Histoire de TotalEnergies : de la Compagnie française des pétroles à la major multi-énergies

TotalEnergies, qui s’appelait Total jusqu’en 2021, est la grande compagnie pétrolière et gazière française, cotée au CAC 40, qui produit aussi de l’électricité. Son histoire commence par un paradoxe : une compagnie pétrolière créée en 1924 par un pays qui n’avait pas de pétrole, sur ordre de son gouvernement, et qui a fini par absorber la belge Petrofina puis Elf Aquitaine, l’autre champion pétrolier bâti par l’État français.
TotalEnergies en bref
- Fondation : 1924, sous le nom de Compagnie française des pétroles (CFP), à la demande de Raymond Poincaré, président du Conseil ; Ernest Mercier en est le premier président.
- Siège : La Défense, près de Paris ; le groupe quitte en 2026 la tour Coupole, à Courbevoie, pour la tour The Link.
- Dirigeant : Patrick Pouyanné, directeur général depuis octobre 2014 et président-directeur général depuis décembre 2015.
- Activités : exploration et production de pétrole et de gaz, gaz naturel liquéfié, électricité, raffinage et pétrochimie, distribution de carburants et de lubrifiants.
- Marques et filiales : stations TotalEnergies, lubrifiants Elf, Hutchinson (caoutchouc industriel), Saft (batteries), AS24 (stations pour poids lourds).
- Effectifs : plus de 100 000 salariés, dans environ 120 pays.
- Cotation : Euronext Paris, membre du CAC 40 ; également cotée à la Bourse de New York.
- Chiffre d’affaires 2025 : 201,2 milliards de dollars, pour un résultat net de 13,1 milliards de dollars.
Histoire de TotalEnergies
1924-1945 : une compagnie née d’un traité
La Première Guerre mondiale apprend à la France que l’essence est, selon le mot prêté à Clemenceau, « aussi nécessaire que le sang », et qu’elle dépend pour cela des compagnies anglo-saxonnes. En 1920, l’accord de San Remo attribue à la France la part que les Allemands détenaient avant la guerre dans la Turkish Petroleum Company, qui prospecte en Mésopotamie, l’actuel Irak. Le 20 septembre 1923, Raymond Poincaré charge Ernest Mercier, polytechnicien et spécialiste du pétrole, de créer la société qui la recueillera. La Compagnie française des pétroles naît en mars 1924, avec pour actionnaires des banques et des distributeurs de pétrole français, et reçoit 25 % de la Turkish Petroleum Company.
Une compagnie pétrolière sans pétrole n’est qu’un portefeuille. Le 15 octobre 1927, à Baba Gurgur, près de Kirkouk, le brut jaillit à plus de quinze mètres de haut ; il faut huit jours pour le maîtriser. En 1929, la CFP entre à la Bourse de Paris et l’État, par convention, prend 25 % de son capital, porté à 35 % en 1931. Sa filiale de raffinage, créée la même année, démarre en 1933 la raffinerie de Gonfreville, en Normandie. La guerre lui coûte navires, stocks et raffineries. Dans le Sud-Ouest, la découverte du gaz de Saint-Marcet, en 1939, pose la première pierre d’une future rivale, Elf.
1945-1971 : la naissance de la marque Total
Sous Victor de Metz, la CFP produit, elle raffine ; il lui manque le client. En 1954, elle lance la marque Total et son réseau de stations : un nom court, prononçable dans toutes les langues, qui suggère un groupe intégré du puits à la pompe. Au milieu des années 1960, elle absorbe le distributeur Desmarais frères, l’un de ses premiers actionnaires.
Le Sahara algérien offre en 1956 des découvertes géantes : le pétrole d’Hassi Messaoud et le gaz d’Hassi R’Mel. L’usine de liquéfaction d’Arzew, l’une des premières au monde, l’initie au gaz naturel liquéfié. En 1958, au large d’Abu Dhabi, le gisement d’Umm Shaif est découvert grâce à des campagnes menées à bord de la Calypso, le navire du commandant Cousteau. La nationalisation des hydrocarbures algériens, le 24 février 1971, rappelle la limite de l’exercice : le pétrole appartient à ceux qui l’ont sous les pieds.
De son côté, l’État bâtit un second champion : la Société nationale des pétroles d’Aquitaine découvre en 1951 le gisement de gaz de Lacq, le « Texas français », et le nom Elf apparaît en 1967 lors de la « nuit des ronds rouges ». Elf Aquitaine naît en 1976.
1971-1998 : les chocs pétroliers et la Bourse
Le choc pétrolier de 1973 pousse la CFP à chercher hors du Moyen-Orient, en mer du Nord ou en eaux profondes : en 1982, un forage en Méditerranée atteint le record de 1 714 mètres de fond. Le groupe se diversifie aussi : en 1974, il prend le contrôle d’Hutchinson, fabricant de caoutchouc industriel fondé en 1853, qui lui appartient toujours.
