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Analyse SWOT de Siemens : forces, faiblesses, opportunités et menaces

Siemens fabrique les automates qui pilotent les usines, les logiciels qui les conçoivent, les tableaux électriques des bâtiments et des centres de données, des trains et la signalisation qui va avec. Le groupe munichois a beaucoup changé depuis 2013 : il a sorti l’énergie de son périmètre avec Siemens Energy, et s’apprête à distribuer à ses actionnaires une grande partie de Siemens Healthineers, sa filiale de technologies médicales. Son exercice se termine le 30 septembre. Voici son analyse SWOT, mise à jour avec les comptes de l’exercice 2024-2025 et du troisième trimestre 2025-2026.

Quels sont les chiffres clés de Siemens ?

  • Chiffre d’affaires 2024-2025 : 78,9 milliards d’euros, en hausse de 4 % (5 % à périmètre et change constants).
  • Bénéfice net 2024-2025 : 10,4 milliards d’euros, un record, en hausse de 16 %, dopé par la cession d’Innomotics.
  • Cash-flow libre 2024-2025 : 10,8 milliards d’euros.
  • Effectifs : environ 318 000 salariés, dont 86 000 en Allemagne.
  • Quatre métiers : les infrastructures intelligentes (23,0 milliards d’euros), Siemens Healthineers (23,4 milliards), les industries numériques (17,8 milliards) et la mobilité (12,4 milliards).
  • Troisième trimestre 2025-2026 : 20,8 milliards d’euros de chiffre d’affaires (+8 % à périmètre et change constants), des commandes record de 27,9 milliards et une marge de 17,3 % sur les activités industrielles.

Quelles sont les forces de Siemens ?

Le fournisseur des centres de données. Les infrastructures intelligentes sont devenues le premier moteur du groupe. Au troisième trimestre 2025-2026, leurs commandes ont bondi de 42 %, portées par les centres de données américains et européens. Sur neuf mois, ceux-ci ont apporté à eux seuls environ 6 milliards d’euros de commandes, plus du double de l’année précédente.

Une rente logicielle qui grossit. Siemens vend à la fois la machine et le logiciel qui la dessine et la simule. Les revenus logiciels des industries numériques ont atteint 1,8 milliard d’euros au troisième trimestre, en hausse de 15 %, et les revenus récurrents annualisés atteignent 5,7 milliards d’euros.

Une machine à cash. Le groupe a dégagé 10,8 milliards d’euros de cash-flow libre sur l’exercice 2024-2025, puis 4,1 milliards sur le seul troisième trimestre suivant. De quoi relever le dividende à 5,35 euros par action et racheter ses propres titres.

Un carnet de commandes qui s’épaissit. Le rapport entre commandes et chiffre d’affaires a atteint 1,34 au troisième trimestre. La mobilité y a contribué, notamment avec des trains à deux niveaux pour la Suisse (2,2 milliards d’euros).

Quelles sont les faiblesses de Siemens ?

Une automatisation très cyclique. La marge des industries numériques est tombée de 18,9 % à 14,9 % sur l’exercice 2024-2025, et leur chiffre d’affaires a reculé de 4 %. La marge est remontée à 18,7 % au troisième trimestre 2025-2026, mais le cycle n’a pas été aboli.

Des rachats chers à digérer. Le groupe a décaissé 14,2 milliards d’euros pour ses acquisitions sur l’exercice 2024-2025, essentiellement les éditeurs américains Altair (simulation), racheté pour une valeur d’entreprise d’environ 10 milliards de dollars, et Dotmatics (logiciels scientifiques), pour 5,1 milliards de dollars. Ils ont coûté 2 points de marge aux industries numériques au quatrième trimestre 2024-2025. La rentabilité de ces paris ne se mesurera qu’avec le temps.

Une mobilité peu rentable. Avec 8,8 % de marge en 2024-2025 et 8,6 % au troisième trimestre 2025-2026, les trains restent la branche la moins profitable.

Quelles opportunités s’offrent à Siemens ?

