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Confucius : biographie, idées et héritage

Confucius (v. 551-479 av. J.-C.), lettré chinois sans œuvre écrite, a fondé une morale des rites et de l’exemple qui a modelé l’Asie de l’Est.

Confucius : biographie, idées et héritage

Qui était Confucius ?

Confucius (v. 551-479 av. J.-C., dates traditionnelles) est un penseur chinois de l’époque des Printemps et Automnes, maître d’une morale de l’humanité, des rites et du gouvernement par l’exemple qui a façonné pendant plus de deux mille ans l’État, l’école et la famille en Chine et dans toute l’Asie de l’Est. Son nom est Kong Qiu ; on l’appelle Kongzi ou Kong Fuzi, « Maître Kong », forme que les missionnaires jésuites ont latinisée en « Confucius ».

Il n’a laissé aucun livre dont il soit sûrement l’auteur. Ce que l’on sait de lui vient des Entretiens (Lunyu), recueil de propos rassemblés par plusieurs générations de disciples, et d’une biographie rédigée plus de trois siècles après sa mort par l’historien Sima Qian.

Confucius en résumé

Né dans le petit pays de Lu, dans l’actuelle province du Shandong, Confucius est un lettré de modeste fortune, expert des rites de l’ancienne dynastie des Zhou. Il exerce des fonctions administratives, quitte son pays vers 497 av. J.-C., erre de cour en cour une douzaine d’années sans trouver de prince pour appliquer ses idées, puis revient enseigner jusqu’à sa mort. Sa pensée tient en quelques notions : l’humanité envers autrui (ren), les rites qui donnent forme aux relations (li), la piété filiale, l’étude, et l’idée qu’un dirigeant gouverne d’abord par son exemple plutôt que par la peur des châtiments.

  • Naissance : 551 av. J.-C. selon la tradition, à Zou, près de l’actuelle Qufu (Shandong)
  • Mort : 479 av. J.-C., à Qufu, pays de Lu
  • Origine : chinoise
  • Courant ou école : fondateur de l’école des lettrés (ru), appelée en Occident confucianisme
  • Œuvres principales : aucun écrit sûrement de sa main ; sa pensée est transmise par les Entretiens (compilés après sa mort, fixés sous les Han) et par les Mémoires historiques de Sima Qian (vers 100 av. J.-C.)
  • Idée la plus connue : ne pas imposer aux autres ce que l’on ne désire pas pour soi-même

Un lettré sans emploi dans une Chine en morceaux

Confucius naît dans une Chine qui n’existe pas encore comme État unifié. Le roi des Zhou n’a plus qu’une autorité symbolique, des principautés rivales se disputent l’hégémonie, et à Lu même trois grandes familles ont confisqué le pouvoir du duc. La date de 551 av. J.-C. vient du Commentaire de Gongyang aux Annales des Printemps et Automnes. Son père, officier d’un clan noble, meurt quand il est enfant et laisse la famille pauvre. Le jeune homme se fait connaître par sa maîtrise des rites ; les prodiges censés avoir entouré sa naissance relèvent de la légende pieuse.

Les sources ne s’accordent pas sur sa carrière. Le Mencius lui attribue des emplois modestes, comptable d’un grenier puis responsable des pâturages ; le Commentaire de Zuo en fait, vers 500 av. J.-C., le ministre de la Justice de Lu ; Sima Qian ajoute des charges plus prestigieuses encore, jusqu’à celle de chancelier par intérim, que les historiens lisent avec prudence. Reste le portrait plausible d’un lettré compétent, sans assise politique propre.

Vers 497 av. J.-C., Confucius quitte Lu. Les Entretiens en donnent une raison laconique : le pays voisin de Qi avait offert une troupe de musiciennes, le grand préfet Ji Huan les accepta, les affaires furent délaissées trois jours, et Confucius partit. D’autres sources invoquent l’échec de sa tentative de démanteler les places fortes des grandes familles. Suivent une douzaine d’années d’errance dans les États de Wei, Song, Chen, Cai et Chu, dont Sima Qian a fait le récit édifiant d’un sage que les princes ne savent pas reconnaître.

Selon le Commentaire de Zuo, il revient à Lu vers 484 av. J.-C., à 68 ans, rappelé par le chef du gouvernement Ji Kangzi. Il n’exerce plus de charge et enseigne. La tradition lui prête trois mille élèves et la mise en ordre des grands classiques, que la critique moderne ne lui attribue pas telle quelle. Ses dernières années sont assombries par la mort de son fils Kong Li et de son disciple préféré, Yan Hui. Il meurt en 479 av. J.-C. ; sa tombe, au nord de Qufu, est devenue le centre d’un immense cimetière familial.

