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Marxisme : théorie économique, lutte des classes et profit

Le marxisme : la théorie économique expliquée
· Mis à jour le · 15 min de lecture

Qu’est-ce que le marxisme ?

Le marxisme est la théorie économique, historique et politique de Karl Marx et Friedrich Engels, selon laquelle le profit capitaliste vient du travail non payé aux salariés, et l’histoire, de la lutte entre les classes sociales.

Pour Marx, le profit capitaliste repose sur l’exploitation du travail salarié.

Pour expliquer le marché, Marx distingue deux valeurs dans chaque marchandise. La première est la valeur d’usage, c’est-à-dire l’utilité du bien, l’usage que l’on en fait. La seconde est la valeur d’échange, la quantité d’autres biens, ou de monnaie, contre laquelle il s’échange.

Marx applique cette distinction au travail, qui est selon lui la source de toute valeur.

La valeur d’usage de la force de travail, c’est sa capacité à produire des biens ; sa valeur d’échange, c’est le salaire que reçoit le travailleur.

Mais, ajoutée aux équipements de l’entreprise, cette force de travail produit des biens dont la valeur dépasse le salaire versé. De ce déséquilibre se crée un surplus que Marx appelle la plus-value et que l’employeur garde en tant que profit.

L’accumulation du profit permet de renforcer le capitalisme. Avant même d’inventer le marxisme économique, Karl Marx a dénoncé et analysé les origines du capitalisme. Ses premiers travaux portent sur les origines du capitalisme et sur la concentration des richesses dans un petit nombre de mains, qu’il dénonce.

Marx évoquait que cette montée rapide du capitalisme pouvait pousser à des contradictions au sein du marché et donc amener à une prise de contrôle des moyens de production par les ouvriers qui pourront alors mettre en place une économie communiste. Le communisme vient de l’idée de la lutte des classes théorisée par Karl Marx. La lutte des classes met en exergue qu’une société n’est pas homogène, elle est subdivisée en classes et ses individus ont des aspirations divergentes. Pour Karl Marx, la lutte des classes est le moteur de l’histoire : « L’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de luttes de classes », écrit-il avec Engels dans le Manifeste du parti communiste (1848).

De cette analyse, Karl Marx fait apparaître une nouvelle classe sociale : le prolétariat, la classe sociale qui n’a comme seule richesse sa force de travail. Karl Marx estime alors que cette classe a des intérêts foncièrement en opposition avec ceux de la bourgeoisie et qu’étant la classe la plus nombreuse elle est capable de transformer la société pour la rendre plus égalitaire pour tous.

Le marxisme défend la classe ouvrière, notamment contre l’aliénation dans le travail. Cette notion développée par Karl Marx est le fait que dans un système capitaliste le travail n’est plus qu’une simple marchandise. Le travail étant au prix du temps de vie des ouvriers, le prolétaire devient une marchandise qui tue son temps de vie au profit du capitalisme. À ce sujet Karl Marx dit les mots suivants :

« Un homme qui ne dispose d’aucun loisir, dont la vie tout entière, en dehors des simples interruptions purement physiques pour le sommeil, les repas, etc., est accaparée par son travail pour le capitaliste, est moins qu’une bête de somme. C’est une simple machine à produire de la richesse pour autrui, écrasée physiquement et abrutie intellectuellement. Et pourtant, toute l’histoire de l’industrie moderne montre que le capital, si on n’y met pas obstacle, travaille sans égard ni pitié à abaisser toute la classe ouvrière à ce niveau d’extrême dégradation. »

Karl Marx, Salaire, prix et profit (1865)

Portrait photographique de Karl Marx, longue barbe blanche
Karl Marx (1818-1883)

Que dit la théorie marxiste ?

La chute des régimes communistes, entre 1989 et 1991, a mis à mal le marxisme. Cette théorie est-elle encore d’actualité, au vu des inégalités qui restent ancrées dans nos sociétés ?

