Garibaldi : biographie, expédition des Mille et unité italienne
Marin niçois devenu le héros des deux mondes, Giuseppe Garibaldi a conquis le royaume des Deux-Siciles avec un millier de volontaires en 1860, puis l’a remis au roi de Piémont avant de rentrer sur son île sans rien garder.

Qui était Garibaldi ?
Giuseppe Garibaldi (1807-1882) est un militaire et homme politique italien, né à Nice, qui joua un rôle décisif dans l’unification de l’Italie. À la tête de volontaires, il conquit en 1860 le royaume des Deux-Siciles, qui couvrait tout le sud de la péninsule, et le remit au roi Victor-Emmanuel II de Piémont-Sardaigne, devenu en 1861 le premier roi d’Italie.
Ses guerres d’Amérique du Sud lui valurent le surnom de héros des deux mondes. Républicain toute sa vie, il servit pourtant une monarchie, parce qu’il jugeait l’unité plus urgente que la république. Il fut aussi un homme pauvre au milieu de sommes considérables : ses campagnes furent payées par des souscriptions, des caisses publiques saisies et, au bout du compte, par l’État italien.
Garibaldi en résumé
Fils d’un patron de navire niçois, Garibaldi navigue dès l’adolescence, adhère à la Jeune Italie de Mazzini, est condamné à mort par contumace en 1834 et s’exile en Amérique du Sud. Revenu en 1848, il défend Rome en 1849, puis repart en exil. Général des volontaires de 1859, il lance en mai 1860 l’expédition des Mille, conquiert la Sicile et Naples, et rencontre le roi à Teano. Il échoue devant Rome en 1862 et en 1867, combat pour la France en 1870-1871 et meurt à Caprera en 1882.
- Époque : Le XIXe siècle
- Naissance : 4 juillet 1807, Nice
- Mort : 2 juin 1882, Caprera (Sardaigne)
- Pays : Piémont-Sardaigne, Italie
- Fonctions : commandant de la flotte et de la Légion italienne de l’Uruguay (1842-1848), général de la République romaine (1849), général des Chasseurs des Alpes (1859), dictateur de la Sicile puis des Deux-Siciles (mai-novembre 1860), député au Parlement italien à partir de 1861
- Œuvre principale : l’expédition des Mille (1860), qui fit tomber le royaume des Deux-Siciles et rendit possible le royaume d’Italie
- À retenir : l’expédition fut financée par des souscriptions, des fonds piémontais discrets et, une fois la Sicile prise, par le trésor de Palerme ; l’État italien régla ensuite la facture
La vie de Garibaldi : le héros qui ne garda rien
Giuseppe Garibaldi naît à Nice le 4 juillet 1807, alors sous domination française ; la ville revient au royaume de Piémont-Sardaigne en 1814. Son père, originaire de Chiavari en Ligurie, est patron de cabotage. Le garçon s’embarque à quinze ans et devient capitaine marchand. En 1833, il rejoint la Jeune Italie, le mouvement républicain fondé par Giuseppe Mazzini. Impliqué dans une insurrection manquée à Gênes en 1834, il est condamné à mort par contumace et s’enfuit.
Il passe douze ans en Amérique du Sud. Au service de la république rebelle du Rio Grande do Sul contre l’empire du Brésil, puis de Montevideo contre l’Argentine de Rosas, il apprend la guerre irrégulière, commande une flottille et une Légion italienne qui adopte la chemise rouge. Il y rencontre Anita, Brésilienne qui devient sa femme et sa compagne d’armes. La victoire de San Antonio del Salto, en 1846, le rend célèbre en Europe.
Rentré en Italie lors des révolutions de 1848, il combat les Autrichiens en Lombardie, puis rejoint la République romaine proclamée en février 1849. Il défend la ville contre le corps expéditionnaire envoyé par Louis-Napoléon Bonaparte, le futur Napoléon III. Rome tombe en juillet 1849 ; Garibaldi s’échappe avec quelques milliers d’hommes, traqué par quatre armées ; Anita meurt d’épuisement près de Ravenne, le 4 août. Nouvel exil : il travaille dans la fabrique de chandelles d’Antonio Meucci à Staten Island, près de New York, en 1850-1851, puis commande un navire marchand entre le Pérou et la Chine.
En décembre 1855, il achète une partie de l’île de Caprera, au nord de la Sardaigne. En 1859, Cavour lui confie un corps de volontaires, les Chasseurs des Alpes, dans la guerre contre l’Autriche. En 1860, la cession de Nice à la France, sa ville natale, le révolte. Une insurrection éclate en Sicile en avril. Dans la nuit du 5 au 6 mai 1860, quelque 1 150 volontaires embarquent à Quarto, près de Gênes, sur deux vapeurs de la compagnie Rubattino, le Piemonte et le Lombardo. Ils débarquent à Marsala le 11 mai.
