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Qu’est-ce que l’accélérateur financier ?

Le principe de la théorie de l’accélérateur financier est qu’une économie en croissance va en se consolidant et qu’une économie faible ou en décroissance va en déclinant. Il en est de même pour la situation économique temporaire d’un pays, en cas de crise, sans rupture choc fait à l’économie, la situation va en empirant. L’argent va à l’argent.

C’est Ben Bernanke, président de la Réserve fédérale des États-Unis de 2006 à 2014, qui a le premier, avec Mark Gertler et Simon Gilchrist, formalisé cette théorie.
Prenons le cas d’une entreprise qui rencontre des difficultés et qui n’atteint pas les objectifs qu’elle s’était fixés, sa solvabilité en souffre et donc elle a des difficultés pour avoir des capitaux extérieurs par emprunt par exemple.

La crise financière de 2008 a montré l’importance de cet accélérateur financier avec le cas des banques faisant défaut en cascade. Les banques ont toutes connu  la même situation aux États-Unis. Elles ne pouvaient plus financer l’économie américaine et donc accorder des crédits aux sociétés et aux consommateurs. Ce qui a provoqué un effet boule de neige qui a grossi à chaque étape.

Accélérateur-financier
Théorie de l’accélérateur financier ou effet boule de neige

Analyse de l’accélérateur financier

Il parait sensé de dire qu’une économie dans une position financière forte va continuer sur sa lancée et inversement, cependant, ce qui est important c’est de savoir l’événement qui donne le sens de cette évolution financière. Ainsi l’utilité de cette théorie est limitée puisqu’il parait plus utile de découvrir les facteurs influant l’apparition des crises financières que de savoir que ces crises entrainent des problèmes économiques longs et exponentiels.

Citation sur l’accélérateur financier

« Tout comme un système financier sain favorise la croissance, des conditions défavorables peuvent empêcher une économie d’atteindre son potentiel. »

Ben Bernanke

L’accélérateur financier en résumé

L’accélérateur financier désigne le mécanisme par lequel les conditions du crédit amplifient un choc économique. Quand la conjoncture se dégrade, la valeur nette des entreprises et des ménages baisse ; ils empruntent alors plus cher, ou plus du tout, ce qui réduit l’investissement et la consommation, aggrave la crise et fait encore baisser leur valeur nette. Le même cercle joue à la hausse dans les périodes favorables.

La notion a été formalisée par Ben Bernanke, Mark Gertler et Simon Gilchrist dans les années 1990 et a pris une importance considérable après la crise de 2008.

D’Irving Fisher à Ben Bernanke

L’idée a un ancêtre : en 1933, dans « The Debt-Deflation Theory of Great Depressions » (Econometrica), Irving Fisher explique que la baisse des prix alourdit le poids réel des dettes, pousse aux ventes forcées et fait encore baisser les prix.

Ben Bernanke reprend la question cinquante ans plus tard. Dans un article de l’American Economic Review paru en 1983, il montre que les faillites bancaires du début des années 1930 ont aggravé la Grande Dépression en coupant le crédit à des emprunteurs que les banques disparues étaient seules à bien connaître. Avec Mark Gertler, il construit en 1989 un modèle où la richesse nette des emprunteurs détermine le coût de leur financement (« Agency Costs, Net Worth, and Business Fluctuations »). Le terme d’accélérateur financier apparaît en 1996, dans « The Financial Accelerator and the Flight to Quality », écrit avec Simon Gilchrist (Review of Economics and Statistics). En 1997, Nobuhiro Kiyotaki et John Moore publient « Credit Cycles », qui décrit une spirale voisine fondée sur la valeur des biens donnés en garantie.

En 2022, Ben Bernanke reçoit le prix Nobel d’économie avec Douglas Diamond et Philip Dybvig, « pour leurs recherches sur les banques et les crises financières ».

Le mécanisme en clair

Tout part d’une asymétrie d’information : le prêteur connaît mal la situation réelle de l’emprunteur et le risque de son projet. Il se protège en exigeant des garanties et une rémunération supplémentaire. Cette « prime de financement externe » est l’écart entre le coût d’un crédit et celui d’un autofinancement.

Elle baisse quand la valeur nette de l’emprunteur (ce qu’il possède moins ce qu’il doit) augmente, et elle monte quand cette valeur nette fond. Or la valeur nette suit la conjoncture : profits, prix de l’immobilier, cours de bourse. Un choc qui réduit la valeur nette renchérit donc le crédit au moment même où l’emprunteur en a le plus besoin. Bernanke le résumait en 2007 : par ce canal, des chocs qui seraient restés passagers peuvent avoir des effets durables.

