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Benjamin Franklin : biographie, papier-monnaie et argent de la France

Imprimeur, savant et diplomate, Benjamin Franklin défendit le papier-monnaie dès 1729, imprima celui de sa colonie et obtint de la France, à partir de 1776, l’alliance et les millions qui financèrent l’indépendance américaine.

Benjamin Franklin : L’imprimeur de billets qui convainquit Louis XVI de payer

Qui était Benjamin Franklin ?

Benjamin Franklin (1706-1790) est un imprimeur, savant, écrivain et diplomate américain, l’un des pères fondateurs des États-Unis. Fils d’un fabricant de chandelles de Boston, il fit fortune à Philadelphie dans l’imprimerie et la presse, se rendit célèbre par ses travaux sur l’électricité, puis consacra la seconde moitié de sa vie à la cause des colonies : il signa la Déclaration d’indépendance, obtint l’alliance française de 1778 et négocia la paix de 1783.

Il est aussi le seul des pères fondateurs à avoir réfléchi tôt, et par écrit, à la monnaie. À vingt-trois ans, il publie un pamphlet en faveur du papier-monnaie ; il imprime ensuite celui de plusieurs colonies. À soixante-dix ans, il passe neuf années à Paris à convaincre le gouvernement de Louis XVI de financer une république. Le bonhomme en bonnet de fourrure que les salons parisiens adoraient était un négociateur coriace.

Benjamin Franklin en résumé

Apprenti chez son frère imprimeur à Boston, Franklin s’enfuit à dix-sept ans à Philadelphie, où il fonde son atelier, rachète la Pennsylvania Gazette et publie l’almanach du Pauvre Richard. Retiré des affaires en 1748, il se consacre à la science et à la vie publique. Agent des colonies à Londres de 1757 à 1775, il devient l’adversaire de la politique fiscale britannique. Il représente les États-Unis en France de 1776 à 1785, puis siège à la convention constitutionnelle de 1787.

  • Époque : Rois et révolutions, XVIIe-XVIIIe siècle
  • Naissance : 17 janvier 1706 (6 janvier 1705 selon l’ancien calendrier), Boston, Massachusetts
  • Mort : 17 avril 1790, Philadelphie
  • Pays : colonies britanniques d’Amérique du Nord, puis États-Unis
  • Fonctions : imprimeur et éditeur, maître de poste adjoint des colonies (1753-1774), agent de la Pennsylvanie à Londres (1757-1762 et 1764-1775), commissaire puis ministre plénipotentiaire des États-Unis en France (1776-1785), président du conseil exécutif de Pennsylvanie (1785-1788)
  • Œuvre principale : l’almanach du Pauvre Richard (1732-1758), les Expériences et observations sur l’électricité (1751), le traité d’alliance avec la France (1778), le traité de Paris (1783), son Autobiographie
  • À retenir : un théoricien précoce du papier-monnaie, qui finança l’indépendance avec l’argent de la monarchie française

La vie de Benjamin Franklin : l’imprimeur qui négocia avec les rois

Benjamin Franklin naît à Boston le 17 janvier 1706, quinzième des dix-sept enfants de Josiah Franklin, fabricant de chandelles et de savon. Il quitte l’école à dix ans et entre à douze en apprentissage chez son frère James, imprimeur. En 1723, il s’enfuit à Philadelphie. Après un séjour à Londres, il ouvre son imprimerie en 1728, rachète en 1729 la Pennsylvania Gazette et lance en 1732 l’almanach du Pauvre Richard. En 1730, il prend pour épouse, sans mariage légal possible, Deborah Read, dont le premier mari a disparu.

Les affaires prospèrent : imprimeries associées dans d’autres colonies, contrats publics, poste de Philadelphie à partir de 1737. En 1748, à quarante-deux ans, il cède la direction de son atelier à son associé David Hall contre une part des bénéfices et se consacre à la science. Ses expériences sur l’électricité, publiées à Londres en 1751, le rendent célèbre en Europe : le 10 mai 1752, à Marly, le naturaliste Thomas-François Dalibard réalise l’expérience qu’il avait proposée pour prouver que la foudre est électrique. Le paratonnerre suit.

