Histoire de General Electric : grandeur et démantèlement du conglomérat d’Edison

General Electric (GE) est un groupe industriel américain né en 1892 de la fusion de la compagnie de Thomas Edison avec Thomson-Houston. Longtemps conglomérat des ampoules, de l’électroménager, des centrales, des scanners, des moteurs d’avions et du crédit, il s’est scindé en trois en 2023 et 2024 : la société d’origine s’appelle désormais GE Aerospace et ne fabrique plus que des moteurs d’avions. Son histoire est celle d’un modèle de l’industrie américaine, de sa grandeur à son démantèlement.
General Electric en bref
- Fondation : 1892, par la fusion de l’Edison General Electric Company et de la Thomson-Houston Electric Company ; la lignée Edison remonte à l’Edison Electric Light Company, fondée en 1878.
- Nom actuel : GE Aerospace depuis le 2 avril 2024, après les scissions de GE HealthCare (janvier 2023) et de GE Vernova (avril 2024).
- Siège : Evendale, dans l’Ohio.
- Dirigeant : H. Lawrence (Larry) Culp Jr, président du conseil et directeur général, à la tête de GE depuis le 30 septembre 2018.
- Activités : moteurs d’avions civils et militaires et leur maintenance ; le LEAP est produit par CFM International, société commune à parts égales avec le français Safran.
- Effectifs : environ 57 000 salariés fin 2025, dont environ 30 000 aux États-Unis.
- Cotation : Bourse de New York, sous le code historique GE ; hors du Dow Jones depuis juin 2018.
- Chiffre d’affaires 2025 : 45,9 milliards de dollars, pour un bénéfice net de 8,7 milliards.
Quelle est l’histoire de General Electric ?
1878-1892 : Edison perd sa compagnie
Thomas Edison fonde en 1878 l’Edison Electric Light Company pour exploiter son éclairage électrique. En 1889, il a regroupé toutes ses sociétés sous le nom d’Edison General Electric Company. Mais l’électrification bute sur la guerre des techniques, courant continu contre courant alternatif, et sur des conflits de brevets qui bloquent tout le monde. En 1892, Edison General Electric fusionne avec son concurrent Thomson-Houston : naît la General Electric Company. Selon la plupart des récits, le banquier J. Pierpont Morgan a été l’architecte de l’opération.
Edison en est le grand perdant. Le président de la nouvelle société est Charles A. Coffin, ancien fabricant de chaussures et homme fort de Thomson-Houston. Edison siège au conseil, n’assiste qu’à une seule réunion et vend toutes ses actions en 1894, tout en restant consultant et en touchant ses redevances. Coffin préside GE jusqu’en 1913, puis son conseil jusqu’en 1922.
1892-1945 : le laboratoire et la maison électrique
En 1896, GE figure parmi les valeurs du premier Dow Jones industriel. En 1900, il crée le premier laboratoire de recherche industrielle des États-Unis. Le mathématicien Charles Steinmetz pousse la recherche vers de nouveaux matériaux, et Irving Langmuir met au point un tube électronique de grande puissance. Comme GE fabrique à la fois les centrales et les appareils qui consomment le courant, il pousse les deux bouts : grille-pain en 1905, cuisinière électrique en 1906, rapprochement en 1918 avec le fabricant des fers à repasser Hotpoint.
La taille attire l’attention de l’État. À sa demande, GE crée en 1919 la Radio Corporation of America (RCA), dont AT&T et Westinghouse deviennent actionnaires en 1920 et 1921 ; poursuivi pour entente en 1930, il doit s’en retirer en 1932. En 1925, sous la pression de l’opinion, il s’était déjà défait d’Electric Bond and Share, sa société de participations dans les compagnies d’électricité. La lampe fluorescente arrive en 1938. Pendant la guerre, GE produit radars et moteurs de navires ; avec la technologie du Britannique Frank Whittle, ses moteurs propulsent en 1942 le Bell XP-59, premier avion à réaction américain. Dès 1932, en pleine crise, GE avait créé une filiale de crédit pour permettre aux familles d’acheter ses appareils : c’est l’ancêtre de GE Capital.
