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Simone de Beauvoir : biographie, idées et héritage

Simone de Beauvoir (1908-1986), philosophe existentialiste, a soutenu dans Le Deuxième Sexe que la condition féminine est une construction historique.

Simone de Beauvoir : biographie, idées et héritage

Qui était Simone de Beauvoir ?

Simone de Beauvoir (1908-1986) est une philosophe et romancière française, figure de l’existentialisme, dont l’essai Le Deuxième Sexe (1949) soutient que la condition des femmes est une construction historique et sociale, et non un destin naturel.

Agrégée de philosophie à vingt et un ans, compagne de pensée de Jean-Paul Sartre pendant un demi-siècle, prix Goncourt 1954 pour Les Mandarins, autrice d’une autobiographie en plusieurs volumes, elle a longtemps été présentée comme une disciple. Les études récentes la lisent comme une philosophe à part entière, qui a donné à l’existentialisme une morale et une attention aux situations concrètes que Sartre n’avait pas.

Simone de Beauvoir en résumé

Née dans une famille bourgeoise et catholique de Paris, Beauvoir perd la foi à l’adolescence, étudie la philosophie à la Sorbonne et rencontre Sartre en 1929. Professeure de lycée jusqu’en 1943, elle se consacre ensuite à l’écriture : romans, essais, mémoires. Pour une morale de l’ambiguïté (1947) fonde une éthique de la liberté partagée ; Le Deuxième Sexe analyse la manière dont la femme a été construite comme « l’Autre » de l’homme. Dans les années 1970, elle s’engage dans le Mouvement de libération des femmes et pour le droit à l’avortement. Ses relations avec de jeunes élèves restent l’objet de vives controverses.

  • Naissance : 9 janvier 1908, à Paris
  • Mort : 14 avril 1986, à Paris
  • Nationalité : française
  • Courant : existentialisme, phénoménologie, féminisme
  • Œuvres principales : Pour une morale de l’ambiguïté (1947), Le Deuxième Sexe (1949), Les Mandarins (1954)
  • Idée la plus connue : « On ne naît pas femme : on le devient »

Une jeune fille rangée qui ne l’est pas restée

Simone de Beauvoir naît le 9 janvier 1908 au 103, boulevard du Montparnasse, à Paris. Son père, Georges Bertrand de Beauvoir, avocat et comédien amateur, encourage sa précocité ; sa mère, Françoise Brasseur, fille d’un banquier de Verdun, l’élève dans une piété stricte. Les revers de fortune de l’après-guerre obligent la famille à déménager dans un appartement modeste de la rue de Rennes. Élève du cours Desir, institution catholique pour jeunes filles, elle s’y lie avec Élisabeth Lacoin, la « Zaza » de ses mémoires, dont la mort en 1929 la marquera durablement. Elle perd la foi vers quatorze ans.

Après des études de lettres et de mathématiques dans des établissements catholiques, elle obtient sa licence de philosophie en 1928 et rédige un mémoire sur Leibniz. En 1929, elle est reçue deuxième à l’agrégation de philosophie, derrière Sartre, rencontré cette année-là. Ils concluent un pacte : leur amour serait « nécessaire », d’autres pourraient être « contingents », et ils se diraient tout. Ils ne se marieront jamais et ne vivront jamais ensemble. Un camarade la surnomme « le Castor », par jeu sur l’anglais beaver.

Elle enseigne à Marseille, à Rouen, puis à Paris, au lycée Molière. Le 17 juin 1943, elle est suspendue de l’Éducation nationale à la suite d’une plainte déposée en 1941 par la mère d’une ancienne élève, Natalie Sorokin, plainte qui aboutit à un non-lieu ; elle est réintégrée en 1945, mais n’enseignera plus. Elle travaille alors pour la radio contrôlée par Vichy, sur des émissions consacrées à la musique. Son premier roman, L’Invitée, paraît en 1943 ; suivent un essai, Pyrrhus et Cinéas (1944), et Le Sang des autres (1945). En 1945, elle cofonde avec Sartre et Merleau-Ponty la revue Les Temps modernes.

