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Bernard Baruch : biographie, méthode et règles du spéculateur qui a duré

Bernard Baruch (1870-1965), enrichi à Wall Street avant 30 ans puis conseiller de présidents, a laissé des règles de survie que sa légende de 1929 a fini par caricaturer.

Bernard Baruch : Le spéculateur qui a appris à perdre peu et à vivre longtemps

Qui était Bernard Baruch ?

Bernard Baruch (1870-1965) est un spéculateur et financier américain qui a fait fortune à Wall Street entre 1897 et 1916, puis a présidé le War Industries Board pendant la Première Guerre mondiale et conseillé les présidents des États-Unis jusqu’aux années 1950.

Il incarne une figure rare dans ce guide : le spéculateur qui finit vieux, riche et respecté. Sa légende veut qu’il ait tout vendu avant le krach de 1929 sur la foi d’un cireur de chaussures. Ses propres mémoires et ses biographes racontent une histoire plus prudente, et plus instructive.

Bernard Baruch en résumé

Né en Caroline du Sud, fils d’un médecin, Baruch arrive à New York à 10 ans et sort du City College en 1889. Coursier à 3 dollars par semaine, il devient associé de la maison A. A. Housman & Co., achète un siège au New York Stock Exchange et gagne ses premières fortunes sur le sucre, le tabac et les chemins de fer. À partir de 1916, il sert Wilson, préside le War Industries Board, participe à la conférence de la paix, puis conseille Roosevelt et Truman. Il meurt à New York le 20 juin 1965, à 94 ans.

  • Famille : Wall Street avant 1945
  • Naissance : 19 août 1870, Camden (Caroline du Sud)
  • Mort : 20 juin 1965, New York
  • Nationalité : américaine
  • Marchés : actions américaines, chemins de fer, sucre, cuivre, matières premières, mines d’or
  • Style : spéculation fondée sur l’étude des sociétés, ventes à découvert, coupure rapide des pertes, liquidités en réserve
  • Coup le plus célèbre : le pari de 1897 sur American Sugar Refining, de 300 à environ 60 000 dollars
  • Livres : Baruch : My Own Story (Henry Holt, 1957) ; Baruch : The Public Years (Holt, Rinehart and Winston, 1960)

La vie de Bernard Baruch : le spéculateur qui a su vieillir

Bernard Mannes Baruch naît le 19 août 1870 à Camden, en Caroline du Sud, deuxième des quatre fils de Simon Baruch, médecin et ancien chirurgien de l’armée confédérée. La famille s’installe à New York en 1881. Il entre à 14 ans au City College de New York, dont il sort diplômé en 1889.

Il commence la même année comme coursier chez un négociant, Julius A. Kohn, à 3 dollars par semaine, puis entre en 1891 chez A. A. Housman & Co., à 5 dollars. Ses débuts de spéculateur sont mauvais : il perd 8 000 dollars que son père lui avait confiés, dans une compagnie de tramways. Il en garde une habitude qu’il décrira comme sa meilleure école : analyser chacune de ses pertes. En 1897, il épouse Annie Griffen et réussit son premier grand coup sur le sucre. Devenu associé de Housman, il achète un siège au New York Stock Exchange pour 19 000 dollars, qu’il offre quelques jours plus tard à son frère.

En 1902, il participe avec le groupe de John W. Gates à la prise de contrôle en Bourse du chemin de fer Louisville & Nashville, que la maison Morgan finit par reprendre ; entré avant les autres, il dit en avoir retiré environ un million de dollars. En 1903, il ouvre sa propre maison. Il joue aussi la baisse, sur le cuivre et les chemins de fer. À la veille de la Première Guerre mondiale, sa fortune avoisine 15 millions de dollars.

En 1916, Wilson le nomme à la commission consultative du Conseil de la défense nationale. Début 1918, il prend la présidence du War Industries Board, qui organise la production de guerre et fixe des prix plafonds ; selon le récit de Lefèvre, c’est un comité de cet organisme qui coupe court à l’opération de Jesse Livermore sur le café. En 1919, il accompagne Wilson à la conférence de la paix de Paris, où il s’oppose aux réparations les plus lourdes exigées de l’Allemagne, comme John Maynard Keynes du côté britannique.