1945-1980 : le conglomérat et ses procès
L’après-guerre est l’âge d’or de l’électroménager. GE ouvre en 1953 un gigantesque complexe d’usines, Appliance Park, à Louisville, dans le Kentucky. Il construit le réacteur du sous-marin nucléaire Seawolf, lancé en 1955, et obtient en 1957 une licence pour exploiter une centrale nucléaire. Sa réputation subit pourtant un choc en 1961 : poursuivi avec 28 autres sociétés pour entente sur les prix du matériel électrique, GE plaide coupable. L’amende, 437 500 dollars, compte moins que les procès en dommages et intérêts des compagnies d’électricité et que les peines de prison de trois de ses cadres.
Le groupe se disperse. Il entre dans l’informatique dans les années 1950, s’y épuise et vend cette activité à Honeywell en 1970. En décembre 1976, il paie 2,2 milliards de dollars pour Utah International, une société minière, la plus grosse acquisition d’entreprise jamais réalisée à l’époque.
1981-2001 : l’ère Jack Welch
En 1981, John F. Welch Jr, dit Jack, devient le plus jeune président-directeur général de l’histoire de GE. Son objectif : être numéro un ou deux sur chacun de ses marchés. En quelques années, il achète 338 activités pour 11,1 milliards de dollars et en vend 232 pour 5,9 milliards ; sur l’ensemble de son mandat, le groupe supprime environ 100 000 emplois.
Welch fait aussi de GE une puissance financière et médiatique. En 1986, il rachète RCA, et avec elle la chaîne de télévision NBC, pour 6,4 milliards de dollars, ainsi que 80 % de la banque d’affaires Kidder Peabody pour 600 millions ; il avait acquis dès 1984 le réassureur Employers Reinsurance, pour 1,1 milliard. Kidder tourne mal : un scandale de faux profits éclate, et GE la vend à PaineWebber en 1994. GE Capital, lui, grossit sans relâche, au point de fournir 46 % du chiffre d’affaires du groupe en 2001. En 1998, ce chiffre d’affaires dépasse 100 milliards de dollars ; sous le règne de Welch, la valeur boursière passe d’environ 12 milliards de dollars à plus de 400 milliards.
La sortie de Welch est moins glorieuse. En 2000, il annonce le rachat de Honeywell pour 45 milliards de dollars et reste en poste pour le mener à bien. En 2001, la Commission européenne l’interdit. Welch part sans Honeywell ; son successeur est désigné depuis novembre 2000.
Ce que j’en disais sur le blog
« La morale ? Un bénéfice par action un peu trop parfait mérite toujours un certain scepticisme. »
« Wall Street au sommet : pourquoi la prudence reste de mise », 7 juillet 2026, à propos de GE, qui avait atteint ou dépassé chaque trimestre de 1995 à 2004 le bénéfice par action attendu, avant de payer en 2009 une amende de 50 millions de dollars à la SEC
2001-2017 : Jeff Immelt, la finance et la crise
Jeffrey Immelt, venu de la branche médicale, veut réduire la dépendance à la finance et miser sur la santé et le divertissement. En 2004, il rachète le britannique Amersham pour 9,5 milliards de dollars et, pour 14 milliards, Vivendi Universal Entertainment, fondu avec NBC dans NBC Universal. Mais GE Capital s’engage aussi dans l’immobilier commercial. La crise de 2008 frappe donc GE comme une banque : l’action perd plus de 80 % entre la fin de 2007 et le début de 2009. Le 1er octobre 2008, Warren Buffett y place 3 milliards de dollars en actions de préférence rémunérées à 10 %. Le 27 février 2009, GE annonce la réduction de son dividende trimestriel à 10 cents.

La suite est une longue vente par appartements. NBC Universal passe à Comcast à partir de 2011. Le 10 avril 2015, GE annonce la cession de l’essentiel de GE Capital en deux ans, avec environ 23 milliards de dollars de charges après impôts ; les premiers accords immobiliers, avec des fonds de Blackstone et Wells Fargo, portent sur environ 26,5 milliards. La même année, GE achève le rachat des activités énergie d’Alstom, annoncé en 2014, puis s’installe à Boston en 2016 et fusionne ses activités pétrolières avec Baker Hughes en 2017. Le 1er août 2017, John Flannery succède à Immelt.