Exemple chiffré : comment 20 % deviennent 40 %

Imaginons une entreprise qui possède 100 millions d’euros d’actifs, financés par 50 millions de fonds propres et 50 millions de dettes. Ses banques acceptent de lui prêter au plus l’équivalent de ses fonds propres, soit 50 millions : elle peut donc détenir et financer 100 millions d’actifs.

Survient une baisse de 20 % de la valeur de ses actifs, qui tombent à 80 millions. Sa dette, elle, reste de 50 millions : ses fonds propres chutent à 30 millions, soit une baisse de 40 %. Sa capacité d’emprunt tombe aussi à 30 millions, et le total qu’elle peut financer passe de 100 à 60 millions. Un choc de 20 % sur la valeur des actifs se traduit par une baisse de 40 % de sa capacité à investir. Si toutes les entreprises d’un secteur réduisent leurs achats en même temps, la valeur de leurs actifs baisse encore, et le cercle recommence.

La crise de 2008, un cas d’école

Le 15 juin 2007, Ben Bernanke, alors président de la Fed, consacre un discours à « l’accélérateur financier et le canal du crédit ». Quelques mois plus tard, la baisse des prix immobiliers américains illustre le mécanisme à grande échelle : les ménages perdent la valeur de leur logement donnée en garantie, les banques voient leurs fonds propres fondre sous les pertes liées aux subprimes, et réduisent leurs prêts. La faillite de Lehman Brothers, le 15 septembre 2008, transforme ce resserrement en credit crunch mondial. Les ventes forcées d’actifs et le deleverage font encore baisser les prix, ce qui entretient la spirale.

Critiques et débats

La théorie explique comment un choc se propage et s’amplifie, mais pas d’où il vient. C’est l’objection qu’adressent les lecteurs de Hyman Minsky, pour qui la fragilité financière se construit pendant les années de prospérité elle-même : voir l’hypothèse d’instabilité financière.

Son importance quantitative a aussi été discutée. Avant 2008, beaucoup de modèles utilisés par les banques centrales accordaient peu de place au système financier ; la crise a conduit à y intégrer davantage le crédit, les fonds propres des banques et les prix des actifs donnés en garantie. Enfin, d’autres économistes insistent moins sur la richesse des emprunteurs que sur la fragilité des banques elles-mêmes, comme dans les travaux de Douglas Diamond et Philip Dybvig sur les paniques bancaires.

Ce que ça change pour un investisseur ou un trader

L’accélérateur financier se lit dans les écarts de taux (spreads) entre obligations d’entreprises et emprunts d’État : quand ils s’élargissent brutalement, notamment sur les junk bonds, le crédit se ferme pour les emprunteurs les plus fragiles. Les petites capitalisations et les entreprises très endettées y sont les plus exposées. Le mécanisme explique aussi pourquoi les baisses de marché s’accélèrent avec les appels de marge et les ventes forcées, et pourquoi les banques centrales interviennent vite, par des injections de liquidité ou du quantitative easing, pour casser la boucle avant qu’elle ne s’emballe.

Questions fréquentes

Qui a inventé l’accélérateur financier ?

Ben Bernanke, Mark Gertler et Simon Gilchrist ont introduit le terme dans un article de 1996, après des travaux de Bernanke et Gertler publiés en 1989.

Quelle différence avec l’accélérateur de l’investissement ?

L’accélérateur classique relie l’investissement à la variation de la demande. L’accélérateur financier passe par le crédit : c’est la richesse nette des emprunteurs, et donc leur accès au financement, qui amplifie les cycles.

L’accélérateur financier joue-t-il aussi à la hausse ?

Oui. En période de prospérité, la hausse des actifs gonfle la valeur nette des emprunteurs, facilite le crédit et alimente l’activité, ce qui peut nourrir des excès.

Pour aller plus loin

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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2 commentaires

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D
DJELOUADJI ABDELAZIZ6 février 2017
Théorie méritant de l'attention et de l'exploration pour pouvoir l’appliquer pour les Economies sous développées.
G
Godefroy Gaspard GOUDJO7 juin 2017
C'est la preuve qu'aucune économie n'est vraiment pauvre, tout est question de volonté politique de la part de ceux qui dirigent ce monde.
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