Histoire de Michelin : de la manufacture des Carmes au premier rang mondial du pneu

Michelin est un groupe français coté au CAC 40, premier fabricant mondial de pneumatiques, qui vend aussi des matériaux composites et édite le Guide MICHELIN. Son histoire est celle d’une dynastie auvergnate, restée plus d’un siècle sur la même place de Clermont-Ferrand, et d’une invention, le pneu radial, qui l’a menée au premier rang mondial.
Michelin en bref
- Fondation : 1889, à Clermont-Ferrand, par les frères André et Édouard Michelin, qui reprennent la manufacture familiale Barbier-Daubrée, née en 1832.
- Siège : 23, place des Carmes-Déchaux, à Clermont-Ferrand.
- Dirigeants : Florent Menegaux, président de la gérance depuis le 17 mai 2019 ; Philippe Jacquin, gérant depuis l’assemblée du 22 mai 2026 ; Barbara Dalibard, présidente du conseil de surveillance depuis mai 2021.
- Activités : pneus pour voitures, deux-roues, camions, engins miniers et agricoles, avions ; matériaux composites ; services aux flottes ; Guide MICHELIN.
- Marques principales : MICHELIN, BFGoodrich, Kléber, Uniroyal (en Amérique du Nord), Euromaster pour la distribution.
- Effectifs : 122 600 personnes dans 63 pays fin 2025, dont 60 600 en Europe.
- Cotation : Euronext Paris, compartiment A, membre du CAC 40.
- Chiffre d’affaires 2025 : 26 milliards d’euros.
Quelle est l’histoire de Michelin ?
1832-1889 : une manufacture de caoutchouc au bord de la faillite
En 1832, à Clermont-Ferrand, Aristide Barbier et son cousin Édouard Daubrée fondent une affaire de machines agricoles, qui utilise beaucoup de pièces en caoutchouc. Le groupe raconte que l’épouse de Daubrée, nièce du chimiste écossais Charles Macintosh, y fabriquait des balles de caoutchouc ; l’anecdote est charmante et invérifiable. Le fait sûr est juridique : la société mère actuelle, la Compagnie générale des établissements Michelin, a été constituée le 15 juillet 1863, un quart de siècle avant que le nom Michelin n’y figure.
Les deux fondateurs meurent en 1863 et 1864, et l’affaire décline. Adèle Barbier, fille d’Aristide et épouse de Jules Michelin, appelle à l’aide ses fils, André et Édouard, qui reprennent la manufacture à la fin des années 1880. En 1889, elle devient « Michelin et Cie » ; la société garde la forme de commandite par actions adoptée dès 1863. Édouard en est le gérant. Le premier produit maison est un patin de frein pour voitures à cheval baptisé « The Silent » : à Clermont, l’anglais faisait déjà vendre.
1891-1914 : le pneu démontable, Bibendum et le Guide
En 1891, un cycliste crevé entre dans la cour de l’usine. Ses pneus sont collés à la jante ; Édouard Michelin met au point un pneu démontable, réparable en un quart d’heure. La même année, Charles Terront gagne la course Paris-Brest-Paris sur des pneus Michelin, avec plus de huit heures d’avance sur le second. En 1892, pour la course Paris-Clermont-Ferrand, la maison fait semer des clous sur le parcours afin de prouver qu’une crevaison n’est plus un drame.
En 1895, les frères engagent l’Éclair dans la course Paris-Bordeaux-Paris : elle ne termine pas dans les délais, mais c’est la première voiture à rouler sur des pneumatiques.
En 1898 naît Bibendum. Selon la tradition de l’entreprise, l’idée vient d’une pile de pneus qui ressemblait à un homme ; le dessinateur O’Galop lui donne forme sur une affiche intitulée « Nunc est bibendum », « c’est maintenant qu’il faut boire » : le pneu Michelin, dit la réclame, « boit l’obstacle ». En 2000, le Financial Times en fait le meilleur logo du siècle.
En 1900 naît le Guide Michelin, petit livre rouge offert aux automobilistes : conseils pour réparer ses pneus, adresses de garages, d’hôtels et de restaurants. L’étoile n’apparaît qu’en 1926. Pour vendre des pneus, il fallait que les gens roulent ; André Michelin s’occupe donc aussi des routes : cartes à partir de 1910, puis bornes et panneaux en lave émaillée. Le groupe s’installe hors de France : usine à Turin en 1906, à Milltown, dans le New Jersey, en 1907.
1914-1945 : guerres, Citroën et paternalisme
Pendant la Première Guerre mondiale, l’usine fabrique près de 2 000 avions Breguet et construit à Aulnat, en 1916, ce que le groupe présente comme la première piste en béton du monde. Entre les deux guerres, Michelin est l’archétype du paternalisme industriel : cités ouvrières, écoles, clinique, coopérative et club sportif, l’actuel ASM Clermont Auvergne. Le revers est en Indochine, où les plantations d’hévéas créées dans les années 1920 connaissent en 1930, à Phu Rieng, une révolte de coolies menée par des militants communistes ; le récit qu’en a laissé l’un d’eux, Tran Tu Binh, reste le témoignage le plus connu sur ces plantations.
