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Metternich : biographie, congrès de Vienne et ordre européen de 1815

Ministre puis chancelier d’Autriche de 1809 à 1848, Metternich a conduit le congrès de Vienne et bâti l’ordre européen de la Restauration, avec un État en faillite et des banquiers pour alliés.

Metternich : Le chancelier qui tint l’Europe en ordre avec un État en faillite

Qui était Metternich ?

Metternich (1773-1859) est un homme d’État autrichien, né à Coblence en Rhénanie, qui dirigea la diplomatie de l’empire d’Autriche de 1809 à 1848. Il fut l’hôte et le principal organisateur du congrès de Vienne de 1814-1815, qui redessina la carte de l’Europe après Napoléon, puis le gardien du système conservateur qui porte son nom, jusqu’à sa chute lors de la révolution viennoise de mars 1848.

On l’a dit tout-puissant. Il ne l’était qu’à l’extérieur. À Vienne, il partageait le pouvoir avec des rivaux qui tenaient les finances, et l’Autriche qu’il représentait sortait d’une faillite. Sa diplomatie fut celle d’une grande puissance qui n’avait pas les moyens de la guerre.

Metternich en résumé

Fils d’un diplomate rhénan, chassé de ses terres par les armées de la Révolution, Metternich entre au service de Vienne, devient ambassadeur à Paris en 1806 puis ministre des Affaires étrangères en 1809. Il marie Marie-Louise à Napoléon, attend son heure, rejoint la coalition en 1813 et reçoit l’Europe à Vienne. Pendant trente ans, il défend par les congrès, la censure et l’intervention militaire l’ordre de 1815. La révolution de 1848 le chasse ; il meurt à Vienne en 1859.

  • Époque : Le XIXe siècle
  • Naissance : 15 mai 1773, Coblence (électorat de Trèves)
  • Mort : 11 juin 1859, Vienne
  • Pays : Saint-Empire romain germanique, empire d’Autriche
  • Fonctions : ambassadeur à Dresde (1801), à Berlin (1803) et à Paris (1806-1809), ministre des Affaires étrangères (1809-1848), chancelier d’État (1821-1848)
  • Œuvre principale : le congrès de Vienne (1814-1815) et l’ordre européen fondé sur l’équilibre des puissances et la concertation des congrès
  • À retenir : il mena la politique d’une grande puissance avec le Trésor d’un État qui avait fait faillite en 1811, en s’appuyant sur les subsides britanniques puis sur les Rothschild

La vie de Metternich : le cocher de l’Europe

Klemens von Metternich naît à Coblence le 15 mai 1773, dans une famille de comtes d’Empire au service de l’empereur. Il étudie à Strasbourg, où il voit la Révolution commencer, puis à Mayence. En 1794, les armées françaises occupent la rive gauche du Rhin et confisquent les domaines familiaux. La famille se replie sur Vienne. L’année suivante, il épouse Eleonore von Kaunitz, petite-fille du grand chancelier de Marie-Thérèse : le mariage lui ouvre la haute société viennoise.

Diplomate à Dresde, à Berlin, puis ambassadeur à Paris de 1806 à 1809, il observe Napoléon de près et apprend à le ménager. Après la défaite de Wagram, il devient ministre des Affaires étrangères le 8 octobre 1809. L’Autriche, amputée par la paix de Schönbrunn, n’a ni armée ni argent. Metternich choisit de gagner du temps : il négocie le mariage de l’archiduchesse Marie-Louise avec l’empereur en 1810 et fournit un corps auxiliaire à la campagne de Russie. Après le désastre de 1812, il se pose en médiateur. À Dresde, le 26 juin 1813, il rencontre Napoléon, qui refuse toute paix de compromis. L’Autriche entre dans la coalition en août ; après Leipzig, en octobre, l’empereur François le fait prince.

