Franklin D. Roosevelt : biographie, New Deal, or et Yalta
Patricien new-yorkais paralysé devenu président pendant la Grande Dépression, Franklin D. Roosevelt sauva les banques, sortit le dollar de l’or, lança le New Deal et conduisit les États-Unis jusqu’au seuil de la victoire.

Qui était Franklin D. Roosevelt ?
Franklin D. Roosevelt (1882-1945) est un homme politique américain, démocrate, qui fut le 32e président des États-Unis du 4 mars 1933 à sa mort, le 12 avril 1945. Élu au plus bas de la Grande Dépression, il lança le New Deal, un ensemble de réformes bancaires, financières et sociales, puis conduisit son pays dans la Seconde Guerre mondiale.
Pour un trader, il est d’abord l’homme qui a changé la nature du dollar. En 1933-1934, il suspend la convertibilité en or, interdit aux particuliers d’en détenir, puis dévalue la monnaie de 41 %. La Bourse, les banques et la monnaie américaines d’aujourd’hui portent encore la marque de ses deux premières années.
Franklin D. Roosevelt en résumé
Héritier d’une vieille famille de la vallée de l’Hudson, cousin éloigné de Theodore Roosevelt, il entre en politique en 1910, devient sous-secrétaire à la Marine de Wilson, puis contracte en 1921 une paralysie dont il dissimule l’étendue au public. Gouverneur de New York en 1929, il bat Herbert Hoover en 1932. Réélu en 1936, 1940 et 1944, il meurt trois mois après le début de son quatrième mandat, quelques semaines avant la capitulation allemande.
- Époque : Le XXe siècle
- Naissance : 30 janvier 1882, Hyde Park (État de New York)
- Mort : 12 avril 1945, Warm Springs (Géorgie)
- Pays : États-Unis
- Fonctions : sénateur de l’État de New York (1911-1913), sous-secrétaire à la Marine (1913-1920), gouverneur de New York (1929-1932), président des États-Unis (4 mars 1933-12 avril 1945)
- Œuvre principale : le New Deal (1933-1938), dont la loi bancaire de 1933, la Securities and Exchange Commission (1934) et la Sécurité sociale (1935)
- À retenir : le décret 6102 du 5 avril 1933 obligea les Américains à vendre leur or à 20,67 dollars l’once ; en janvier 1934, l’État le réévaluait à 35 dollars
La vie de Franklin D. Roosevelt : le patricien paralysé qui changea la monnaie et l’État
Franklin Delano Roosevelt naît le 30 janvier 1882 à Hyde Park, dans le domaine familial qui domine l’Hudson. Élevé par des précepteurs, il passe par Groton et Harvard, puis par l’école de droit de Columbia. Il épouse en 1905 sa cousine Eleanor, nièce du président Theodore Roosevelt. Élu sénateur de l’État de New York en 1910, il soutient Woodrow Wilson, qui le nomme en 1913 sous-secrétaire à la Marine. Candidat démocrate à la vice-présidence en 1920, il est battu.
En août 1921, à 39 ans, il est frappé d’une paralysie des jambes, diagnostiquée comme une poliomyélite ; une étude médicale de 2003 a proposé un syndrome de Guillain-Barré. Il ne remarchera jamais seul et consacrera une grande partie de son héritage au centre de rééducation de Warm Springs, en Géorgie. Il revient pourtant en politique, se fait élire gouverneur de New York en 1928 et réélire en 1930.
Investi le 4 mars 1933, alors que 32 des 48 États ont fermé leurs banques, il déclare que la seule chose à craindre est la peur elle-même. Les « cent jours » suivants voient passer une série de lois sans précédent. Le New Deal se poursuit en 1935 avec la Sécurité sociale et le droit syndical. Réélu triomphalement en 1936, il échoue à augmenter le nombre de juges de la Cour suprême, qui avait annulé plusieurs de ses lois, et voit l’économie rechuter en 1937-1938.