Le nom suit la marque : la CFP devient Total CFP en 1985, puis simplement Total en 1991, année où ses titres sont introduits à la Bourse de New York. L’État, actionnaire à hauteur d’environ un tiers depuis 1931, se désengage au début des années 1990 ; en 1996, il ne détient plus que 0,97 % du capital. En 1995, Thierry Desmarest prend la présidence du groupe. En 1996, Elf découvre au large de l’Angola, sur le bloc 17, le champ géant de Girassol, pour le compte, sans le savoir, de son futur acquéreur.
1998-2003 : Petrofina, Elf et le mariage forcé
Fin 1998, Total annonce le rachat du belge Petrofina, la Compagnie financière belge des pétroles, créée en 1920 par des investisseurs anversois, dont le principal actionnaire était le financier Albert Frère. Le groupe prend le nom de TotalFina en 1999. Le 5 juillet de la même année, Thierry Desmarest lance une offre publique d’échange sur Elf Aquitaine, valorisée 42 milliards d’euros. Philippe Jaffré, patron d’Elf, la juge hostile et contre-attaque par une offre sur TotalFina. Le 13 septembre 1999, après deux mois de bataille, Elf se rend, contre une parité relevée à 19 actions TotalFina pour 13 actions Elf. TotalFinaElf naît en 2000, quatrième producteur mondial, avec 132 000 salariés. Il reprend en 2003 le nom de Total.
Viennent aussi les deux pires catastrophes de son histoire. Le 12 décembre 1999, l’Erika, vieux pétrolier sous pavillon maltais affrété par Total, fait naufrage au large de la Bretagne et souille 400 kilomètres de côtes. Le 25 septembre 2012, la Cour de cassation confirme la condamnation pénale de Total à l’amende maximale, 375 000 euros, et sa responsabilité civile. Le 21 septembre 2001, l’usine AZF de Toulouse, exploitée par sa filiale Grande Paroisse, explose : 31 morts selon le bilan le plus couramment retenu, environ 2 500 blessés. La filiale et l’ancien directeur du site sont condamnés pour homicides involontaires en appel en 2012, puis de nouveau en 2017 après une cassation ; le 17 décembre 2019, la Cour de cassation rejette leurs derniers pourvois. La maison mère, Total, et son ancien président ont été mis hors de cause.
2003-2014 : l’ère Desmarest, puis Margerie
En 2006, le groupe introduit en Bourse une partie de sa chimie, regroupée dans Arkema. En 2007, Thierry Desmarest laisse la direction générale à Christophe de Margerie, qui devient président-directeur général en 2010. En 2011, Total achète 60 % de l’américain SunPower, fabricant de panneaux solaires : un grand pas hors des hydrocarbures. Le 20 octobre 2014, Christophe de Margerie meurt dans un accident d’avion à Moscou. Le conseil scinde aussitôt les fonctions : Thierry Desmarest reprend la présidence, Patrick Pouyanné devient directeur général.
2014-2021 : Patrick Pouyanné et le virage électrique
Patrick Pouyanné cumule les deux fonctions à partir de décembre 2015. La cession des adhésifs Bostik à Arkema, décidée en 2014, aboutit en 2015 ; il vend ensuite la métallisation Atotech, et achète de quoi produire, stocker et vendre de l’électricité : Saft en 2016, le fournisseur belge Lampiris la même année, Direct Énergie en 2018. Dans le pétrole, il rachète la branche pétrolière du danois Maersk, achat conclu en 2017 et finalisé en 2018 ; dans le gaz, l’activité de gaz naturel liquéfié d’Engie en 2018, qui fait du groupe le deuxième acteur mondial du secteur, puis il négocie en 2019 la reprise des actifs africains de l’américain Anadarko, dont le grand projet gazier du Mozambique. En 2020, Total devient société européenne et annonce viser la neutralité carbone en 2050, « ensemble avec la société ». En mai 2021, les actionnaires adoptent le nom de TotalEnergies. Des associations y voient de l’écoblanchiment ; le groupe, une stratégie.
Depuis 2021 : TotalEnergies
Le 1er mars 2022, après l’invasion de l’Ukraine, le groupe renonce à apporter du capital à de nouveaux projets en Russie ; fin avril, il passe une dépréciation de 4,1 milliards de dollars, surtout sur le projet Arctic LNG 2. La même année, la flambée des prix double son résultat net ajusté, à 36,2 milliards de dollars. En 2023, il redevient opérateur en Irak, où tout avait commencé ; en 2024, il a cent ans. Le 29 mai 2026, l’assemblée générale relève de 70 à 75 ans la limite d’âge du président et du directeur général ; en septembre, le conseil propose de renouveler en 2027 le mandat de Patrick Pouyanné.