Le congrès de Vienne s’ouvre à l’automne 1814 sous sa présidence. Il ne siège jamais en séance plénière : tout se règle entre les quatre vainqueurs, l’Autriche de Metternich, la Grande-Bretagne de Castlereagh, la Prusse de Hardenberg et la Russie du tsar Alexandre Ier, rejoints par la France de Talleyrand. Pendant que les souverains dansent et chassent, la négociation bute sur un marchandage : le tsar veut toute la Pologne, la Prusse veut toute la Saxe en compensation. Metternich refuse de voir la Russie s’installer au cœur de l’Europe. L’Autriche, la Grande-Bretagne et la France signent le 3 janvier 1815 un traité secret d’alliance défensive ; la menace suffit. Le tsar obtient un royaume de Pologne dont il sera le roi, la Prusse environ deux cinquièmes de la Saxe, et, en compensation, la Rhénanie et la Westphalie.

Le retour de Napoléon, en mars 1815, ressoude les alliés, qui le mettent au ban de l’Europe le 13 mars. L’Acte final est signé le 9 juin 1815, neuf jours avant Waterloo. L’Autriche renonce aux Pays-Bas méridionaux, réunis à la Hollande, et reçoit la Lombardie-Vénétie, les provinces illyriennes et le Tyrol ; ses archiducs régneront à Florence et à Modène. L’Allemagne devient une Confédération germanique d’une quarantaine d’États présidée par l’Autriche. La Suisse obtient la reconnaissance de sa neutralité. Le congrès condamne la traite des esclaves, sans l’interdire, et fixe les règles de préséance diplomatiques encore en usage. Les frontières de la France vaincue sont réglées ensuite par le second traité de Paris, en novembre 1815.

Vient ensuite le système Metternich. Des congrès réunissent les puissances à Aix-la-Chapelle en 1818, à Troppau en 1820, à Laybach en 1821 et à Vérone en 1822 ; ils autorisent l’Autriche à écraser les révolutions de Naples et du Piémont, et la France à rétablir l’absolutisme en Espagne. En Allemagne, l’assassinat de l’écrivain Kotzebue par un étudiant sert de prétexte aux décrets de Carlsbad de 1819 : censure, surveillance des universités. Chancelier d’État en 1821, Metternich perd pourtant la main sur la politique intérieure, que lui dispute le comte Kolowrat, maître des finances, surtout après la mort de l’empereur François en 1835.

Le 13 mars 1848, la révolution éclate à Vienne. Le soir même, il démissionne et s’enfuit, déguisé, vers l’Angleterre. Il rentre à Vienne en 1851, consulté et peu écouté, et meurt le 11 juin 1859, une semaine après la défaite autrichienne de Magenta qui ouvre la voie à l’unité italienne.

Qu’a accompli Metternich, et que reste-t-il de son œuvre ?

Le congrès de Vienne a fondé une Europe sans guerre générale jusqu’en 1914. Il y eut des conflits, de Crimée en 1853-1856, d’Italie en 1859, d’Allemagne en 1866 et 1870, mais aucun embrasement continental comparable à celui de 1792-1815. Les historiens discutent la part de Vienne dans ce résultat ; la méthode, elle, est restée : des puissances qui se consultent, un équilibre qui empêche l’une d’elles de dominer, des vaincus réintégrés plutôt qu’humiliés.

L’ordre intérieur qu’il défendit a disparu avec lui. Les nationalités qu’il réprimait ont fait l’Italie en 1861 et l’Allemagne en 1871, contre l’Autriche. Il reste des traces concrètes : la neutralité suisse, les règles de préséance des ambassadeurs, et le château de Johannisberg, dans le Rheingau, dont le vin porte toujours son nom.

Comment Metternich a-t-il financé son pouvoir ?

La diplomatie de Metternich se comprend par le bilan de l’État qu’il servait. L’Autriche avait financé vingt ans de guerre contre la France en imprimant des billets, les Bancozettel, émis par la Wiener Stadtbank, la banque de la ville de Vienne. Puis vint la paix de Schönbrunn de 1809, avec une lourde indemnité de guerre ; à Paris en 1810, Metternich n’obtint guère que des délais de paiement. Le 20 février 1811, une patente de l’empereur François déclare la faillite : les billets sont échangés contre une nouvelle monnaie de papier au taux de cinq pour un. Les épargnants perdent quatre cinquièmes de leur avoir. Le ministre des Affaires étrangères conduit donc la politique d’un pays qui vient de faire défaut sur sa propre monnaie.