Face à la guerre européenne, il soutient le Royaume-Uni sans entrer dans le conflit, brise en 1940 la tradition des deux mandats et fait voter le prêt-bail en mars 1941. L’attaque japonaise de Pearl Harbor, le 7 décembre 1941, fait entrer les États-Unis en guerre. En février 1942, son décret 9066 permet l’internement d’environ 120 000 Américains d’origine japonaise. Réélu en 1944, épuisé, il meurt d’une hémorragie cérébrale à Warm Springs le 12 avril 1945.
Qu’a accompli Franklin D. Roosevelt, et que reste-t-il de son œuvre ?
Une grande partie de l’architecture financière américaine date de lui. La loi bancaire de juin 1933, dite Glass-Steagall, sépare banques de dépôt et banques d’affaires et crée l’assurance fédérale des dépôts ; la Securities and Exchange Commission, fondée en 1934, réglemente la Bourse, et son premier président est le spéculateur Joseph Kennedy. La Sécurité sociale de 1935 existe toujours ; la séparation bancaire a été abrogée en 1999.
À l’extérieur, Roosevelt a conçu l’ordre de 1945. La conférence de Bretton Woods, en juillet 1944, crée le Fonds monétaire international et la Banque mondiale et fonde un système de changes fixes autour d’un dollar convertible en or à 35 dollars l’once, pour les seules banques centrales. Les Nations unies, dont il fit sa priorité, naissent à San Francisco deux mois après sa mort.
La conférence de Yalta, en Crimée, du 4 au 11 février 1945, est son dernier grand acte. Roosevelt, Churchill et Staline y décident l’occupation de l’Allemagne en zones, dont une pour la France, sa démilitarisation et une commission des réparations à Moscou ; Américains et Soviétiques y retiennent comme base de discussion une somme de 20 milliards de dollars, dont la moitié pour l’URSS, les Britanniques refusant tout chiffre. La frontière orientale de la Pologne suivra la ligne Curzon, et une Déclaration sur l’Europe libérée promet des élections libres. Un accord secret prévoit l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon deux ou trois mois après la capitulation allemande, contre le sud de Sakhaline, les Kouriles et des droits en Mandchourie. Les élections libres n’eurent pas lieu ; Yalta est devenu le nom d’un partage de l’Europe qui fut en réalité imposé par l’avance de l’Armée rouge.
Comment Franklin D. Roosevelt a-t-il financé son pouvoir ?
Quand Roosevelt prend ses fonctions, le système bancaire s’est effondré : des milliers de banques ont fait faillite depuis le krach de 1929, et les déposants retirent leur or. Le 6 mars 1933, il ferme toutes les banques du pays ; la loi bancaire d’urgence du 9 mars permet de rouvrir les plus solides sous garantie fédérale. La panique s’arrête.
Reste l’or. Le 5 avril 1933, le décret 6102 oblige les particuliers et les entreprises à remettre avant le 1er mai leurs pièces, lingots et certificats d’or au système de la Réserve fédérale, au prix officiel de 20,67 dollars l’once, sauf 100 dollars par personne et les pièces de collection ; la peine encourue va jusqu’à 10 000 dollars d’amende et dix ans de prison. Le 20 avril, un nouveau décret soumet toute exportation d’or à licence : le dollar quitte de fait l’étalon-or et se déprécie. Le 5 juin, une résolution du Congrès annule les clauses-or des contrats, qui permettaient aux créanciers d’exiger un paiement en or. En juillet, Roosevelt fait échouer la conférence économique de Londres, qui voulait stabiliser les changes. Le Gold Reserve Act du 30 janvier 1934 transfère au Trésor l’or de la Réserve fédérale, et le lendemain le prix est fixé à 35 dollars l’once : le dollar perd 41 % de sa valeur en or, et l’État encaisse la plus-value sur l’or qu’il venait de collecter. La Cour suprême valida en 1935 l’annulation des clauses-or. La détention d’or ne redevint libre pour les Américains qu’au 31 décembre 1974.
