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Histoire de Siemens : de l’atelier de télégraphes berlinois au conglomérat qui se défait

Histoire de Siemens

Siemens est un groupe industriel allemand coté au DAX : automatisation et logiciels pour les usines, équipements électriques des bâtiments et des réseaux, trains et signalisation, et encore, pour un temps, technologies médicales. Son histoire épouse celle de l’Allemagne depuis 1847, avec ses inventions, ses guerres et ses fautes, et se lit depuis vingt-cinq ans comme celle d’un conglomérat qui se découpe lui-même.

Siemens en bref

  • Fondation : 1847, à Berlin, par Werner Siemens et Johann Georg Halske, sous le nom de Telegraphen-Bauanstalt von Siemens & Halske.
  • Siège : Munich (avec un siège statutaire à Berlin).
  • Dirigeants : Roland Busch, président du directoire depuis février 2021 ; Jim Hagemann Snabe, président du conseil de surveillance depuis 2018.
  • Activités : industries numériques (automatisation, logiciels industriels), infrastructures intelligentes (bâtiments, réseaux électriques, centres de données), mobilité (trains, signalisation), et la majorité de Siemens Healthineers (imagerie et diagnostic médical).
  • Marques et produits : SIMATIC, Xcelerator, Velaro, Desiro, Altair, Healthineers.
  • Effectifs : environ 318 000 salariés au 30 septembre 2025, dont 86 000 en Allemagne.
  • Cotation : Bourse de Francfort (code SIE), membre du DAX et de l’Euro Stoxx 50.
  • Chiffre d’affaires 2024-2025 (exercice clos le 30 septembre)  : 78,9 milliards d’euros.

Quelle est l’histoire de Siemens ?

1847-1892 : un officier d’artillerie et un mécanicien

Werner Siemens, lieutenant ingénieur de l’artillerie prussienne et membre de la commission prussienne du télégraphe, a perfectionné le télégraphe à aiguille. Il lui faut un artisan pour le fabriquer : ce sera Johann Georg Halske, maître mécanicien de précision. Leur atelier, installé dans une arrière-cour de la Schöneberger Straße à Berlin, commence à travailler le 12 octobre 1847, avec une dizaine de personnes. En 1849 entre en service la première grande ligne télégraphique d’Europe, entre Berlin et Francfort, longue d’environ 670 kilomètres.

L’affaire devient vite une entreprise de famille à l’échelle du continent. De 1853 à 1855, Siemens & Halske construit le réseau télégraphique de l’État russe, environ 9 000 kilomètres ; un frère de Werner, Carl, dirige la filiale de Saint-Pétersbourg, un autre, William, la branche anglaise, indépendante à partir de 1858. En 1866, Werner Siemens découvre le principe dynamo-électrique, qui permet de produire du courant en quantité à partir d’une force mécanique : c’est l’entrée dans l’ère du courant fort. En avril 1870 ouvre la ligne indo-européenne, de Londres à Calcutta, qui ramène la transmission d’un message de trente jours à vingt-huit minutes. En 1875, le câble transatlantique posé par le navire Faraday entre en service ; à la fin du siècle, Siemens aura posé neuf des seize câbles qui traversent l’Atlantique. En 1879, à l’exposition industrielle de Berlin, la maison présente le premier chemin de fer électrique alimenté par une source extérieure.

Werner Siemens, anobli sur le tard, passe la main en 1890 à son frère Carl et à ses fils Arnold et Wilhelm. Il meurt le 6 décembre 1892 ; l’entreprise compte alors 6 500 salariés.

1897-1932 : Siemensstadt, Schuckert et Osram

En 1897, Siemens & Halske devient une société par actions, dont la famille garde d’abord presque tous les titres, et achète à l’ouest de Berlin les terrains d’un quartier industriel qui prendra le nom de Siemensstadt. En mars 1903, ses activités de courant fort fusionnent avec celles du nurembergeois Schuckert pour former Siemens-Schuckertwerke. Pendant la Première Guerre mondiale, le groupe produit pour l’armement. En 1919, il fonde avec deux autres fabricants la société d’ampoules Osram, dont il détient 40 %. En 1923 naît au Japon une coentreprise, Fuji Electric. De 1925 à 1929, Siemens-Schuckertwerke construit la centrale hydroélectrique d’Ardnacrusha, sur le Shannon, qui doit électrifier l’Irlande indépendante. En 1932, les activités médicales sont regroupées dans Siemens-Reiniger-Werke, à Erlangen.

