David Ricardo : biographie, idées et héritage
David Ricardo (1772-1823), agent de change devenu économiste, a théorisé en 1817 la rente différentielle et l’avantage comparatif, socle du libre-échange.

Qui était David Ricardo ?
Né en 1772 en Angleterre d’une famille bourgeoise de financiers, David Ricardo débute à 14 ans aux côtés de son père, à la bourse de Londres, où il apprend les bases de la finance. Il crée sa propre activité d’agent de change et fait fortune après avoir été renié par sa famille. Il se passionne pour l’économie en lisant La richesse des nations d’Adam Smith, et se positionne en faveur du capitalisme libéral en y apportant, toutefois, quelques critiques. En 1819, il entre au parlement britannique en tant que député et y défend avec ferveur le libre-échange. David Ricardo dénonce les dérives de la finance et l’émission excessive de billets par la Banque d’Angleterre, dispensée depuis 1797 de les convertir en or, induisant une dépréciation de la monnaie anglaise. Ses théories ont souvent été appliquées par le gouvernement anglais et il ne cessera d’être apprécié pour son apport considérable au monde de l’économie.

Quelle est la théorie de David Ricardo ?
David Ricardo était un autodidacte et il se forma à la pensée de Jean-Baptiste Say et d’Adam Smith. Il était l’un des chefs de file de l’école classique britannique. Ricardo a défendu des théories libérales telles que celle de la valeur, qui soutient que le travail constitue la valeur d’échange d’un produit et non l’utilité de celui-ci. Il était également un défenseur des échanges et de la division internationale du travail selon les spécialisations des pays. Cette théorie est certainement la plus célèbre que Ricardo ait pu avancer. Selon lui, chaque pays possède un avantage comparatif, c’est-à-dire qu’il est relativement plus efficace dans la production d’un bien que dans ses autres productions, même s’il est moins productif que l’autre pays en tout, et donc chaque pays doit se spécialiser afin d’optimiser la production des biens. Le libre-échange représente donc l’une des idées fondamentales de la pensée de David Ricardo.
Quelle est l’œuvre de David Ricardo ?
Réponse aux observations pratiques de M. Bosanquet sur le « Rapport du Bullion Committee », 1811
Essai sur le haut prix des lingots (The High Price of Bullion, A Proof of the Depreciation of Bank Notes), 1810
Essai sur l’influence des bas prix du blé sur les profits du capital (An Essay on the Influence of a Low Price of Corn on the Profits of Stock), 1815
Des principes de l’économie politique et de l’impôt (On the Principles of Political Economy and Taxation), 1817
Le système de consolidation, Encyclopaedia Britannica, 1820
De la protection de l’Agriculture (On Protection to Agriculture), 1822
Plan pour l’établissement d’une Banque Nationale, 1824
David Ricardo en résumé
David Ricardo (1772-1823) est un agent de change britannique enrichi par les emprunts de l’État pendant les guerres napoléoniennes. En 1817, il publie Des principes de l’économie politique et de l’impôt, où il expose la théorie de la rente différentielle, la répartition du revenu entre propriétaires, capitalistes et ouvriers, et l’avantage comparatif, socle de la théorie du commerce international. Député de 1819 à sa mort, il a combattu les lois protectionnistes sur le blé et défendu une monnaie convertible en or.
- Naissance : 18 avril 1772, à Londres
- Mort : 11 septembre 1823, à Gatcombe Park (Gloucestershire)
- Nationalité : britannique
- Courant : école classique
- Œuvres principales : The High Price of Bullion (1810), Essai sur l’influence des bas prix du blé sur les profits du capital (1815), Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817)
- Idée la plus connue : l’avantage comparatif
Comment David Ricardo est-il passé de la Bourse au Parlement ?
David Ricardo naît à Londres le 18 avril 1772, troisième enfant survivant d’une fratrie de dix-sept. Son père, Abraham Israel Ricardo, est un agent de change prospère, issu d’une famille juive séfarade d’origine portugaise venue des Provinces-Unies. À 21 ans, David épouse une quaker, Priscilla Anne Wilkinson, et se tourne vers l’unitarisme. Son père le déshérite ; sa mère, selon ses biographes, ne lui reparlera jamais.
Soutenu par la banque Lubbocks and Forster, il s’installe à son compte. L’essentiel de sa fortune vient de la souscription aux emprunts publics pendant les guerres contre la France. En 1799, au cours d’un séjour à Bath, il découvre La Richesse des nations d’Adam Smith. À 37 ans, il publie dans le Morning Chronicle ses premiers articles sur la dépréciation de la livre, puis le pamphlet The High Price of Bullion, a Proof of the Depreciation of Bank Notes (1810).
Vers 1814, assez riche pour se retirer des affaires, il achète le domaine de Gatcombe Park, dans le Gloucestershire, dont il devient shérif en 1818-1819. Il se lie avec James Mill, Jeremy Bentham et Thomas Malthus, son contradicteur favori.