En 1929, André Michelin, qui dort mal en wagon-lit, imagine de mettre des pneus aux trains : c’est la Micheline, dont un prototype relie Paris à Deauville le 10 septembre 1931. En 1935, Michelin reprend Citroën, en faillite, et place à sa tête Pierre Michelin, fils d’Édouard, et Pierre-Jules Boulanger. Le projet de « Toute Petite Voiture » qu’ils lancent deviendra la 2 CV, qui voit le jour en 1949. Pierre Michelin meurt accidentellement en 1937. Robert Puiseux, gendre d’Édouard, devient cogérant en 1938, puis dirige seul l’entreprise à la mort de celui-ci, en 1940. Sous l’Occupation, l’usine doit livrer l’essentiel de sa production à l’Allemagne ; les historiens discutent encore la réalité de la résistance passive prêtée à la direction. Marcel Michelin, fils d’André, entré dans la Résistance, meurt en déportation.
1946-1989 : le radial et la conquête du monde
Le 4 juin 1946, Michelin dépose le brevet du pneu radial, dont le prototype avait reçu le surnom de « cage à mouche ». Commercialisé sous le nom de MICHELIN X, il dure deux à quatre fois plus longtemps qu’un pneu classique et réduit la consommation de carburant.
En 1955, François Michelin, petit-fils d’Édouard, devient cogérant aux côtés de Robert Puiseux. Il consacre l’essentiel des moyens du groupe à imposer le radial, ouvre le centre d’essais de Ladoux en 1965 et construit des usines au Canada au début des années 1970, puis aux États-Unis, à Greenville, en 1975 ; l’Asie et l’Europe de l’Est suivent dans les années 1980 et 1990. Le 24 juin 1974, l’annonce du rapprochement de Peugeot et de Citroën clôt l’épisode automobile : François Michelin refuse d’engager davantage sa manufacture dans un constructeur en difficulté.
En 1981, il reprend Kléber, en grande difficulté. En 1989, il annonce le rachat de l’américain Uniroyal Goodrich, conclu en 1990, qui l’installe durablement en Amérique du Nord et lui apporte la marque BFGoodrich. Michelin dispute désormais la première place mondiale à Bridgestone.
1989-2019 : la fin de la dynastie
Édouard Michelin, fils de François, devient cogérant en 1991, puis succède à son père, qui s’efface en 1999 et lui laisse définitivement la place à l’assemblée de mai 2002. Ses débuts tournent au cas d’école. Le 8 septembre 1999, le groupe annonce un bénéfice semestriel en hausse de 17 % et, dans le même communiqué, 7 500 suppressions d’emplois en Europe sur trois ans. L’action gagne 12,5 % le lendemain. Le 13 septembre, au journal de France 2, le Premier ministre Lionel Jospin se dit choqué, appelle salariés, syndicats et opinion à se mobiliser, mais ajoute qu’il ne faut pas tout attendre de l’État ou du gouvernement.
Le 26 mai 2006, Édouard Michelin meurt à 42 ans dans un accident de pêche en mer. Son cogérant Michel Rollier, dont le père était cousin germain de François Michelin, assure seul la gérance. En 2012, il passe la main à Jean-Dominique Senard, gérant depuis 2007, qui n’appartient pas à la famille. En 2018, le groupe se diversifie par achats : le britannique Fenner, bandes transporteuses et polymères (offre de 1,3 milliard de livres en mars), puis le canadien Camso, pneus et chenilles hors route (1,45 milliard de dollars, annoncé en juillet). En septembre 2025, Michelin cède à l’indien CEAT deux usines sri-lankaises et, après trois ans de licence, la marque Camso.
Depuis 2019 : Florent Menegaux, au-delà du pneu
Florent Menegaux devient président de la gérance le 17 mai 2019. Il lance en 2021 le plan Michelin in Motion, qui vise à tirer à terme une part importante du chiffre d’affaires d’activités hors du pneu, comme les composites de Flex Composite Group, racheté en 2023, tout en fermant des usines en France et en Allemagne. En janvier 2026, son mandat est renouvelé pour quatre ans au plus ; Yves Chapot, gérant depuis 2018, cède sa place à Philippe Jacquin à l’assemblée du 22 mai 2026.
Que fait Michelin aujourd’hui ?
Selon le classement de Tire Business cité par le groupe, Michelin détenait en 2024 13,2 % du marché mondial du pneu en valeur, devant Bridgestone (12,8 %) et Goodyear (9 %). En 2025, il a réalisé 26 milliards d’euros de chiffre d’affaires, réparti ainsi :
- Pneus automobile et deux-roues (47 % des ventes).
