Finance islamique : principes et fonctionnement

Qu’est-ce que la finance islamique ?
La finance islamique a été créée au XXe siècle en adéquation avec les principes de l’économie islamique. L’économie islamique se doit en théorie de respecter des principes religieux et moraux qui ne considèrent pas le profit comme le seul but.
La finance islamique se doit donc de respecter des principes liés à la charia tout en conservant des objectifs de rentabilité. La finance islamique applique donc des règles spécifiques à tous les segments de la finance, tels que l’épargne, l’investissement et le prêt.
On distingue 3 principes majeurs dans l’économie islamique :
- Le principe de la liberté économique dans un cadre restreint
- Le principe de la double propriété
- Le principe de justice sociale
Quels sont les principes de la finance islamique ?
La finance islamique se différencie de la finance traditionnelle par sa vision alternative de la valeur travail et du capital. Dans le cadre d’une relation prêteur-emprunteur, la finance islamique exige un partage plus juste du risque entre les deux parties. Cela découle de 5 grands piliers :
- L’interdiction de la Riba : Il est interdit de tirer un avantage d’un prêt si cet avantage n’est pas justifié.
- L’interdiction du Gharar et du Maysir : Avec l’interdiction du Maysir, la spéculation pure, notamment celle qui porte sur les produits dérivés et la vente à découvert est interdite. De plus, l’interdiction du Gharar correspond à l’interdiction de l’incertitude dans les transactions, avec pour finalité de financer l’économie réelle au lieu d’encourager la spéculation.
- La prohibition de certains secteurs : Les secteurs allant à l’encontre de la morale islamique sont interdits (alcool, élevage porcin, pornographie, etc.).
- Le partage des profits et des pertes : Lors d’une relation emprunteur/prêteur, le risque et les gains sont partagés équitablement. On parle de finance participative. Si l’emprunteur échoue, sans faire de faute majeure, le prêteur se doit de partager les pertes avec son client.
- Le lien avec l’économie réelle : L’échange ne se fait que si un lien existe avec un actif réel et non avec des actifs purement financiers.
Quels sont les produits de la finance islamique ?
- Le Mudaraba
- Le Musharaka
- Le Murabaha
- L’Ijara
- L’Istisna
- Le sukuk (obligation islamique)
La finance islamique en résumé
La finance islamique désigne l’ensemble des services financiers conformes à la loi islamique, la charia. Elle interdit l’intérêt, la spéculation pure et l’incertitude excessive dans les contrats, ainsi que le financement de secteurs jugés illicites. À la place du prêt à intérêt, elle utilise des contrats de vente, de location ou d’association, toujours adossés à un actif réel.
Les premières expériences modernes datent des années 1960, avec la caisse d’épargne de Mit Ghamr, en Égypte, en 1963. Dubai Islamic Bank et la Banque islamique de développement sont créées en 1975. Selon l’IFSB, l’organisme international de normalisation du secteur, les actifs de la finance islamique atteignaient 3 880 milliards de dollars en 2024.

Quels sont les grands contrats de la finance islamique ?
Les produits cités plus haut sont les briques de base. Chacun remplace un outil de la finance classique par un montage qui respecte l’interdiction de l’intérêt :
| Contrat | Principe | Équivalent approximatif |
|---|---|---|
| Mudaraba | Un apporteur de capitaux finance un entrepreneur ; les bénéfices sont partagés selon une clé fixée d’avance, les pertes financières restent à l’apporteur | Capital-investissement, gestion pour compte de tiers |
| Musharaka | Association où chaque partenaire apporte des capitaux et partage profits et pertes | Coentreprise, prise de participation |
| Murabaha | La banque achète un bien et le revend au client avec une marge connue d’avance, payable à terme | Crédit à la consommation ou crédit commercial |
| Ijara | La banque achète un bien et le loue au client, avec parfois transfert de propriété en fin de contrat | Crédit-bail |
| Istisna | Financement d’un bien à fabriquer ou à construire, livré plus tard | Financement de projet |
| Sukuk | Certificats représentant une part d’un actif dont les revenus sont reversés aux porteurs | Obligation |
Comment fonctionne une murabaha ?