Un voyage de quatre mois aux États-Unis en 1947 lui fait rencontrer à Chicago l’écrivain Nelson Algren, avec qui elle vit une longue liaison transatlantique. Le Deuxième Sexe paraît chez Gallimard en 1949 et fait scandale ; l’Église catholique l’inscrit à l’Index. De 1952 à 1959, elle partage sa vie avec le jeune Claude Lanzmann. Les Mandarins, roman des intellectuels de gauche au sortir de la guerre, obtient le prix Goncourt le 6 décembre 1954. Viennent ensuite les mémoires, de Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) à Tout compte fait (1972), ainsi qu’Une mort très douce (1964), sur la mort de sa mère, et La Vieillesse (1970). Elle signe en 1960 le Manifeste des 121 contre la guerre d’Algérie, rédige le Manifeste des 343, publié le 5 avril 1971, où des femmes déclarent avoir avorté, et fonde avec l’avocate Gisèle Halimi l’association Choisir. Elle se déclare féministe en 1972. Après la mort de Sartre, elle publie La Cérémonie des adieux (1981). Elle meurt à Paris le 14 avril 1986 et repose à ses côtés au cimetière du Montparnasse.

Les idées clés

La liberté en situation. Comme Sartre, Beauvoir pense que l’homme n’a pas de nature fixe et se définit par ses projets. Mais elle insiste plus que lui sur la « situation » : le corps, l’époque, la classe, le sexe ouvrent ou ferment des possibles. Un prisonnier est libre en droit, mais sa liberté réelle dépend de ce que le monde lui laisse faire. La liberté n’est pas une propriété intérieure qu’on aurait toujours intacte ; c’est un mouvement vers l’avenir, que les circonstances peuvent étouffer.

Une morale de l’ambiguïté. L’existence est ambiguë : nous sommes à la fois sujets libres et objets dans le monde, mortels et tournés vers l’avenir. Pour une morale de l’ambiguïté (1947) en tire une éthique : vouloir sa liberté implique de vouloir celle des autres, car mes projets n’ont de sens que s’ils sont repris par d’autres. Beauvoir décrit des figures qui fuient cette exigence : l’« homme sérieux », qui se soumet à des valeurs toutes faites, l’aventurier, qui se sert des autres, le nihiliste, qui ne veut rien.

La femme comme « Autre ». Dans Le Deuxième Sexe, l’homme se pose comme le sujet, l’essentiel, la norme ; la femme est définie par rapport à lui, comme l’« Autre ». Ce schéma, inspiré notamment de la dialectique du maître et de l’esclave de Hegel, n’a rien de fatal : il est entretenu par les mythes, l’éducation, le mariage, la dépendance économique. Beauvoir ajoute un point qui dérange : beaucoup de femmes y consentent, parce que le rôle d’« Autre » offre aussi protection et reconnaissance.

Immanence et transcendance. La transcendance, au sens existentialiste, est le mouvement par lequel on se projette vers l’avenir par des projets ; l’immanence est l’enfermement dans la répétition et l’entretien de ce qui est. L’histoire a assigné les femmes à l’immanence : tenir la maison, reproduire, conserver. La sortie de cette condition passe, selon Beauvoir, par le travail rémunéré et l’indépendance économique, plus que par une proclamation de droits.

Une œuvre en contexte : Le Deuxième Sexe (1949)

L’idée lui vient en 1946, au café des Deux Magots, alors qu’elle songe à écrire sur elle-même et se demande ce qu’a signifié, pour elle, le fait d’être une femme. Elle se lance dans une enquête de plusieurs années qui mobilise la biologie, la psychanalyse, le marxisme, l’histoire, la littérature et une masse de témoignages. Le livre paraît en 1949 chez Gallimard en deux tomes, Les Faits et les Mythes et L’Expérience vécue. Le second s’ouvre sur la phrase la plus célèbre de l’autrice : « On ne naît pas femme : on le devient. » Elle ne nie pas la biologie, à laquelle elle consacre un long chapitre ; elle dit que la biologie ne fixe pas le sens qu’une société donne au fait d’être femelle.

La suite décrit, de l’enfance à la vieillesse, la manière dont une fille apprend à se vivre comme objet : la poupée, la puberté, l’initiation sexuelle, le mariage, la maternité, la femme mariée, la prostituée, l’amoureuse, la mystique. Les chapitres sur la sexualité et l’avortement, alors interdit et puni, font scandale. Il se vend à quelque 22 000 exemplaires la première semaine. Les critiques catholiques, dont François Mauriac, et communistes l’attaquent avec violence ; le Saint-Office l’inscrit à l’Index des livres interdits. Beauvoir racontera plus tard dans ses mémoires la vague de lettres obscènes reçues. La traduction américaine de 1953, due à un zoologiste, Howard Parshley, coupe environ 15 % du texte ; une traduction intégrale ne paraît en anglais qu’en 2009. C’est pourtant à travers elle que les féministes américaines des années 1960 découvrent le livre, qui devient l’un des textes fondateurs du féminisme moderne.