Cette pauvreté explique la prudence de 1810-1813. L’Autriche ne pouvait entrer en guerre qu’avec l’argent des autres. En 1813, comme la Prusse et la Russie, elle reçut des subsides britanniques, ces versements par lesquels Londres finançait les armées continentales sans engager les siennes. Une fois la paix revenue, il fallait restaurer le crédit. En 1816 naît la Banque nationale privilégiée d’Autriche, chargée de retirer le papier déprécié et de rétablir une monnaie convertible. Il fallait aussi emprunter, et c’est là qu’interviennent les Rothschild.

En 1816, l’empereur anoblit les frères Rothschild ; en 1822, il les fait barons. Entre-temps, en 1820, Metternich négocie avec eux un grand emprunt autrichien sous forme de loterie, et Salomon Rothschild s’installe à Vienne pour le suivre. La maison devient le banquier de la politique de Metternich. Quand l’Autriche écrase la révolution de Naples en 1821, Metternich demande aux Rothschild d’envoyer un représentant au congrès de Laybach pour négocier un emprunt avec le roi Ferdinand rétabli. Carl Rothschild s’établit à Naples, et la maison mène en mai puis en décembre 1821 deux emprunts napolitains de 16 et de 16,8 millions de ducats. L’ordre restauré se finançait sur le crédit de l’État restauré. Les liens furent aussi personnels : le chancelier, qui vivait sur un grand pied, obtint en 1822 un prêt personnel de 900 000 florins, remboursable en douze ans à 5 %, selon son biographe Alan Palmer ; et en 1848, c’est une lettre de crédit des Rothschild qui accompagna sa fuite.

Metternich n’était pas un homme d’argent, mais il savait ce que coûtait la grandeur. Ses domaines rhénans perdus furent compensés en 1803 par l’ancienne abbaye d’Ochsenhausen, en Souabe, attribuée à sa famille lors de la réorganisation de l’Allemagne. En 1816, l’empereur lui donna le domaine viticole de Johannisberg, à charge de verser à la maison de Habsbourg une dîme sur le vin, c’est-à-dire une part de la récolte. Le congrès lui-même fut un gouffre pour un Trésor convalescent : la cour de Vienne logea et divertit pendant des mois des souverains, leurs suites et leurs ministres.

La contrainte budgétaire ne disparut jamais. À partir de 1826, le comte Kolowrat, qui contrôlait les finances, réduisit les crédits de l’armée, et Metternich dut mener une politique de gendarme de l’Europe avec des moyens de plus en plus comptés. Les crises de 1846-1847, mauvaises récoltes et chômage, aggravèrent le déficit. En mars 1848, quand la révolution emporta le chancelier, l’État autrichien était à court d’argent.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Metternich ?

Le congrès de Vienne a sa formule : le congrès danse, mais il ne marche pas. On l’attribue au vieux prince de Ligne, mort à Vienne en décembre 1814, mais elle n’est connue que par des souvenirs publiés bien plus tard, notamment ceux du comte Auguste de La Garde-Chambonas. Elle a fait croire à des mois perdus en bals. Les bals ont eu lieu ; les négociations aussi, en petit comité, et elles ont abouti.

Metternich lui-même a contribué à sa légende, celle d’un ministre omniscient qui aurait tout prévu, en publiant peu, mais en laissant des mémoires et des papiers édités par son fils de 1880 à 1884. Ses adversaires libéraux ont fabriqué l’autre légende, celle du geôlier des peuples. Sa phrase la plus citée, l’Italie n’est qu’une expression géographique, est authentique, mais elle vient de sa correspondance diplomatique de 1847 et visait l’équilibre des États de la péninsule, non une doctrine. Quant à sa toute-puissance, elle s’arrêtait aux portes du ministère des Finances.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

Au XIXe siècle, Metternich fut jugé par ses vainqueurs, libéraux et nationaux, comme l’homme qui avait retardé l’Europe. L’Autrichien Heinrich von Srbik, dans sa grande biographie de 1925, le réhabilita en penseur d’un ordre européen ; Viktor Bibl lui répondit en 1936 par un réquisitoire. Henry Kissinger, dans A World Restored (1957), sa thèse consacrée à Metternich et à Castlereagh, en fit un modèle de diplomatie de l’équilibre, au risque de l’admiration. L’historien français Guillaume de Bertier de Sauvigny a donné la biographie de référence en français.