La suite tient de l’épopée. Victoire à Calatafimi le 15 mai, prise de Palerme fin mai, après trois jours de combats de rue, victoire de Milazzo le 20 juillet. Grossie de renforts venus du nord, l’armée passe le détroit en août, remonte la Calabre presque sans combattre et entre à Naples le 7 septembre ; le roi François II s’est réfugié à Gaète. Sur le Volturno, les 1er et 2 octobre, les volontaires repoussent l’armée napolitaine. Le 26 octobre, près de Teano, Garibaldi salue Victor-Emmanuel II comme roi d’Italie. Le 9 novembre, il repart pour Caprera.
Le reste de sa vie se partage entre l’île et les tentatives sur Rome. En 1862, à l’Aspromonte, les troupes italiennes l’arrêtent et le blessent ; en 1867, à Mentana, les Français et les zouaves pontificaux le battent. En 1866, il combat les Autrichiens dans le Trentin. En 1870-1871, il commande l’armée des Vosges au service de la République française. Député, il défend à la fin de sa vie un projet de détournement du Tibre. Il meurt à Caprera le 2 juin 1882.
Qu’a accompli Garibaldi, et que reste-t-il de son œuvre ?
Sans l’expédition des Mille, le royaume d’Italie de 1861 n’aurait pas eu sa moitié sud. Garibaldi a fait tomber en cinq mois un État de neuf millions d’habitants, doté d’une armée et d’une flotte, avec des volontaires mal armés, puis il l’a remis au roi de Piémont sans condition. Il a ainsi lié la cause nationale à la monarchie de Savoie et privé les républicains, dont il était, de leur meilleure chance.
Il reste un culte : des places Garibaldi dans presque toutes les villes d’Italie, des monuments jusqu’en Amérique du Sud, et la figure du volontaire en chemise rouge, imitée par d’autres mouvements nationaux au XIXe siècle. Il reste aussi la maison de Caprera, devenue musée, où il voulut être enterré.
Comment Garibaldi a-t-il financé son pouvoir ?
Garibaldi ne disposait ni d’un État ni d’un budget. Ses guerres furent financées par l’enthousiasme, la complaisance des gouvernements et, quand il le fallait, par la saisie des caisses de l’adversaire. En octobre 1859, il lance une souscription nationale pour un million de fusils, le Fondo per il milione di fucili, soutenu par des municipalités et des associations patriotiques ; la seule chambre de commerce de Milan y verse plus de 70 000 lires. Mais quand l’expédition se prépare, le gouverneur de Milan, Massimo d’Azeglio, fait saisir les carabines modernes destinées aux volontaires. Les Mille partent avec de vieux fusils.
Les navires furent obtenus par une fiction commode. Garibaldi offrit 100 000 francs pour les deux vapeurs de la compagnie Rubattino ; son directeur refusa l’argent et laissa les volontaires s’emparer des bateaux comme s’ils les volaient. Le compte fut réglé plus tard : un décret du 5 octobre 1860 accorda à la compagnie 1,2 million de lires pour le Piemonte, le Lombardo et un troisième navire. Le gouvernement de Turin, officiellement étranger à l’entreprise, en finança une partie par des voies détournées, ce que la fiche consacrée à Cavour replace dans la politique piémontaise.
Une fois Palerme prise, la guerre se paya en partie elle-même. Dictateur de la Sicile au nom du roi, Garibaldi met la main sur les caisses publiques de l’île. Selon le compte rendu du comité central d’Agostino Bertani, qui organisa à Gênes les expéditions de renfort de l’été, chiffres repris par l’historien George Macaulay Trevelyan, les fonds passés par ce comité atteignirent environ 6,2 millions de lires, dont plus de 5,1 millions venus de Sicile, pour l’essentiel de la Monnaie de Palerme, 200 000 lires de Naples et quelque 850 000 lires collectées par le comité lui-même. Le royaume des Deux-Siciles finança ainsi une bonne part de sa propre conquête.
Le dictateur gouvernait aussi par l’impôt, ou plutôt par sa suppression. Pour rallier les paysans siciliens, il abolit dès juin 1860 l’impôt sur la mouture des grains, le macinato, et promit par décret de partager les terres communales entre les combattants. Les promesses foncières ne furent guère tenues, et la déception paysanne éclata dès l’été, notamment à Bronte, où une révolte fut réprimée par son lieutenant Nino Bixio, qui fit fusiller cinq hommes le 10 août, après un jugement sommaire.
L’homme, lui, resta pauvre. Il avait acheté la moitié de Caprera en 1855 pour 35 000 lires, grâce à l’héritage de son frère Felice ; des admirateurs lui offrirent le reste de l’île en 1865. En quittant Naples en novembre 1860, il refusa titres, grades et dotations. Il finit par accepter la dotation que le Parlement lui avait votée en 1875, et seulement après l’arrivée de la gauche au pouvoir en 1876. Le héros des deux mondes vécut d’une pension d’État, comme un fonctionnaire.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Garibaldi ?
La chemise rouge a sa légende : un stock de tissu destiné aux ouvriers des abattoirs de Montevideo, acheté à bas prix pour habiller la Légion italienne. L’histoire est rapportée de longue date et plausible, mais aucun document ne l’établit avec certitude. La rencontre de Teano a été mise en scène par la peinture et l’école comme la poignée de main fondatrice de l’Italie ; les témoins décrivent une entrevue brève et froide, après laquelle le roi ne confia aucun commandement aux volontaires.