Le New Deal ne fut pas keynésien au départ. Roosevelt avait fait campagne en 1932 pour l’équilibre budgétaire et commença par réduire les salaires fédéraux et les pensions par l’Economy Act de mars 1933. Keynes lui adressa une lettre ouverte publiée par le New York Times le 31 décembre 1933 pour l’inviter à dépenser davantage par l’emprunt, et le rencontra en mai 1934, sans effet visible ; sa Théorie générale ne parut qu’en 1936. Les déficits du New Deal furent d’abord ceux d’une politique de secours et de grands travaux, que Roosevelt tenait pour provisoires. Quand il voulut rééquilibrer le budget en 1937, au moment où la Réserve fédérale relevait les réserves obligatoires des banques, l’économie rechuta ; au printemps 1938, il relança les dépenses, poussé par des conseillers comme Marriner Eccles, président de la Réserve fédérale, partisan du déficit avant même la Théorie générale. Selon les séries du fisc américain, le taux marginal supérieur de l’impôt fédéral sur le revenu, déjà porté à 63 % sous Hoover, passa à 79 % en 1936 avec la loi fiscale de 1935, puis à 94 % en 1944-1945, au-delà de 200 000 dollars de revenu.
La guerre changea l’échelle. Selon les séries du Trésor, la dette fédérale passa de 22,5 milliards de dollars en juin 1933 à 40,4 milliards en juin 1939, puis à 258,7 milliards en juin 1945. Les obligations de guerre, achetées par quelque 85 millions d’Américains mais aussi par les banques et les entreprises, rapportèrent environ 185 milliards de dollars. Le prêt-bail, raconté dans la fiche de Winston Churchill, livra aux Alliés 50,1 milliards de dollars de matériel.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Franklin D. Roosevelt ?
L’idée d’un New Deal appliquant la doctrine de Keynes est la plus répandue et la plus discutable : la Théorie générale paraît en 1936, trois ans après les premières lois, et Roosevelt resta attaché à l’équilibre budgétaire. Les convergences existent pourtant, sur la monnaie et sur la relance de 1938, et certains historiens en font le cœur du sujet. De même, l’idée que le New Deal aurait à lui seul mis fin à la crise est contestée : le chômage, tombé d’environ un quart de la population active en 1933, restait élevé en 1939, et c’est la guerre qui ramena le plein-emploi.
Le décret sur l’or a nourri une légende inverse, celle d’une confiscation pure et simple. Les détenteurs furent payés, mais au prix ancien de 20,67 dollars, quelques mois avant que l’État ne fixe le nouveau prix à 35 dollars : ils perdirent la revalorisation, non leur capital nominal. La plupart des contrevenants ne furent jamais poursuivis.
Restent les théories du complot, notamment celle d’un Roosevelt informé à l’avance de l’attaque sur Pearl Harbor et qui l’aurait laissée faire pour entrer en guerre. Les enquêtes ont montré une suite d’erreurs d’analyse, pas un plan. Quant à son handicap, il ne fut pas un secret absolu, mais la presse accepta de ne presque jamais le photographier en fauteuil roulant.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
Les grandes biographies, d’Arthur Schlesinger Jr. à William Leuchtenburg (Franklin D. Roosevelt and the New Deal, 1963) et David Kennedy (Freedom from Fear, 1999), ont décrit un président pragmatique, plus expérimentateur que doctrinaire. En France, André Kaspi (Franklin D. Roosevelt, 1988) et Denise Artaud (L’Amérique en crise. Roosevelt et le New Deal, 1987) ont donné les synthèses de référence.
