DeutschEnglishEspañolFrançaisItalianoPortuguês
Rejoindre le forum

Robespierre : biographie, assignats, maximum et Terreur

Avocat d’Arras devenu figure du Comité de salut public, Robespierre incarna la Révolution radicale de 1793-1794, son économie de guerre faite d’assignats et de prix taxés, et la Terreur qui l’emporta en thermidor.

Robespierre : L’Incorruptible au cœur de la Terreur et de l’économie de guerre

Qui était Robespierre ?

Maximilien de Robespierre (1758-1794) est un avocat et homme politique français, l’une des principales figures de la Révolution. Député du tiers état d’Artois en 1789, puis de Paris à la Convention en 1792, membre du Comité de salut public de juillet 1793 à juillet 1794, il fut l’un des dirigeants du gouvernement révolutionnaire de la Terreur. Renversé par la Convention le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), il fut guillotiné le lendemain.

Peu de personnages de l’histoire de France ont été aussi constamment jugés. Pour les uns, il fut le démocrate intransigeant, défenseur des pauvres et du suffrage universel ; pour les autres, le théoricien de la Terreur et l’ancêtre des dictatures idéologiques. Sur le terrain de l’argent, son nom est associé à une économie de guerre faite de papier-monnaie forcé, de prix taxés et de réquisitions, qu’il n’a pas inventée et qu’il a défendue jusqu’au bout.

Robespierre en résumé

Boursier d’un collège parisien, avocat à Arras, Robespierre entre en politique avec la Révolution. À la Constituante, il est l’un des rares défenseurs du suffrage universel ; aux Jacobins, il devient une autorité morale. Élu à la Convention en septembre 1792, il réclame la mort du roi, contribue à l’élimination des Girondins et entre au Comité de salut public le 27 juillet 1793. Il y participe aux décisions de la Terreur, à l’élimination des hébertistes puis des dantonistes, et à la loi du 22 prairial. Isolé, il est renversé le 9 thermidor.

  • Époque : Rois et révolutions, XVIIe-XVIIIe siècle
  • Naissance : 6 mai 1758, Arras
  • Mort : 28 juillet 1794 (10 thermidor an II), guillotiné à Paris, place de la Révolution
  • Pays : royaume de France, puis République française
  • Fonctions : député à l’Assemblée constituante (1789-1791), député de Paris à la Convention (1792-1794), membre du Comité de salut public (27 juillet 1793-27 juillet 1794)
  • Œuvre principale : ses discours à la Constituante, aux Jacobins et à la Convention, dont le discours sur les subsistances (2 décembre 1792) et le rapport sur les principes de morale politique (5 février 1794)
  • À retenir : un dirigeant personnellement désintéressé, au cœur d’un gouvernement qui finança la guerre par l’assignat et voulut tenir les prix par la peur

La vie de Robespierre : l’avocat d’Arras qui voulut fonder la vertu

Maximilien de Robespierre naît à Arras le 6 mai 1758, fils aîné d’un avocat. Sa mère meurt en 1764 ; son père abandonne bientôt ses enfants, élevés par leurs grands-parents et leurs tantes. Boursier de l’abbaye de Saint-Vaast, il entre en 1769 au collège Louis-le-Grand à Paris, où il est un élève brillant. Avocat au conseil d’Artois en 1781, il plaide, écrit des mémoires, fréquente l’académie d’Arras. En 1789, il est élu député du tiers état aux États généraux.

À l’Assemblée constituante, il défend le suffrage universel masculin, les droits des Juifs, des comédiens et des libres de couleur, et demande en mai 1791 l’abolition de la peine de mort. Il fait voter l’inéligibilité des constituants à l’Assemblée suivante. Logé à partir de juillet 1791 chez le menuisier Maurice Duplay, rue Saint-Honoré, il y vivra jusqu’à sa mort. Aux Jacobins, il combat pendant l’hiver 1791-1792 la guerre que prônent les Girondins, en prédisant qu’elle profiterait aux généraux et aux contre-révolutionnaires.

Après la chute de la monarchie, le 10 août 1792, il est élu député de Paris à la Convention. Dans le procès du roi, il soutient le 3 décembre que Louis XVI doit mourir pour que la patrie vive. Au printemps 1793, il pousse à l’élimination des Girondins, arrêtés après les journées du 31 mai et du 2 juin. Il entre au Comité de salut public le 27 juillet 1793. La République est alors envahie, en guerre civile en Vendée et à Lyon, menacée par la disette. Le gouvernement révolutionnaire, que la Convention déclare en octobre provisoire jusqu’à la paix, suspend les libertés au nom du salut public.

