Warren Buffett : biographie, méthode et lettres de l’investisseur d’Omaha
Warren Buffett a appris de Graham à acheter bon marché, puis de Munger à payer pour la qualité, et a raconté pendant soixante ans dans ses lettres ses succès comme ses erreurs, chiffres à l’appui.

Qui est Warren Buffett ?
Warren Buffett, né le 30 août 1930 à Omaha, dans le Nebraska, est un investisseur et chef d’entreprise américain qui a transformé une filature en déclin, Berkshire Hathaway, en l’une des plus grandes entreprises du monde, et qui figure depuis des décennies parmi les hommes les plus riches de la planète. Élève de Benjamin Graham à Columbia, associé pendant près de soixante ans de Charlie Munger, il a dirigé Berkshire jusqu’à la fin de 2025.
Depuis le 1er janvier 2026, la direction générale est assurée par Greg Abel, désigné comme successeur dès 2021. Le 18 septembre 2026, Warren Buffett a cédé la présidence du conseil d’administration à son fils Howard et est devenu président d’honneur, tout en restant administrateur. Ses lettres annuelles aux actionnaires, écrites pendant six décennies, forment le meilleur cours d’investissement jamais écrit par un praticien, et le plus honnête.
Warren Buffett en résumé
Fils d’un agent de change devenu député, Buffett a commencé par appliquer à la lettre la méthode de Graham dans un fonds d’associés, de 1956 à 1969, avec des résultats exceptionnels. Il a ensuite fait de Berkshire Hathaway une holding qui achète des entreprises entières et des participations boursières, financées par les primes de ses assureurs. L’histoire de la société elle-même est racontée dans notre histoire de Berkshire Hathaway ; cette fiche s’attache à l’investisseur.
- Famille : La valeur et le long terme
- Naissance : 30 août 1930, à Omaha, dans le Nebraska.
- Nationalité : américaine.
- Marchés : actions américaines, puis entreprises non cotées rachetées en totalité ; ponctuellement obligations, devises et actions étrangères.
- Style : investissement dans la valeur, puis dans la qualité ; portefeuille concentré, détention très longue, financement par le « float » de l’assurance.
- Coup le plus célèbre : Coca-Cola, achetée en 1988 et 1989 et jamais revendue.
- Livres : aucun livre au sens strict ; ses lettres annuelles aux actionnaires de Berkshire Hathaway, rassemblées par thème par Lawrence Cunningham dans The Essays of Warren Buffett.
La vie de Warren Buffett : la boule de neige d’Omaha
Warren Edward Buffett naît le 30 août 1930 à Omaha. Son père, Howard, est agent de change, puis représentant républicain du Nebraska au Congrès. L’enfant vend des journaux, des balles de golf et des bouteilles de Coca-Cola au porte-à-porte ; il achète sa première action à 11 ans. Après deux années à l’école Wharton de Philadelphie, il termine ses études à l’université du Nebraska en 1950.
Cette année-là, à 19 ans, il lit L’Investisseur intelligent, comme il le raconte dans sa préface au livre. Refusé par Harvard, il s’inscrit à Columbia pour suivre le séminaire de Graham et obtient un master d’économie en 1951. Il propose de travailler gratuitement pour Graham-Newman, qui refuse, retourne vendre des titres chez le courtier de son père à Omaha, et finit par être embauché par Graham en 1954. Il y partage un bureau avec Walter Schloss.
Quand Graham prend sa retraite, en 1956, Buffett rentre à Omaha et fonde avec sa famille et quelques amis un fonds d’associés, qui deviendra Buffett Partnership. De 1957 à 1969, il gagne en moyenne 29,5 % par an avant sa rémunération et 23,8 % pour ses associés, contre 7,4 % pour le Dow Jones, selon les chiffres qu’il publiera en 1984. En 1969, il juge le marché trop spéculatif pour trouver des aubaines et ferme le fonds, en recommandant à ses associés un seul gérant, Bill Ruane.
