Banques centrales : le risque majeur de l’illusion monétaire

Article de janvier 2021, écrit avant le retour de l’inflation en 2022 ; bilan de la Fed vérifié en octobre 2026.
Depuis les crises de 2008 et 2010, les banques centrales se sont imposées comme des pompiers intervenant à coup de milliers de milliards pour soutenir l’économie (et les cours de bourse). Elles ont ainsi pris un poids grandissant dans l’évolution des cours boursiers au point de devenir des figures tutélaires guidant les investisseurs. À tel point que certains vont jusqu’à imaginer que nous sommes dans une phase de croissance infinie, protégés par les banques centrales. Mais ceci n’est qu’une illusion groupale qui peut devenir extrêmement dangereuse.
Les banques centrales à la rescousse ou le mythe du sauveur
Après 10 ans de hausse continue, nous nous sommes habitués à acheter. Les cours montent, les cours montent… Les PermaBears se sont fait totalement exterminer par la puissance de la vague haussière historique soutenue par les QE (quantitative easing) et les taux bas. Les politiques des banques centrales, sans exception, ont été plus qu’accommodantes, des taux quasiment nuls, des liquidités illimitées, les rachats en tout genre pour soutenir les marchés… Merci encore.

De plus, une fausse bonne idée circule : plus jamais les banques centrales ne laisseront un nouveau Lehman Brothers arriver. Le Too Big to Fail est devenu une certitude. Si des entreprises majeures risquent la faillite, l’État et / ou les Banques Centrales interviendront via une nationalisation au pire.
Dans ce climat d’un optimisme béat, rassuré et encadré par les banques centrales, le marché n’a fait que monter via des injections monétaires. Au moindre risque de calage du moteur économique, on injectait des liquidités massivement. Le toujours plus. Mais le toujours plus a des limites, le mur de la réalité.

La confiance, la confiance dans les banques centrales !
Je considère que nous sommes dans une phase d’infantilisation des marchés financiers, les banques centrales ont fait office du Père protecteur et rassurant pendant une décennie. Nous étions dans une économie dirigée où l’offre et la demande étaient perverties par les achats et injections des banques centrales. Le jeu était truqué.
Mais maintenant, les banques centrales sont à bout de souffle. Approchant les taux zéro, elles n’ont plus beaucoup de marge de manœuvre pour rassurer les investisseurs dopés à l’argent facile. Elles n’ont plus qu’un fusil à un coup. Les banques centrales ne peuvent plus remonter les taux sans que les adolescents gâtés ne réagissent avec violence n’acceptant pas la frustration de la fin de l’Age d’or financier. Elles se sont piégées elles-mêmes.
Et si la confiance disparaît… « on est mal »
Tout repose sur la confiance en bourse. Dans un marché optimiste tout monte, du fleuron technologique à l’entreprise au bord de la faillite. Il y a une irrationalité collective, une contamination en bourse comme nous l’avons vu dans les années 2000 avec la bulle internet.
Mais cette irrationalité est encore plus grande en phase de baisse. C’est le sauve-qui-peut, toutes les entreprises sont massacrées. Le véritable danger est que le marché infantilisé attendra comme en mars 2020 que les banques centrales interviennent en cas de baisse. Elles interviendront, elles n’ont plus le choix, elles se sont mises dans cette position de dernier recours oh combien dangereux.
Mais si elles n’arrivent pas à rassurer à ce moment-là, la chute boursière risque de s’amplifier et de créer un effet de vraie panique. Papa n’est plus là pour rattraper et soutenir les marchés, les adolescents vont s’affoler et nous aurons un effet boule de neige incontrôlable. Et avec l’inflation qu’il y a sur les marchés financiers jusqu’où tomberons-nous ?
Où est l’inflation ? Sur le marché
Car chose étrange, malgré l’argent gratuit, nous n’avons pas connu d’inflation. Des économistes s’interrogent, même les Keynésiens, mais où est l’inflation ? Nous l’avons probablement sous les yeux : les marchés financiers ont absorbé l’inflation monétaire. Ainsi, nous avons une bulle mais contrairement à 2000, elle n’est pas concentrée sur un secteur précis. La bulle est sur l’ensemble des actions, des technologiques aux pharmaceutiques en passant par le luxe etc. Tous les secteurs ont profité de cette décennie de largesses inédites. Une Méga bulle est-elle sous nos yeux ? La Mère des Bulles ?
Nous risquons de payer au prix fort cette illusion de la croissance infinie des marchés financiers. Une illusion qui est portée et protégée par les banques centrales. Elles naviguent au milieu des récifs sans aucune marge de manœuvre. Elles doivent coûte que coûte entretenir l’illusion de la bulle infinie et de leur toute puissance. Si cette illusion se fissure… Nous allons vivre des réservations baissières en cascade et la décennie de hausse pourrait être anéantie en quelques semaines ou mois… Le temps de l’insouciance de l’adolescence est bientôt fini, le temps de la raison et de la maturité va survenir. Combien pourront passer ce cap et s’adapter ?
Questions fréquentes sur l’illusion des banques centrales
Pourquoi les banques centrales soutiennent-elles les marchés ?
Depuis les crises de 2008 et de 2010, elles interviennent à coups de milliers de milliards : taux quasi nuls, liquidités illimitées, rachats d’actifs. Au moindre risque de calage de l’économie, elles injectent des liquidités, et le marché a fini par compter sur elles.
Qu’est-ce que l’illusion du « too big to fail » ?
C’est la certitude que les banques centrales ne laisseront plus jamais arriver un nouveau Lehman Brothers, et qu’une entreprise majeure en difficulté sera secourue, au pire nationalisée. Pour l’auteur, cette confiance aveugle est le vrai danger.
Où est passée l’inflation de l’argent facile ?
Selon l’article, sur les marchés financiers : l’inflation monétaire a gonflé le prix des actifs plutôt que celui des biens, créant une bulle sur l’ensemble des actions, et non sur un seul secteur comme en 2000.
Sources de référence utilisées
1
- Christopher J. Waller, « Demystifying the Federal Reserve’s Balance Sheet », Réserve fédérale, 10 juillet 2025 (bilan d’environ 870 milliards de dollars en août 2007, de près de 9 000 milliards au début de 2022, d’environ 6 700 milliards en juillet 2025).
Pour aller plus loin
- Bulles et krachs boursiers, comment l’euphorie collective gonfle les bulles, et comment elles éclatent.
- La Fed, le rôle et les missions de la banque centrale américaine.
- L’exubérance irrationnelle, l’expression d’Alan Greenspan sur les marchés qui montent sans raison.
- La bulle Internet, la bulle de 2000, concentrée sur un seul secteur, que l’article compare à celle de 2021.
- La théorie quantitative, le lien entre quantité de monnaie et niveau des prix, au cœur de la question de l’inflation.
- L’inflation, définition, causes et effets de la hausse générale des prix.
Sur le forum
- Zone euro, bulle monétaire ?, un fil très suivi qui se demande si la zone euro vit une bulle monétaire
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Benoist Rousseau est trader depuis 1994, membre du Chicago Mercantile Exchange (CME) et du Chicago Board of Trade (CBOT), et titulaire d'une maîtrise d'histoire de Paris IV-Sorbonne. Ancien historien d'entreprise pour un groupe du CAC 40, il figure dans le Top 10 des influenceurs économiques du magazine Challenges. Il aide les candidats au financement dans son école de trading à valider un challenge prop firm. Dans la rubrique Monnaie et banques centrales, il retrace le rôle des banques centrales, de l'inflation et de la confiance qui fonde toute monnaie.
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