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Histoire de Coca-Cola : du sirop de pharmacien d’Atlanta à l’empire du concentré

L’histoire de Coca-Cola, du sirop de pharmacien d’Atlanta en 1886 au géant des concentrés : Candler, Woodruff, New Coke, embouteilleurs, dirigeants.

Histoire de Coca-Cola

The Coca-Cola Company, établie à Atlanta et cotée à New York, vend dans plus de 200 pays et territoires des concentrés que d’autres mettent en bouteille. Son histoire est celle d’un tonique de pharmacien devenu l’emblème d’un pays, et d’une entreprise qui a compris très tôt qu’il valait mieux vendre le sirop que remplir les bouteilles, quitte à l’oublier parfois.

Coca-Cola en bref

  • Fondation : boisson créée en mai 1886 à Atlanta par le pharmacien John Stith Pemberton ; société constituée en 1892 par Asa Griggs Candler.
  • Siège : Atlanta (Géorgie).
  • Dirigeants : Henrique Braun, directeur général depuis le 31 mars 2026 ; James Quincey, président exécutif du conseil d’administration.
  • Activités : concentrés et sirops vendus aux embouteilleurs, quelques activités d’embouteillage.
  • Marques principales : Coca-Cola, Coca-Cola Zero Sugar, Diet Coke, Fanta, Sprite, Powerade, Minute Maid, fairlife, Costa, BodyArmor.
  • Effectifs : environ 65 900 salariés fin 2025, embouteilleurs indépendants non compris.
  • Cotation : New York Stock Exchange (symbole KO), membre du Dow Jones et du S&P 500.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 47,9 milliards de dollars.

Quelle est l’histoire de Coca-Cola ?

1886-1891 : un tonique de pharmacien

John Stith Pemberton, pharmacien né en Géorgie en 1831, s’installe à Atlanta en 1869 et y multiplie les essais à base de feuille de coca et de noix de kola. Le 8 mai 1886, selon le récit du groupe, il porte un pichet de son nouveau sirop à la Jacobs’ Pharmacy. Allongé d’eau gazeuse, le breuvage y est vendu cinq cents le verre. Son associé et comptable, Frank M. Robinson, trouve le nom, parce que « les deux C feraient bien dans la publicité », et le calligraphie : c’est encore l’écriture de la marque.

Les débuts sont maigres : neuf verres par jour en moyenne la première année. Malade, Pemberton cède son affaire par morceaux et meurt en 1888. En 1891, Asa Griggs Candler la détient tout entière, pour 2 300 dollars au total. Le nom disait la recette : l’extrait de coca laissait dans le sirop des traces de cocaïne. En 1901, face aux plaintes, Candler fait mettre au point le moyen de les éliminer ; en 1905, il n’y en a plus.

1892-1919 : Asa Candler et le contrat d’un dollar

Méthodiste fervent, Candler constitue The Coca-Cola Company en 1892, vend son produit comme une boisson de tempérance et, dès 1895, le fait boire dans tous les États. Mais il ne croit guère qu’au comptoir des pharmacies. En 1899, il cède pour un dollar à deux avocats de Chattanooga, Benjamin F. Thomas et Joseph B. Whitehead, le droit exclusif de mettre la boisson en bouteille dans la plus grande partie des États-Unis. Ils confient des franchises à des embouteilleurs locaux : le système qui structure encore le groupe est né, et l’entreprise passera des décennies à racheter, très cher, les droits cédés pour un dollar.

En 1915, les embouteilleurs commandent une bouteille que l’on reconnaîtrait « au toucher dans le noir » ; la verrerie Root, de Terre Haute, dessine la bouteille galbée, adoptée en 1916. La même année, Candler se retire.

1919-1955 : les Woodruff et la conquête du monde

En 1919, un groupe mené par l’homme d’affaires Ernest Woodruff rachète la société à la famille Candler pour 25 millions de dollars et l’introduit en Bourse, à 40 dollars l’action. Peu après, un achat de sucre imprudent renchérit le sirop et brouille la société avec ses embouteilleurs, querelle dont héritera Robert Woodruff.

En 1923, Robert Woodruff, fils d’Ernest, prend la présidence à 33 ans. Il impose un goût identique partout, le carton de six bouteilles, les distributeurs automatiques. Le prix, lui, ne bouge pas : selon les économistes Daniel Levy et Andrew Young, le Coca-Cola s’est vendu cinq cents de 1886 à 1959, Grande Dépression comprise. En 1931, la publicité confie le Père Noël au peintre Haddon Sundblom ; le groupe reconnaît ne pas l’avoir inventé, mais ses images l’ont fixé.

