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Mazarin : biographie, Fronde et fortune du cardinal ministre

Diplomate du pape devenu principal ministre de France de 1643 à 1661, le cardinal Mazarin gagna la guerre contre les Habsbourg, survécut à la Fronde et laissa à sa mort l’une des plus grandes fortunes privées de son siècle.

Mazarin : Le cardinal qui gagna la guerre, perdit Paris et garda la caisse

Qui était Mazarin ?

Mazarin (1602-1661) est un cardinal et homme d’État d’origine italienne, principal ministre de France de 1643 à 1661, pendant la régence d’Anne d’Autriche puis les débuts du règne de Louis XIV. Héritier de la politique de Richelieu, il mena à leur terme les guerres contre les Habsbourg et affronta la Fronde, la dernière grande révolte des parlements et des princes contre la monarchie.

Les pamphlets de son temps l’ont décrit en aventurier sicilien, joueur, avare et amant de la reine. Il fut joueur, en effet, et il aima l’argent avec une constance rare. Mais il fut aussi un négociateur de premier ordre, qui donna à la France l’Alsace, l’Artois et le Roussillon, et un pédagogue patient pour le jeune roi. Sa fortune et sa politique sont inséparables : la caisse du cardinal fut, dans les années difficiles, l’une des caisses de l’État.

Mazarin en résumé

Né dans les Abruzzes, élevé à Rome dans l’entourage des Colonna, Mazarin sert le pape comme officier puis comme diplomate. Remarqué par Richelieu, il passe au service de la France, est naturalisé en 1639 et devient cardinal en 1641. À la mort de Louis XIII, en 1643, la régente le garde comme principal ministre. Il gagne la guerre en Allemagne, perd Paris pendant la Fronde, revient en 1653 et signe la paix avec l’Espagne en 1659. Il meurt à Vincennes le 9 mars 1661.

  • Époque : Rois et révolutions, XVIIe-XVIIIe siècle
  • Naissance : 14 juillet 1602, Pescina, dans les Abruzzes (royaume de Naples)
  • Mort : 9 mars 1661, château de Vincennes
  • Pays : États pontificaux, puis royaume de France (naturalisé en 1639)
  • Fonctions : diplomate pontifical (années 1630), cardinal (1641, sans avoir été ordonné prêtre), principal ministre de France (1643-1661), surintendant de l’éducation du roi (1646)
  • Œuvre principale : les traités de Westphalie (1648) et des Pyrénées (1659), la victoire de la monarchie sur la Fronde, la formation politique de Louis XIV, le collège des Quatre-Nations et la bibliothèque Mazarine
  • À retenir : la guerre gagnée à crédit, la Fronde née de l’impôt, et une fortune personnelle confondue avec les finances de l’État

La vie de Mazarin : l’Italien qui sut attendre

Giulio Mazzarini naît le 14 juillet 1602 à Pescina, dans les Abruzzes, d’un père intendant de la puissante famille Colonna. Élevé à Rome, élève des jésuites, il étudie le droit en Espagne, sert comme capitaine dans les troupes pontificales, puis entre dans la diplomatie du pape. Le 26 octobre 1630, devant Casal, en Italie du Nord, il obtient au dernier moment une suspension d’armes entre Français et Espagnols prêts à s’affronter. Richelieu le remarque.

Nonce extraordinaire à Paris de 1634 à 1636, rentré à Rome, il revient en France en 1640 pour de bon. Naturalisé en 1639, cardinal en décembre 1641 sur la recommandation de Louis XIII, il n’a jamais reçu la prêtrise. Richelieu le recommande au roi avant de mourir. Louis XIII meurt le 14 mai 1643 ; la reine Anne d’Autriche fait casser son testament par le parlement, devient seule régente et garde Mazarin. Cinq jours plus tard, la victoire de Rocroi ouvre le ministère sous de bons auspices.