Le bilan des économies communistes en fait douter. Certains marxistes y voient une mauvaise lecture de Marx par Lénine et Staline ; leurs critiques répondent que l’échec tient à la théorie elle-même, et notamment à l’impossibilité de calculer sans prix de marché, objection formulée par Ludwig von Mises dès 1920.

Citation sur le marxisme

« En un mot, à l’exploitation voilée sous des illusions religieuses et politiques, la bourgeoisie a substitué une exploitation délibérée, brutale, directe et éhontée. »

Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste (1848)

Le marxisme en résumé

Le marxisme est la théorie économique, historique et politique de Karl Marx et Friedrich Engels. En économie, il soutient que la valeur des marchandises vient du travail, que le profit provient du travail non payé aux salariés (la plus-value) et que le capitalisme, poussé à accumuler toujours plus de capital, traverse des crises qui finiront par le dépasser.

C’est à la fois une analyse du capitalisme et un projet politique, le communisme. Les deux se discutent séparément : on peut juger l’analyse éclairante sur certains points sans adhérer au projet, et inversement.

Dans quel contexte Marx et Engels ont-ils écrit ?

Karl Marx (1818-1883), né à Trèves en Prusse, écrit au cœur de la révolution industrielle, à une époque de journées de travail très longues et de législation sociale encore embryonnaire. Avec Friedrich Engels, il publie en février 1848 le Manifeste du parti communiste. Exilé à Londres, il fait paraître la Contribution à la critique de l’économie politique en 1859, puis en 1867 le livre I du Capital, sous-titré « Critique de l’économie politique ». Les livres II (1885) et III (1894) sont publiés après sa mort par Engels, à partir de ses brouillons. Salaire, prix et profit, d’où vient la première citation ci-dessus, est un exposé présenté en 1865 devant l’Association internationale des travailleurs.

Marx ne part pas de rien : il reprend la théorie de la valeur-travail des économistes classiques, Adam Smith et David Ricardo, et la retourne contre eux. Si le travail crée la valeur, d’où vient le profit du capitaliste ?

Quelles sont les idées clés du marxisme ?

La force de travail. Le salarié ne vend pas son travail, mais sa force de travail : sa capacité à travailler pendant un temps donné. Le salaire paie ce qu’il faut pour entretenir cette force (se nourrir, se loger, élever des enfants). Or, dans une journée, l’ouvrier produit davantage que cette valeur.

La plus-value. La différence entre la valeur produite et le salaire est la plus-value, que le capitaliste conserve. Marx décompose la valeur d’un produit en trois parts : c, le capital constant (machines, matières premières), qui ne fait que transmettre sa valeur ; v, le capital variable (les salaires) ; pl, la plus-value. Le taux de plus-value, pl / v, mesure selon lui le degré d’exploitation ; le taux de profit vaut pl / (c + v).

La baisse tendancielle du taux de profit. Pour résister à la concurrence, chaque capitaliste remplace des travailleurs par des machines. Mais si seul le travail crée de la plus-value, la part du capital qui en produit diminue, et le taux de profit tend à baisser (livre III du Capital). Marx y voit une source des crises.

L’armée de réserve industrielle. Le chômage n’est pas un accident : il maintient une pression sur les salaires et permet à l’accumulation de continuer.

Quel exemple chiffré permet de comprendre le marxisme ?

Imaginons un atelier où, en une journée, un ouvrier transforme 300 € de matières premières et d’usure des machines (c). Son travail ajoute 200 € de valeur, mais son salaire est de 100 € (v). Le produit vaut 300 + 200 = 500 €, et la plus-value est de 100 € (pl).

  • Taux de plus-value : 100 / 100 = 100 %. L’ouvrier travaille la moitié de sa journée pour son salaire, l’autre moitié pour le capitaliste.
  • Taux de profit : 100 / (300 + 100) = 25 %.