Ce que fait TotalEnergies aujourd’hui
En 2025, le groupe a produit 2,5 millions de barils équivalent pétrole par jour, dont 46 % de gaz ; il se présente comme le troisième acteur mondial du gaz naturel liquéfié et exploite près de 13 000 stations-service. Sur les 18,5 milliards de dollars de résultat opérationnel net ajusté de ses secteurs en 2025, la répartition est la suivante :
- Exploration-Production (environ 45 %).
- Gaz naturel liquéfié intégré (22 %).
- Raffinage-Chimie (13 %).
- Électricité intégrée (12 %) : renouvelables, centrales à gaz, vente aux particuliers.
- Marketing et Services (7 %).
Les dirigeants de TotalEnergies
- Ernest Mercier (1924-1940) : premier président de la CFP, écarté en 1940, en disgrâce auprès de Vichy.
- Jules Mény (1940-1943) : président-directeur général sous l’Occupation, arrêté en 1943, mort en déportation en 1945.
- Marcel Champin (1943-1945) : président-directeur général.
- Victor de Metz (1945-1971) : président-directeur général.
- René Granier de Lilliac (1971-1984) : président-directeur général.
- François-Xavier Ortoli (1984-1990) : président-directeur général.
- Serge Tchuruk (1990-1995) : président-directeur général.
- Thierry Desmarest (1995-2007) : président-directeur général, puis président du conseil de 2007 à 2010 et de 2014 à 2015.
- Christophe de Margerie (2007-2014) : directeur général, puis président-directeur général à partir de 2010.
- Patrick Pouyanné (depuis 2014) : directeur général, puis président-directeur général depuis décembre 2015.
TotalEnergies en Bourse
Les actions de la Compagnie française des pétroles sont introduites à la Bourse de Paris en 1929 ; le titre est aujourd’hui coté sur Euronext Paris sous le code TTE et fait partie du CAC 40. Introduit à New York en 1991 sous forme de certificats représentatifs d’actions, il y est coté en actions ordinaires depuis le 8 décembre 2025. L’épisode le plus marquant de son histoire boursière reste la bataille de l’été 1999 contre Elf.
Chiffres clés depuis 2021
| Exercice | Chiffre d’affaires | Résultat net part du groupe | Résultat net ajusté |
|---|---|---|---|
| 2021 | 205,86 | 16,03 | 18,06 |
| 2022 | 281,00 | 20,53 | 36,20 |
| 2023 | 237,13 | 21,38 | 23,18 |
| 2024 | 214,55 | 15,76 | 18,26 |
| 2025 | 201,20 | 13,13 | 15,59 |
En milliards de dollars, monnaie de publication du groupe, comptes publiés par TotalEnergies. Le chiffre d’affaires inclut les droits d’accise sur les carburants ; en 2022, l’écart entre les deux résultats tient surtout aux dépréciations liées à la Russie.
Questions fréquentes sur TotalEnergies
Qui a fondé Total ?
Total descend de la Compagnie française des pétroles, créée en 1924 à la demande du président du Conseil Raymond Poincaré. Son premier président fut Ernest Mercier.
D’où vient le nom Total ?
La Compagnie française des pétroles a lancé la marque Total en 1954 pour son réseau de stations. Le nom fut choisi parce qu’il était court, facile à prononcer partout et évoquait un groupe intégré. Il est devenu le nom de la société en 1991.
Pourquoi Total est-il devenu TotalEnergies ?
Les actionnaires ont adopté ce nom en mai 2021 pour signifier le passage d’une compagnie pétrolière à une compagnie multi-énergies.
Qui dirige TotalEnergies ?
Patrick Pouyanné est directeur général depuis octobre 2014 et président-directeur général depuis décembre 2015. Le conseil d’administration propose de renouveler son mandat à l’assemblée générale de mai 2027.
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Sources
- TotalEnergies, « L’histoire de TotalEnergies » (consultée le 9 octobre 2026)
- TotalEnergies, « Pionniers depuis 100 ans » (consultée le 9 octobre 2026)
- TotalEnergies, « TotalEnergies en bref », chiffres à fin 2025 (consultée le 9 octobre 2026)
- TotalEnergies, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2025 (11 février 2026)
- TotalEnergies, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2023 (7 février 2024)
- TotalEnergies, résultats du quatrième trimestre et de l’année 2021 (10 février 2022)
- TotalEnergies, « Assemblée générale ordinaire et extraordinaire du 29 mai 2026 » (29 mai 2026)
- TotalEnergies, « TotalEnergies Announces the Commencement of Trading of its Ordinary Shares on the NYSE » (8 décembre 2025)
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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