Pierre II du Brésil : biographie, règne, dette et abolition de l’esclavage
Empereur du Brésil pendant près de soixante ans, Pierre II gouverna un empire esclavagiste qu’il voulut savant et solvable, paya la guerre du Paraguay, et tomba un an après l’abolition de l’esclavage.

Qui était Pierre II du Brésil ?
Pierre II du Brésil (1825-1891), en portugais Pedro II, est le second et dernier empereur du Brésil, souverain de 1831 à 1889 et gouvernant en personne de 1840 à sa déposition. Monté sur le trône à cinq ans, déclaré majeur à quatorze, il présida pendant un demi-siècle à la stabilité d’une monarchie parlementaire dans une Amérique latine de républiques instables, avant d’être renversé par un coup d’État militaire le 15 novembre 1889 et de mourir en exil à Paris.
Le Brésil le célèbre comme le souverain philosophe, ami de Victor Hugo et de Pasteur, qui préférait les académies aux fêtes de cour. Son empire reposait pourtant sur l’esclavage, aboli seulement en 1888, et sur l’exportation du café. Ses finances racontent les deux faces du règne : une liste civile figée pendant cinquante ans, un crédit extérieur soigneusement entretenu, une guerre de cinq ans payée à crédit et par la planche à billets, et une abolition sans indemnité qui coûta le trône à sa dynastie.
Pierre II du Brésil en résumé
Fils de Pierre Ier, fondateur de l’empire en 1822, Pierre II reste seul au Brésil après l’abdication de son père en 1831. Une régence agitée de révoltes provinciales précède sa majorité anticipée en 1840. Il règne ensuite en arbitre, grâce au pouvoir modérateur que lui donne la Constitution de 1824, fait cesser la traite en 1850, conduit la guerre contre le Paraguay de 1864 à 1870, laisse voter en 1871 la loi qui déclare libres les enfants d’esclaves, voyage en Europe et aux États-Unis, et assiste de loin à l’abolition de 1888. L’armée proclame la République en 1889.
- Époque : Le XIXe siècle
- Naissance : 2 décembre 1825, palais de São Cristóvão, Rio de Janeiro
- Mort : 5 décembre 1891, Paris, hôtel Bedford
- Pays : Empire du Brésil
- Fonctions : empereur du Brésil (1831-1889), majeur et gouvernant à partir de 1840, couronné en 1841
- Œuvre principale : l’unité et la stabilité de l’empire, la fin de la traite (1850), la victoire sur le Paraguay (1870), les lois abolitionnistes de 1871 et 1885
- À retenir : un empereur qui ne demanda jamais d’augmentation et dont l’empire tomba sur une question d’indemnité
La vie de Pierre II du Brésil : un érudit sur un trône
Pedro de Alcântara naît le 2 décembre 1825 au palais de São Cristóvão, à Rio de Janeiro, fils de l’empereur Pierre Ier et de l’archiduchesse Léopoldine d’Autriche, qui meurt l’année suivante. Le 7 avril 1831, Pierre Ier, impopulaire, abdique en sa faveur et part pour le Portugal. L’enfant de cinq ans reste au Brésil, confié à des tuteurs ; il grandit dans les livres et apprend une dizaine de langues. Les régents affrontent des révoltes dans le Nord et dans le Sud, dont la guerre des Farrapos au Rio Grande do Sul. En juillet 1840, les libéraux font proclamer sa majorité à quatorze ans pour mettre fin à la régence. Il est couronné le 18 juillet 1841.
En 1843, il épouse Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles, qui lui donne quatre enfants ; ses deux fils meurent en bas âge, et sa fille Isabel devient l’héritière. La Constitution lui confie un pouvoir modérateur : il nomme et renvoie les ministres, dissout la Chambre, et organise ainsi l’alternance entre conservateurs et libéraux. Sous la pression britannique, la loi Eusébio de Queirós de 1850 met fin à la traite des esclaves. Une querelle diplomatique avec Londres, l’affaire Christie, conduit à la rupture des relations de 1863 à 1865.