En 1819, il entre aux Communes comme député de Portarlington, un bourg irlandais dont il a acheté le siège en 1818. Il y vote avec les réformateurs : libre-échange, réforme parlementaire, fin de la peine de mort pour faux en écriture. Il meurt à Gatcombe Park le 11 septembre 1823, à 51 ans, d’une infection de l’oreille qui dégénère en septicémie. Sa fortune est alors estimée entre 675 000 et 775 000 livres.
Quelles sont les idées clés de David Ricardo ?
La rente différentielle. La rente, revenu que le propriétaire tire de sa terre, naît selon Ricardo de l’inégale fertilité des sols. Quand la population augmente, il faut cultiver des terres de moins en moins fertiles ; le prix du blé s’aligne sur le coût de production de la plus mauvaise terre cultivée, et les propriétaires des meilleures empochent la différence. La causalité est inversée par rapport à l’intuition commune : « Le blé ne renchérit pas, parce qu’on paie une rente ; mais c’est au contraire parce que le blé est cher que l’on paie une rente » (traduction de 1847). Le raisonnement repose sur les rendements décroissants.
La répartition et la baisse des profits. Dès la préface des Principes, Ricardo présente la détermination des lois qui règlent la répartition du produit entre rente, profit et salaire comme le problème central de l’économie politique. Comme le salaire tend vers le prix des subsistances, la cherté du blé fait monter les salaires et comprime les profits. À terme, l’accumulation du capital s’arrête : c’est l’état stationnaire. D’où son hostilité aux lois sur le blé, qui accélèrent ce mouvement au profit des seuls propriétaires.
La valeur-travail, avec ses limites. Pour Ricardo, la valeur d’échange des biens reproductibles dépend de la quantité relative de travail nécessaire à leur production. Il reconnaît pourtant que la durée d’immobilisation du capital modifie les prix relatifs. George Stigler a résumé ces concessions en parlant d’une théorie de la valeur-travail « à 93 % ».
L’avantage comparatif. Un pays a intérêt à échanger même s’il est moins efficace que son partenaire dans toutes les productions, pourvu qu’il se spécialise là où son désavantage est le plus faible. Cette théorie de l’avantage comparatif rompt avec le mercantilisme : le but du commerce n’est pas d’accumuler de l’or, mais d’obtenir plus de biens avec le même travail.
Une monnaie convertible et une banque d’émission indépendante. Ricardo explique la dépréciation de la livre par l’excès de billets émis par la Banque d’Angleterre, dispensée depuis 1797 de les rembourser en or. Il réclame le retour à la convertibilité, rétablie en 1821. Dans son Plan pour l’établissement d’une Banque nationale, publié en 1824 après sa mort, il défend l’autonomie d’une banque publique d’émission vis-à-vis du gouvernement. Cette lecture quantitativiste de la monnaie sera reprise, sous d’autres formes, par le monétarisme.
Une œuvre en contexte : les Principes de 1817 et les quatre chiffres du chapitre sur le commerce extérieur
Les Principes de l’économie politique et de l’impôt paraissent à Londres, chez John Murray, le 19 avril 1817. Le livre prolonge le débat sur les lois sur le blé de 1815, qui fermaient le marché britannique aux grains étrangers tant que le prix intérieur restait sous 80 shillings le quarter : ce protectionnisme agricole, selon Ricardo, enrichit les propriétaires fonciers aux dépens des industriels et des ouvriers.
Le chapitre sur le commerce extérieur (chapitre VI dans la première édition, VII dans la troisième) tient en quatre nombres. En Angleterre, produire une quantité donnée de drap demande le travail de 100 hommes pendant un an, et produire le vin correspondant celui de 120 hommes. Au Portugal, le vin demande 80 hommes et le drap 90. Plus productif dans les deux branches, le Portugal a pourtant intérêt à exporter du vin et à importer du drap anglais, car chaque homme qu’il consacre aux vignes lui rapporte plus de drap que s’il le fabriquait lui-même. Le raisonnement suppose des capitaux qui franchissent difficilement les frontières. Paul Samuelson appellera ces chiffres les « quatre nombres magiques » ; l’expression même d’« avantage comparatif » s’imposera plus tard, notamment avec John Stuart Mill.
La troisième édition, en 1821, ajoute un chapitre « Des machines » où Ricardo revient publiquement sur son optimisme antérieur : « je suis convaincu que la substitution des forces mécaniques aux forces humaines pèse quelquefois très-lourdement, très-péniblement sur les épaules des classes laborieuses ». Cette autocritique explique que le livre ait été lu aussi bien par les libre-échangistes que par Karl Marx.
Quelles critiques a suscitées la pensée de David Ricardo ?