Un conglomérat qui se simplifie. En novembre 2025, Siemens détenait environ 67 % de Healthineers. Il veut en distribuer directement 30 % à ses actionnaires et garder une minorité d’environ 37 %. En août 2026, le groupe a annoncé avoir obtenu les décisions contraignantes des autorités fiscales ; le vote est prévu à l’assemblée générale de février 2027. Recentré sur l’industrie et le logiciel, le groupe parie sur une meilleure valorisation.

Le plan ONE Tech Company. Le programme de Roland Busch, président du directoire, vise jusqu’à 9 % de croissance annuelle du chiffre d’affaires et une hausse régulière du bénéfice par action ajusté dans le haut de la fourchette à un chiffre. Il mise sur le logiciel et l’intelligence artificielle industrielle.

Des participations à monétiser. Selon une déclaration de droits de vote du 2 avril 2026, Siemens ne détient plus que 5,54 % de Siemens Energy, contre 14,96 % auparavant. Le reliquat de Healthineers, appelé à devenir un simple placement financier, offrira une autre réserve.

Une perspective relevée. En août 2026, le groupe a relevé sa fourchette de bénéfice par action avant amortissement des acquisitions à 11,20-11,50 euros, contre 10,70-11,10 euros, et sa prévision de marge pour les infrastructures intelligentes.

Quelles menaces pèsent sur Siemens ?

La Chine, client et rival. Sur l’exercice 2024-2025, le chiffre d’affaires du groupe en Chine a reculé de 12 % (9 % à périmètre et change constants), à 7,1 milliards d’euros, soit environ 9 % du total. Les commandes chinoises ont rebondi de 22 % au quatrième trimestre ; un trimestre ne fait pas une tendance.

Un cycle des centres de données qui peut se retourner. Ces commandes dépendent en partie des dépenses des géants du numérique dans l’intelligence artificielle. Qu’elles ralentissent, et la branche la plus dynamique perd son accélérateur.

Les changes et les droits de douane. En novembre 2025, Siemens prévenait que les changes pèseraient lourdement sur la croissance et les bénéfices de l’exercice. La hausse des droits de douane a déjà amputé la rentabilité de Healthineers au quatrième trimestre 2024-2025.

Une scission qui peut déraper. La scission directe d’actions retenue est, selon la Börsen-Zeitung, une structure encore jamais testée en Allemagne. Elle doit être approuvée par les assemblées de Siemens et de Healthineers. Tout retard repousse le recentrage promis.

Qui sont les principaux concurrents de Siemens ?

  • Automatisation industrielle : Rockwell Automation, ABB, Schneider Electric, Mitsubishi Electric.
  • Logiciels industriels : Dassault Systèmes, PTC, Autodesk, Synopsys (qui a racheté Ansys).
  • Infrastructures électriques : Schneider Electric, ABB, Eaton, Legrand.
  • Ferroviaire : Alstom, CRRC, Stadler, CAF.

Comment un trader peut-il lire l’action Siemens ?

Je ne trade pas Siemens : je ne trade qu’un seul marché, le future sur le Nasdaq. Mais je regarde le titre, parce qu’il pèse lourd dans le DAX et qu’il sert de baromètre de l’investissement industriel mondial.

Trois choses le font bouger. D’abord les commandes, qui disent où en est le cycle. Ensuite les nouvelles sur le portefeuille : le 12 novembre 2025, dans l’attente d’une décision sur Healthineers annoncée le jour même, l’action a touché un record de 252,65 euros. Enfin les attentes, que le marché juge sévèrement : fin 2025, les objectifs du plan ONE Tech Company ont déçu et pesé sur le titre ; le 6 août 2026, malgré des commandes record et une prévision relevée, l’action a cédé plus de 5 % en début de séance, au lendemain d’un record.

Un conglomérat qui se recentre attire souvent l’enthousiasme avant que les chiffres ne le justifient. La décote de holding peut se réduire, ou simplement changer de forme.

Cette analyse est informative et ne constitue pas un conseil en investissement.

Pour l’histoire du groupe, consultez la fiche de la société Siemens.

Sources

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Industrie et matériauxSchneider Electric · Legrand · Alstom · Caterpillar · 3M · Saint-Gobain · Holcim (ex-Lafarge) · ArcelorMittal · Salzgitter · Vallourec · Alcoa · BASF

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L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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