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Charles Dow : biographie, méthode et naissance de la théorie de Dow

Charles Dow (1851-1902), journaliste et fondateur du Wall Street Journal, a créé le Dow Jones et l’idée de tendance boursière, sans jamais écrire la théorie qui porte son nom.

Charles Dow : Le journaliste qui a appris à Wall Street à se mesurer

Qui était Charles Dow ?

Charles Dow (1851-1902) est un journaliste financier américain, cofondateur en 1882 de Dow Jones & Company, premier rédacteur en chef du Wall Street Journal et créateur des moyennes boursières qui portent son nom. Il est considéré comme le père de l’analyse de tendance, sans avoir jamais publié de méthode.

On ne lui connaît ni carrière de spéculateur ni grande fortune. Sa place dans un guide des traders tient à une idée simple et alors neuve : on ne lit pas le marché valeur par valeur, on le mesure. Le reste, la « théorie de Dow » avec ses règles et ses signaux, a été construit après sa mort par ceux qui ont relu ses éditoriaux.

Charles Dow en résumé

Fils de fermier du Connecticut, Charles Dow devient reporter à Springfield puis à Providence, avant de s’installer à New York en 1880. En 1882, il fonde avec Edward Jones l’agence qui deviendra Dow Jones & Company. Il publie sa première moyenne d’actions le 3 juillet 1884, lance le Wall Street Journal le 8 juillet 1889 et crée le Dow Jones Industrial Average le 26 mai 1896. Ses éditoriaux, regroupés dès 1902 sous l’étiquette « Dow’s Theory », fondent l’idée de tendance primaire et secondaire. Il meurt à Brooklyn le 4 décembre 1902, à 51 ans.

  • Famille : Wall Street avant 1945
  • Naissance : 6 novembre 1851, Sterling (Connecticut)
  • Mort : 4 décembre 1902, Brooklyn (New York)
  • Nationalité : américaine
  • Marchés : actions américaines, chemins de fer et valeurs industrielles, surtout en observateur ; membre du New York Stock Exchange de 1885 à 1891
  • Style : journalisme financier, mesure du marché par moyennes, lecture de la tendance
  • Coup le plus célèbre : la création du Dow Jones Industrial Average, le 26 mai 1896, à 40,94 points
  • Livres : aucun ; ses éditoriaux du Wall Street Journal ont été rassemblés par d’autres

La vie de Charles Dow : le journaliste qui mesurait la marée

Charles Henry Dow naît le 6 novembre 1851 à Sterling, dans le Connecticut, dans une famille de fermiers. Il entre en journalisme au début des années 1870, au Springfield Republican de Samuel Bowles, puis passe au Providence Journal. En 1879, ce journal l’envoie à Leadville, dans le Colorado, couvrir la ruée sur l’argent. Il en tire une série de « Leadville Letters » sur l’économie minière.

Il s’installe à New York en 1880 et travaille pour une agence d’informations financières. En novembre 1882, il fonde avec Edward D. Jones une petite agence qui livre des dépêches manuscrites aux maisons de Wall Street ; Charles Bergstresser les rejoint. L’agence produit chaque après-midi une feuille de deux pages, le Customers’ Afternoon Letter. C’est là que paraît, le 3 juillet 1884, la première moyenne de Dow : onze valeurs, dont neuf chemins de fer.

De 1885 à 1891, Dow détient un siège au New York Stock Exchange pour le compte de la maison de courtage Goodbody, Glyn & Dow : son associé, l’Irlandais Robert Goodbody, ne pouvait pas en être membre. C’est son seul passage de l’autre côté du guichet. Le 8 juillet 1889, la feuille de l’après-midi devient le Wall Street Journal, dont il est le premier rédacteur en chef. Le 26 mai 1896, il publie une moyenne réservée aux valeurs industrielles, distincte de celle des chemins de fer.

À la fin des années 1890, il tient dans le journal une rubrique d’éditoriaux où il expose, par petites touches, sa lecture des mouvements de la Bourse. Il les signe jusqu’en avril 1902. Malade, il cède la même année ses parts, avec Bergstresser, à Clarence Barron, le correspondant du journal à Boston, dont la famille contrôlera l’entreprise jusqu’en 2007. Il meurt le 4 décembre 1902 à Brooklyn, à 51 ans. Le journal qu’il a fondé lui survit ; l’indice aussi, et c’est l’indice qu’on cite.

Quelle était la méthode de Charles Dow ?