Entre-temps, il a pris en 1965 le contrôle de Berkshire Hathaway, qu’il dirigera soixante ans. Marié en 1952 à Susan Thompson, qui meurt en 2004, il épouse Astrid Menks en 2006. Cette même année, il annonce qu’il léguera l’essentiel de sa fortune à des œuvres, à commencer par la fondation de Bill et Melinda Gates ; en 2010, il lance avec Bill Gates le Giving Pledge, l’engagement des grandes fortunes à donner la majorité de leurs biens.
Le 3 mai 2025, à l’assemblée générale d’Omaha, il annonce qu’il proposera de céder la direction générale à Greg Abel à la fin de l’année. Abel prend ses fonctions le 1er janvier 2026. Le 18 septembre 2026, à 96 ans, Buffett laisse la présidence du conseil à son fils Howard, administrateur depuis 1993, et devient président d’honneur. Le classement Forbes des milliardaires publié en mars 2026 évaluait sa fortune à 149 milliards de dollars, au neuvième rang mondial.
Quelle est la méthode de Warren Buffett ?
Elle a changé, et c’est ce qui la rend intéressante. Le jeune Buffett pratique la méthode de Graham à l’état pur : des sociétés médiocres achetées si bon marché qu’on en tire encore un dernier profit. Il appellera lui-même cette approche, dans sa lettre sur l’exercice 1989, celle du « mégot de cigare » : une dernière bouffée gratuite, puis rien. Sa conclusion, la même année : « il vaut bien mieux acheter une entreprise merveilleuse à un prix correct qu’une entreprise correcte à un prix merveilleux ». Il attribue cette conversion à Charlie Munger, et l’on y reconnaît l’influence de Philip Fisher.
Le Buffett de la maturité cherche donc des entreprises qu’il comprend entièrement, dotées d’un avantage durable sur leurs concurrents, d’une forte rentabilité des capitaux et de dirigeants honnêtes et compétents. Il les paie un prix raisonnable, pas forcément bas. Il les garde : « notre durée de détention préférée est l’éternité », écrit-il dans la lettre sur l’exercice 1988, à propos des entreprises exceptionnelles bien dirigées.
Deux outils complètent l’ensemble. D’abord le « float » : les primes que les assureurs de Berkshire encaissent avant de payer les sinistres fournissent des capitaux à investir, une sorte d’emprunt sans intérêt quand l’assurance est rentable. Ensuite la patience de M. Marché, l’associé lunatique de Graham que Buffett décrit longuement dans sa lettre sur l’exercice 1987 : on n’agit que lorsqu’il propose un prix absurde. D’où la phrase la plus célèbre des lettres, sur l’exercice 1986 : « nous essayons simplement d’avoir peur quand les autres sont avides, et d’être avides seulement quand les autres ont peur ».
Enfin, Buffett concentre. Il ne cherche pas cent bonnes idées, mais quelques-unes très bonnes, sur lesquelles il mise lourdement. Pour le particulier qui n’a ni le temps ni le goût de ce travail, il recommande au contraire, dans plusieurs lettres, un fonds indiciel à bas coûts : l’héritage de John Bogle plutôt que le sien.
Quel est le coup le plus célèbre de Warren Buffett ?
1988. Wall Street ne s’est pas remis du krach d’octobre 1987, et les grands investisseurs restent prudents. Buffett, lui, achète discrètement des actions Coca-Cola. À la fin de 1988, Berkshire détient 14 172 500 actions, payées 592,5 millions de dollars. Un an plus tard, la position compte 23 350 000 actions pour un coût de 1,02 milliard de dollars, une somme énorme pour la Berkshire de l’époque.
Dans sa lettre sur l’exercice 1989, Buffett raconte l’affaire avec une autodérision devenue sa marque. Il a bu son premier Coca-Cola vers 1935 ou 1936, et revendait déjà des bouteilles dans le quartier à six ans. Il a observé pendant 52 ans la conquête du monde par la boisson, tout en plaçant son argent dans les tramways, les moulins à vent et l’anthracite. Il promet d’être plus rapide la prochaine fois : bien moins de cinquante ans. Ce qui l’a décidé, explique-t-il, c’est le redressement opéré depuis 1981 par le nouveau patron, Roberto Goizueta.