Les débats récents portent sur deux points. L’Américain Paul Schroeder (The Transformation of European Politics, 1763-1848, 1994) voit à Vienne une transformation réelle des pratiques diplomatiques, la concertation remplaçant la pure politique de puissance ; d’autres y voient un équilibre classique sous un vocabulaire nouveau. L’Allemand Wolfram Siemann (Metternich. Stratege und Visionär, 2016), à partir des archives familiales, décrit un homme plus moderne et plus ouvert aux réformes administratives et économiques que sa caricature ; ses critiques lui reprochent de minimiser la répression. Alan Sked (Metternich and Austria, 2008) insiste, lui, sur les limites de son pouvoir intérieur.

Que peut apprendre de Metternich celui qui décide ?

Metternich a fait beaucoup avec peu. Il a aussi confondu la stabilité, qu’il obtint, avec l’immobilité, qui le perdit.

  • La politique étrangère dépend du bilan : la faillite de 1811 explique mieux la prudence autrichienne de 1810-1813 que n’importe quel calcul diplomatique.
  • Un équilibre se négocie en petit comité, mais se garantit par une menace crédible : le traité secret du 3 janvier 1815 dénoua la crise polono-saxonne sans un coup de feu.
  • Une intervention militaire ne règle pas les finances de l’État qu’elle restaure : Naples dut emprunter aussitôt, auprès des banquiers que Vienne lui avait désignés.
  • Le biais du statu quo guette celui qui a réussi : le système de 1815 fonctionnait, et cela servit de raison pour ne rien réformer jusqu’en 1848.

Quels livres lire sur Metternich ?

  • Guillaume de Bertier de Sauvigny, Metternich, Fayard, 1986 : la biographie de référence en français, par le meilleur connaisseur de la Restauration.
  • Charles Zorgbibe, Metternich, le séducteur diplomate, Éditions de Fallois, 2009 : un portrait vivant de l’homme et du diplomate.
  • Thierry Lentz, Le Congrès de Vienne. Une refondation de l’Europe, 1814-1815, Perrin, 2012 : le récit le plus complet du congrès en français.
  • Henry Kissinger, A World Restored. Metternich, Castlereagh and the Problems of Peace, 1812-1822, Houghton Mifflin, 1957 (en anglais) : une lecture célèbre de la diplomatie de l’équilibre.
  • Wolfram Siemann, Metternich. Stratege und Visionär, C. H. Beck, 2016 (en allemand ; trad. anglaise Harvard University Press, 2019) : la biographie récente, fondée sur les archives familiales.

Questions fréquentes sur Metternich

Qu’est-ce que le congrès de Vienne ?

C’est la réunion des puissances européennes tenue à Vienne de septembre 1814 à juin 1815 pour réorganiser l’Europe après la chute de Napoléon. Présidée par Metternich, elle aboutit à l’Acte final du 9 juin 1815, qui redessine les frontières et crée la Confédération germanique. Les grandes décisions furent prises par l’Autriche, la Grande-Bretagne, la Prusse et la Russie, rejointes par la France.

Qu’est-ce que le système Metternich ?

C’est l’ordre européen défendu par Metternich de 1815 à 1848 : équilibre entre les grandes puissances, réunions régulières en congrès, intervention contre les révolutions libérales et nationales, censure et surveillance policière à l’intérieur. Il s’effondra lors des révolutions de 1848.

Pourquoi Metternich a-t-il démissionné en 1848 ?

La révolution éclata à Vienne le 13 mars 1848, dans une Autriche frappée par la crise économique et le déficit. Les insurgés et une partie de la cour exigèrent son départ ; il démissionna le soir même et s’exila en Angleterre. Il revint à Vienne en 1851 sans retrouver de fonctions.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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