Robespierre en devient la voix. Il fait condamner les hébertistes en mars 1794, puis Danton et Desmoulins en avril. Il fait adopter le culte de l’Être suprême, dont il préside la fête le 8 juin 1794. Deux jours plus tard, la loi du 22 prairial, présentée par Couthon, supprime les garanties de la défense devant le Tribunal révolutionnaire. Le 8 thermidor, il annonce à la Convention une nouvelle épuration sans nommer personne ; le lendemain, ceux qui se sentent visés le font arrêter. Libéré par la Commune, repris dans la nuit à l’Hôtel de Ville, la mâchoire fracassée par un coup de pistolet, il est guillotiné le 28 juillet 1794 avec vingt et un de ses partisans.

Qu’a accompli Robespierre, et que reste-t-il de son œuvre ?

Il a défendu avant beaucoup d’autres des principes devenus communs : le suffrage universel, l’égalité civile des minorités, le droit à l’existence comme premier des droits. Il a aussi été l’un des acteurs principaux d’un gouvernement d’exception qui gagna la guerre extérieure en 1794 et brisa les insurrections intérieures, au prix d’une répression massive. L’an II a laissé la levée en masse, le maximum, la Terreur et ses morts, et une question jamais close sur le rapport entre la fin et les moyens.

Il reste peu de lieux : aucune rue à son nom dans Paris, une maison natale à Arras, une station de métro à Montreuil. Il reste surtout une mémoire divisée, entretenue depuis 1907 par la Société des études robespierristes et contestée par une tradition historiographique hostile, qui fait de lui le symbole de la Révolution qui dévore ses enfants.

Comment Robespierre a-t-il financé son pouvoir ?

Personnellement, il n’a rien financé du tout. Il vivait de l’indemnité de député, fixée à 18 livres par jour, logeait dans une chambre chez les Duplay et ne laissa presque rien. Ce désintéressement, rare dans une classe politique où plusieurs de ses collègues spéculaient sur les fournitures militaires ou les fonds de la Compagnie des Indes, fut le fondement de son autorité : le surnom d’Incorruptible date de 1791.

Le gouvernement dont il fit partie hérita, lui, d’un système monétaire déjà engagé. En novembre 1789, sur la proposition de Talleyrand, les biens du clergé sont mis à la disposition de la Nation. Pour les vendre sans attendre les acheteurs, l’Assemblée crée en décembre 1789 des assignats, titres de créance portant intérêt et « assignés » sur les biens nationaux : 400 millions de livres. En avril 1790, l’assignat reçoit cours forcé et devient monnaie ; en septembre, Necker, qui s’y oppose, démissionne, et une nouvelle émission de 800 millions est votée. La guerre, déclarée en avril 1792, fait le reste. Entre 1790 et le printemps 1793, l’assignat perd plus de la moitié de sa valeur, à mesure que les émissions dépassent la valeur des biens à vendre ; le souvenir de John Law hantait déjà les débats de 1790.

La Convention montagnarde répond par la contrainte. La Bourse de Paris est fermée le 27 juin 1793, le commerce du numéraire interdit, le refus des assignats puni de peines toujours plus lourdes. Un emprunt forcé d’un milliard de livres est imposé aux riches en 1793 ; le grand-livre de la dette publique, créé en août 1793 sur le rapport de Cambon, unifie les dettes de l’Ancien Régime et de la Révolution et prépare leur conversion. La loi du 4 mai 1793 taxe les grains ; celle du 26 juillet punit de mort les accapareurs ; celle du 29 septembre 1793, le maximum général, fixe le prix de trente-neuf denrées et marchandises au niveau de 1790 augmenté d’un tiers, et les salaires au niveau de 1790 augmenté de moitié. Les réquisitions nourrissent les armées.

Robespierre n’est l’auteur ni de l’assignat ni du maximum, voté sous la pression des sans-culottes parisiens au début de septembre 1793. Son discours sur les subsistances du 2 décembre 1792 donne pourtant le principe de cette politique : le commerce du superflu peut être libre, celui du nécessaire doit être garanti, car, demande-t-il, « Quel est le premier de ces droits ? Celui d’exister ». Pendant quelques mois, la contrainte produit son effet : la circulation passe de 3,7 milliards de livres en août 1793 à 5,5 milliards en juillet 1794, mais la dépréciation de l’assignat se ralentit et son cours se redresse même pendant l’hiver. Le prix est payé ailleurs : récoltes dissimulées, marchés vides, arrestations de commerçants, et un maximum des salaires que la Commune de Paris publie le 23 juillet 1794, quatre jours avant le 9 thermidor. Les historiens George Rudé et Albert Soboul ont lié ce maximum des salaires, mal reçu des ouvriers parisiens, à leur absence de mobilisation en faveur de Robespierre cette nuit-là.