Les chiffres disent la suite. En août 1994, Berkshire achève l’achat de ses 400 millions d’actions, pour un coût total de 1,3 milliard de dollars. Le dividende reçu de Coca-Cola, 75 millions de dollars en 1994, atteint 704 millions en 2022, selon la lettre de cette année-là. Fin 2025, la participation vaut 27,96 milliards de dollars et rapporte 816 millions de dividendes par an, pour un prix de revient inchangé de 1,299 milliard. Berkshire n’en a pas vendu une action. L’entreprise elle-même a son histoire sur le site : l’histoire de Coca-Cola.
Quelle a été la pire erreur de Warren Buffett ?
Buffett en a confessé beaucoup : le rachat de Berkshire elle-même, raconté dans l’histoire de la société, l’entrée chez US Air en 1989, qu’il qualifie d’« erreur non provoquée », ou le prix payé pour Kraft Heinz. Mais celle qu’il désigne lui-même comme la pire porte un nom moins connu : Dexter Shoe, un fabricant de chaussures du Maine.
En 1993, Berkshire achète Dexter pour 433 millions de dollars, payés non en espèces mais en actions Berkshire : 25 203 actions de classe A. L’entreprise a d’excellents résultats et une bonne réputation. En quelques années, la concurrence des usines asiatiques la réduit à néant. Dans sa lettre sur l’exercice 2007, Buffett écrit que Dexter est « la pire affaire » qu’il ait faite : en payant en actions, il a cédé 1,6 % d’une entreprise remarquable pour acheter une entreprise sans valeur, et le coût pour les actionnaires n’est pas de 400 millions, mais de 3,5 milliards de dollars.
La facture s’alourdit avec les années, puisqu’elle se mesure à la valeur des actions données : environ 5,7 milliards de dollars dans la lettre sur l’exercice 2014, où il juge que le désastre mériterait une place dans le livre Guinness des records, plus de 6 milliards dans celle sur l’exercice 2016. La leçon est double. Un avantage concurrentiel peut disparaître plus vite qu’on ne croit. Et payer avec ses propres actions, quand elles valent beaucoup, est la façon la plus coûteuse de se tromper. On y voit aussi, en creux, le biais d’optimisme de l’acheteur qui prolonge le passé d’une entreprise dans son avenir.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Warren Buffett ?
Buffett est sans doute l’investisseur le plus cité du monde, et l’un des plus mal cités. Une règle simple permet de faire le tri : les phrases qui figurent dans ses lettres aux actionnaires sont vérifiables, avec leur année. La peur et l’avidité viennent de la lettre sur l’exercice 1986 ; l’entreprise merveilleuse à prix correct, de celle sur 1989 ; la durée de détention éternelle, de celle sur 1988 ; la marée qui révèle qui nageait sans maillot, de celle sur 1992 ; le prix que l’on paie et la valeur que l’on obtient, de celle sur 2008, où Buffett l’attribue d’ailleurs à Graham.
En revanche, la plus célèbre de toutes, « Règle numéro un : ne jamais perdre d’argent ; règle numéro deux : ne jamais oublier la règle numéro un », ne figure dans aucune de ses lettres aux actionnaires de 1977 à 2024. Elle vient d’entretiens et de conférences, et circule sous des formes variables. Même chose pour la phrase selon laquelle il faudrait trouver le moyen de gagner de l’argent en dormant, ou travailler jusqu’à sa mort : aucune trace dans les lettres, et une origine incertaine. Le lecteur prudent se méfiera de toute « citation de Buffett » sans année ni document.