2017-2024 : le démantèlement
Flannery hérite de difficultés que la communication financière du groupe avait minimisées, selon la SEC, dans l’énergie et dans les anciennes activités d’assurance de GE Capital. Le dividende est divisé par deux en 2017. En juin 2018, après 122 ans de présence intermittente, GE sort du Dow Jones, remplacé par Walgreens. Le 30 septembre 2018, après quatorze mois, Flannery est remplacé par Larry Culp, ancien patron de Danaher, administrateur depuis avril. Le dividende tombe à un cent par trimestre. Le 9 décembre 2020, GE accepte une amende civile de 200 millions de dollars pour solder une enquête de la SEC, le gendarme de la Bourse américaine, sur l’information donnée de 2015 à 2017 sur sa branche Power et ses activités d’assurance, sans reconnaître ni contester les faits.
Culp réduit la dette de plus de 100 milliards de dollars, selon le groupe, puis va au bout de la logique. Le 9 novembre 2021, GE annonce sa scission en trois sociétés cotées. GE HealthCare est séparée le 3 janvier 2023 ; le 2 avril 2024, GE Vernova, qui réunit l’énergie et les renouvelables, l’est à son tour. Ce qui reste, l’aviation, prend le nom de GE Aerospace, a son siège à Evendale, dans l’Ohio, et garde le code boursier GE.

Qu’est devenu General Electric ?
La société juridique General Electric Company est aujourd’hui GE Aerospace, motoriste. En 2025, elle a réalisé 45,9 milliards de dollars de chiffre d’affaires, pour l’essentiel dans deux divisions :
- Moteurs civils et services (33,3 milliards de dollars) : moteurs GE90, GE9X, GEnx et CF34, et surtout, via CFM International, créée en 1974 avec Safran, le CFM56 et le LEAP, qui équipent les moyen-courriers d’Airbus et de Boeing ; s’y ajoutent les pièces et la maintenance.
- Défense et technologies de propulsion (10,6 milliards) : moteurs militaires.
Le groupe revendique environ 80 000 moteurs en flotte, 50 000 civils et 30 000 militaires, avions immobilisés compris. Les deux sœurs, GE HealthCare, dans l’imagerie médicale, et GE Vernova, dans les turbines et les éoliennes, sont des sociétés indépendantes, cotées séparément.
Qui a dirigé General Electric ?
- Charles A. Coffin (1892-1922) : premier président, puis président du conseil.
- Gerard Swope (1922-1940, puis 1942-1945) : président, qui tourne GE vers l’électroménager et le crédit aux particuliers.
- Charles E. Wilson (1940-1942, puis 1945-1950) : président, détaché pendant la guerre au War Production Board, l’agence de la production de guerre.
- Reginald Jones (1972-1981) : prédécesseur de Welch.
- Jack Welch (1981-2001) : président-directeur général, bâtisseur de GE Capital.
- Jeffrey Immelt (2001-2017) : président-directeur général.
- John Flannery (2017-2018) : directeur général, puis président-directeur général.
- Larry Culp (depuis 2018) : président-directeur général de GE, puis de GE Aerospace.
Quel est le parcours de General Electric en Bourse ?
GE figurait parmi les douze valeurs du premier Dow Jones, publié en mai 1896. Il en sort et y revient à deux reprises jusqu’en 1907, puis y reste sans interruption jusqu’au 26 juin 2018, date à laquelle il est remplacé par Walgreens Boots Alliance : le dernier des membres fondateurs s’en va. En 2021, GE regroupe ses actions à raison d’une nouvelle pour huit anciennes. Les actionnaires ont ensuite reçu une action GE HealthCare pour trois actions GE en 2023, puis une action GE Vernova pour quatre en 2024.
Quels sont les chiffres clés de General Electric depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires publié | Chiffre d’affaires à périmètre GE Aerospace | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2021 | 74,20 | n.d. | −6,52 |
| 2022 | 76,56 | 29,14 | 0,23 |
| 2023 | 67,95 | 35,35 | 9,48 |
| 2024 | 38,70 | 38,70 | 6,56 |
| 2025 | 45,86 | 45,86 | 8,70 |
En milliards de dollars, comptes publiés par General Electric puis GE Aerospace (rapports annuels 10-K). Le chiffre d’affaires publié suit le périmètre de chaque année : conglomérat jusqu’en 2022, sans GE HealthCare en 2023, aviation seule depuis 2024. Le résultat net, part du groupe, comprend les activités abandonnées.