En décembre 1864, le dictateur paraguayen Francisco Solano López envahit le Mato Grosso. Le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay forment la Triple Alliance en 1865. L’empereur se rend en personne au siège d’Uruguaiana et refuse toute paix tant que López reste au pouvoir. La guerre ne s’achève qu’avec la mort de celui-ci à Cerro Corá, le 1er mars 1870. Le Paraguay est dévasté ; le Brésil sort vainqueur, endetté, et doté d’une armée consciente de son poids.
La suite du règne est consacrée aux réformes prudentes et aux voyages. La loi du 28 septembre 1871, dite du ventre libre, déclare libres les enfants nés de mères esclaves. L’empereur visite l’Europe en 1871, les États-Unis en 1876, où il découvre le téléphone de Graham Bell à l’exposition de Philadelphie, puis de nouveau l’Europe. Il correspond avec Victor Hugo, Pasteur, Gobineau. La loi de 1885 libère les esclaves de plus de soixante ans. Malade, en Europe pour se soigner, il laisse la régence à sa fille : c’est Isabel qui signe le 13 mai 1888 la loi d’or, qui abolit l’esclavage sans indemnité.
Les planteurs déçus, les officiers gagnés au positivisme et les républicains s’allient. Le 15 novembre 1889, le maréchal Deodoro da Fonseca proclame la République. La famille impériale est embarquée pour l’Europe deux jours plus tard. L’impératrice meurt à Porto en décembre. Pierre II s’installe à Paris, fréquente les bibliothèques et l’Institut, et meurt d’une pneumonie à l’hôtel Bedford le 5 décembre 1891. La République française lui fait des honneurs officiels ; ses restes ne regagneront le Brésil qu’en 1921.
Qu’a accompli Pierre II du Brésil, et que reste-t-il de son œuvre ?
Pierre II a tenu ensemble un pays continental que les révoltes de la régence menaçaient de faire éclater, alors que l’Amérique espagnole libérée par Simón Bolívar s’était fragmentée en une quinzaine de républiques. Il a donné au Brésil un demi-siècle de régime parlementaire, une presse libre, des élections, certes censitaires et arrangées, et une alternance pacifique. Il a encouragé l’Institut historique et géographique, l’Observatoire, les écoles et la photographie, dont il fut l’un des premiers amateurs.
Le revers pèse lourd. Jusqu’en 1888, le Brésil fut le dernier grand pays des Amériques à maintenir l’esclavage, aboli aux États-Unis après la victoire d’Abraham Lincoln, et l’empereur, abolitionniste de conviction, choisit toujours la lenteur pour ménager les planteurs. La guerre du Paraguay, qu’il voulut mener jusqu’à la chute de López, fit du voisin vaincu un pays exsangue, dont les pertes humaines restent discutées mais furent considérables. Le souvenir du monarque reste très positif au Brésil, où une nostalgie impériale existe encore.
Comment Pierre II du Brésil a-t-il financé son pouvoir ?
Personnellement, avec très peu. La liste civile, appelée dotation, fut fixée en 1840 à 800 contos de réis par an. Pierre II refusa toutes les propositions de l’augmenter. Elle représentait 3 % de la dépense publique en 1840 et 0,5 % en 1889, selon José Murilo de Carvalho. L’empereur en consacrait une part notable à des pensions, à des œuvres et à des bourses pour des étudiants envoyés en Europe.
L’État, lui, vivait surtout des droits de douane sur les importations, prélevés sur une économie d’exportation de café, de sucre et de coton cultivés par des esclaves. Il empruntait à Londres, où la maison Rothschild devint en 1855 son agent financier exclusif. Le crédit de l’empire était une politique : contrairement à la plupart de ses voisins, le Brésil impérial honora ses échéances extérieures, ce qui lui permettait d’emprunter à des conditions que l’Argentine ou le Mexique n’obtenaient pas.