Les idées clés

L’humanité (ren). Le mot, traduit par humanité, bienveillance ou vertu d’homme, désigne la disposition à traiter autrui en tenant compte de ce qui est bon de son point de vue. Les Entretiens la définissent tantôt comme le fait d’aimer les hommes, tantôt par des conduites précises : se tenir dehors comme devant un hôte de marque, parler avec retenue, se méfier des beaux discours. Interrogé sur une règle qui vaille pour toute la vie, Confucius répond par la réciprocité : ne pas faire aux autres ce que l’on ne voudrait pas subir. On l’a souvent rapprochée de la « règle d’or » des Évangiles.

Les rites (li). Le terme couvre les sacrifices, les funérailles, l’étiquette de cour et la simple politesse. Confucius y tient au détail près, mais il innove sur un point : le geste doit être habité. Un rite sans respect ou un deuil sans chagrin lui sont insupportables. Le Livre des rites, compilé par des lettrés plus tardifs, comparera le rite à une digue qui contient le désir comme l’eau ; il donne à chacun une place lisible dans la société et éduque les émotions au lieu de les nier.

L’homme de bien (junzi). Avant Confucius, le junzi est le « fils de prince », un noble de naissance. Chez lui, le mot désigne celui qui s’est formé par l’étude et la pratique de la vertu : la noblesse du cœur remplace celle du sang. Devant un gain possible, l’homme de bien se demande d’abord s’il est juste ; l’homme de peu ne voit que son intérêt. Ce déplacement porte en germe une idée lourde de conséquences : recruter les gouvernants sur leur mérite et leur culture, non sur leur lignée.

Gouverner par l’exemple et rectifier les noms. Pour Confucius, la loi et la punition obtiennent l’obéissance, pas la honte de mal faire ; seul l’exemple du dirigeant rend le peuple honnête. Il le dit par une image célèbre, ici dans la traduction de Séraphin Couvreur (1895) : « La vertu du prince est comme le vent ; celle du peuple est comme l’herbe. Au souffle du vent, l’herbe se courbe toujours. » D’où sa réponse quand on lui demande par où commencer pour gouverner : rectifier les noms. Si l’on appelle « prince » celui qui n’en remplit pas les devoirs, le langage se brouille, les affaires échouent et les peines cessent d’être justes.

La piété filiale et l’étude. La famille est l’école des vertus ; un disciple le résume dans les Entretiens : celui qui respecte ses parents et ses aînés se révolte rarement contre ses supérieurs. L’étude, que Confucius ne sépare jamais de la réflexion, est l’autre pilier. Il se présente comme un simple transmetteur qui n’invente rien ; en relisant la tradition des Zhou à sa manière, il l’a pourtant transformée.

Une œuvre en contexte : les Entretiens

Les Entretiens comptent vingt chapitres de courts paragraphes, sentences du Maître, échanges avec un disciple, scènes de la vie quotidienne, sans plan ni démonstration. La tradition, rapportée par l’historien Ban Gu au Ier siècle, y voit l’œuvre des disciples directs et de leurs élèves. Les philologues ont montré que le texte est stratifié : selon le consensus actuel, une grande partie date de l’époque des Royaumes combattants (475-221 av. J.-C.) et l’ouvrage a pris sa forme définitive sous les Han. Des manuscrits sur bambou retrouvés récemment montrent que d’autres recueils de ses propos circulaient avant cette version.

Le livre doit sa fortune à l’empire. Sous l’empereur Wu des Han (141-87 av. J.-C.), l’enseignement des lettrés devient doctrine officielle et les classiques confucéens servent au recrutement des fonctionnaires. Le philosophe Zhu Xi (1130-1200) réunit les Entretiens, le Mencius, la Grande Étude et l’Invariable Milieu en « Quatre Livres », qui forment à partir du XIVe siècle le programme des examens impériaux, jusqu’à leur suppression en 1905. En Europe, la traduction latine publiée à Paris en 1687 par des jésuites, Confucius Sinarum Philosophus, fait de lui un philosophe de la raison naturelle ; Leibniz loue cette morale, et plusieurs auteurs des Lumières y voient une sagesse indépendante de l’Église.

Les critiques et les débats

Les rivaux de l’Antiquité. Le penseur Mozi et ses disciples, peu après la mort de Confucius, reprochent aux lettrés un amour gradué, plus fort pour les proches que pour les étrangers, lui opposent un amour égal pour tous et jugent les rites et la musique coûteux et inutiles. Les textes taoïstes raillent le ritualiste affairé ; c’est dans ce cadre que naît le récit, sans doute légendaire, de sa visite à Laozi. Les légistes, partisans d’un pouvoir fondé sur la loi, tiennent la vertu pour un fondement trop fragile : un État se gouverne par des règles claires, des récompenses et des châtiments. L’unification par les Qin en 221 av. J.-C. leur donne d’abord raison.