1933-1945 : l’armement et le travail forcé

Sous le régime nazi, Siemens grandit grâce aux commandes d’armement. À partir de 1940, il recourt au travail forcé : au moins 80 000 travailleurs forcés ont travaillé pour le groupe entre 1940 et 1945, selon ses propres chiffres. Parmi eux figurent des déportés de camps de concentration : Siemens & Halske fait construire en 1942 des ateliers à côté du camp de femmes de Ravensbrück, et le groupe produit aussi à Auschwitz avec des détenus loués par la SS. Hermann von Siemens dirige l’entreprise à partir de 1941. Le groupe indique avoir versé depuis environ 155 millions d’euros d’aide aux anciens travailleurs forcés.

En 1945, près de la moitié des bâtiments sont détruits, les Alliés saisissent les actifs, et Siemens perd environ 80 % de sa valeur. L’avenir de Berlin est incertain, plus encore après le blocus de 1948 : le 1er avril 1949, Munich devient le siège de Siemens & Halske et Erlangen celui de Siemens-Schuckertwerke.

1949-1989 : la reconstruction et Siemens AG

L’Allemagne fédérale se reconstruit, et Siemens avec elle : centrales, réseaux, téléphonie, puis électronique. Le 1er octobre 1966, Siemens & Halske, Siemens-Schuckertwerke et Siemens-Reiniger-Werke fusionnent pour former Siemens AG. En 1969, le groupe s’associe à AEG dans le nucléaire civil au sein de Kraftwerk Union. Dans les années 1980, il investit dans les puces mémoire avec le projet Mega, qui produit en série des puces d’un mégabit en 1987.

1990-2007 : la mondialisation, le téléphone et le scandale

En 1990, Siemens prend 51 % de l’informaticien Nixdorf. Le 12 mars 2001, l’action entre à la Bourse de New York. Le groupe commence aussi à se défaire de ce qu’il ne sait pas mener : ses semi-conducteurs deviennent Infineon, introduit en Bourse en 2000 ; ses téléphones mobiles sont cédés en 2005 au taïwanais BenQ, dont la filiale allemande fait faillite dès l’année suivante ; ses réseaux de télécommunications fusionnent en 2007 avec ceux de Nokia dans une coentreprise.

Le 15 novembre 2006, des enquêteurs perquisitionnent plus de trente sites du groupe. L’enquête met au jour un système de caisses noires et de pots-de-vin destinés à obtenir des contrats à l’étranger. Heinrich von Pierer, ancien patron devenu président du conseil de surveillance, démissionne en avril 2007 ; Klaus Kleinfeld, président du directoire, quitte ses fonctions fin juin. Les procédures, en Allemagne et aux États-Unis, se terminent en décembre 2008 ; selon le groupe, les amendes atteignent environ 1,2 milliard d’euros, un record à l’époque. Peter Löscher, premier patron recruté à l’extérieur de la maison, et le nouveau président du conseil de surveillance, Gerhard Cromme, refondent les règles internes.

2008-2020 : le conglomérat se découpe

Peter Löscher réorganise le groupe en grands secteurs en 2008 et vend l’informatique à Atos en 2011. Joe Kaeser le remplace en 2013 et accélère les séparations : Osram est détaché en 2013 ; l’action quitte New York en 2014 ; la santé est introduite en Bourse en mars 2018 sous le nom de Siemens Healthineers. Le rapprochement des activités ferroviaires avec le français Alstom est interdit en février 2019 par la Commission européenne. Le 28 septembre 2020, l’énergie entre en Bourse sous le nom de Siemens Energy, éoliennes de Siemens Gamesa comprises.

Depuis 2021 : Roland Busch et la « tech company »

Roland Busch prend la tête du directoire en février 2021. Le groupe quitte la Russie en 2022, après 170 ans de présence, cède les moteurs et entraînements d’Innomotics, puis achète cher dans le logiciel : l’américain Altair, spécialiste de la simulation, pour environ 10 milliards de dollars, sa plus grosse acquisition, conclue le 26 mars 2025, et Dotmatics la même année. Il réduit sa participation dans Siemens Energy et prépare la distribution d’une grande partie de Siemens Healthineers à ses actionnaires, dont le calendrier est détaillé dans l’analyse SWOT.

Que fait Siemens aujourd’hui ?