Dow ne trade pas, il observe, et sa méthode est celle d’un journaliste qui cherche une mesure. Une seule action peut monter pour des raisons qui lui sont propres ; une moyenne de valeurs actives dit dans quel sens va le marché. Il additionne les cours et divise par le nombre de titres : un calcul de ticket de caisse, qui fait de son indice un indice pondéré par les prix, comme on le lui reproche encore.

Sur cette mesure, il pose une distinction devenue le socle de l’analyse technique. Le marché, écrit-il, a toujours trois mouvements simultanés : le mouvement de jour en jour, que seuls les opérateurs sans commissions devraient regarder ; l’oscillation courte, de deux semaines à un mois ou plus ; et le mouvement principal, qui dure selon lui au moins quatre ans (chapitre VII du recueil de 1902). L’image de la marée, des vagues et des rides, qu’on lui attribue d’ordinaire, a surtout été popularisée par ses successeurs. Elle a donné la définition, encore enseignée, de la tendance haussière par des sommets et des creux de plus en plus hauts.

Ses éditoriaux, repris en 1902 par Samuel Nelson dans The ABC of Stock Speculation, contiennent aussi des règles de trader. Le chapitre IX, « Methods of Reading the Market », décrit la « méthode du livre », qui consiste à noter chaque variation d’un point jusqu’à voir se former de longues lignes horizontales : elles trahissent, écrit-il, une accumulation ou une distribution par les manipulateurs. On y lit aussi qu’un mouvement primaire est généralement suivi d’un mouvement secondaire inverse d’au moins trois huitièmes de son ampleur : 4 points de repli après 10 de hausse. Ailleurs, il recommande les ordres stop et cite l’adage de Daniel Drew : couper court ses pertes, laisser courir ses gains.

Deux principes, enfin, seront promus au rang de règles par ses successeurs. Les moyennes des valeurs industrielles et des chemins de fer doivent se confirmer : une usine qui produit plus doit expédier plus. Et la tendance est présumée continuer tant qu’un signal net ne l’a pas renversée. La page d’andlil sur la tendance en donne la version actuelle.

Quel est le coup le plus célèbre de Charles Dow ?

Le 26 mai 1896, le Wall Street Journal publie une nouvelle moyenne. Elle ne compte que douze valeurs industrielles, à une époque où la cote est dominée par les chemins de fer. On y trouve American Cotton Oil, American Sugar, American Tobacco, Chicago Gas, Distilling & Cattle Feeding, General Electric, Laclede Gas, National Lead, North American, Tennessee Coal, Iron & Railroad, U.S. Leather et U.S. Rubber. Premier niveau : 40,94 points.

Le pari de Dow est que ces douze sociétés diront quelque chose de l’économie américaine que les chemins de fer ne disent plus. Il a eu raison au-delà de toute attente. L’indice passe à vingt valeurs le 4 octobre 1916, à trente le 1er octobre 1928, et il a dépassé 54 000 points en clôture début août 2026. De la liste d’origine, General Electric est la dernière à en être sortie, en 2018. Tennessee Coal, Iron & Railroad, elle, a été rachetée par U.S. Steel en novembre 1907, au plus fort de la panique, avec l’accord du président Roosevelt.

La moyenne des chemins de fer, celle de 1884 devenue le Dow Jones Transportation Average, est présentée comme le plus ancien indice boursier américain encore publié. L’histoire complète du Dow Jones, sa composition et son calcul sont détaillés dans notre page sur l’indice Dow Jones.

Quelle a été la pire erreur de Charles Dow ?

Dow n’a pas laissé de perte retentissante : on ne connaît pas les résultats de son passage au New York Stock Exchange. Son erreur est d’une autre nature. Il n’a jamais rassemblé ses idées. Dans la préface de The ABC of Stock Speculation, en 1902, Samuel Nelson écrit que plusieurs tentatives pour lui faire écrire ce livre « sont restées vaines ». Nelson le fait donc à sa place, avec des extraits choisis.

La conséquence est que la « théorie de Dow » est surtout celle de ses héritiers. William Peter Hamilton, rédacteur en chef du journal à partir de 1908, l’applique dans ses éditoriaux jusqu’à sa mort en 1929 et la systématise dans The Stock Market Barometer (1922). Robert Rhea la codifie en 1932 dans The Dow Theory. Le bilan de ces prévisions divise. En 1933, l’économiste Alfred Cowles conclut dans Econometrica que suivre les éditoriaux de Hamilton aurait rapporté moins que de rester investi en permanence dans le marché. En 1998, Stephen Brown, William Goetzmann et Alok Kumar reprennent les mêmes textes dans le Journal of Finance et concluent qu’ajustés du risque, ils battaient le marché. On débat donc depuis un siècle d’une méthode que son auteur n’a jamais formulée.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Charles Dow ?