La guerre fait le reste. Woodruff promet un Coca-Cola à cinq cents à chaque soldat américain, où qu’il soit, et en 1943, à la demande d’Eisenhower, des usines suivent les fronts d’Afrique du Nord puis d’Europe. À la paix, le réseau mondial est en place. En Allemagne, privé de sirop, le patron de la filiale, Max Keith, avait inventé avec ce qu’il trouvait une boisson baptisée Fanta.

1955-1981 : diversification et guerre des colas

Woodruff quitte officiellement la direction en 1955 mais reste l’homme fort de la maison jusqu’à sa mort, en 1985. Minute Maid est racheté en 1960, et la gamme s’élargit, en partie sous la pression de Pepsi : Sprite en 1961, Tab en 1963. La diversification s’égare jusqu’au dessalement de l’eau de mer et au vin. En 1977, on découvre 1,3 million de dollars de paiements illicites, surtout à l’étranger. Sous J. Paul Austin, à la tête du groupe à partir de 1970, Coca-Cola entre en Union soviétique et en Chine ; mais aux États-Unis, son avance sur Pepsi fond : en 1950, il se vendait plus de cinq Coca pour un Pepsi ; en 1984, selon une histoire du groupe, Pepsi détient 22,8 % du marché, contre 21,6 %.

1981-1997 : Roberto Goizueta, le pari et le contre-pied

Roberto Goizueta, immigré cubain, devient président en 1981. En 1982, il rachète le studio Columbia Pictures, pour environ 750 millions de dollars, et lance Diet Coke, première boisson à emprunter le nom de la marque. Le 23 avril 1985, il change la formule, une première en 99 ans, sur la foi de tests de goût menés auprès de près de 200 000 consommateurs. Les tests n’avaient pas mesuré l’attachement : jusqu’à 1 500 appels par jour, une lettre adressée au « Chief Dodo, The Coca-Cola Company ». Le 11 juillet, après 79 jours, l’ancienne formule revient sous le nom de Coca-Cola Classic.

Hollywood ne dure guère : en 1989, Sony rachète pour 3,4 milliards de dollars l’ensemble né de Columbia et TriStar, dont Coca-Cola détenait 49 %. En 1986, le groupe crée Coca-Cola Enterprises pour regrouper les embouteilleurs américains. Goizueta ne jure que par l’actionnaire : la valeur boursière passe de 4,3 milliards de dollars en 1981 à 147 milliards à sa mort, en octobre 1997.

Un actionnaire l’a remarqué. Warren Buffett achète pour Berkshire Hathaway à l’été 1988. Il racontera avoir revendu dans son voisinage, dès 1936, des bouteilles achetées six pour 25 cents à l’épicerie familiale, puis observé la marque pendant 52 ans sans en acheter une action, lui préférant les tramways, les moulins à vent et l’anthracite.

1997-2008 : les années difficiles

Douglas Ivester, le bras droit de Goizueta, ne reste qu’un peu plus de deux ans. En France, le rachat d’Orangina est bloqué par les autorités. En juin 1999, des dizaines d’écoliers belges sont pris de nausées ; la Belgique interdit tous les produits du groupe, et le rappel, le plus important de son histoire, porte sur 14 millions de caisses dans cinq pays. Une plainte collective pour discrimination raciale se conclut en novembre 2000 par un accord de 192,5 millions de dollars. Douglas Daft, qui succède à Ivester début 2000, supprime environ 5 200 emplois, puis retire, sous la pression de ses investisseurs, son offre sur Quaker Oats : PepsiCo l’emporte, et avec lui la boisson pour sportifs Gatorade. En 2004, le groupe rappelle de sa retraite un ancien cadre, Neville Isdell.

2008-2017 : Muhtar Kent rachète les bouteilles pour mieux les rendre

Muhtar Kent devient directeur général le 1er juillet 2008. En mars 2009, Pékin rejette l’offre de 2,4 milliards de dollars sur le jus de fruits Huiyuan. En octobre 2010, Coca-Cola reprend les activités nord-américaines de Coca-Cola Enterprises, dans une opération évaluée à environ 12 milliards de dollars. Puis il fait le chemin inverse : le 30 octobre 2017, l’embouteillage américain est de nouveau entièrement franchisé, et plus de 55 000 salariés sont passés chez des embouteilleurs indépendants. En 2015, le New York Times révèle que le groupe finance un réseau de chercheurs, le Global Energy Balance Network, qui insiste sur l’exercice plutôt que sur l’alimentation contre l’obésité ; le groupe assure que les chercheurs restent libres, mais le réseau se dissout à la fin de l’année.

