Rendements décroissants : théorie de David Ricardo

Qu’est-ce que les rendements décroissants ?
La loi des rendements décroissants est un concept développé par l’économiste David Ricardo. Il a appliqué ce concept à l’agriculture en affirmant que plus des terres sont exploitées pour faire face à l’accroissement de la population, moins elles seront fertiles et les rendements diminueront. L’exploitation des ressources est donc rentable pour un petit nombre de personnes mais lorsque la population augmente et nécessite l’exploitation d’autres ressources, celles-ci sont moins productives. Cette théorie rejoint celle de l’économiste Thomas Malthus qui soutient que la hausse de la population engendre la réduction des ressources disponibles.
Quel est un exemple concret de rendement décroissant ?
L’exploitation des gisements du pétrole correspond à un rendement décroissant, en effet, les coûts d’exploitation étaient faibles lorsque les gisements étaient proches de la surface du sol. Mais plus les ressources en pétrole s’amenuisent en conséquence de la forte demande, plus les coûts d’exploitation augmentent et ne sont donc plus rentables.
Pourquoi les rendements décroissants ?
Selon David Ricardo, les rendements risquent de paralyser l’économie d’un pays car, si l’on se fie à sa théorie, la croissance démographique conduit à la réduction des ressources et la contre-productivité. Il est donc essentiel selon lui de favoriser le progrès technique qui permet d’augmenter les rendements en fonction de la demande, mais aussi de se spécialiser dans un domaine d’activité où l’on est le plus productif (théorie de l’avantage comparatif).
Les rendements décroissants en résumé
La loi des rendements décroissants énonce que, si l’on augmente un seul facteur de production (le travail, l’engrais, les machines) en laissant les autres inchangés, chaque unité supplémentaire finit par rapporter de moins en moins. Les économistes parlent de productivité marginale décroissante.
La loi ne dit pas que la production baisse : elle continue d’augmenter, mais de moins en moins vite. Elle ne vaut que « toutes choses égales par ailleurs », c’est-à-dire sans progrès technique ni augmentation des autres facteurs.
D’où vient la loi des rendements décroissants ?
Ricardo a donné à la loi sa place centrale dans l’économie classique, mais il n’en est pas le premier auteur. Dès les années 1760, le Français Turgot observe que des apports successifs de travail et d’avances sur une même terre deviennent de moins en moins productifs.
La loi s’impose en Angleterre en février 1815, au cœur du débat sur les Corn Laws, les lois protégeant le blé anglais. En quelques semaines, quatre auteurs publient des textes qui s’appuient sur elle : Thomas Malthus, Edward West, Robert Torrens et David Ricardo, avec son essai sur l’influence d’un bas prix du blé sur les profits (An Essay on the Influence of a Low Price of Corn on the Profits of Stock). Leur raisonnement est le suivant : pendant les guerres napoléoniennes, le blé importé manquant, les fermiers ont dû cultiver des terres moins fertiles ; le prix du blé s’aligne sur le coût de production de la plus mauvaise terre cultivée, et les propriétaires des meilleures terres touchent la différence, la rente. Ricardo développe ce raisonnement dans ses Principes de l’économie politique et de l’impôt (1817).
Il distingue deux formes du phénomène : la culture de terres nouvelles, de moins en moins fertiles (extension), et l’emploi de plus de travail et de capital sur les mêmes terres (intensification). Dans les deux cas, le coût de chaque tonne supplémentaire augmente.
Quel exemple chiffré permet de comprendre les rendements décroissants ?
Imaginons un champ de taille fixe auquel on ajoute des ouvriers, sans changer ni la terre ni les outils.
| Ouvriers | Récolte totale | Récolte de l’ouvrier supplémentaire |
|---|---|---|
| 1 | 10 t | 10 t |
| 2 | 18 t | 8 t |
| 3 | 24 t | 6 t |
| 4 | 28 t | 4 t |
La récolte totale progresse toujours, mais chaque ouvrier ajouté rapporte moins que le précédent. Si un ouvrier coûte l’équivalent de 5 tonnes, il est rentable d’en employer trois, pas quatre : le quatrième rapporterait 4 tonnes pour un coût de 5. C’est ce raisonnement « à la marge » que l’économie néoclassique généralisera ensuite à tous les facteurs de production.