Imaginons qu’un client souhaite acheter une voiture de 20 000 €. Au lieu de lui prêter cette somme à intérêt, la banque achète elle-même la voiture, puis la lui revend 22 000 €, payables en 24 mensualités d’environ 916,67 €. La marge de 2 000 € est fixée dès la signature et n’augmente pas avec le temps : en cas de retard, la banque ne peut pas, en principe, majorer la dette comme le ferait un intérêt de retard. Économiquement, le coût ressemble à celui d’un crédit ; juridiquement, il s’agit d’une vente, et la banque a porté le risque de propriété du bien, même brièvement.
Qui fixe les règles de la finance islamique ?
Chaque établissement s’appuie sur un comité de savants, le conseil de charia, qui valide la conformité des produits. Des normes communes existent : l’AAOIFI, organisme dont le siège est à Bahreïn et qui a été enregistré en 1991, publie des normes comptables et de conformité. Les avis restent cependant variables d’un pays et d’une école juridique à l’autre : un produit admis en Malaisie peut être refusé dans le Golfe.
Que change la finance islamique pour un investisseur ?
Un investisseur qui veut respecter ces principes trie d’abord les sociétés par leur activité, en écartant l’alcool, le porc, les jeux d’argent, l’armement ou les banques conventionnelles. Il applique ensuite des filtres financiers, notamment un plafond d’endettement, puisque la société ne doit pas reposer massivement sur la dette à intérêt. Des indices boursiers « conformes à la charia » appliquent ces filtres.
Côté trading, les avis des savants divergent. L’achat au comptant d’actions de sociétés conformes est largement admis. La vente à découvert, les produits à effet de levier et la plupart des produits dérivés, comme les contrats futures, sont en revanche généralement exclus, au titre des interdictions du gharar et du maysir.
Questions fréquentes sur la finance islamique
Quelle est la différence entre finance islamique et finance classique ?
La finance classique rémunère le prêt par un intérêt. La finance islamique interdit l’intérêt et rémunère l’argent par une marge commerciale, un loyer ou une part des bénéfices, en lien avec un actif réel.
Un non-musulman peut-il utiliser la finance islamique ?
Oui. Rien ne réserve ces produits aux musulmans ; certains investisseurs les choisissent pour leur lien avec l’économie réelle ou leur exclusion de certains secteurs.
Qu’est-ce qu’un sukuk ?
Un titre qui donne droit à une part des revenus d’un actif, un immeuble ou une infrastructure par exemple, au lieu d’un intérêt. C’est l’équivalent islamique d’une obligation.
La finance islamique est-elle sans risque ?
Non. Le partage des pertes, l’exposition aux actifs réels et la concentration sectorielle créent leurs propres risques. L’absence d’intérêt ne supprime pas le risque de crédit ni le risque de marché.
Quelle est la taille de la finance islamique ?
Selon l’IFSB, ses actifs atteignaient 3 880 milliards de dollars en 2024, en hausse de 14,9 % sur un an, contre 3 060 milliards en 2021.
Comment un investisseur repère-t-il une action conforme à la charia ?
Par deux filtres : l’activité de la société, qui exclut par exemple l’alcool, le porc ou les jeux d’argent, puis des ratios financiers, dont un plafond d’endettement. Des indices boursiers « conformes à la charia » appliquent ces filtres.
Sources de référence utilisées
3
- Islamic Financial Services Board (IFSB), Islamic Financial Services Industry Stability Report 2025, communiqué du 16 mai 2025 : 3 880 milliards de dollars d’actifs en 2024, +14,9 % : ifsb.org.
- IFSB, Stability Report 2024, communiqué du 13 septembre 2024 : 3 380 milliards de dollars en 2023 : ifsb.org.
- IFSB, Stability Report 2023, communiqué du 15 août 2023 : 3 250 milliards de dollars en 2022, 3 060 milliards en 2021 : ifsb.org.
Pour aller plus loin
- Qu’est-ce qu’une action ?, le placement que la finance islamique admet le plus largement, après filtrage des sociétés.
- Vente à découvert, l’une des opérations généralement exclues au titre de l’interdiction de la spéculation.
- Effet de levier : Multiplicateur de risque et gain, l’autre grand exclu, parce qu’il repose sur l’emprunt et amplifie l’incertitude.
- La banque d’affaires, le métier qui monte les émissions de sukuk comme celles d’obligations.
Sur le forum
- Finance islamique, les membres discutent des principes de la finance islamique
Lexique boursier : toutes les définitions, de A à Z.
Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il aide les candidats au financement dans son école de trading à valider un challenge prop firm. Dans la rubrique Monnaie et banques centrales, il retrace le rôle des banques centrales, de l'inflation et de la confiance qui fonde toute monnaie.
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