Sur l’exercice 2024-2025, Siemens a réalisé 78,9 milliards d’euros de chiffre d’affaires, dans quatre grands métiers :

  • Infrastructures intelligentes (23,0 milliards d’euros) : distribution électrique, automatisation et sécurité des bâtiments, équipements des centres de données et des réseaux.
  • Industries numériques (17,8 milliards) : automates SIMATIC, commandes numériques, logiciels de conception et de simulation (Xcelerator, Altair).
  • Mobilité (12,4 milliards) : trains à grande vitesse Velaro, trains régionaux, métros, signalisation.
  • Siemens Healthineers (23,4 milliards) : imagerie médicale, diagnostic, radiothérapie, filiale cotée dont le groupe détient la majorité.

Le groupe emploie environ 318 000 personnes, dont 86 000 en Allemagne. La Chine pèse environ 9 % de ses ventes.

Qui a dirigé Siemens ?

  • Werner von Siemens (1847-1890) : fondateur.
  • Carl Friedrich von Siemens (1919-1941) : président du conseil de surveillance.
  • Hermann von Siemens (1941-1956) : chef de l’entreprise et président du conseil de surveillance.
  • Ernst von Siemens (1956-1971) : président du conseil de surveillance, de Siemens AG à partir de 1966.
  • Bernhard Plettner (1971-1981) et Karlheinz Kaske (1981-1992) : présidents du directoire.
  • Heinrich von Pierer (1992-2005) : président du directoire, puis du conseil de surveillance jusqu’en 2007.
  • Klaus Kleinfeld (2005-2007) : président du directoire.
  • Peter Löscher (2007-2013) : président du directoire.
  • Joe Kaeser (2013-2021) : président du directoire.
  • Roland Busch (depuis 2021) : président du directoire.
  • Jim Hagemann Snabe (depuis 2018) : président du conseil de surveillance.

Quel est le parcours de Siemens en Bourse ?

Les actions Siemens sont cotées depuis la fin du XIXe siècle. L’action Siemens AG fait partie du DAX et de l’Euro Stoxx 50. Elle a aussi été cotée à New York, du 12 mars 2001 à 2014. La famille fondatrice reste actionnaire : une association mandatée par ses membres vote en bloc environ 9,5 millions d’actions, un peu plus de 1 % du capital, qui ne sont qu’une partie de ce qu’elle détient. Deux filiales sont venues s’ajouter à la cote : Siemens Healthineers, introduite en Bourse en 2018, et Siemens Energy, dont les actionnaires de Siemens ont reçu directement une partie des actions en 2020.

Quels sont les chiffres clés de Siemens depuis 2021 ?

Exercice clos le 30 septembre Chiffre d’affaires Résultat net Flux de trésorerie disponible
2021 62,27 6,70 8,24
2022 69,52 4,39 8,16
2023 74,88 8,53 10,02
2024 75,93 8,99 9,49
2025 78,91 10,39 10,81

En milliards d’euros, d’après le résumé sur cinq ans du rapport annuel 2025 de Siemens. Depuis 2022, le chiffre d’affaires est présenté hors Innomotics, cédé ; le résultat net de 2025 comprend le gain de cette cession.

Questions fréquentes sur Siemens

Qui a fondé Siemens ?

Werner Siemens, officier ingénieur prussien, et Johann Georg Halske, mécanicien de précision, en 1847 à Berlin. L’atelier fabriquait des télégraphes à aiguille.

Qui dirige Siemens ?

Roland Busch préside le directoire depuis février 2021. Jim Hagemann Snabe préside le conseil de surveillance depuis 2018.

Siemens a-t-il eu recours au travail forcé ?

Oui. Selon le groupe lui-même, au moins 80 000 travailleurs forcés ont travaillé pour Siemens entre 1940 et 1945, dont des détenus de camps de concentration. Il indique avoir versé environ 155 millions d’euros d’aide à d’anciens travailleurs forcés.

Quelle est la différence entre Siemens, Siemens Energy et Siemens Healthineers ?

Ce sont trois sociétés cotées distinctes. Siemens Energy, détachée en 2020, fabrique turbines et éoliennes, et Siemens n’en détient plus qu’une petite part. Siemens Healthineers, cotée depuis 2018, est encore contrôlée par Siemens, qui veut en distribuer une grande partie à ses actionnaires.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Siemens.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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2 commentaires

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K
KOUASSI BARTHELEMY8 janvier 2016
j'aime beaucoup l'entreprise siemens
S
Soumahoro3 juin 2020
Bonjour, je voudrais savoir si Siemens construit également des équipements pour les satellites, si oui lesquels
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