Les cinq années suivantes sont celles de la guerre et de l’impôt. Les victoires se succèdent en Allemagne, mais le Trésor s’épuise, et les expédients du surintendant Particelli d’Émery dressent contre le ministre les Parisiens et les cours souveraines. En mai 1648, les magistrats s’unissent contre le pouvoir ; le 26 août, l’arrestation du conseiller Broussel provoque les barricades. Dans la nuit du 5 au 6 janvier 1649, la cour quitte Paris pour Saint-Germain, et l’armée royale assiège la capitale. La paix de Rueil, en mars, n’est qu’une trêve.

Vient la Fronde des princes. Mazarin fait arrêter Condé, Conti et Longueville en janvier 1650, puis doit les libérer et s’enfuir en février 1651. De son exil de Brühl, près de Cologne, il continue de gouverner par lettres chiffrées avec la reine. Le parlement met sa tête à prix. Il revient en janvier 1652 avec une armée, repart en août pour apaiser les esprits, et rentre enfin à Paris le 3 février 1653, applaudi par ceux qui le chansonnaient. Condé passe à l’Espagne.

La fin du ministère est celle des succès. L’alliance avec l’Angleterre de Cromwell, en 1657, puis la victoire des Dunes en juin 1658 contraignent l’Espagne à négocier. Le 7 novembre 1659, dans l’île des Faisans, sur la Bidassoa, le traité des Pyrénées donne à la France le Roussillon et l’Artois et prévoit le mariage de Louis XIV avec l’infante Marie-Thérèse. Malade, le cardinal se fait porter à Vincennes, où il meurt le 9 mars 1661. Le lendemain, le roi annonce qu’il gouvernera sans principal ministre.

Qu’a accompli Mazarin, et que reste-t-il de son œuvre ?

Mazarin a terminé la guerre que Richelieu avait commencée. Les traités de Westphalie, signés le 24 octobre 1648 à Münster et Osnabrück, donnent à la France les droits des Habsbourg en Alsace et confirment les Trois-Évêchés ; ils installent aussi pour un siècle et demi un équilibre entre les princes allemands, que la France et la Suède garantissent. Le traité des Pyrénées achève la guerre contre l’Espagne et dessine une frontière méridionale qui n’a plus bougé. Le cardinal a aussi gagné la guerre intérieure : la Fronde vaincue, aucune grande révolte des princes ne menacera plus la monarchie avant la Révolution.

Son legs se voit encore à Paris. Par testament, il fonde le collège des Quatre-Nations, destiné aux jeunes gens des provinces récemment réunies, dont les bâtiments abritent aujourd’hui l’Institut de France, et lègue au public sa bibliothèque, la Mazarine, la plus ancienne bibliothèque publique de France. Il a introduit l’opéra italien à la cour et rassemblé des collections de peinture et de sculpture dont une partie est passée au Louvre. Son héritage le plus lourd est humain : Louis XIV, élevé dans la peur de la Fronde et dans l’admiration du cardinal.

Comment Mazarin a-t-il financé son pouvoir ?

Mazarin hérite d’une guerre qui coûte plus que le royaume ne rapporte. Pour la payer, Particelli d’Émery, contrôleur général puis surintendant, multiplie les expédients. En 1644, le toisé taxe les maisons bâties hors des limites de Paris malgré les interdictions, et la taxe des aisés frappe les riches bourgeois ; en 1646, le tarif augmente les droits d’entrée des marchandises dans Paris. On crée et on vend des offices, on retarde le paiement des rentes, on confie aux traitants le recouvrement de la taille et de ses arriérés, avec le concours de fusiliers. Chaque mesure trouve sa victime organisée.

L’étincelle vient de la paulette, le droit annuel qui garantit l’hérédité des offices. Au printemps 1648, la régence en conditionne le renouvellement, pour les cours souveraines autres que le parlement, à l’abandon de quatre années de gages, le salaire attaché à l’office. Les magistrats répondent par l’arrêt d’union du 13 mai 1648. Leurs vingt-sept articles réclament la réduction des tailles, la suppression des traitants, le rappel des intendants, le contrôle des impôts nouveaux par les cours. Pressé, le gouvernement renvoie Émery en juillet et suspend une partie de ses remboursements aux financiers : c’est une banqueroute partielle, qui tarit le crédit au moment même où la rue se soulève.