Le débat économique reste vif. Milton Friedman et Anna Schwartz (A Monetary History of the United States, 1963) ont fait de la contraction monétaire la cause principale de la Dépression. Barry Eichengreen (Golden Fetters, 1992) a montré que les pays sortis tôt de l’étalon-or s’étaient redressés les premiers, et Christina Romer (1992) attribue la reprise de 1933-1937 à l’afflux d’or et à l’expansion monétaire plus qu’aux dépenses publiques. Eric Rauchway (The Money Makers, 2015) fait de la politique monétaire le cœur du New Deal et souligne sa convergence avec les idées de Keynes. À l’inverse, Amity Shlaes (The Forgotten Man, 2007) ou Harold Cole et Lee Ohanian soutiennent que les réglementations de prix et de salaires de 1933-1935 ont prolongé la crise. Sur Yalta, les historiens jugent aujourd’hui qu’il obtint de Staline ce que la carte militaire permettait, et pas davantage.
Que peut apprendre de Franklin D. Roosevelt celui qui décide ?
Roosevelt a agi vite, sans doctrine, en corrigeant en route. La méthode a ses succès, comme l’arrêt de la panique bancaire de 1933, et ses échecs, comme la rechute de 1937.
- La confiance se restaure par une garantie crédible, pas par un discours : la fermeture des banques suivie de leur réouverture sous garantie fédérale arrêta la panique en une semaine.
- Une contrainte monétaire peut devenir le problème : sortir de l’étalon-or permit de reflater, au prix d’une rupture des engagements envers les créanciers.
- Le risque réglementaire est un risque de marché : le détenteur d’or de 1933 et le créancier protégé par une clause-or perdirent par décret ce qu’ils croyaient garanti.
- Resserrer trop tôt coûte cher : la double restriction budgétaire et monétaire de 1937 provoqua l’une des récessions les plus brutales du siècle.
- Un accord vaut ce que valent les rapports de force sur le terrain : à Yalta, les promesses d’élections libres pesaient moins que les divisions de l’Armée rouge.
Quels livres lire sur Franklin D. Roosevelt ?
- André Kaspi, Franklin D. Roosevelt, Fayard, 1988 : la biographie de référence en français.
- Denise Artaud, L’Amérique en crise. Roosevelt et le New Deal, Armand Colin, 1987 : le New Deal expliqué.
- Jean-Baptiste Duroselle, De Wilson à Roosevelt. Politique extérieure des États-Unis, 1913-1945, Armand Colin, 1960 : la diplomatie jusqu’à Yalta.
- David M. Kennedy, Freedom from Fear. The American People in Depression and War, 1929-1945, Oxford University Press, 1999 : la grande synthèse américaine.
- Eric Rauchway, The Money Makers, Basic Books, 2015 : la politique monétaire du New Deal, de l’or à Bretton Woods.
Questions fréquentes sur Franklin D. Roosevelt
Pourquoi Roosevelt a-t-il interdit l’or en 1933 ?
Pour arrêter la thésaurisation qui vidait les banques et libérer la politique monétaire de la contrainte de l’étalon-or. Le décret 6102 du 5 avril 1933 obligea à remettre l’or au prix de 20,67 dollars l’once ; en janvier 1934, le dollar fut dévalué et l’once fixée à 35 dollars.
Le New Deal a-t-il été inspiré par Keynes ?
Non, pas au départ. Roosevelt commença par des économies budgétaires en 1933, et la Théorie générale de Keynes ne parut qu’en 1936. Keynes conseilla publiquement Roosevelt à partir de la fin 1933 ; son influence directe reste discutée, mais la politique monétaire et la relance de 1938 rejoignirent plusieurs de ses recommandations.
Combien de fois Roosevelt a-t-il été élu ?
Quatre fois, en 1932, 1936, 1940 et 1944, un cas unique. Le XXIIe amendement, ratifié en 1951, limite désormais le président à deux mandats.
Que s’est-il décidé à Yalta ?
Du 4 au 11 février 1945, Roosevelt, Churchill et Staline y décidèrent l’occupation de l’Allemagne en zones, la frontière orientale de la Pologne, le principe des réparations, le vote au Conseil de sécurité de l’ONU et l’entrée en guerre de l’URSS contre le Japon. La promesse d’élections libres en Europe de l’Est ne fut pas tenue.
Pour aller plus loin
- La Grande Dépression, causes, chiffres et débats, pour la crise qu’il eut à affronter
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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