Deux autres idées reçues méritent correction. Buffett n’a pas toujours fui la technologie : Apple est devenue la plus grosse position boursière de Berkshire, et l’était encore à la fin de 2025, pour une valeur de 62 milliards de dollars selon la lettre sur cet exercice. Et il n’a jamais conseillé aux particuliers de l’imiter en choisissant des actions : il leur recommande un fonds indiciel à bas coûts, et il a fait de cette conviction un pari public de dix ans contre des gérants de fonds spéculatifs, raconté dans la fiche de John Bogle.
Que peut apprendre un trader de Warren Buffett ?
Buffett n’est pas un trader, et ses horizons se comptent en décennies. Mais ses lettres sont un cours de discipline que tout opérateur gagnerait à lire, à commencer par la façon dont il traite ses propres erreurs : datées, chiffrées, analysées, publiques.
- Tenez un registre honnête de vos erreurs, en chiffrant leur coût réel, y compris le coût d’opportunité : Dexter coûte des milliards parce qu’il a été payé en actions.
- Restez dans votre cercle de compétence : ne prenez que des positions dont vous comprenez le mécanisme.
- N’agissez que sur les prix absurdes : M. Marché propose un cours tous les jours, vous n’êtes pas obligé de répondre.
- Gardez des liquidités pour les moments de panique : la peur des autres est une occasion seulement pour qui a encore des munitions.
- Laissez courir ce qui fonctionne : Coca-Cola n’a jamais été vendue, et c’est l’essentiel de son rendement.
Quels livres lire sur Warren Buffett ?
- Warren E. Buffett, lettres annuelles aux actionnaires de Berkshire Hathaway, publiées gratuitement sur le site de la société depuis l’exercice 1977 : la source première, en anglais.
- Warren E. Buffett et Lawrence A. Cunningham, The Essays of Warren Buffett : Lessons for Corporate America, 1997 et nombreuses rééditions. Traduction française : Les Écrits de Warren Buffett, Valor, 2003.
- Roger Lowenstein, Buffett : The Making of an American Capitalist, Random House, 1995 : la meilleure biographie non autorisée (pas de traduction française recensée).
- Alice Schroeder, The Snowball : Warren Buffett and the Business of Life, Bantam, 2008, écrite avec l’accès de Buffett. Traduction française : L’Effet boule de neige : la biographie officielle de Warren Buffett, Valor, 2010.
- Benjamin Graham, L’Investisseur intelligent, Valor, dans l’édition préfacée par Buffett : le livre qui l’a formé.
Questions fréquentes sur Warren Buffett
Quelle est la fortune de Warren Buffett ?
Le classement Forbes des milliardaires publié en mars 2026 l’évaluait à 149 milliards de dollars, au neuvième rang mondial. L’essentiel est constitué d’actions Berkshire Hathaway, qu’il donne progressivement à des fondations depuis 2006.
Warren Buffett dirige-t-il encore Berkshire Hathaway ?
Non. Greg Abel en est le directeur général depuis le 1er janvier 2026, et son fils Howard Buffett préside le conseil d’administration depuis le 18 septembre 2026. Warren Buffett est président d’honneur et reste administrateur.
Quel livre lire pour comprendre Warren Buffett ?
Ses lettres aux actionnaires, gratuites et en accès libre, ou leur sélection thématique par Lawrence Cunningham, Les Écrits de Warren Buffett. Pour la vie, la biographie d’Alice Schroeder, L’Effet boule de neige.
Quel est le rendement de Warren Buffett ?
De 1957 à 1969, son fonds d’associés a gagné 29,5 % par an avant sa rémunération, contre 7,4 % pour le Dow Jones. Pour Berkshire Hathaway, les chiffres de 1965 à nos jours figurent dans notre histoire de la société.
Pour aller plus loin
- Le piège des coûts irrécupérables, celui des filatures qu’il a gardées vingt ans de trop
- L’analyse SWOT de Berkshire Hathaway, pour la situation actuelle du groupe
Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.










La formation complète Gratuit
Le trading commence par les bons outils.
- La formation complète à la plateforme
- Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
- Configuration guidée, pas à pas
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin
Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.
Découvrir l’École