Après la Fronde, Mazarin reconstruit le crédit avec deux surintendants, Abel Servien et Nicolas Fouquet, nommés en 1653. Fouquet, procureur général au parlement et riche, emprunte sur sa propre signature et sur celle de ses amis financiers pour faire vivre l’armée ; le système tient, au prix d’une confusion complète entre les caisses de l’État, celles des traitants et celles des ministres. Pendant ce temps, Colbert, entré au service du cardinal en 1651, gère la fortune personnelle de son maître ; en 1659, il dénonce à Mazarin les pratiques de Fouquet.

Cette fortune est le grand sujet de l’historiographie. Ruiné pendant la Fronde, quand le parlement fit vendre ses meubles et sa bibliothèque, le cardinal laisse à sa mort, selon Daniel Dessert, qui a étudié l’inventaire dressé en 1661, environ 35 millions de livres d’actifs, dont une part considérable en espèces. Elle provenait de vingt et une abbayes tenues en commende, dont Saint-Denis et Cluny, de gouvernements de provinces et de places, des dons de la régente, mais aussi d’affaires moins avouables : fournitures aux armées par prête-noms, prêts au roi à intérêt, rachat à bas prix de créances sur l’État ensuite remboursées à leur valeur nominale. La caisse du cardinal servait aussi l’État : dans les moments de crise, il avançait de l’argent pour payer les troupes.

Le 3 mars 1661, se sachant mourant, il donne tous ses biens au roi, qui refuse au bout de trois jours. Ce geste, classique à l’époque, protégeait les héritiers contre toute enquête sur l’origine des fonds. Le testament du 6 mars désigne pour héritière principale sa nièce Hortense Mancini, mariée au duc de La Meilleraye, qui prend le nom de duc Mazarin. Le roi reçoit dix-huit diamants, les Mazarins, dont le Sancy. Six mois plus tard, Fouquet est arrêté : le procès du surintendant fut aussi, à mots couverts, celui d’un système dont le cardinal avait été le premier bénéficiaire.

Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Mazarin ?

Les mazarinades, plus de cinq mille pamphlets en vers et en prose publiés pendant la Fronde, ont fixé l’image d’un étranger cupide et lâche, et la rumeur d’un mariage secret avec la reine. Les lettres chiffrées échangées pendant l’exil montrent une affection réelle et une confiance politique totale ; aucun document n’atteste un mariage, et les historiens restent partagés sur la nature de leurs relations. La rumeur qui faisait de lui le père de Louis XIV se heurte à une difficulté simple : à l’époque de la conception, à la fin de 1637, le futur cardinal se trouvait à Rome.

Le mot qu’on lui prête sur les Français qui chantent et qui, donc, paieront, n’a pas de source contemporaine sûre. L’anecdote du cardinal mourant parcourant sa galerie et disant qu’il faudrait quitter tous ces tableaux vient des mémoires de Brienne le jeune, témoin intéressé et parfois romancier. Quant à l’image du joueur, elle est exacte : Mazarin jouait gros, gagnait souvent et en tirait une réputation d’habileté qui ne déplaisait pas au politique.

Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?

Adolphe Chéruel, en éditant au XIXe siècle les lettres du cardinal, a ouvert l’histoire savante du ministère. Pierre Goubert (Mazarin, 1990) l’a réhabilité comme homme d’État, sans rien cacher de sa rapacité. Madeleine Laurain-Portemer a distingué plusieurs phases dans son rapport à l’argent et rappelé qu’on ne peut le juger hors de son contexte. Simone Bertière (Mazarin, le maître du jeu, 2007) et Olivier Poncet (Mazarin l’Italien, 2018) ont souligné la formation romaine du cardinal, sa culture de cour et sa diplomatie.