Supposons que l’entreprise mécanise et que c passe à 500 €, salaire et plus-value restant inchangés. Le taux de profit tombe à 100 / (500 + 100), soit environ 16,7 %. C’est, en miniature, le raisonnement de la baisse tendancielle du taux de profit.

Quelles critiques et quels débats entourent le marxisme ?

La valeur. Dès 1871, la révolution marginaliste (William Stanley Jevons, Carl Menger, puis Léon Walras en 1874) fonde la valeur sur l’utilité et la rareté, non sur le travail. En 1896, l’économiste autrichien Eugen von Böhm-Bawerk publie Karl Marx and the Close of His System (titre de la traduction anglaise) : selon lui, le livre III du Capital, qui explique comment les prix réels s’écartent des valeurs-travail, contredit le livre I. C’est le « problème de la transformation », débattu depuis par Ladislaus von Bortkiewicz (1906) et par Paul Samuelson (1971), entre autres.

Le calcul économique. En 1920, Ludwig von Mises soutient qu’une économie sans propriété privée des moyens de production ni prix de marché ne peut pas calculer rationnellement : c’est le point de départ du débat sur le calcul socialiste, prolongé par Friedrich Hayek et par les partisans du socialisme de marché.

Les prévisions. Dans les pays industrialisés, les salaires réels ont fortement progressé depuis le XIXe siècle et le capitalisme a survécu à ses crises ; les économies de planification centralisée inspirées du marxisme ont disparu ou se sont ouvertes au marché. Les défenseurs de Marx répondent que son analyse porte sur des tendances, que l’appauvrissement peut être relatif, et que la concentration des richesses et la récurrence des crises financières lui donnent en partie raison.

Que reste-t-il aujourd’hui du marxisme ?

La théorie de la valeur-travail est très minoritaire chez les économistes. Mais plusieurs questions posées par Marx restent au centre du débat : le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, la concentration du capital, l’instabilité du système. En 2013, Le Capital au XXIe siècle de Thomas Piketty, qui ne se réclame pas du marxisme, a relancé la discussion sur l’accumulation des patrimoines.

Part de la rémunération du travail dans le PIB de 1950 à 2023 : aux États-Unis, de 62,8 % à 56,8 % ; en France, de 69,6 % à 63,1 %, avec un sommet à 71,5 % en 1980.
Le partage de la valeur ajoutée entre salaires et profits, question posée par Marx, se mesure aujourd’hui année par année. Source : Penn World Table, via FRED.

Pour un investisseur, cette grille rappelle que les marges des entreprises dépendent du rapport de force entre capital et travail : une part des salaires qui remonte dans la valeur ajoutée comprime les profits, et inversement. Elle propose aussi une lecture des crises comme le produit du fonctionnement interne du capitalisme, et non de chocs extérieurs : une idée que l’on retrouve, sous d’autres formes, chez des économistes non marxistes.

Courant Source de la valeur Origine du profit
Classiques (Smith, Ricardo) Le travail Revenu du capital, à côté du salaire et de la rente
Marx Le travail socialement nécessaire La plus-value, travail non payé
Marginalistes (Jevons, Menger, Walras) L’utilité et la rareté Rémunération du capital, du risque et de l’attente

Questions fréquentes sur le marxisme

Quelle est la différence entre marxisme et communisme ?

Le marxisme est une théorie : une analyse de l’histoire et du capitalisme. Le communisme est le projet de société sans classes et sans propriété privée des moyens de production que Marx en déduisait, et le nom des régimes qui s’en sont réclamés au XXe siècle.

Qu’est-ce que la plus-value chez Marx ?

C’est la valeur produite par le salarié au-delà de ce que lui rapporte son salaire. Elle n’a rien à voir avec la plus-value boursière, qui désigne le gain réalisé à la revente d’un titre.

Le Manifeste du parti communiste est-il de Marx seul ?