Le financement des Mille a nourri d’autres légendes. On a écrit que l’expédition avait été payée par la franc-maçonnerie britannique, à hauteur de trois millions de francs, ou par l’or anglais en général ; ces affirmations ne reposent sur aucune comptabilité vérifiable. Garibaldi fut bien franc-maçon, et grand maître du Grand Orient d’Italie en 1864, et l’opinion britannique le soutint avec ferveur, mais les comptes connus montrent une expédition financée par des souscriptions italiennes, des fonds piémontais et les caisses siciliennes. À l’inverse, la tradition hostile au Risorgimento a fait de lui un pillard ; les fonds saisis furent dépensés pour la guerre, non pour lui.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
Le Britannique George Macaulay Trevelyan a fixé l’image héroïque dans sa trilogie de 1907-1911, et l’Italie libérale puis fasciste l’a enrôlé chacune à sa manière. Denis Mack Smith, dans Cavour and Garibaldi 1860 (1954), a montré l’ampleur du conflit entre le Premier ministre piémontais et le général, et suggéré que Garibaldi avait été moins naïf et Cavour moins clairvoyant que la légende ne le disait. Alfonso Scirocco a donné en 2001 la grande biographie italienne de référence.
Lucy Riall (Garibaldi. Invention of a Hero, 2007) a renouvelé le sujet en étudiant la fabrication de sa célébrité : journaux, gravures, biographies populaires, et Garibaldi lui-même, qui soignait sa mise en scène. Le débat porte aussi sur le Sud : l’historiographie récente, sans reprendre les excès de la littérature nostalgique des Bourbons, étudie la façon dont la conquête de 1860 a été vécue par les paysans méridionaux et la guerre contre le brigandage qui suivit. En France, Hubert Heyriès a consacré à Garibaldi une étude de son mythe.
Que peut apprendre de Garibaldi celui qui décide ?
Garibaldi a réussi la plus improbable des opérations militaires du siècle avec des moyens dérisoires. Ses échecs de 1862 et 1867 montrent que la même méthode, appliquée sans l’appui tacite d’un État, ne donne plus rien.
- Un succès improbable a souvent un appui discret : les Mille partirent seuls en apparence, mais un gouvernement fermait les yeux et une compagnie prêtait ses navires.
- Une opération qui se finance sur l’adversaire peut aller vite : la Monnaie de Palerme paya les renforts qui firent tomber Naples.
- Les promesses faites pour rallier un soutien se paient à l’échéance : les terres promises aux paysans siciliens ne furent pas distribuées, et la révolte suivit.
- Savoir rendre ce qu’on a gagné est aussi une décision : en remettant le Sud au roi, Garibaldi sacrifia ses idées républicaines à l’unité, et garda une autorité morale qu’aucune dotation n’aurait achetée.
Quels livres lire sur Garibaldi ?
- Pierre Milza, Garibaldi, Fayard, 2012 : la biographie de référence récente en français.
- Hubert Heyriès, Garibaldi. Le mythe de la révolution romantique, Privat, 2002 : la construction du héros et de son mythe.
- Max Gallo, Garibaldi. La force d’un destin, Fayard, 1982 : un récit vivant et très lu.
- Lucy Riall, Garibaldi. Invention of a Hero, Yale University Press, 2007 (en anglais) : la fabrique de la célébrité garibaldienne.
- Alfonso Scirocco, Garibaldi. Battaglie, amori, ideali di un cittadino del mondo, Laterza, 2001 (en italien) : la biographie italienne de référence.
- Giuseppe Garibaldi, Mémoires, rédigés par lui-même, dont une première version fut publiée par Alexandre Dumas chez Michel Lévy en 1860 : la source, partiale et revue par Dumas.
Questions fréquentes sur Garibaldi
Qu’est-ce que l’expédition des Mille ?
C’est l’expédition de volontaires conduite par Garibaldi en 1860 contre le royaume des Deux-Siciles. Partis de Quarto, près de Gênes, dans la nuit du 5 au 6 mai, environ un millier d’hommes débarquèrent à Marsala le 11 mai, prirent Palerme puis Naples en septembre. Garibaldi remit ensuite le Sud au roi Victor-Emmanuel II.
Pourquoi Garibaldi est-il appelé le héros des deux mondes ?
Parce qu’il a combattu en Amérique du Sud, au Brésil et en Uruguay, de 1836 à 1848, avant de mener les guerres de l’unification italienne en Europe. Il a aussi combattu pour la France en 1870-1871.
Garibaldi était-il riche ?
Non. Il acheta une partie de l’île de Caprera en 1855 avec l’héritage de son frère, des admirateurs lui offrirent le reste, et il refusa toute récompense en 1860. Il n’accepta une dotation de l’État qu’en 1876, à la fin de sa vie.
Garibaldi était-il niçois ?
Oui, il est né à Nice en 1807, à l’époque française de la ville, qui appartint ensuite au royaume de Piémont-Sardaigne jusqu’en 1860. La cession de Nice à la France cette année-là, négociée par Cavour, fut l’une des grandes blessures de sa vie.
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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