Les critiques et les débats

Disciple ou philosophe ? Beauvoir elle-même se disait écrivaine plutôt que philosophe et attribuait la théorie à Sartre. Depuis les années 1980, des chercheuses comme Margaret Simons ont soutenu qu’elle avait développé des idées propres, parfois avant Sartre ou contre lui : la liberté conditionnée par la situation, la réciprocité, le poids du corps. La Stanford Encyclopedia of Philosophy note qu’elle n’était pas considérée comme une philosophe à sa mort et que ce statut lui est aujourd’hui acquis.

Les critiques féministes. Les féministes dites « différentialistes », comme Antoinette Fouque, lui ont reproché de prendre le masculin pour modèle universel et de dévaloriser la maternité. D’autres ont jugé son point de vue trop lié à la bourgeoisie occidentale. À l’inverse, la philosophe américaine Judith Butler, dès 1986, a prolongé et radicalisé sa distinction entre sexe biologique et genre social.

Les relations avec ses élèves. Bianca Lamblin (née Bienenfeld), dans Mémoires d’une jeune fille dérangée (1993), a raconté comment, rencontrée à seize ans comme élève au lycée Molière, elle avait été entraînée dans une relation avec Beauvoir puis avec Sartre, avant d’être écartée. D’autres jeunes femmes de son entourage, comme Olga Kosakiewicz, son ancienne élève de Rouen, ou Natalie Sorokin, ont été impliquées dans des relations similaires. Ces faits, longtemps tus, sont aujourd’hui au cœur des débats sur sa biographie, d’autant que sa philosophie dénonce précisément le fait de traiter autrui en objet.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

La distinction entre sexe et genre, l’idée que la féminité est un ensemble d’attentes sociales et non une essence, l’attention au corps vécu sont devenues des cadres de pensée ordinaires, y compris chez ceux qui en contestent les conclusions. Le Deuxième Sexe est traduit dans des dizaines de langues et vendu à plusieurs millions d’exemplaires. Ses mémoires restent un document de premier ordre sur la vie intellectuelle française de 1930 à 1970, et La Vieillesse a été l’une des premières enquêtes philosophiques sur la manière dont une société relègue ses vieux.

Son combat pour l’indépendance économique des femmes rejoint une question que les économistes de la famille, comme Gary Becker, ont étudiée avec d’autres outils : la répartition du travail et des revenus dans le foyer. Beauvoir y voyait la condition de toute liberté réelle.

Ce qu’un investisseur ou un trader peut en tirer

Beauvoir n’a rien écrit sur les marchés, mais son idée de liberté en situation corrige une illusion fréquente chez les preneurs de risque : celle d’une volonté qui triompherait de tout. On décide toujours à partir d’une situation donnée, avec un capital, des contraintes, une liquidité, un horizon. Les ignorer au nom de la liberté de choix, c’est confondre l’audace et l’imprudence. La bonne question n’est pas « que voudrais-je faire ? », mais « que ma situation me permet-elle réellement de faire ? ».

Sa critique de l’« homme sérieux », qui se réfugie derrière des valeurs toutes faites pour ne pas avoir à juger, s’applique aussi à celui qui suit une règle, un gourou ou un consensus sans se demander s’il vaut encore. Et son insistance sur l’indépendance économique comme socle de la liberté rejoint ce qu’enseigne le rapport à l’argent : il n’est pas une fin, mais il donne la marge de choisir.

Questions fréquentes

Que veut dire « On ne naît pas femme : on le devient » ?

La phrase, qui ouvre le tome II du Deuxième Sexe (1949), signifie que la féminité n’est pas un destin biologique mais le résultat d’une éducation, de mythes et de contraintes sociales. Beauvoir ne nie pas le corps ; elle refuse qu’il fixe à lui seul ce qu’une femme doit être.

Simone de Beauvoir était-elle philosophe ?

Oui. Agrégée de philosophie en 1929, elle a écrit des essais proprement philosophiques, comme Pyrrhus et Cinéas (1944) et Pour une morale de l’ambiguïté (1947). Longtemps présentée comme la disciple de Sartre, elle est aujourd’hui étudiée comme une philosophe originale.

Simone de Beauvoir et Sartre étaient-ils mariés ?

Non. Ils se rencontrent en 1929 et concluent un pacte d’amour « nécessaire » qui admet des amours « contingentes ». Ils ne se marieront jamais et ne vivront pas ensemble, mais resteront liés jusqu’à la mort de Sartre en 1980. Ils sont enterrés côte à côte au cimetière du Montparnasse.

Quel livre de Simone de Beauvoir lire en premier ?

Mémoires d’une jeune fille rangée (1958) est le plus accessible et le plus vivant. Le Deuxième Sexe est son œuvre majeure, longue mais lisible par extraits. Les Mandarins est son grand roman.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

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