Depuis 2017 : James Quincey, puis Henrique Braun

James Quincey, Britannique, devient directeur général le 1er mai 2017. Il veut une entreprise de « boissons totales » : les cafés Costa en 2019, le contrôle total des produits laitiers fairlife en 2020, le solde de BodyArmor en 2021 pour 5,6 milliards de dollars ; ce que ces achats ont rapporté ou coûté relève de l’analyse SWOT. Le 31 mars 2026, il cède la direction générale à Henrique Braun, né en Californie et élevé au Brésil. Les deux hommes étaient entrés chez Coca-Cola la même année, en 1996 : la maison préfère les siens.

Que fait Coca-Cola aujourd’hui ?

Coca-Cola fabrique surtout des concentrés, que des embouteilleurs transforment et livrent ; les cinq plus grands assurent 44 % des volumes. En 2025, le système a vendu 33,8 milliards de caisses unitaires, dont 84 % hors des États-Unis. Les boissons gazeuses en font 69 %, et la marque Coca-Cola à elle seule 47 %.

Sur 47,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2025, l’Amérique du Nord apporte 19,6 milliards, devant l’Europe, le Moyen-Orient et l’Afrique (11,5 milliards), l’Amérique latine (6,3 milliards) et l’Asie-Pacifique (5,6 milliards), et les usines d’embouteillage encore détenues 5,7 milliards. Les États-Unis ne pèsent que 16 % des volumes, mais l’Amérique du Nord environ deux cinquièmes des ventes.

Qui sont les dirigeants de Coca-Cola ?

  • John Stith Pemberton (1886-1888) : inventeur de la boisson.
  • Asa Griggs Candler (1888-1916) : fondateur de la société.
  • Robert W. Woodruff (1923-1955) : président, influent jusqu’en 1985.
  • J. Paul Austin (1970-1981) : président du conseil.
  • Roberto Goizueta (1981-1997).
  • Douglas Ivester (1997-2000).
  • Douglas Daft (2000-2004).
  • E. Neville Isdell (2004-2009) : directeur général jusqu’en 2008, président jusqu’en 2009.
  • Muhtar Kent (2008-2019) : directeur général jusqu’en 2017, président jusqu’en 2019.
  • James Quincey (depuis 2017) : directeur général jusqu’en 2026, président depuis 2019.
  • Henrique Braun (depuis 2026) : directeur général.

Comment l’action Coca-Cola a-t-elle évolué en Bourse ?

L’action Coca-Cola est cotée depuis 1919 à New York et a été divisée onze fois, la dernière en 2012. Selon le groupe, une action achetée 40 dollars en 1919 valait en 2012, dividendes réinvestis, environ 9,8 millions de dollars. Le titre est entré au Dow Jones le 12 mars 1987, et le dividende augmente chaque année depuis 64 ans.

Quels sont les chiffres clés de Coca-Cola depuis 2021 ?

Exercice Chiffre d’affaires Résultat opérationnel Résultat net part du groupe
2021 38,66 10,31 9,77
2022 43,00 10,91 9,54
2023 45,75 11,31 10,71
2024 47,06 9,99 10,63
2025 47,94 13,76 13,11

En milliards de dollars, comptes publiés par The Coca-Cola Company. Le résultat opérationnel de 2024 est amputé de 3,1 milliards de dollars de charges liées au complément de prix de fairlife.

Questions fréquentes sur Coca-Cola

Qui a inventé le Coca-Cola ?

Le pharmacien John Stith Pemberton, à Atlanta, en 1886. Asa Griggs Candler, qui lui avait racheté l’affaire, a fondé The Coca-Cola Company en 1892.

D’où vient le nom Coca-Cola ?

De deux ingrédients d’origine, la feuille de coca et la noix de kola. Frank M. Robinson, associé de Pemberton, l’a proposé parce que les deux C feraient bien dans la publicité.

Le Coca-Cola contenait-il de la cocaïne ?

Des traces, venues de l’extrait de feuille de coca. À partir de 1901, face aux plaintes, Asa Candler les a fait éliminer ; en 1905, le sirop n’en contenait plus.

Qui dirige Coca-Cola ?

Henrique Braun est directeur général depuis le 31 mars 2026. Son prédécesseur, James Quincey, préside le conseil d’administration comme président exécutif.

Pourquoi le New Coke a-t-il été abandonné ?

Parce que les Américains n’en ont pas voulu : lancée le 23 avril 1985, la nouvelle formule a été retirée 79 jours plus tard au profit de l’ancienne, rebaptisée Coca-Cola Classic.

Pour la stratégie, les forces et les faiblesses du groupe aujourd’hui, lisez notre analyse SWOT de Coca-Cola.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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1 commentaire

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
J
jihene16 avril 2016
merci pour ses formidables informations ils m'aides bien pour mon projet merci bien
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