Quelles notions ne pas confondre avec les rendements décroissants ?
Rendements décroissants et rendements d’échelle. Les rendements décroissants concernent un seul facteur augmenté seul. Les rendements d’échelle concernent tous les facteurs augmentés ensemble : doubler à la fois la terre, le travail et le capital peut faire plus, autant ou moins que doubler la production.
Rendements décroissants et épuisement d’une ressource. L’exemple du pétrole, cité plus haut, relève surtout de la rareté d’une ressource non renouvelable : on exploite d’abord les gisements les plus accessibles, puis des gisements de plus en plus coûteux. Le mécanisme est proche de celui de la rente ricardienne, et Ricardo consacre d’ailleurs un chapitre de ses Principes à la rente des mines, où la mine la moins productive fixe le prix. Mais il ne s’agit pas, au sens strict, d’ajouter un facteur à un autre resté fixe. Le progrès technique joue ici dans l’autre sens : la fracturation hydraulique a rendu exploitables, dans les années 2010, des gisements américains auparavant jugés trop coûteux.
Rendements décroissants et utilité marginale décroissante. La première notion concerne la production, la seconde la satisfaction du consommateur. Elles reposent sur le même raisonnement à la marge, développé par le marginalisme.
Que les faits ont-ils confirmé et démenti sur les rendements décroissants ?
Ricardo et Malthus en tiraient une conclusion sombre : avec la croissance de la population, le coût de la nourriture monterait, les profits baisseraient et l’économie tendrait vers un état stationnaire. Cette prédiction ne s’est pas réalisée dans les pays industrialisés : engrais, mécanisation, sélection des semences et importations ont multiplié les rendements agricoles. Le progrès technique, que Ricardo jugeait lui-même capable de repousser la contrainte, a joué bien plus fort qu’il ne l’imaginait.
La loi elle-même reste valable dans son domaine : à technique donnée, ajouter un facteur seul finit par rapporter de moins en moins. Elle est au cœur du modèle de croissance de Robert Solow, où les rendements décroissants du capital expliquent pourquoi l’accumulation de machines ne suffit pas à assurer une croissance durable sans progrès technique (voir la croissance exogène).
Qu’est-ce que les rendements décroissants changent pour un investisseur ou un trader ?
Sur les marchés de matières premières, la loi se lit dans la courbe des coûts : quand la demande augmente, il faut mettre en production des mines, des puits ou des terres plus coûteux, et c’est le coût du producteur le moins efficace encore nécessaire qui soutient le prix. Elle s’applique aussi aux stratégies de trading : une méthode rentable avec un petit capital voit souvent sa performance diminuer à mesure que les montants engagés augmentent, car ses propres ordres finissent par faire bouger les prix.
Questions fréquentes
Qui a inventé la loi des rendements décroissants ?
Turgot l’a formulée dès les années 1760 ; Malthus, West, Torrens et Ricardo l’ont reprise en 1815, et c’est Ricardo qui en a fait une pièce maîtresse de l’économie classique.
Quelle différence avec les rendements d’échelle décroissants ?
Les rendements décroissants supposent qu’un seul facteur augmente ; les rendements d’échelle décroissants supposent que tous augmentent ensemble et que la production augmente moins vite qu’eux.
La loi des rendements décroissants est-elle toujours vraie ?
Oui à technique donnée et avec les autres facteurs fixes. Le progrès technique, en revanche, peut la compenser sur longue période, comme l’a montré l’agriculture.
Pour aller plus loin
Lexique économique : toutes les définitions, de A à Z.
Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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