Non. Il a été rédigé par Karl Marx et Friedrich Engels et publié en février 1848.

Pourquoi l’école autrichienne s’oppose-t-elle au marxisme ?

Parce qu’elle fonde la valeur sur les préférences subjectives des individus et juge le calcul économique impossible sans prix de marché. Böhm-Bawerk et Mises en ont été les principaux critiques.

Qu’est-ce que la baisse tendancielle du taux de profit ?

Pour résister à la concurrence, chaque capitaliste remplace des travailleurs par des machines. Si seul le travail crée de la plus-value, le taux de profit baisse : dans l’exemple de la page, il passe de 25 % à environ 16,7 % quand l’atelier se mécanise.

Les prévisions de Marx se sont-elles réalisées ?

Pas celles sur l’appauvrissement des salariés : dans les pays industrialisés, les salaires réels ont fortement progressé depuis le XIXe siècle et le capitalisme a survécu à ses crises. Ses questions sur le partage de la valeur ajoutée et la concentration du capital restent, elles, au centre du débat.

Sources de référence utilisées

5
  • Karl Marx et Friedrich Engels, Manifeste du parti communiste, 1848.
  • Karl Marx, Salaire, prix et profit, 1865 (texte anglais).
  • Karl Marx, Le Capital, livre I, 1867.
  • Eugen von Böhm-Bawerk, Karl Marx and the Close of His System, 1896 ; Ludwig von Mises, « Le calcul économique en régime socialiste », 1920.
  • Penn World Table, part de la rémunération du travail dans le PIB, via FRED : États-Unis et France.

Pour aller plus loin

Sur le forum

  • Comprendre Marx, en décembre 2018, une étudiante cherche à comprendre la baisse tendancielle du taux de profit, et un membre lui répond par un exemple chiffré.
  • Hayek, Keynes et Marx., trois vidéos de vulgarisation, dont une sur Marx, partagées en mai 2018.
L’auteur

Benoist Rousseau

Trader membre du CME et du CBOT · Historien de formation

Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il dispense un enseignement d'élite dans son école de trading à travers une masterclass de trading. Dans la rubrique Grands économistes et débats, il présente les grandes écoles de pensée économique, ce qu'elles ont vu juste et leurs angles morts.

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14 commentaires

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D
Diggy23 novembre 2015
Bonjour a tous amis économistes, que représente la théorie du marxisme sur le marché du capital ? Merci d'avance, au plaisir de recevoir une réponse au plus vite
D
David24 mai 2016
LA theories du marxisme est totalement vraie,que le marxisme soit rependu Sur toute l'étendue de la terre!!
P
Patrick Sintilien15 juillet 2016
Le maxisme est le moyen que peut établir la loi de la croissance économique et les limites de la croissance économique.
C
Casimir2 novembre 2016
Le marxisme est un humanisme militantiste
A
ANDRIANIAINA Louis Sylvain4 janvier 2018
merci pour votre aide
S
Soumiya7 janvier 2018
Merci infiniment pour votre aide.
H
Houcem boulaabi22 février 2018
Merci à vous pour ce beau et efficace résumé
P
Portalus rodeson18 mars 2018
Comment pouvez-vous m'aider à bien cerner l'économie marxiste ?
G
Gontran johnson19 avril 2018
Avantages et inconvecients dans l'application du théorie marxiste " une société sans droit"
N
naty8 novembre 2018
quelle visions peut on donner au marxisme de nos jours et dans les jours avenirs?
C
Christelle Puyraud11 mai 2020
Merci Benoist, tu m'apprends plein de choses !
J
Jean8 janvier 2021
Merci énormément à vous pour ce brillant résumé. Ça m'a aidé à comprendre plus sur le Marxisme.
M
Migos24 mars 2021
Quel est le nom de l'idéologie développée par Karl Marx
B
Benoist Rousseau26 mars 2021
Le Marxisme :)
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