- Pneus transport longue distance et urbain (18 %).
- Pneus de spécialités (17 %) : mines, agriculture, aviation.
- Solutions connectées, distribution et Lifestyle (13 %) : Euromaster, Guide MICHELIN.
- Polymer Composite Solutions (5 %) : courroies, joints, composites.
Les ventes se partagent à égalité entre l’Europe (37 %) et l’Amérique du Nord (37 %), le reste du monde faisant 26 %. Les effectifs, eux, restent d’abord européens : 60 600 salariés sur 122 600.
Qui sont les dirigeants de Michelin ?
- Édouard Michelin (1889-1940) : gérant de Michelin et Cie de sa création à sa mort.
- Pierre Michelin (années 1930) : cogérant, patron de Citroën à partir de 1935, mort en 1937.
- Robert Puiseux (à partir de 1938) : gendre d’Édouard, cogérant puis gérant.
- François Michelin (1955-1999) : petit-fils d’Édouard, artisan de la mondialisation du radial.
- Édouard Michelin (1991-2006) : fils de François, cogérant puis gérant.
- Michel Rollier (jusqu’en 2012) : cogérant d’Édouard Michelin, seul gérant de 2006 à 2012.
- Jean-Dominique Senard (2007-2019) : gérant, président de la gérance de 2012 à 2019.
- Florent Menegaux (depuis 2019) : président de la gérance.
- Barbara Dalibard (depuis 2021) : présidente du conseil de surveillance.
Quel est le parcours de Michelin en Bourse ?
L’action est celle de la Compagnie générale des établissements Michelin, société en commandite par actions : le président de la gérance répond des dettes du groupe sur ses biens personnels, et le choix des gérants passe par un associé commandité non gérant. La Manufacture Michelin entre à la cote le 22 août 1946 ; la Compagnie générale, qui lui succède, est cotée depuis 1951. Le titre se traite aujourd’hui sur Euronext Paris et fait partie du CAC 40. La hausse de 12,5 % du 9 septembre 1999 a nourri en France le débat sur les « licenciements boursiers ».
Quels sont les chiffres clés de Michelin depuis 2021 ?
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat opérationnel des secteurs | Résultat net |
|---|---|---|---|
| 2021 | 23,80 | 2,97 | 1,85 |
| 2022 | 28,59 | 3,40 | 2,01 |
| 2023 | 28,34 | 3,57 | 1,98 |
| 2024 | 27,19 | 3,38 | 1,89 |
| 2025 | 25,99 | 2,72 | 1,66 |
En milliards d’euros, comptes publiés par Michelin (document d’enregistrement universel 2025). Le résultat opérationnel des secteurs de 2025 est donné aux taux de change réels ; à changes constants, le groupe l’évalue à 2,9 milliards d’euros.
Questions fréquentes sur Michelin
Qui a fondé Michelin ?
Les frères André et Édouard Michelin, en 1889, à Clermont-Ferrand. Ils ont repris la manufacture de caoutchouc fondée en 1832 par leur grand-père, Aristide Barbier, et Édouard Daubrée.
Pourquoi le bonhomme Michelin s’appelle-t-il Bibendum ?
À cause de l’affiche dessinée par O’Galop en 1898, intitulée « Nunc est bibendum », « c’est maintenant qu’il faut boire » : le pneu Michelin, disait la réclame, « boit l’obstacle ». Le nom est resté au personnage.
Qui dirige Michelin ?
Florent Menegaux, président de la gérance depuis 2019, dont le mandat a été renouvelé en 2026, avec Philippe Jacquin comme second gérant depuis mai 2026. Barbara Dalibard préside le conseil de surveillance.
La famille Michelin dirige-t-elle encore l’entreprise ?
Non. Le dernier gérant issu de la famille, Édouard Michelin, est mort en 2006 ; depuis 2012, les gérants n’en font plus partie.
Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.
Sources
- Michelin, « L’histoire de Michelin : plus de 130 ans d’aventures » (consultée le 9 octobre 2026)
- Michelin, présentation du groupe (consultée le 9 octobre 2026)
- Michelin, informations financières au 31 décembre 2025 et document d’enregistrement universel 2025 (2026)
- Michelin, fiche signalétique de l’action (consultée le 9 octobre 2026)
- Eurofound, « Michelin redundancies stir unrest » (27 novembre 1999)
- Journal de l’Automobile, « Le jour où Peugeot racheta Citroën » (30 juin 2006)
- Capital, « Les petits secrets de Michel Rollier, le patron de Michelin » (1er juillet 2009)
- BFM Bourse (Reuters), « Michelin se diversifie avec une offre sur le britannique Fenner » (19 mars 2018)
- BFM Bourse, « Michelin va racheter le canadien Camso pour 1,25 milliard d’euros » (12 juillet 2018)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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