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Histoire de Proximus : de la Régie des téléphones à l’opérateur que l’État ne lâche pas

Histoire de Proximus

Proximus, qui s’appelait Belgacom jusqu’en 2015, est l’opérateur historique des télécommunications belges : téléphonie fixe et mobile, internet, télévision et services informatiques, avec une branche internationale qui achemine appels et messages pour d’autres opérateurs. Son histoire est celle d’une administration devenue entreprise, puis société cotée, sans que l’État en lâche jamais la majorité : il en détient toujours 53,51 %, et il l’a fait sentir plus d’une fois à ses patrons.

Proximus en bref

  • Fondation : 1930, création par l’État belge de la Régie des télégraphes et des téléphones (RTT) ; devenue Belgacom en 1992, puis Proximus en 2015.
  • Siège : Bruxelles.
  • Dirigeants : Stijn Bijnens, directeur général depuis le 1er septembre 2025 ; Cécile Coune, présidente du conseil d’administration depuis le 15 avril 2026.
  • Activités : télécommunications fixes et mobiles, fibre optique, télévision, services informatiques aux entreprises, communications internationales entre opérateurs.
  • Marques principales : Proximus, Scarlet, Mobile Vikings, Proximus NXT ; Tango et Telindus au Luxembourg ; BICS, Telesign et Route Mobile à l’international.
  • Effectifs : environ 12 500 équivalents temps plein.
  • Cotation : Euronext Bruxelles, indice BEL Mid depuis mars 2024 ; l’État belge détient 53,51 % du capital.
  • Chiffre d’affaires 2025 : 6,3 milliards d’euros (chiffre d’affaires sous-jacent).

Quelle est l’histoire de Proximus ?

1846-1930 : le télégraphe, le téléphone et l’État

La Belgique a d’abord eu le télégraphe : une première ligne court de Bruxelles à Anvers en 1846, le long du chemin de fer, exploitée par un concessionnaire privé ; l’État reprend le service en 1850. Le téléphone arrive en 1879, lui aussi par l’initiative privée, dans les villes et sur les lignes de chemin de fer. Les licences étaient courtes, et l’État reprend presque tous les réseaux dans les années 1880, au motif que les compagnies servaient bien les grandes villes et mal le reste du pays.

L’administration ne fait pas de miracles : le nombre d’abonnés passe de 8 500 en 1894 à 43 540 en 1910, alors que certains estimaient que Bruxelles seule aurait pu en compter autant. En 1930, le gouvernement sépare le télégraphe et le téléphone de la poste et crée la RTT, une régie censée fonctionner sur un pied plus commercial. Elle hérite d’environ 225 000 abonnés, dont la moitié reliés à des centraux automatiques.

1930-1991 : la RTT, de l’automatisation aux files d’attente

La RTT automatise, enterre ses câbles, ouvre des liaisons internationales. Elle compte 314 000 abonnés en 1939, retombe à 238 000 en 1944 après les destructions de la guerre, puis en revendique 615 000 en 1955. L’automatisation du réseau est achevée en 1970, le premier téléphone de voiture apparaît en 1977, et le nombre d’abonnés quadruple presque entre 1955 et 1980, pour atteindre 2,3 millions.

Le revers est connu de tous les Belges de l’époque : une administration lourde, endettée, où l’on attend son raccordement. En 1990, un magazine économique affirmait qu’il fallait parfois patienter jusqu’à huit mois pour obtenir une ligne à Bruxelles, contre 48 heures à Londres. Au même moment, la Commission européenne pousse à la libéralisation des télécommunications.

1991-2004 : Belgacom, entreprise publique autonome

La loi du 21 mars 1991 crée en Belgique la catégorie des entreprises publiques autonomes. En septembre 1991, Bessel Kok, fondateur du réseau interbancaire SWIFT, est nommé premier administrateur délégué ; en 1992, la RTT devient Belgacom. Le 1er juillet 1994, Belgacom lance le réseau mobile Proximus, confié à une filiale, Belgacom Mobile, dont il garde 75 %, le reste allant à l’américain AirTouch, plus tard absorbé par Vodafone.

John Goossens, venu d’Alcatel Bell, succède à Bessel Kok en 1995. En 1996, l’État vend 50 % moins une action au consortium ADSB, formé d’Ameritech, de Tele Danmark, de Singapore Telecom et de trois institutions financières belges, Sofina, Dexia et KBC. Le marché est entièrement libéralisé le 1er janvier 1998 ; Belgacom rachète Skynet, premier fournisseur d’accès à internet du pays, et lance l’ADSL. Le plan BeST, en 2001, découpe l’entreprise en quatre divisions et s’accompagne de nombreux départs volontaires. John Goossens meurt en fonction le 8 novembre 2002 ; Didier Bellens, ancien du Groupe Bruxelles Lambert et de RTL Group, est nommé en février 2003. Le 22 mars 2004, Belgacom entre en Bourse : selon le groupe, la plus grosse introduction du secteur en Europe depuis celle d’Orange en 2001. L’État garde 50 % plus une action ; ADSB vend tout.