Les années 1920 le rendent à la spéculation, puis à une prudence croissante. Conseiller de Roosevelt pendant la Seconde Guerre mondiale, il présente en juin 1946, devant la commission de l’énergie atomique des Nations unies, le plan Baruch de contrôle international de l’atome, que l’Union soviétique rejette. On le voit souvent sur un banc de Lafayette Park, face à la Maison-Blanche. Il meurt à New York le 20 juin 1965.

Quelle était la méthode de Bernard Baruch ?

Baruch a résumé sa méthode dans le dernier chapitre de My Own Story, en 1957, sous forme de règles. Elles tiennent en quelques idées. Ne spéculez que si vous pouvez en faire votre métier à plein temps. Méfiez-vous des tuyaux et de quiconque prétend détenir une information de l’intérieur. Avant d’acheter, renseignez-vous sur la société, sa direction, ses concurrents, ses bénéfices et ses perspectives. Prenez vos pertes vite, sans espérer avoir raison à chaque fois. N’achetez pas trop de titres différents, pour pouvoir les suivre. Réexaminez régulièrement chaque position. Gardez toujours une bonne part de votre capital en liquidités.

La plus citée est celle-ci : « N’essayez pas d’acheter au plus bas et de vendre au plus haut. C’est impossible, sauf pour les menteurs. » Elle résume l’attitude de Baruch : il ne cherche pas le point exact, il cherche le bon côté du marché, et il accepte d’entrer trop tard et de sortir trop tôt.

Le reste se lit dans ses opérations. Il travaille le fond des dossiers, la valeur d’une compagnie ferroviaire ou d’une mine, à la manière d’un analyste, puis il agit en spéculateur : levier modéré, ordres stop, et ventes à découvert quand les cours lui paraissent déconnectés des faits. Son biographe James Grant relève qu’il ne s’est jamais laissé entraîner trop loin sur la marge, ce qui explique en grande partie qu’il ait duré. Il lit aussi beaucoup d’histoire des marchés : il préface en 1932 la réédition des Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds de Charles Mackay, le livre de 1841 sur la tulipomanie et les bulles de 1720.

Quel est le coup le plus célèbre de Bernard Baruch ?

1897. Le Congrès débat d’un nouveau tarif douanier, et Wall Street doute que le sucre reste protégé, ce qui pèse sur l’action American Sugar Refining, le grand trust du sucre. Baruch, 26 ans, a suivi les tractations de Washington et parie sur le contraire : les intérêts du sucre de betterave du Colorado et de l’Utah obtiendront, pense-t-il, le maintien d’un droit élevé.

Il achète cent actions sur marge avec une mise de 300 dollars, renforce sa position à mesure que le titre monte, et protège chaque étape par des ordres stop. Quand le tarif est voté avec la protection qu’il attendait, le cours s’envole. Selon James Grant, il en retire environ 60 000 dollars, et en donne les deux tiers à sa famille. Pour un ancien coursier à 3 dollars par semaine, c’est une fortune, et c’est surtout une méthode : un pari contre l’opinion dominante, fondé sur une étude, exécuté par paliers et protégé à chaque palier.

Le coup du Louisville & Nashville, en 1902, rapportera davantage. Mais celui du sucre est le plus révélateur, parce qu’il contient déjà toutes ses règles.

Quelle a été la pire erreur de Bernard Baruch ?

Ses premières pertes sont celles d’un débutant : les 8 000 dollars de son père, envolés dans une compagnie de tramways. Plus tard, il perd sur le café pour avoir mal jugé les saisons de récolte brésiliennes. Il en tire des règles qu’il répète dans ses mémoires, à commencer par la méfiance envers les tuyaux, même venus de gens bien informés.

Mais sa pire période est celle qu’on lui attribue comme son triomphe. Selon James Grant, Baruch possède environ 22 à 25 millions de dollars en 1929, et il sort des années Hoover avec environ 16 millions. Il n’a pas été ruiné, loin de là ; mais il a perdu entre le quart et le tiers de sa fortune dans la baisse qui a suivi le krach. Avoir vu venir la bulle ne l’a pas dispensé d’en payer une partie.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Bernard Baruch ?

La légende la plus tenace veut que Baruch ait tout vendu avant le krach parce qu’un cireur de chaussures lui avait donné un tuyau. Selon l’enquête de Quote Investigator, publiée en 2026, la plus ancienne trace connue de l’anecdote du cireur date de 1959 et concerne Joseph Kennedy, dans un livre du journaliste Joseph Dinneen. Baruch, lui, décrit l’ambiance de 1929 dans The Public Years (1960) : des chauffeurs de taxi qui disent quoi acheter, un cireur de chaussures capable de résumer les nouvelles financières du jour. Il n’en fait pas la cause de ses propres ventes.