La politique le prend ensuite. Député à l’assemblée de Pennsylvanie, il propose en 1754 un plan d’union des colonies qui n’aboutit pas, puis part pour Londres en 1757 comme agent de la colonie. Le 13 février 1766, interrogé par la Chambre des communes, il contribue à l’abrogation du droit de timbre. L’affaire des lettres du gouverneur Hutchinson, qu’il a fait passer à Boston, lui vaut le 29 janvier 1774 une humiliation publique devant le Conseil privé et la perte de sa charge de maître des postes. Rentré à Philadelphie en mai 1775, il siège au Congrès continental et fait partie du comité qui rédige la Déclaration d’indépendance.

En décembre 1776, le Congrès l’envoie en France. Installé à Passy, il devient une célébrité, reçoit les savants, fréquente les salons et rencontre Voltaire à l’Académie des sciences en 1778. Après la victoire américaine de Saratoga, il signe le 6 février 1778 les traités d’amitié et d’alliance avec la France, puis, avec John Adams et John Jay, la paix de Paris du 3 septembre 1783. Rentré en 1785, il préside le conseil exécutif de Pennsylvanie et siège en 1787 à la convention qui rédige la Constitution. Président de la société abolitionniste de Pennsylvanie, il signe en 1790 une pétition au Congrès contre l’esclavage. Il meurt à Philadelphie le 17 avril 1790. L’Assemblée nationale française prend le deuil.

Qu’a accompli Benjamin Franklin, et que reste-t-il de son œuvre ?

Franklin a laissé des institutions avant de laisser une nation : la bibliothèque de prêt de Philadelphie (1731), la Société philosophique américaine (1743), l’académie qui deviendra l’université de Pennsylvanie, un hôpital, une compagnie de pompiers, une compagnie d’assurance contre l’incendie. Il a laissé le paratonnerre, le poêle qui porte son nom, les lunettes à double foyer et une cartographie du Gulf Stream.

Il a surtout fourni à la Révolution américaine ce qui lui manquait le plus : un allié et de l’argent. Sans la flotte française et sans les livres prêtées par Louis XVI, l’armée de George Washington n’aurait pas tenu jusqu’à Yorktown. Il reste enfin un modèle, celui de l’homme qui se fait lui-même, raconté dans une Autobiographie qui est l’un des premiers classiques de la littérature américaine, et un visage, celui du billet de 100 dollars.

Comment Benjamin Franklin a-t-il financé son pouvoir ?

Son pouvoir personnel, il l’a acheté avec sa propre fortune, et cette fortune doit beaucoup à la monnaie. Le 3 avril 1729, il publie anonymement A Modest Enquiry into the Nature and Necessity of a Paper-Currency, un plaidoyer pour l’augmentation du papier-monnaie de la Pennsylvanie. L’argument est celui d’un homme d’affaires : quand l’argent manque, les taux d’intérêt montent, le prix des terres baisse, le commerce se fige et les ouvriers s’en vont. Une monnaie abondante fait l’inverse. Les adversaires du papier, écrit-il, sont les gros prêteurs, qui profitent de taux élevés pour acheter des terres à bas prix, et les hommes de loi ; il ajoute qu’on devine souvent les desseins d’un homme à son intérêt, car « l’intérêt, dit-on, ne ment pas ». Le papier qu’il défend est gagé sur la terre : la colonie prête des billets aux propriétaires contre hypothèque.

L’assemblée vote une nouvelle émission la même année. Franklin raconte dans son Autobiographie que ses amis, estimant qu’il y avait contribué, le récompensèrent en lui confiant l’impression des billets, un travail très profitable. Il imprimera aussi ceux du New Jersey et du Delaware, en mettant au point un procédé anti-contrefaçon fondé sur l’empreinte de feuilles végétales, impossibles à reproduire à l’identique. Le théoricien et le fournisseur étaient donc le même homme, ce qui n’ôte rien à la justesse du raisonnement. En 1748, l’homme d’affaires résume sa philosophie dans Advice to a Young Tradesman : « Remember that Time is Money ».