Questions fréquentes sur General Electric
Qui a fondé General Electric ?
General Electric est née en 1892 de la fusion de l’Edison General Electric Company, issue des sociétés de Thomas Edison, et de la Thomson-Houston Electric Company. Son premier président fut Charles A. Coffin, de Thomson-Houston ; Edison vendit ses actions dès 1894.
General Electric existe-t-il encore ?
Oui, sous le nom de GE Aerospace. Le groupe s’est scindé en trois : GE HealthCare en janvier 2023, GE Vernova en avril 2024, et la société d’origine, devenue motoriste, a gardé le code boursier GE.
Qui dirige GE Aerospace ?
Larry Culp, président du conseil et directeur général. Il dirige GE depuis le 30 septembre 2018 et a conduit la scission du conglomérat.
D’où vient le nom General Electric ?
De l’Edison General Electric Company, nom sous lequel Thomas Edison avait regroupé ses sociétés en 1889. La fusion de 1892 avec Thomson-Houston a gardé la fin du nom et laissé tomber celui de l’inventeur.
Pourquoi General Electric s’est-il scindé en trois ?
La crise de 2008 l’avait frappé comme une banque, à cause de GE Capital ; le groupe a ensuite vendu l’essentiel de ses activités financières, puis affronté des difficultés dans l’énergie et l’assurance. Larry Culp a réduit la dette de plus de 100 milliards de dollars, puis annoncé le 9 novembre 2021 la scission en trois sociétés cotées : GE HealthCare en 2023, GE Vernova en 2024, et GE Aerospace pour l’aviation.
Warren Buffett a-t-il investi dans General Electric ?
Oui : le 1er octobre 2008, en pleine crise, Berkshire Hathaway y a placé 3 milliards de dollars en actions de préférence rémunérées à 10 %.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources de référence utilisées
8
- Encyclopædia Britannica, « General Electric » (consulté le 10 octobre 2026)
- GE Aerospace, rapport annuel 10-K 2025 (29 janvier 2026)
- General Electric, rapport annuel 10-K 2023 (2 février 2024)
- General Electric, rapport annuel 10-K 2022 (10 février 2023)
- GE Aerospace, biographie de Larry Culp (consultée le 10 octobre 2026)
- General Electric, investissement de Berkshire Hathaway (1er octobre 2008)
- General Electric, réduction du dividende (27 février 2009)
- General Electric, plan de cession de GE Capital (10 avril 2015)
Pour aller plus loin
- J. P. Morgan : biographie, méthode et le banquier qui tenait Wall Street, le banquier qui orchestra en 1892 la fusion d’Edison General Electric et de Thomson-Houston.
- Histoire de Berkshire Hathaway : de la filature condamnée à la holding de Warren Buffett, la holding qui apporta 3 milliards de dollars à GE le 1er octobre 2008, au plus fort de la crise.
- Histoire de Siemens : de l’atelier de télégraphes berlinois au conglomérat qui se défait, le grand rival allemand, qui a mis son énergie en Bourse en 2020 et prépare à son tour la sortie de sa branche santé.
- Histoire de United Technologies : du moteur Wasp à RTX, la vie et la mort d’un conglomérat, l’autre conglomérat américain démantelé en 2020, maison mère de Pratt & Whitney, concurrent des moteurs GE.
- Dow Jones : les 30 valeurs, l’histoire et le calcul de l’indice, l’indice où GE a figuré dès 1896, dernier des membres fondateurs à en sortir.
- Histoire d’Alstom : d’une usine née d’une frontière au champion du rail, le groupe français dont GE a racheté la branche énergie en novembre 2015.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il transmet aujourd'hui sa méthode au sein de son école de trading à travers sa formation day trading. Dans la rubrique Bourse et marchés, il distingue l'investissement patient de la spéculation et montre ce que les cycles longs enseignent à l'investisseur.
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