2004-2013 : l’ère Bellens, de la télévision à la révocation

Didier Bellens fait de Belgacom un opérateur « quadruple play », qui vend ensemble téléphone fixe, mobile, internet et télévision. Belgacom TV naît en 2005, avec les droits du football belge ; en 2006, le groupe rachète l’intégrateur Telindus et les 25 % que Vodafone détenait encore dans Proximus ; en 2008, il s’offre Scarlet, son entrée dans le bas prix, puis Tango au Luxembourg ; en 2012, la chaîne de magasins The Phone House. La même année, Proximus ouvre le premier réseau 4G du pays.

L’année 2013 finit mal, et deux fois. Le 16 septembre, la presse néerlandaise et belge révèle que le réseau de Belgacom a été piraté ; le 20 septembre, des documents d’Edward Snowden publiés par Der Spiegel désignent le service de renseignement britannique, le GCHQ. L’opération visait surtout BICS, la filiale qui gère les échanges internationaux et l’itinérance. Puis, le 15 novembre, le gouvernement révoque Didier Bellens pour « manquement grave », sans indemnité : quelques jours plus tôt, devant un club d’affaires, il avait moqué le Premier ministre Elio Di Rupo et décrit l’État comme le pire actionnaire qu’il ait connu. L’État n’a pas apprécié la critique.

2014-2019 : Belgacom devient Proximus

Dominique Leroy prend la direction début 2014. Le nom Belgacom disparaît en deux temps : depuis septembre 2014, tous les services sont vendus sous la seule marque Proximus ; en avril 2015, les actionnaires votent le changement de raison sociale, effectif le 22 juin. En décembre 2016, le groupe annonce un plan de 3 milliards d’euros sur dix ans pour amener la fibre optique en Belgique. En 2017, BICS rachète l’américain Telesign, spécialiste de l’authentification par message, et, le 29 décembre, Proximus met fin au télégramme, après plus de 150 ans de service.

La sortie de Dominique Leroy est moins élégante. En septembre 2019, elle annonce son départ pour le néerlandais KPN ; on apprend qu’elle a vendu, un mois avant son départ, 10 840 actions Proximus pour environ 285 000 euros ; elle assure qu’elle n’avait pas encore décidé de partir au moment de la vente. Le parquet de Bruxelles ouvre une enquête pour délit d’initié et perquisitionne. Elle quitte Proximus sur-le-champ, et KPN renonce à l’engager le 30 septembre.

Depuis 2019 : la fibre, l’international et la valse des patrons

Guillaume Boutin, directeur du marché grand public, est nommé directeur général fin 2019. Il accélère la fibre par des coentreprises, dont Unifiber en Wallonie avec Eurofiber, rachète Mobile Vikings en 2021 et la totalité de BICS. Le projet d’introduire Telesign en Bourse par fusion avec une société d’acquisition cotée, sur la base d’une valorisation de 1,3 milliard de dollars, annoncé en 2021, n’aboutit pas. En 2024, Proximus prend le contrôle de Route Mobile et regroupe ses activités internationales dans Proximus Global. En février 2025, Guillaume Boutin annonce son départ pour Vodafone ; il assure que les critiques de responsables politiques n’y sont pour rien.

Stijn Bijnens, fondateur d’une société de sécurité informatique puis patron du groupe de services informatiques Cegeka, arrive le 1er septembre 2025. Le 27 février 2026, Proximus publie des comptes 2025 alourdis par une dépréciation de 275 millions d’euros sur sa branche internationale, ramène son dividende à 0,30 euro par action pour l’exercice 2026, et prévoit, selon l’agence Belga, quelque 1 200 suppressions d’emplois d’ici 2030. Le 15 avril 2026, Cécile Coune succède à Stefaan De Clerck, ancien ministre, président depuis 2013. En mai, Proximus annonce le rachat de la part d’Eurofiber dans Unifiber, pour 75 millions d’euros.

Que fait Proximus aujourd’hui ?

Le groupe publie deux segments. Le premier, Domestic, couvre pour l’essentiel la Belgique : clients résidentiels et entreprises, réseaux fixes et mobiles, télévision Pickx. Le second, Global, rassemble les activités internationales. En 2025, le chiffre d’affaires sous-jacent a atteint 6,31 milliards d’euros et l’excédent brut d’exploitation sous-jacent 1,88 milliard, dont 1,71 milliard pour Domestic.