Un conservateur de l’ordre ? Au XXe siècle, les réformateurs du mouvement du 4 mai 1919, puis le Parti communiste chinois, voient en Confucius le symbole d’une société hiérarchique et immobile ; la campagne « Critiquer Lin Biao, critiquer Confucius », lancée en 1973, en fait l’idéologue d’une aristocratie esclavagiste. Ses défenseurs répondent que la soumission confucéenne s’accompagne d’un devoir de remontrance envers le père ou le prince qui se trompe. Le débat confond souvent sa pensée et l’usage qu’en a fait l’État impérial.

Quel Confucius ? Si les Entretiens ne sont pas la couche la plus ancienne des sources, comme l’ont soutenu plusieurs historiens depuis les années 1980, le Confucius historique devient plus difficile à atteindre, et des passages célèbres, dont la règle de réciprocité, pourraient être des ajouts. Certains rapprochent sa morale de l’éthique des vertus d’Aristote, d’autres la jugent fondée sur des rôles sociaux plutôt que sur des principes. Enfin, la phrase partout attribuée à Confucius, « Choisis un travail que tu aimes et tu n’auras jamais à travailler un seul jour de ta vie », ne figure dans aucun texte ancien : sa plus ancienne attestation repérée date de 1982, aux États-Unis.

Ce qu’il en reste aujourd’hui

Confucius reste la figure tutélaire de l’éducation en Asie de l’Est : son anniversaire est fêté comme Journée des enseignants dans certaines parties de l’Asie, et le prestige des concours, de l’étude et du maître porte sa marque. Après les campagnes maoïstes, la République populaire de Chine l’a réhabilité, jusqu’à donner son nom à un réseau d’instituts culturels à l’étranger. Des valeurs dites confucéennes, famille, hiérarchie, méritocratie, sont invoquées pour expliquer aussi bien la réussite économique de l’Asie de l’Est que certaines de ses rigidités sociales.

En Occident, le parallèle avec Socrate, presque contemporain, est devenu un classique de la philosophie comparée : deux maîtres oraux, connus par leurs disciples, dont on se dispute encore la vraie figure.

Ce qu’un investisseur ou un trader peut en tirer

Une phrase des Entretiens, dans la traduction de Couvreur, pourrait servir de règle à toute salle de marché : « Ce qu’on sait, savoir qu’on le sait ; ce qu’on ne sait pas, savoir qu’on ne le sait pas : c’est savoir véritablement. » Le danger n’est pas l’ignorance, inévitable, mais l’ignorance qui s’ignore, celle qui fait engager du capital sur un instrument que l’on croit comprendre ; les travaux de Daniel Kahneman sur l’excès de confiance lui donnent un fondement expérimental. La rectification des noms s’applique tout aussi bien : une position perdante rebaptisée « investissement de long terme » pour ne pas couper la perte est exactement ce désordre du langage où, faute de nommer juste, on ne sait plus agir.

Le rite a son équivalent dans la discipline. Une routine de préparation, un journal de décisions, des limites d’exposition fixées à l’avance ne valent rien suivis machinalement ; ils valent beaucoup s’ils servent, comme la digue du Livre des rites, à contenir l’impulsion quand elle déborde. Quant à l’homme de bien qui se demande si un gain est juste avant de le saisir, il rappelle une vérité peu rentable à court terme : une réputation de fiabilité est un capital qui se détruit en une seule fois.

Questions fréquentes

Confucius a-t-il écrit des livres ?

Aucun livre n’est sûrement de sa main. Les Entretiens rassemblent des propos que ses disciples et leurs successeurs lui attribuent ; la tradition qui lui prête la rédaction des Annales des Printemps et Automnes ou l’édition des classiques n’est pas confirmée par la critique moderne.

Le confucianisme est-il une religion ?

C’est d’abord une morale et une doctrine politique : Confucius évitait de parler des esprits et de la mort, tout en respectant les sacrifices aux ancêtres. Le culte qui lui a ensuite été rendu dans des temples officiels explique qu’on le range parfois parmi les religions.

Quelle est la règle d’or de Confucius ?

Interrogé sur un principe valable toute la vie, Confucius répond par la réciprocité : ne pas imposer aux autres ce que l’on ne désire pas pour soi-même. Des historiens discutent de savoir si ces passages des Entretiens remontent au Maître ou à ses successeurs.

Quelle différence entre Confucius et Laozi ?

Confucius veut réformer la société par l’étude, les rites et l’exemple des dirigeants ; le Daodejing attribué à Laozi se méfie de ces efforts et prône le non-agir, l’accord avec le cours spontané des choses. Leur rencontre, racontée par des textes plus tardifs, est très probablement légendaire.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Trader depuis 1994 · Auteur de « Devenez Trader Pro »

La première difficulté du trading n’est pas technique : elle se trouve entre la chaise et l’écran. Auteur de « Devenez Trader Pro » et préfacier de « La Psychologie des foules » de Gustave Le Bon, je partage ici ce que trente ans de marchés m’ont appris sur la discipline, la peur et l’ego.

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