La guerre du Paraguay mit ce système à l’épreuve. Elle coûta l’équivalent de plusieurs années de recettes de l’État, payées par des impôts nouveaux, par l’émission massive de titres de la dette intérieure et par du papier-monnaie. L’empire sortit de la guerre avec une dette alourdie, un papier-monnaie déprécié et des déficits qu’il mit une décennie à résorber.
L’esclavage, enfin, était un capital, et c’est sur lui que l’empire se brisa. La loi de 1871 prévoyait que les propriétaires pourraient soit garder le travail des enfants libres jusqu’à leurs vingt et un ans, soit recevoir une indemnité de l’État en titres ; un fonds d’émancipation, alimenté par des taxes et des loteries, racheta des esclaves. La loi de 1885 libéra les sexagénaires contre quelques années de travail. La loi d’or de 1888, en revanche, libéra environ 700 000 personnes sans un réal d’indemnité. Les planteurs de la vallée du Paraíba, dont les esclaves étaient souvent hypothéqués, y virent une expropriation. Le dernier cabinet impérial tenta de les apaiser par des prêts à taux bas à l’agriculture et des titres de noblesse. Ces crédits, prolongés par la réforme bancaire de la République en 1890, nourrirent une spéculation effrénée à la Bourse de Rio, l’Encilhamento, qui s’effondra en 1891.
La République proposa à l’empereur déchu 5 000 contos pour s’établir en Europe. Pierre II refusa cette somme tout en réclamant sa dotation légale. Le gouvernement provisoire répondit par le décret du 21 décembre 1889, qui bannissait la famille impériale et annulait l’offre.
Qu’a ajouté la légende à l’histoire de Pierre II du Brésil ?
La légende dorée fait de lui un empereur républicain par conviction, qui aurait vu venir la République sans regret. Il a pu le dire en privé, mais il défendit sa couronne et sa fille jusqu’au bout, et son refus de l’argent du nouveau régime était aussi un refus de reconnaître sa légitimité. Une autre image, celle d’un monarque savant détaché de la politique, résiste mal à l’examen : le pouvoir modérateur faisait de lui le maître du jeu ministériel, ce que ses adversaires appelaient le pouvoir personnel.
Certaines anecdotes sont vraies. Dans ses bagages, on trouva un sac de terre brésilienne, qui fut placé sous sa tête dans le cercueil. D’autres images sont trompeuses. La princesse Isabel fut surnommée la Rédemptrice, mais l’abolition résulta d’abord des fuites massives d’esclaves, de la campagne abolitionniste et de la désaffection des provinces. Quant à l’ordre donné le 14 décembre 1890 par le ministre républicain des Finances Rui Barbosa de brûler les registres fiscaux de l’esclavage, ses motifs restent discutés : priver les anciens propriétaires de preuves pour réclamer une indemnité, selon l’explication la plus courante, ou effacer un passé jugé honteux. Une grande partie des archives a survécu.
Qu’en disent les historiens aujourd’hui ?
Heitor Lyra a donné dans les années 1930 une grande biographie admirative en trois volumes. Sérgio Buarque de Holanda a insisté sur le pouvoir personnel de l’empereur et sur l’épuisement du système. Roderick Barman (Citizen Emperor, 1999) a écrit la biographie de référence en anglais, attentive à l’homme et à ses choix politiques. Lilia Moritz Schwarcz (As barbas do imperador, 1998) a étudié la fabrication de son image, de la jeune majesté couronnée au vieillard barbu des photographies, et José Murilo de Carvalho (D. Pedro II, 2007) a proposé une synthèse brève et nuancée.
Les débats portent sur la lenteur de l’abolition, que certains imputent à la prudence de l’empereur et d’autres à la force des planteurs, et sur la guerre du Paraguay. Francisco Doratioto (Maldita guerra, 2002) a démonté les thèses qui faisaient de la guerre une manœuvre de l’impérialisme britannique et rappelé le rôle de López. Les pertes paraguayennes restent discutées : moins d’un cinquième de la population selon Vera Blinn Reber (1988), plus de la moitié selon Thomas Whigham et Barbara Potthast (1999).