Le second récit, celui d’un Baruch sorti indemne du krach, est démenti par les chiffres de son biographe. Le krach lui-même est raconté dans la fiche de Jesse Livermore ; l’histoire du cireur, dans celle de Joseph Kennedy, à qui elle appartient vraiment.

Reste le surnom d’« homme d’État du banc public », pour ses entretiens dans Lafayette Park. Il est attesté par le banc qui lui est dédié en 1960 ; l’histoire selon laquelle il attendait sur ce banc d’être appelé à la Maison-Blanche relève de la tradition orale.

Que peut apprendre un trader de Bernard Baruch ?

Baruch n’a pas été le plus brillant des spéculateurs de ce guide, mais l’un des seuls à avoir duré soixante-dix ans. Ses règles sont celles de la survie.

  • Gardez des liquidités : c’est l’une de ses règles, et il a traversé 1929-1933 en perdant une partie de sa fortune, pas le tout.
  • Méfiez-vous des tuyaux, y compris quand ils viennent de gens sérieux : c’est la deuxième de ses règles.
  • Un pari contre l’opinion dominante doit reposer sur une étude, et s’exécuter par paliers protégés.
  • Renoncez à acheter au plus bas et à vendre au plus haut : l’objectif est d’être du bon côté, pas d’avoir le prix parfait.
  • Analysez chaque perte par écrit ; c’est la seule école que le marché ne fait pas payer deux fois.

Quels livres lire sur Bernard Baruch ?

  • Bernard M. Baruch, Baruch : My Own Story, New York, Henry Holt, 1957. En français : Ma vie, traduction d’Irène Eisenmann, préface d’André Istel, Calmann-Lévy, 1959.
  • Bernard M. Baruch, Baruch : The Public Years, New York, Holt, Rinehart and Winston, 1960 : le second volume, avec son récit de 1929.
  • James Grant, Bernard M. Baruch : The Adventures of a Wall Street Legend, Simon & Schuster, 1983 : la biographie de référence sur le spéculateur, sans complaisance.
  • Jordan A. Schwarz, The Speculator : Bernard M. Baruch in Washington, 1917-1965, University of North Carolina Press, 1981 : sa carrière publique.
  • Charles Mackay, Extraordinary Popular Delusions and the Madness of Crowds, 1841, édition L. C. Page de 1932 préfacée par Baruch.

Questions fréquentes sur Bernard Baruch

Quelle était la fortune de Bernard Baruch ?

Elle avoisine 15 millions de dollars au début de la Première Guerre mondiale. Selon son biographe James Grant, elle atteint 22 à 25 millions en 1929 et retombe à environ 16 millions au sortir des années Hoover. Il est resté riche jusqu’à sa mort, en 1965.

Bernard Baruch a-t-il vendu avant le krach de 1929 ?

En partie. Il allège ses positions avant le krach, mais il reste investi, et sa fortune recule, selon James Grant, de 22 à 25 millions de dollars en 1929 à environ 16 millions au sortir des années Hoover. L’histoire du cireur de chaussures n’est pas la sienne.

Quelles sont les règles d’investissement de Bernard Baruch ?

Il les énumère dans My Own Story (1957) : ne spéculer qu’à plein temps, se méfier des tuyaux, étudier les sociétés, couper vite ses pertes, limiter le nombre de titres, réexaminer ses positions, garder des liquidités et rester dans le domaine qu’on connaît.

Quel livre de Bernard Baruch lire ?

My Own Story, traduit en français sous le titre Ma vie (Calmann-Lévy, 1959), pour les années de Wall Street et ses règles. Pour un regard extérieur, la biographie de James Grant (1983).

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Sièges CME & CBOT · Trader depuis 1994

Benoist Rousseau est trader, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), spécialiste en histoire économique formé à la Sorbonne et pédagogue expérimenté. Il a ainsi créé son École de Trading en 2022.
Fort de plus de 30 ans d’expérience sur les futures CME, il partage analyses de séance, replays de trades commentés, psychologie et gestion du risque — sans signaux ni promesses, du trading brut et sans filtre.

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