La légende fait de Dow l’inventeur de la « théorie de Dow ». On ne connaît pas de texte où il emploie l’expression. L’étiquette apparaît en 1902 chez Nelson, en note des chapitres qui reprennent ses éditoriaux, l’année de sa mort. Les six principes qu’on enseigne aujourd’hui, des trois mouvements à la confirmation par les volumes, sont une mise en ordre faite par Hamilton, Rhea et leurs continuateurs.

On associe aussi volontiers son nom au krach de 1929, qui survient vingt-sept ans après sa mort ; le krach et le rôle qu’y a joué la spéculation à crédit sont racontés dans la fiche de Jesse Livermore. Ce que le public ignore souvent, en revanche, c’est que la « méthode du livre » décrite dans ses éditoriaux, avec ses lignes horizontales d’accumulation, annonce les graphiques en points et figures que Richard Wyckoff utilisera pour mesurer les phases d’accumulation.

Dernier malentendu, le nom de l’indice. Le Dow Jones n’a pas été « inventé par Dow et Jones » à parts égales : Edward Jones était l’associé de la première heure ; la moyenne est l’œuvre de Dow. Jones quitte l’entreprise en 1899.

Que peut apprendre un trader de Charles Dow ?

Dow n’a pas laissé de système à appliquer les yeux fermés, mais une manière de regarder qui reste le point de départ de presque toutes les méthodes de tendance.

  • Identifiez l’échelle de temps avant de parler de tendance : une baisse de quelques jours peut n’être qu’une vague dans une marée montante.
  • Une tendance se lit aux sommets et aux creux successifs, pas à la dernière bougie.
  • Cherchez la confirmation par un second instrument, comme Dow avec les industrielles et les chemins de fer.
  • Une règle formulée après coup paraît toujours infaillible : jugez une méthode sur des signaux datés, comme Cowles puis Brown, Goetzmann et Kumar.

Quels livres lire sur Charles Dow ?

  • Samuel A. Nelson, The ABC of Stock Speculation, New York, S. A. Nelson, 1902. Le seul recueil des idées de Dow paru de son vivant, chapitres IV à XX. Pas de traduction française connue.
  • William Peter Hamilton, The Stock Market Barometer, Harper & Brothers, 1922 : la théorie appliquée par son successeur.
  • Robert Rhea, The Dow Theory, Barron’s, 1932 : la version codifiée, celle qu’on enseigne.
  • George W. Bishop Jr., Charles H. Dow and the Dow Theory, Appleton-Century-Crofts, 1960, et Laura Sether (dir.), Dow Theory Unplugged, W&A Publishing, 2009, qui republie ses éditoriaux d’origine.

Questions fréquentes sur Charles Dow

Qu’est-ce que la théorie de Dow ?

C’est un ensemble de principes tirés des éditoriaux de Charles Dow au Wall Street Journal : le marché combine un mouvement primaire, des mouvements secondaires et des fluctuations quotidiennes ; une tendance se lit à ses sommets et creux successifs ; les moyennes doivent se confirmer. Dow ne l’a jamais présentée comme un système ; Hamilton et Rhea l’ont codifiée après sa mort.

Charles Dow a-t-il inventé l’analyse technique ?

Il en a posé une base, la mesure du marché par une moyenne et l’idée de tendance emboîtée. Mais l’observation des graphiques et du ruban existait avant lui, au Japon comme à Wall Street, et l’essentiel des outils actuels vient de ses successeurs.

Pourquoi l’indice s’appelle-t-il Dow Jones ?

Il porte le nom de l’entreprise qui le publiait, Dow Jones & Company, fondée en 1882 par Charles Dow et Edward Jones. La moyenne elle-même est l’œuvre de Dow ; elle est aujourd’hui gérée par S&P Dow Jones Indices.

Charles Dow a-t-il été trader ?

Très peu. Il a été membre du New York Stock Exchange de 1885 à 1891, pour une maison de courtage dont il était associé, mais sa carrière est celle d’un journaliste et d’un éditeur. On ne lui connaît ni grand coup ni grande perte en Bourse.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Sièges CME & CBOT · Trader depuis 1994

Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.

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