Après Thermidor, la Convention abolit le maximum le 24 décembre 1794. Les prix s’envolent, l’assignat s’effondre. En février 1796, les planches d’impression sont brisées en public place Vendôme ; en mars, l’assignat est échangé à trente contre un en mandats territoriaux, alors qu’il en valait trois cents sur le marché. La banqueroute des deux tiers de 1797 solde l’affaire : la Révolution a remboursé une large part de ses dettes en papier déprécié.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Robespierre ?

La légende noire est née le 10 thermidor. Pour justifier leur coup, les vainqueurs firent de Robespierre le seul responsable de la Terreur, un tyran qui aurait aspiré à la dictature, voire à la royauté : on fit courir le bruit d’un sceau fleurdelisé trouvé chez lui et d’un projet de mariage avec la fille de Louis XVI. Aucune preuve n’en a été produite. La Terreur fut l’œuvre collective de la Convention et de ses comités, et plusieurs représentants en mission parmi les plus brutaux, Fouché à Lyon, Tallien à Bordeaux, Barras et Fréron à Toulon, comptèrent parmi les vainqueurs de Thermidor.

La blessure à la mâchoire a deux versions : tentative de suicide, ou coup de pistolet du gendarme Charles-André Merda, qui s’en vanta. Aucune ne s’impose. Le visage de Robespierre a lui aussi son roman : la reconstitution présentée en 2013 à partir d’un masque mortuaire attribué à Marie Tussaud repose sur un objet dont l’authenticité est douteuse. Sa phrase la plus citée est authentique et figure dans son rapport du 5 février 1794 : « La terreur n’est autre chose que la justice prompte, sévère, inflexible ; elle est donc une émanation de la vertu ».

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

Albert Mathiez, fondateur des Annales révolutionnaires, a fait de Robespierre le héros d’une révolution démocratique et sociale, contre Alphonse Aulard, qui lui préférait Danton. François Furet (Penser la Révolution française, 1978) et Patrice Gueniffey (La Politique de la Terreur, 2000) ont lu la Terreur comme le produit d’une logique politique et idéologique propre à la Révolution. Jean-Clément Martin (Robespierre. La fabrication d’un monstre, 2016) a montré comment Thermidor fit de lui un bouc émissaire ; Hervé Leuwers (Robespierre, 2014) et Peter McPhee (Robespierre. Une vie révolutionnaire, trad. 2022) ont donné les biographies de référence. Timothy Tackett (Anatomie de la Terreur, trad. 2018) explique la Terreur par la peur des complots, et Colin Jones (La Chute de Robespierre, trad. 2024) reconstitue heure par heure la journée du 9 thermidor.

Le bilan humain reste débattu. Donald Greer, en 1935, comptait 16 594 condamnations à mort prononcées par les tribunaux révolutionnaires, et estimait le total des morts de la Terreur, exécutions sans jugement et décès en prison compris, entre 35 000 et 40 000. Jean-Clément Martin et Jacques Hussenet jugent cette estimation trop basse, car elle néglige les massacres dans les campagnes. Selon l’estimation courante, quelque 500 000 suspects passèrent par les prisons. La guerre de Vendée, avec ses colonnes infernales et les noyades de Nantes, fit selon les estimations récentes de Jacques Hussenet et Jean-Clément Martin environ 200 000 morts dans les deux camps, dont quelque 170 000 parmi les habitants de la Vendée militaire, entre 1793 et 1796. La part personnelle de Robespierre dans ces décisions, prises collégialement, divise toujours les historiens.

Que peut apprendre de Robespierre celui qui décide ?

L’an II n’offre pas de modèle à suivre. Il montre comment un pouvoir d’exception, installé pour une urgence réelle, se prolonge, s’étend et finit par dévorer ceux qui l’exerçaient, et comment l’économie résiste à la contrainte.