  • En Belgique : Proximus (marque principale), Scarlet (bas prix), Mobile Vikings, Proximus NXT (entreprises).
  • Au Luxembourg : Proximus Luxembourg, avec les marques Tango et Telindus.
  • À l’international : BICS (trafic entre opérateurs, itinérance), Telesign (identité numérique, messages d’authentification), Route Mobile (communications numériques entre entreprises et clients).

Fin 2025, 2,6 millions de logements et locaux, environ 42 % du total, pouvaient être raccordés à la fibre, et la 5G couvrait 90 % de la population.

Qui sont les dirigeants de Proximus ?

  • Bessel Kok (1991-1995) : premier administrateur délégué de Belgacom.
  • John Goossens (1995-2002) : prépare la libéralisation ; mort en fonction.
  • Didier Bellens (2003-2013) : introduction en Bourse, télévision, rachats ; révoqué par le gouvernement.
  • Dominique Leroy (2014-2019) : passage de Belgacom à Proximus, plan fibre.
  • Guillaume Boutin (2019-2025) : coentreprises fibre, création de Proximus Global.
  • Stijn Bijnens (depuis 2025) : directeur général.
  • Stefaan De Clerck (2013-2026), puis Cécile Coune (depuis 2026) : présidence du conseil d’administration.

Quel est le parcours de Proximus en Bourse ?

Belgacom est entré en Bourse à Bruxelles le 22 mars 2004 et a longtemps figuré dans le BEL 20, où il était devenu le dernier représentant des télécommunications. Il en est sorti lors de la révision annuelle de mars 2024 et appartient désormais au BEL Mid. La capitalisation boursière était de 2,3 milliards d’euros fin 2025. Le titre a longtemps été acheté pour son dividende, et c’est ce statut qui s’efface : 1,20 euro par action au titre de 2023, 0,60 euro pour 2024 et 2025, 0,30 euro prévu pour 2026. L’annonce de février 2026 a fait nettement reculer l’action.

Quels sont les chiffres clés de Proximus depuis 2021 ?

Exercice Chiffre d’affaires sous-jacent Excédent brut d’exploitation sous-jacent Résultat net
2021 5,58 1,77 0,45
2022 5,91 1,79 0,45
2023 6,04 1,76 0,36
2024 6,43 1,85 0,45
2025 6,31 1,88 0,40

En milliards d’euros, comptes publiés par Proximus. Route Mobile est consolidé depuis mai 2024. Le résultat net est la part du groupe ; celui de 2025 est amputé par une dépréciation de 275 millions d’euros.

Questions fréquentes sur Proximus

Pourquoi Belgacom s’appelle-t-il Proximus ?

Proximus était d’abord le nom du réseau mobile lancé par Belgacom en 1994. Devenue la marque la plus connue du groupe, elle a remplacé Belgacom sur tous les produits en septembre 2014, puis comme nom de la société le 22 juin 2015.

Qui dirige Proximus ?

Stijn Bijnens est directeur général depuis le 1er septembre 2025. Cécile Coune préside le conseil d’administration depuis le 15 avril 2026.

L’État belge est-il actionnaire de Proximus ?

Oui, et majoritaire : il détient 53,51 % du capital par l’intermédiaire de la Société fédérale de participations et d’investissement. Le reste est coté à Bruxelles, hors une part d’actions propres.

Qu’était la RTT ?

La Régie des télégraphes et des téléphones, créée en 1930 pour gérer le téléphone et le télégraphe séparément de la poste. Elle est devenue Belgacom en 1992.

Qui a piraté Belgacom en 2013 ?

Selon des documents d’Edward Snowden publiés par Der Spiegel le 20 septembre 2013, le service de renseignement britannique GCHQ. L’attaque visait surtout BICS, la filiale chargée du trafic international.

Proximus n’a pas encore son analyse SWOT sur le site. Pour un opérateur historique comparable, présent aussi en Belgique, lisez notre analyse SWOT d’Orange.

Toutes nos analyses sont réunies sur la page des analyses SWOT des grandes entreprises.

Sources

L’auteur

Benoist Rousseau

Maîtrise d’histoire (Sorbonne) · Trader depuis 1994

Historien de formation, j’aborde l’économie en praticien : depuis 1994, je vois chaque jour sur mes écrans ce que les décisions des banques centrales et des États font aux prix. J’essaie d’expliquer ce qui se joue derrière les chiffres, sans jargon et sans promesse.

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