Que peut apprendre de Pierre II du Brésil celui qui décide ?
Pierre II offre un exemple de gestion prudente et de réputation entretenue, et un avertissement sur le prix des transitions trop longtemps différées.
- La frugalité du sommet donne de l’autorité : une dotation inchangée pendant cinquante ans rendait difficile toute attaque sur le train de vie impérial.
- Le crédit est un actif qui se construit dans la durée : un service régulier de la dette permettait d’emprunter mieux que les voisins.
- Une guerre que l’on refuse de terminer se paie en dette et en papier-monnaie : cinq ans de conflit absorbèrent plusieurs années de recettes.
- Repousser une réforme inévitable en augmente le coût politique : l’abolition sans indemnité, venue trop tard, retourna contre la dynastie la classe qui l’avait soutenue.
- Le crédit facile accordé pour apaiser une crise en prépare une autre : les prêts de 1889 à l’agriculture annoncèrent l’Encilhamento.
Quels livres lire sur Pierre II du Brésil ?
- Roderick J. Barman, Citizen Emperor. Pedro II and the Making of Brazil, 1825-1891, Stanford University Press, 1999 : la biographie de référence.
- Lilia Moritz Schwarcz, The Emperor’s Beard. Dom Pedro II and the Tropical Monarchy of Brazil, trad. John Gledson, Hill and Wang, 2004 (As barbas do imperador, Companhia das Letras, 1998) : l’image et le pouvoir.
- José Murilo de Carvalho, D. Pedro II, Companhia das Letras, 2007 : une biographie brève par un grand historien brésilien.
- Guy Fargette, Pedro II, empereur du Brésil, 1840-1889, L’Harmattan, 2005 : une biographie en français.
- Guy Gauthier, Pierre II du Brésil, un empereur républicain, L’Harmattan, 2018 : un portrait en français, sympathique à l’empereur.
- Francisco Doratioto, Maldita guerra. Nova história da Guerra do Paraguai, Companhia das Letras, 2002 : la guerre du Paraguay.
Questions fréquentes sur Pierre II du Brésil
Pourquoi Pierre II du Brésil a-t-il été renversé ?
Une coalition de planteurs mécontents de l’abolition sans indemnité de 1888, d’officiers gagnés aux idées républicaines et positivistes, et de républicains civils s’est formée contre la monarchie. L’empereur, âgé et malade, n’avait pour héritière que sa fille Isabel, peu populaire chez les élites. Le maréchal Deodoro da Fonseca proclama la République le 15 novembre 1889 sans rencontrer de résistance.
Quand l’esclavage a-t-il été aboli au Brésil ?
Par la loi d’or du 13 mai 1888, signée par la princesse Isabel, régente en l’absence de son père. Elle libéra environ 700 000 esclaves, sans indemnité pour les propriétaires. Elle avait été précédée par la fin de la traite en 1850, la loi du ventre libre en 1871 et la loi des sexagénaires en 1885.
Pierre II du Brésil était-il riche ?
Sa dotation de 800 contos de réis par an ne fut jamais augmentée de 1840 à 1889, et il en dépensait une partie en pensions et en bourses. En exil, il refusa les 5 000 contos que lui offrait la République. Il vécut ses dernières années à Paris dans une relative modestie.
Où est enterré Pierre II du Brésil ?
Mort à Paris en 1891, il fut d’abord inhumé à Lisbonne, au panthéon des Bragance de São Vicente de Fora. Ses restes et ceux de l’impératrice furent rapatriés au Brésil en 1921. Ils reposent depuis 1939 dans la cathédrale de Petrópolis.
Diplômé d’histoire de la Sorbonne, j’ai enseigné douze ans avant de trader à plein temps. Les krachs, les bulles et les grandes figures de la finance éclairent mieux les marchés d’aujourd’hui que bien des modèles. J’ai préfacé Machiavel, Renan et Le Bon chez JDH Éditions.
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