiffre d’affaires et 47 206 milliards de résultat d’exploitation, soit une marge de 49 %. Ses métiers :
- DRAM : la mémoire vive des serveurs, des ordinateurs et des téléphones, et surtout la HBM, cœur des profits.
- NAND : la mémoire flash des disques SSD, en particulier ceux des centres de données, vendus notamment par Solidigm.
Ses usines sont à Icheon et Cheongju, en Corée, à Wuxi et Dalian, en Chine ; d’autres se construisent à Yongin et dans l’Indiana.
Les dirigeants de SK Hynix
- Woo Eui-jei : président de Hynix pendant la tutelle des créanciers, encore en fonction à leur départ, en juillet 2005.
- Kwon Oh-chul (2010-2013) : directeur général, entré chez Hyundai en 1984.
- Chey Tae-won (2012-2014) : président du groupe SK, président et codirecteur général de SK Hynix jusqu’à sa condamnation.
- Park Sung-wook (2013-2018) : directeur général, entré comme ingénieur en 1984.
- Lee Seok-hee (fin 2018-2022) : directeur général, ancien directeur des opérations.
- Park Jung-ho (2021-2023) : venu de SK Telecom, codirecteur général.
- Kwak Noh-jung (depuis 2022) : entré chez Hyundai Electronics en 1994, codirecteur général en mars 2022, seul directeur général depuis la fin de 2023.
SK Hynix en Bourse
L’action est cotée à Séoul sous le code 000660 ; elle l’était déjà sous le nom de Hyundai Electronics en 1999. Elle a connu les deux extrêmes de la cote. Selon le quotidien économique Edaily, elle a clôturé sous les 1 000 wons, en cours non ajustés, du 29 avril 2002 au 11 avril 2003 ; avec les règles que le Kosdaq, l’autre marché coréen, applique depuis juillet 2026, une procédure de radiation aurait été difficile à éviter. Le 22 juin 2026, elle a atteint son record, 2 919 000 wons. Depuis juillet 2026, des certificats représentatifs d’actions (ADR, pour American depositary receipts) sont négociés au Nasdaq sous le code SKHY.
Chiffres clés depuis 2021
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat d’exploitation | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2021 | 43,00 | 12,41 | 9,62 |
| 2022 | 44,62 | 6,81 | 2,24 |
| 2023 | 32,77 | -7,73 | -9,14 |
| 2024 | 66,19 | 23,47 | 19,80 |
| 2025 | 97,15 | 47,21 | 42,95 |
En milliers de milliards de wons (1 000 milliards de wons valent environ 0,7 milliard de dollars), comptes consolidés publiés par SK Hynix, exercices clos le 31 décembre. Pour 2022, chiffres retraités publiés avec les comptes de 2023 (initialement 44,65, 7,01 et 2,44).
Questions fréquentes sur SK Hynix
Qui a fondé SK Hynix ?
L’entreprise a été fondée en février 1983 sous le nom de Hyundai Electronics par le groupe Hyundai de Chung Ju-yung. Elle a pris le nom de Hynix en 2001, puis de SK Hynix après son rachat par SK Telecom en 2012.
D’où vient le nom Hynix ?
De high et d’electronics ; l’entreprise y lisait aussi « hi, electronics ».
Qui dirige SK Hynix ?
Kwak Noh-jung, entré chez Hyundai Electronics en 1994, est directeur général depuis 2022. L’actionnaire de référence est SK Square, holding du groupe SK de Chey Tae-won.
Pourquoi SK Hynix fournit-il Nvidia ?
SK Hynix a codéveloppé avec AMD la mémoire à haut débit (HBM) dès 2010, et sa HBM3 a équipé le H100 de Nvidia à partir de 2022. Cette avance lui a donné la première place sur la mémoire de l’intelligence artificielle.
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Sources
- SK hynix, résultats de l’exercice 2025 (28 janvier 2026)
- SK hynix, résultats du quatrième trimestre et de l’exercice 2024 (22 janvier 2025)
- SK hynix, résultats de l’exercice 2023 (25 janvier 2024)
- SK hynix, résultats de l’exercice 2021 (28 janvier 2022)
- Solidigm, première étape du rachat de l’activité NAND d’Intel (29 décembre 2021)
- Département de la Justice des États-Unis, Hynix plaide coupable d’entente sur les prix de la DRAM (avril 2005)
- The Register, LG cède sa division de puces à Hyundai (7 janvier 1999)
- The Register, Hyundai Electronics devient Hynix Semiconductor (8 mars 2001)
- The Register, les créanciers rendent le contrôle de Hynix (11 juillet 2005)
- Korea JoongAng Daily, « The revival of Hynix » (4 avril 2005)
- Korea JoongAng Daily, Hynix sort de la tutelle des créanciers (12 juillet 2005)
- Korea JoongAng Daily, « Navigating a stormy memory chip market » (4 juillet 2010)
- The Korea Times, SK et STX candidats au rachat de Hynix (10 juillet 2011)
- The Korea Times, SK Telecom achève le rachat de Hynix (14 février 2012)
- Korea JoongAng Daily, SK Hynix après le départ de Chey Tae-won (26 mars 2014)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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