À Paris, le financement change d’échelle. Avant même l’alliance, le ministre des Affaires étrangères, le comte de Vergennes, fait passer aux insurgés des armes et des fonds par une société écran animée par Beaumarchais, Rodrigue Hortalez et Cie. Le contrat signé par Vergennes et Franklin le 16 juillet 1782 fait le compte : 18 millions de livres tournois prêtés par le roi au Congrès de 1778 à 1782, en vingt et un versements, remboursables en douze annuités de 1,5 million à partir de la troisième année de paix, au taux de 5 %, les intérêts échus étant remis jusqu’à la paix ; et 10 millions de livres, contre-valeur de 5 millions de florins empruntés en Hollande en 1781 au nom du roi et pour le compte des États-Unis, sous sa garantie. Un nouveau contrat, le 25 février 1783, ajoute un prêt de 6 millions de livres et récapitule le tout, en y joignant 9 millions de dons gratuits : 3 millions accordés avant le traité de 1778 et 6 millions en 1781.

Ces sommes ont une destination précise. La monnaie du Congrès, les continentaux, ne vaut presque plus rien en 1780 ; les espèces françaises paient les soldes, les achats d’armes et de vêtements, et une partie de la campagne de 1781. Pour la France, la facture est lourde : la guerre d’Amérique lui coûte de l’ordre d’un milliard de livres, empruntées pour l’essentiel, et ses dettes contribuent à la crise financière qui conduit à 1789. Les prêts français ne seront remboursés qu’après la réforme financière d’Alexander Hamilton, dans les années 1790, en partie à la République française.

Franklin n’oublia pas l’intérêt composé dans son testament. Un codicille de 1789 lègue 1 000 livres sterling à Boston et autant à Philadelphie, à prêter à 5 % à de jeunes artisans mariés pendant deux siècles. Le pari supposait que les gérants resteraient honnêtes et que les artisans rembourseraient ; il a donné, en 1990, des fonds de plusieurs millions de dollars, moins que la projection de l’auteur, ce qui est aussi une leçon de finance.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Benjamin Franklin ?

L’image de Franklin cerf-volant en main, frappé par la foudre, est fausse : l’expérience de juin 1752, si elle eut lieu comme il la décrit, consistait à recueillir l’électricité d’un nuage d’orage par la ficelle mouillée, non à attirer l’éclair, ce qui l’aurait tué. Plusieurs historiens doutent même qu’il l’ait réalisée. La phrase sur les deux certitudes, la mort et les impôts, est authentique : elle figure dans une lettre au physicien Jean-Baptiste Le Roy du 13 novembre 1789. Mais elle n’était pas de lui, puisqu’on la trouve déjà chez Daniel Defoe en 1726 et dans une comédie anglaise de 1716.

Plusieurs maximes qu’on lui prête ne sont pas de lui, comme celle qui ferait de la bière la preuve que Dieu nous aime : il parlait du vin, dans une lettre à l’abbé Morellet. Le Pauvre Richard empruntait lui-même beaucoup de ses proverbes à des recueils anglais. Le vers latin qui fit de lui l’homme qui arracha la foudre au ciel et le sceptre aux tyrans est attribué à Turgot : il dit assez quel personnage la France s’était fabriqué. Franklin en jouait, avec son bonnet de martre et ses vêtements simples, dans une ville qui attendait un philosophe des forêts.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

Gordon S. Wood (The Americanization of Benjamin Franklin, 2004) a montré que Franklin fut longtemps un loyal sujet britannique, aspirant à l’Empire plus qu’à l’indépendance, et que son image d’Américain par excellence s’est construite après sa mort. Walter Isaacson (Benjamin Franklin. An American Life, 2003) a écrit la biographie la plus lue. Stacy Schiff (A Great Improvisation, 2005, trad. La Grande Improvisation, 2006) a reconstitué la mission de Paris, ses intrigues, ses espions et ses querelles avec John Adams, qui lui reprochait sa complaisance envers la France.