Sur l’argent, Daniel Dessert (« Pouvoir et finance au XVIIe siècle : la fortune du cardinal Mazarin », 1976) et Claude Dulong (La Fortune de Mazarin, 1990) ont reconstitué la fortune ; Dessert a montré plus largement, dans Argent, pouvoir et société au Grand Siècle (1984), que les ministres, les grands et les financiers formaient un même système, l’État vivant de leur crédit autant que de l’impôt. Richard Bonney a décrit la mécanique fiscale qui mena à la Fronde, et Michel Pernot (La Fronde, 1994) le déroulement de la crise. Le débat porte sur la nature de la Fronde, révolution manquée, réaction des officiers ou dernière révolte nobiliaire, et sur la part du ministre dans son déclenchement.

Que peut apprendre de Mazarin celui qui décide ?

Mazarin fut d’abord un négociateur et un homme de patience, qui savait céder du terrain pour revenir. Sa carrière montre aussi ce que coûte la confusion entre l’intérêt de l’État et celui de l’homme qui le sert.

  • Reculer n’est pas perdre : les deux exils de 1651 et 1652 désarmèrent l’argument principal de ses adversaires et lui permirent de revenir.
  • Une mesure fiscale se juge à la coalition qu’elle fait naître : la paulette de 1648 unit contre lui des magistrats qui ne s’entendaient sur rien d’autre.
  • Suspendre ses paiements au mauvais moment coûte plus cher que la dette : la banqueroute de 1648 priva le gouvernement de crédit en pleine crise.
  • Le crédit personnel peut sauver une institution et la compromettre : l’argent du cardinal paya des troupes, mais la frontière entre ses caisses et celles du roi disparut.
  • Former un successeur fait partie du travail : Louis XIV gouverna seul dès le lendemain de la mort de son ministre.

Quels livres lire sur Mazarin ?

  • Pierre Goubert, Mazarin, Fayard, 1990 : la biographie d’un grand historien du XVIIe siècle.
  • Claude Dulong, La Fortune de Mazarin, Perrin, 1990 : l’origine et la composition de la fortune du cardinal.
  • Simone Bertière, Mazarin, le maître du jeu, Éditions de Fallois, 2007 : une biographie vivante et documentée.
  • Olivier Poncet, Mazarin l’Italien, Tallandier, 2018 : le cardinal relu depuis Rome.
  • Michel Pernot, La Fronde, Éditions de Fallois, 1994 (rééd. Tallandier, La Fronde, 1648-1653, 2012) : le récit de référence de la crise.
  • Hubert Carrier, La Presse de la Fronde (1648-1653) : les Mazarinades, Droz, 2 vol., 1989-1991 : les pamphlets et l’opinion.

Questions fréquentes sur Mazarin

Mazarin était-il prêtre ?

Non. Mazarin reçut la tonsure, ce qui lui permettait de détenir des bénéfices ecclésiastiques, et fut créé cardinal en 1641, mais il ne fut jamais ordonné prêtre. Cette situation, rare mais possible à l’époque, explique qu’on ait pu lui prêter un mariage avec la reine.

Quelle était la fortune de Mazarin à sa mort ?

Environ 35 millions de livres d’actifs, selon les travaux de Daniel Dessert sur l’inventaire dressé en 1661. C’est l’une des plus grandes fortunes privées de l’Ancien Régime, bâtie pour l’essentiel en moins d’une décennie, après la Fronde.

Qu’est-ce qu’une mazarinade ?

Un pamphlet, une chanson ou un libelle publié contre Mazarin pendant la Fronde, de 1648 à 1653. On en a recensé plus de cinq mille. Beaucoup sont satiriques ou injurieux ; certains, écrits par des plumes de talent comme Scarron, sont restés des morceaux de littérature.

Mazarin a-t-il épousé Anne d’Autriche ?

Aucun document ne le prouve. Leur correspondance, en partie chiffrée, montre une grande intimité et une confiance politique absolue. Les historiens restent partagés sur la nature de leur relation, et le mariage secret relève de l’hypothèse.

Pour aller plus loin

  • Jean-Baptiste Colbert, intendant de sa fortune devenu le grand ministre des finances du roi
  • Henri IV, le roi de la paulette, ce droit dont la remise en cause en 1648 déclencha la Fronde
L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne)

Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.

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