Le « vice ricardien ». Joseph Schumpeter reprochait à Ricardo de bâtir des modèles très simplifiés puis d’en tirer des conclusions de politique économique en oubliant leurs hypothèses. Son ami John Louis Mallett lui reprochait déjà de traiter ses opinions comme des vérités mathématiques. Ses défenseurs répondent que l’abstraction était le prix de la clarté et que ses arguments ont nourri le débat jusqu’à l’abrogation des lois sur le blé en 1846.
Le libre-échange et le développement. Joan Robinson soulignait que l’exemple anglo-portugais avait figé le Portugal dans le vin tandis que l’Angleterre industrialisait son textile. L’économiste Ha-Joon Chang juge la théorie juste à technologie donnée, mais inadaptée à un pays qui veut acquérir de nouvelles industries et doit les protéger le temps d’apprendre. Les partisans de Ricardo objectent que le protectionnisme a un coût durable pour les consommateurs et crée des rentes de situation.
La valeur et la répartition. La valeur-travail a été abandonnée par l’économie dominante après la révolution marginaliste des années 1870, qui fonde la valeur sur l’utilité. Elle a en revanche été radicalisée par les « socialistes ricardiens » des années 1820, puis par Marx, qui en ont tiré une théorie de l’exploitation que Ricardo ne partageait pas.
Ricardo contre Malthus. Malthus craint une surproduction générale faute de demande, Ricardo défend la loi des débouchés de Jean-Baptiste Say. Plus d’un siècle plus tard, Keynes donnera raison à Malthus et écrira que Ricardo avait conquis l’Angleterre aussi complètement que l’Inquisition avait conquis l’Espagne.
Que reste-t-il aujourd’hui des idées de David Ricardo ?
L’avantage comparatif reste le point de départ de tout manuel de commerce international, complété depuis par le modèle Heckscher-Ohlin et la nouvelle théorie du commerce. La rente désigne aujourd’hui tout revenu tiré d’une ressource rare ou d’une position protégée, et les efforts pour l’obtenir portent le nom de recherche de rente. L’« équivalence ricardienne », selon laquelle financer une dépense par l’emprunt ou par l’impôt reviendrait au même pour des contribuables prévoyants, a été formalisée par Robert Barro en 1974 ; Ricardo, qui l’avait esquissée dans son Essay on the Funding System (1820), doutait lui-même que les contribuables raisonnent ainsi.
Piero Sraffa a dirigé l’édition de ses œuvres et de sa correspondance en onze volumes, publiée à partir de 1951, et en a tiré une école néo-ricardienne critique de l’économie néoclassique.
Qu’est-ce que les idées de David Ricardo changent pour un investisseur ou un trader ?
La controverse du lingot est la première grande leçon de Ricardo : quand une banque d’émission n’est plus contrainte, la quantité de monnaie peut faire baisser sa valeur, et le prix de l’or en est le thermomètre. La grille reste utile face aux politiques monétaires très expansives, même si le lien entre monnaie et prix est moins mécanique qu’il ne le pensait.
La théorie de la rente aide à repérer où se loge la valeur : dans les actifs rares dont l’offre ne peut pas suivre la demande, comme le foncier bien situé, ou dans les positions protégées par la réglementation. Les droits de douane déplacent les profits d’un secteur à l’autre, comme les lois sur le blé déplaçaient le revenu des industriels vers les propriétaires. Enfin, l’équivalence ricardienne pose une question utile : une relance financée par la dette sera-t-elle dépensée ou épargnée ? Aucune de ces grilles ne prédit un cours.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que l’avantage comparatif de David Ricardo ?
C’est l’idée, exposée en 1817, qu’un pays gagne à se spécialiser dans la production où son avantage relatif est le plus fort, ou son désavantage le plus faible, et à échanger le reste, même s’il est moins productif que ses partenaires en tout.
David Ricardo était-il libéral ?
Oui, au sens de son époque : il défendait le libre-échange, la concurrence, une monnaie convertible en or et la réforme parlementaire. Il plaidait pourtant pour une banque centrale d’émission, quand Adam Smith admettait la liberté bancaire, et il reconnaissait que les machines pouvaient nuire aux ouvriers.
Ricardo a-t-il fait fortune grâce à la bataille de Waterloo ?
C’est une légende. Lancée par sa nécrologie du Sunday Times en 1823, elle lui prête plus d’un million de livres de gains. En réalité, Ricardo était déjà riche et avait vendu ses titres d’État avant que le résultat soit connu à Londres, manquant la moitié de la hausse.
Quel livre lire de David Ricardo ?
Des principes de l’économie politique et de l’impôt (1817), disponible en traduction française. Les chapitres sur la valeur, la rente, le commerce extérieur et les machines (1821) en donnent l’essentiel.
Pour aller plus loin
- Le libre-échange
- Le protectionnisme : remède ou poison pour l’économie ?
- Les grands économistes du guide des théories économiques
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Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.
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