En français, Alfred Owen Aldridge (Benjamin Franklin et ses contemporains français, 1963) a étudié sa réception, et Bernard Faÿ lui a consacré dès 1929 une biographie à succès, à lire en sachant que son auteur fut condamné à la Libération pour collaboration. Les débats portent sur la sincérité de sa conversion tardive à l’abolitionnisme, lui qui posséda des esclaves et publia des annonces de vente, sur la part de l’intérêt personnel dans ses écrits monétaires, et sur son rôle exact à Paris face à Vergennes, dont il dépendait autant qu’il le manœuvrait.

Que peut apprendre de Benjamin Franklin celui qui décide ?

Franklin a pensé la monnaie en commerçant et la diplomatie en emprunteur. Il savait qu’un créancier prête à ceux qui lui servent, et qu’une réputation est un actif.

  • Regarder l’intérêt de celui qui parle : Franklin le recommandait en 1729, et son propre intérêt d’imprimeur de billets éclaire son pamphlet.
  • Un prêteur s’engage quand le projet a déjà gagné quelque chose : l’alliance française ne fut signée qu’après Saratoga.
  • Consolider ses dettes clarifie la négociation : le contrat de 1782 transforma vingt et un reçus en un échéancier unique.
  • Une garantie vaut un prêt : la signature de Louis XVI permit aux États-Unis d’emprunter en Hollande, où leur crédit seul n’aurait pas suffi.
  • Le rendement composé exige des gérants fiables : les fonds légués en 1789 ont fructifié, mais moins que prévu.

Quels livres lire sur Benjamin Franklin ?

  • Walter Isaacson, Benjamin Franklin. Une vie américaine, trad. Mathieu Fleury, Alisio, 2017 (1re éd. française, 2008) : la biographie de référence pour le grand public.
  • Stacy Schiff, La Grande Improvisation. Franklin, la France et la naissance des États-Unis, trad. William Olivier Desmond, Grasset, 2006 : la mission de Paris et l’argent de Vergennes.
  • Gordon S. Wood, The Americanization of Benjamin Franklin, Penguin Press, 2004 : l’essai d’historien le plus stimulant.
  • Alfred Owen Aldridge, Benjamin Franklin et ses contemporains français, Didier, 1963 : Franklin vu de France.
  • Benjamin Franklin, Mémoires, Aubier, 1955 : son autobiographie en français.
  • Benjamin Franklin, Avis nécessaire à ceux qui veulent devenir riches, trad. et adaptation de David Ledoyen, Lux, 2012 : ses textes d’économie domestique, dont le conseil au jeune commerçant de 1748.

Questions fréquentes sur Benjamin Franklin

Benjamin Franklin a-t-il été président des États-Unis ?

Non. Il ne fut jamais président fédéral : George Washington fut le premier, en 1789. Franklin présida en revanche le conseil exécutif suprême de Pennsylvanie de 1785 à 1788, une fonction équivalente à celle de gouverneur. Son portrait figure sur le billet de 100 dollars.

Pourquoi Benjamin Franklin est-il sur le billet de 100 dollars ?

Parce qu’il est l’un des pères fondateurs les plus célèbres, signataire de la Déclaration d’indépendance, du traité d’alliance avec la France, du traité de Paris et de la Constitution. Son portrait orne le billet de 100 dollars depuis 1914. Le choix est d’autant plus piquant qu’il fut aussi l’un des premiers défenseurs américains du papier-monnaie.

Combien la France a-t-elle prêté aux États-Unis grâce à Franklin ?

D’après les contrats signés par Franklin et Vergennes en 1782 et 1783, le roi prêta 18 millions de livres de 1778 à 1782 puis 6 millions en 1783, garantit un emprunt hollandais de 10 millions de livres et donna 9 millions à titre gratuit. Il faut y ajouter le coût de la guerre menée par la France elle-même, sans commune mesure.

Franklin a-t-il vraiment fait l’expérience du cerf-volant ?

Il l’a décrite en octobre 1752 comme réalisée, sans témoin ni date précise, et certains historiens en doutent. Il ne fut en tout cas pas frappé par la foudre : le dispositif recueillait l’électricité d’un nuage. L’expérience de la tige de fer qu’il avait proposée fut réalisée en France, à Marly, le 10 mai 1752.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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