  • Une monnaie ne tient pas par la peur : la fermeture de la Bourse et les peines contre le refus des assignats ralentirent la chute sans l’arrêter, et elle reprit dès que la peur cessa.
  • Taxer les prix sans taxer la quantité de monnaie déplace la pénurie : les marchés se vidèrent, les récoltes se cachèrent.
  • Les mesures d’exception n’ont pas de fin naturelle : déclarées provisoires jusqu’à la paix, elles s’aggravèrent après les victoires de 1794.
  • Une loi qui supprime les garanties de la défense finit par menacer ceux qui l’ont votée : la loi du 22 prairial précipita la coalition qui renversa Robespierre.
  • Le désintéressement personnel ne protège pas des conséquences collectives : l’Incorruptible ne s’enrichit pas, et des dizaines de milliers de personnes moururent sous le gouvernement dont il faisait partie.

Quels livres lire sur Robespierre ?

  • Hervé Leuwers, Robespierre, Fayard, 2014 (rééd. Pluriel, 2016) : la biographie de référence en français.
  • Jean-Clément Martin, Robespierre. La fabrication d’un monstre, Perrin, 2016 : la légende noire démontée.
  • Peter McPhee, Robespierre. Une vie révolutionnaire, trad. André Mir, Classiques Garnier, 2022 : une biographie attentive à l’homme et à ses origines.
  • Patrice Gueniffey, La Politique de la Terreur. Essai sur la violence révolutionnaire, 1789-1794, Fayard, 2000 : la thèse d’une Terreur inscrite dans la logique révolutionnaire.
  • Marcel Gauchet, Robespierre. L’homme qui nous divise le plus, Gallimard, 2018 : un essai de philosophe sur ses idées.
  • Œuvres de Maximilien Robespierre, Société des études robespierristes, 11 vol., 1910-2007 : ses discours et sa correspondance.

Questions fréquentes sur Robespierre

Pourquoi Robespierre était-il appelé l’Incorruptible ?

Le surnom lui fut donné dès 1791 pour son intégrité financière et sa fidélité à ses principes. Il vivait de son indemnité de député, logeait chez le menuisier Duplay et ne s’enrichit pas, à la différence de plusieurs de ses collègues compromis dans des affaires de fournitures ou de spéculation.

Combien de morts a fait la Terreur ?

Les tribunaux révolutionnaires prononcèrent environ 16 600 condamnations à mort. En ajoutant les exécutions sans jugement et les morts en prison, l’historien Donald Greer arrivait en 1935 à 35 000 à 40 000 victimes, chiffre que des historiens récents jugent sous-estimé. La guerre de Vendée fit à elle seule environ 200 000 morts.

Qu’est-ce que la loi du maximum ?

C’est la loi du 29 septembre 1793 qui fixa un prix maximum pour trente-neuf denrées et marchandises de première nécessité, au niveau de 1790 augmenté d’un tiers, et un maximum des salaires, au niveau de 1790 augmenté de moitié. Mal appliquée et contournée, elle fut abolie le 24 décembre 1794.

Robespierre a-t-il créé les assignats ?

Non. Les assignats furent créés par l’Assemblée constituante en décembre 1789 et devinrent monnaie en avril 1790, quand Robespierre n’était qu’un député parmi d’autres. Le gouvernement de l’an II, dont il fut membre, chercha à soutenir leur cours par la contrainte.

Pour aller plus loin

  • Napoléon, protégé de son frère Augustin à Toulon, brièvement arrêté après Thermidor
  • Jean-Jacques Rousseau, le philosophe dont il se réclamait
L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

Découvrir mon parcours
À lire ensuite
Trader, ça s’apprend
2 étapes pour progresser
1ProRealTime —
La formation complète Gratuit

Le trading commence par les bons outils.

  • La formation complète à la plateforme
  • Mes Graphiques & Espaces de travail : accès exclusif à mes indicateurs, modèles et réglages personnalisés
  • Configuration guidée, pas à pas
2Mon École de Trading —
Quand vous serez prêt Pour aller plus loin

Formations, séminaires, webinaire et coaching privé. Je vous accompagne personnellement.

Découvrir l’École
Excellentsur Trustpilot · 590+ avis

0 commentaires

La discussion se poursuit sur le forum andlil.com.
Laisser un commentaire

Votre nom et votre commentaire seront publiés après relecture ; votre adresse e-mail ne le sera jamais. Votre adresse IP est conservée un an, comme la loi l’exige. Pour en savoir plus ou exercer vos droits : charte de confidentialité. Le formulaire est protégé contre les robots par Cloudflare Turnstile.

Restez au contact des marchés et du monde.

Recevez mes analyses par e-mail, et rejoignez la discussion avec la communauté du forum.